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 Naufragés du Styx.

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Rai Nagafuse
Auditore
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MessageSujet: Naufragés du Styx.    Mer 23 Mai - 16:52



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Avait-il jamais trouvé la paix et la sérénité aussi aisément, la nuit tombée ? Il lui semblait que les derniers jours écoulés depuis son éveil, au sortir de ce malfaisant tableau, n'avaient rien de réel et de tangible. Tout lui semblait si incertain, si flou, si nébuleux... Si beau. Rai n'avait jamais su s'habituer au plaisir et au bonheur. Cela lui laissait généralement une amertume crasse et coupable dont il ne savait se libérer. Il avait fauché tant de vies, privé tant de familles de tout perspective de sérénité... Tout ça pour mener à bien un objectif qui l'avait plusieurs fois fait flancher. Mais en la compagnie de Mizeria, il se sentait comme revivre... Comme épris d'une flammèche qui longtemps durant l'avait désertée. Une étincelle, fugace et parcellaire, d'abord, qui s'était manifestée au détour de leurs rencontres, qui l'avait embaumé d'une joie gracile et fébrile, chancelante... Laquelle s'était muée, progressivement, inexorablement, en un brasier des plus voraces qui dévorait ses entrailles à chaque fois qu'elle parcourait sa chaire d'une caresse fugace, ou son visage d'un regard tendre. Elle avait imprimé une jouissance aussi pure que sensuelle au fer rouge, sur sa peau. Elle lui avait montré des paysages dont il n'avait pas même soupçonné l'existence, lui avait fait découvrir des choses qu'il avait toujours préféré taire ou ignorer, avait ôté le bâillon dont il s'était accablé de lui-même, dans le but vain et stérile d'éloigner ses désirs, ou de les réduire au silence. Elle avait restauré son être tel qu'il aurait toujours dû l'être, si les tragédies ne s'étaient pas succédées si froidement, si intraitablement. Le mafieux éprouvait d'ailleurs à cette idée une certaine honte. Il se couvrait de lui-même d'opprobre et de remords en constatant sottement qu'il avait dû attendre qu'elle vienne briser sa carapace pour qu'il puisse enfin s'en extraire, comme s'il avait décidé d'ériger autour de son être une cage dorée et qu'il en avait égaré la clé, gauche et débile. Aurait-il jamais pu sourire à nouveau, sans elle ? Aurait-il jamais pu cuisiner, marcher, danser, rire aux éclats, frissonner, vibrer ou boire, sans sa délicieuse présence ? Elle avait récupéré sa vie, cette peinture morne et monochrome, et l'avait couverte de mille couleurs, splendides et flamboyantes. Elle avait rendu à son existence ses primes éclats, son ardeur innée, sa beauté originelle... Tout lui semblait désormais si exquis, désormais... Comme si tout méritait d'être vécu, à ses côtés. Déboires assommants et traumatisants comme étreintes charnelles et lascives. Comme éclats de rire niais et innocents...
Tout était si exquis.
A commencé par elle.

A la faveur de la lune, et des quelques rayons célestes qui venaient caresser son teint pur, Rai la dévorait du regard. Ils s'étaient allongés, ce soir là, ivres d'amour et de bonheur. Elle avait vite trouvé le sommeil... Lui, a contrario, s'était évertué à demeurer éveillé. Car il n'avait besoin que d'une chose : de pouvoir l'observer, impudique, tandis qu'elle sombrait au creux des bras de Morphée... Elle était d'une finesse si simple qu'il ne pouvait s'empêcher de la dévorer du regard, d'apprécier l'harmonie sérénité qui émanaient d'elle lorsqu'elle se reposait. Cette vision avait un quelque chose de rassurant, de protecteur, de sécuritaire, même. Elle était une battante. Une guerrière. Mais même elle pouvait se montrer sous un jour vulnérable... Comme tout le monde. Comme lui. Il avait failli, bien sûr. Et il faillirait à nouveau, indubitablement. L'Auditore n'avait malheureusement jamais eu l'ambition d'être parfait. Il ne considérait pas même frôler l'excellence, en fin de compte... Il était juste un type aux idéaux démesurés, à l'ambition folle, aux objectifs inatteignables, qui tâchait de se donner les moyens de parvenir à la réussite, tant bien que mal. Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse : il se fichait d'échouer, tant qu'il parvenait à ses fins. Tant qu'il lui offrait, à elle, l'opportunité de vivre des lendemains plus heureux, plus candides. Elle méritait de s'épanouir comme la plus ravissante des fleurs, d'éclore sous un soleil embrasé d'une félicité indicible. Elle méritait le Monde. Il n'avait pas peur d'échouer, pour elle. Il n'avait pas peur de mourir, pour elle. Mais il ne mourrait pas... Car elle ne le lui permettrait pas. Car elle ne le laisserait pas faire... Car il lui appartenait. Pour la première fois depuis des lustres, le Nagafuse était heureux de pouvoir se revendiquer objet. De pouvoir affirmer qu'une personne tierce le possédait, et qu'il se contentait de ce rôle, avec une humilité qui ne lui ressemblait pourtant guère...

Pourtant, tout ce bonheur était d'ores et déjà entaché, comme sertis de doutes et d'incertitudes entêtantes. Le gardien n'oubliait rien. Ni son rôle au sein de l'une des familles affreuses parmi les plus ignobles que comptait ce monde gangrené par le crime, ni son devoir irraisonnable, incommensurable jusqu'à l'excès. Et déjà le poids de ce bonheur et de cette paix provisoire le tiraillait. Bien sûr, il ne faisait ni plus ni moins que de permettre à son corps de récupérer, d'embrasser une courte mais néanmoins indispensable période de convalescence... Il lui arrivait encore parfois de ressentir de désagréables pulsions au niveau de son épaule, lors même que la cicatrice était en bonne voie de guérison. Combien de temps encore aurait-il à subir cette douleur lassante ? Une partie de son être priait pour que cela ne soit plus qu'une question éphémère et très relative. Une autre, en revanche, espérait qu'une foultitude ce complications sournoises viennent se greffer à ce problème quasiment résolu, afin de forcer la Leone à demeurer là, à ses côtés. Qu'allait-elle faire, de son côté ? Allaient-ils tâcher de reprendre leurs vies quotidiennes, en priant pour que rien ni personne ne remarque leurs émois lorsqu'ils se retrouveraient ? Allaient-ils plutôt décidés de modifier le cours de leur existence ? Le noiraud avait à la vérité peur d'aborder cette question-ci. Qu'allait-elle lui répondre ? Il ne pouvait décemment pas se résoudre à une vie quiète et tranquille, à l'écart des crimes et de vices ignominieux auxquels il avait été fait témoin à de multiples reprises, voire au sein desquels il avait trempé directement. Mais il ne pouvait, ni voulait se résoudre à l'abandonner lâchement, à l'éloigner de tout danger, de toute menace... Elle lui était trop précieuse. Il ne voulait pas faire de concession. Pas entre son objectif, encore insaisissable mais si glorieux, si illustre, et Mizeria, bien présente, bien tangible, et si vibrante... Alors, égoïstement, le mafieux se contentait de vivre. Il se contentait de saisir les instants qu'on lui tendait, et de s'épanouir en les encensant. En bref, il se contentait de tirer le meilleur de chaque moment, et de rendre à la Leone de quoi s'embellir, elle aussi, à ses côtés...

La sensation d'impuissance, néanmoins, venait insidieusement de s'installer au centre de son cœur et se déployait progressivement, lentement, rendait à tout ce qui l'entourait un aspect plus fade et plus gris. Si Rai savait que ce sentiment aurait pu disparaître le lendemain, s'il savait qu'il n'aurait eu qu'à tirer Mizeria de son sommeil pour qu'elle l'en délestât, il se contenta plutôt de se redresser et de quitter leur lit discrètement, à pas feutrés, pour prendre la direction de la cuisine. Là, il se servit un verre d'eau fraîche, qu'il vida d'une rasade brusque, s'en versant négligemment une généreuse dose sur le menton et le torse. Ne prêtant pas la moindre importance à ce qui dégoulinait encore le long de sa peau nue, le criminel s'affaissa en soupirant et en posant son regard sur la vaisselle à sécher, qu'ils avaient nettoyé quelques heures auparavant, conjointement, sourire placide sur les lèvres. Toutes les corvées, y compris les plus fastidieuses, prenaient en sa présence une dimension étonnamment récréative... Tant et si bien qu'il se surprenait à se dire qu'il aurait pu être transcendant de s'abandonner à une vie banale, durant quelques mois, sinon quelques années. Le temps de se faire oublier, et de profiter de leurs jeunes années, de l'impétuosité amoureuse qui les supervisait méthodiquement... Comme ses hésitations reprenaient de plus belle, toujours plus envahissantes, il fronça les sourcils et secoua sèchement la tête, tâchant de chasser ses pensées dévorantes de son esprit désabusé. Dans l'optique de retrouver un semblant d'ataraxie, fut-ce une accalmie des plus provisoires, le jeune homme prit la direction du balcon où il s'aventura lentement, scrutant la ville qui s'étalait humblement, à ses pieds, comme si elle s'offrait à lui et à l'idylle délicieuse qu'il parcourait alors. Il eut néanmoins tout juste le temps d'expirer à nouveau, brisant la quiétude environnante en jouissant néanmoins d'un courant d'air qui le fit frissonner, qu'une voix sinistre et aux sonorités railleuses se fit entendre, juste dans son dos. Ses paupières s'écarquillèrent tandis que son sang se glaça. Puis, le cœur battant, le teint plus blafard que jamais, il pivota pour faire face à une silhouette qu'il pouvait reconnaître entre mille.

-Ben alors ! Tu prends du bon temps avec une pute Leone ? Qui l'eût cru... Tout le monde te prend pour quelqu'un de fidèle, à défaut d'être fiable, Rai. C'est pas sérieux, ça. Un gardien qui fricote avec l'ennemi... Ca fait mauvais genre. Et tu le sais !



-Mephisto...
-Tu as retenu mon nom ? C'est sympa... Jolie marque d'affection. Mais ne t'attends pas à ce que je te suce, moi. Je pense pas me débrouiller aussi bien que ta cruche. Désolé.

C'était le pire moment... Et la pire personne. D'entre tous, il avait fallu que ça tombe sur lui... Mephisto, gardien de la brume de la famille Auditore. Incontestablement celui des gardiens dont Rai s'était toujours le plus méfié, instinctivement. Et il venait d'avoir la preuve que son instinct ne l'avait pas trompé... Avec lenteur, le noiraud serra le poing droit, se plantant directement face à son interlocuteur qui avait manifestement réussi à se glisser dans son dos au moment où il s'aventurait sur le balcon. Il n'avait pas les moyens de le vaincre. Il avait bien sa bague, dont il ne se séparait jamais, mais ses boîtes étaient restées sur la table de chevet, dans la chambre, aux côtés de Mizeria... Il était piégé. Toutefois, le gardien du désert n'était pas sot : il savait que s'il ployait l'échine, que s'il montrait un signe de faiblesse ou de frayeur, il serait mis à mort dans la foulée. Ce type n'était pas du genre à tolérer l'insignifiance... Au contraire, même. Aussi le Nagafuse fit-il en sorte d'ériger le sourire le plus prétentieux et le plus arrogant possible, jouant la carte du mensonge et de l'hypocrisie effrontément, comme s'il n'avait pas été déstabilisé un seul instant durant par l'apparition de cette raclure qui lui tenait désormais tête.

-Quoi ? Tu fais une fixette sur elle ? C'est une crise de jalousie, que tu viens me jouer ?
-Taratata... Rai, Rai, Rai... Je pourrais te tuer, là. Vraiment, j'estime ta grande gueule. Elle t'a souvent sauvé, d'ailleurs. Mais pour le coup, il te faudra plus qu'une langue bien pendue... Les Soleils adoreraient l'idée d'être mises au courant. Et les Leone aussi, d'ailleurs. A ton avis, vous survivriez combien de temps, avec les deux familles sur les talons ? A Venise, en plus... Dieu ce que tu manques cruellement de jugeote. Et dire que je t'avais pris pour quelqu'un d'aussi malin que moi... Je ne me suis jamais autant sali.
-Pour te cacher, expose-toi. Personne n'ira jamais te chercher au milieu d'une place bondée. C'est contre-intuitif.
-Oula. Tu me prends pour un con, là. Pas sympa.

Mephisto ricana d'un air grinçant et jaune avant de hausser les épaules, comme si la pique déguisée ne le heurtait pas davantage, en fin de compte. Il avait l'ascendant, et il en avait pleinement conscience. En fait, il n'avait pas même besoin de nuire frontalement à l'autre Auditore pour que la certitude soit installée et indéniable. Le rapport de force allait très largement dans son sens car, comme il venait de le souligner, la seule information d'un lien si ténu et si intime entre une conseillère Leone et un gardien de leur famille était susceptible d'intéresser des milliers de personnes aux intentions peu louables. Le Nagafuse venait de se faire piéger, comme un vulgaire débutant... Cette perspective lui fit perdre son sourire et son visage s'assombrit tandis qu'il dardait son acolyte d'un regard mauvais. A quoi diable jouait cet être malsain ? Cherchait-il simplement à s'amuser, et à jubiler, avant de le mettre à mort ? Non... Peu probable. Il était quelqu'un de prudent, envers et contre tout, et de trop perfectionniste pour se permettre cela. Chaque instant qui s'écoulait risquait de ragaillardir le noiraud et de tuer l'effet de surprise... Un atout pourtant nécessaire lorsqu'on engageait des hostilités contre un gardien, aux ressources conséquentes et reconnues. Même au sein de leur famille, après tout, le traître avait toujours été pointé du doigt comme étant particulièrement débrouillard. Un type du calibre de Mephisto n'était ni assez égocentrique, ni assez imprudent pour l'ignorer.

-Tu n'es pas là.
-Ohoh. Qu'est-ce qui te le fait penser ? J'ai peut-être un collègue chargé de prendre ta dulcinée en otage...
-Tu aurais utilisé Mizeria comme otage et comme moyen de pression ? Non... Tu n'as aucun intérêt à apparaître en personne, dans l'absolu. Trop risqué, et ça ne te garantit rien du tout. Rien de plus, en tout cas, que notre simple discussion. Cela t'aurait bêtement exposé, si j'avais décidé de riposter...
-Observateur. Je savais bien que tu n'étais pas bête...
-Et ? Qu'est-ce que tu cherches ?

Il n'était pas là. Cette idée suffit à Rai pour se détendre puissamment. Le gardien de la Brume n'était pas là : il ne s'agissait que d'une chimère, que d'une illusion dont il avait le secret. Autrement dit ? Ni l'un, ni l'autre des gardiens n'était pour l'heure totalement maître de la situation. En demeurant inaccessible mais en s'informant quant à la relation que le noiraud entretenait avec Mizeria, Mephisto forçait son acolyte à l'écouter parler. D'un autre côté, il ne lui mettait pas encore un couteau sous la gorge : certes, il pouvait menacer à tout instant de fournir ce renseignement sensible à leurs deux patronnes, lesquelles risquaient de fulminer à son égard et de lancer une traque pour l'abattre sans plus tarder, mais les deux mafieux étaient assez doués pour combiner leurs compétences et tromper leurs poursuivants. Ils pouvaient survivre, y compris si les Auditore se lançaient avidement à leur recherche... L'objectif de son vieux rival était donc limpide et clair. Il voulait discuter. Il voulait négocier. Il avait une idée derrière la tête, en somme... Comme toujours.

-Di Luna, Leone, Van Sidéris, Auditore. Les quatre familles mafieuses qui régissent le monde criminel, à l'heure actuelle. Quelle est la particularité des Auditore ?
-Nous avons deux soleils...
-Absolument ! Et ça m'emmerde, mon cher... Beaucoup considèrent qu'il s'agit d'une force. Fumisterie. Une famille n'a pas besoin de deux patriarches. C'est une source d'ennuis potentiels. Dont je préfère me passer, cela va sans dire...
-T'as qu'à organiser une élection.
-Hunhun. Spirituel, comme toujours. Tu penses te lancer dans l'humour ?
-Je suis trop fin. Je n'aurais pas assez de spectateur. Personne ne me comprendrait.
-Et lucide, avec ça...

Nonchalamment, l'apparition brumeuse le contourna et vint planter ses mains sur la rambarde pour épier Venise d'un regard condescendant. Rai, quant à lui, demeura à sa place mais ne quitta pas son adversaire oratoire du regard, imaginant qu'il pouvait s'agir là de la plus grossière erreur possible. Il ne pouvait pas prévoir les réactions de Mephisto, et c'était certainement pour cela qu'il l'avait toujours abhorré. Les types malins étaient toujours les plus pénibles à cerner... En fin de compte, le noiraud préférait amplement les gros balourds maladroits et outrancièrement belliqueux, qui se précipitaient dans les pièges sans même sembler les remarquer un traître instant. Or, il était impossible de piéger quelqu'un dont les agissements n'obéissaient selon toute vraisemblance à aucune règle logique... Et il en savait quelque chose. Il s'évertuait à en être. Ainsi donc, le Nagafuse conserva un souffle court et demeura impassible tandis que, sans même lui jeter un regard, son rival reprenait la parole posément, sans se soucier un traître instant de l'homme qui se tenait dans son dos, comme si tout était déjà acté et décidé.

-Alors, laquelle ? Alda ou Symphony ? La brutalité ou l'intelligence ? La force ou la sournoiserie ?
-Si une réponse pouvait être apportée aussi vivement, elles n'auraient jamais régné conjointement. L'une des deux serait morte et enterrée depuis longtemps.
-Absolument. Nous autres, Auditore, sommes encore une formation embryonnaire. Fragile. Précaire... Nos deux soleils garantissent notre survie. Dans le cas contraire, W.R.A.T.H. et Van Sidéris nous auraient déjà sauté à la gorge. Nous avons besoin de changer, pour nous maintenir sans péricliter... C'est ce que je pense.
-Admettons. Et comment tu veux t'y prendre, pour changer ?
-On pourrait commencer par recruter ta pute. Elle ne serait pas intéressée, tu crois ?
-Appelle-la comme ça encore une fois, et je te jure que tu le regretteras.
-Je me demandais combien de temps tu tiendrais ta langue... Enfin, passons. J'ai une idée pour changer les Auditore. Il suffit de changer de meneur... N'en avoir plus qu'un. Le charisme de Zephir Van Sidéris... La sagesse de Mitsuki Kagura... Et la rage d'Ares Di Luna.
-Ah ? Tu m'avertiras quand tu l'auras trouvé ?

S'il avait été sarcastique et sardonique, Rai changea bientôt du tout au tout en remarquant le ricanement frénétique dont son rival faisait l'objet. Finalement, théâtral jusqu'à l'excès, Mephisto commença à pivoter pour lui faire face, déployant un sourire magistral et démentiel. Avec une lenteur exagérée et appuyée, il leva finalement sa main droite à la hauteur de leurs regards... Et alluma une bague qui brilla d'une flamme orange. Une flamme du ciel. Le sang glacé, horrifié comme jamais et les yeux écarquillés, le Nagafuse ne put qu'endurer les paroles de son interlocuteur tandis que ce dernier s'effaçait progressivement à la faveur de la nuit, semblant s'assombrir puis s'estomper irrémédiablement.

-Ce n'est pas du meneur, dont j'ai besoin... Mais du partenaire qui m'aidera à gravir les échelons. Tu as un de mes secrets, Rai... J'ai l'un des tiens. Trahis-moi, et je te trahis. Mais tu sais ce que l'on dit, non ? Aide-toi, et le ciel t'aidera... Reste aux aguets. Je te recontacterai... Bien assez tôt.

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Mizeria K. Balogh
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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Jeu 24 Mai - 18:59



Did  I  lose  myself ? Or  did  I  gain you ?




Mizeria était profondément endormie, savourant pour une fois un peu de repos. Elle n’avait jamais été d’un tempérament à se poser et à recharger ses batteries. Elle avait même l’impression qu’elle allait devenir folle si on la laissait trop à ne rien faire… De ce fait, même chez les Leone, quand elle revenait blessée et mal en point d’une mission, elle préférait toujours se soigner rapidement et s’occuper pendant sa convalescence jusqu’à recommencer ses méfaits. C’était sans mal qu’on pouvait toujours trouver quelque chose pour s’occuper, des papiers, des ordres de mission, des jeunes recrues à entrainer ou guider… Oui, vraiment elle ne prenait jamais de temps pour elle. Jusqu’à l’arrivée de Rai. Après Ox, elle avait été quelque peu contrainte à lever le pied. En effet, l’aventure l’avait déjà ébranlée dans ses plus profonds fondements, la faisant se remettre en cause et la renvoyant à sa simple condition. Déjà à ce moment-là, son point le plus faible qu’était son passé tourmenté avait été remis au-devant de la scène. C’était à cause de ça qu’elle avait dû freiner un peu son activité et, que de manière générale, elle ne sentait pas apte à être autant énergique et vive que d’habitude. À la suite du tableau, elle aurait pu également se voir couper toute envie de profiter et juste se morfondre, l’obligeant à rester tristement dans ses draps... Mais il n’en fut rien. Elle passait certes désormais du temps dans ses draps, mais pour le partager amplement avec Rai.

Jamais elle n’avait joui de prendre du temps pour elle de la sorte. Les journées lui paraissaient même trop courtes tellement elles lui réchauffaient le corps et l’âme. Au final, il ne lui fallait que Rai pour guérir, pour la forcer à prendre soin d’elle et surtout il la couvrait de tant d’attentions qu’elle se sentait presque trop gâtée.. Sans arrêter d’en demander toujours plus. Elle le regardait parfois, se demandant pourquoi elle avait tant de chance de le compter à ses côtés. Sa vie d’avant lui avait semblée bien fade en comparaison aux quelques jours avec le brun. Et doucement, elle tentait d’enfermer au fond de son esprit, la perspective de retourner à sa vie d’avant. Elle ne le voulait pas. Cependant il fallait se montrer réaliste… Ils n’allaient pas pouvoir rester ici, à l’abri, éternellement. Indéniablement ils allaient devoir reprendre leurs rôles respectifs, ou du moins il lui semblait. Elle ne l’espérait pas. Pour sa part, retourner chez les Leone ne la dérangeait pas, mais l’idée de laisser Rai repartir au sein des Auditore lui était insupportable… A ses yeux, il s’agissait là d’un crime et carrément même d’une punition, dont il ne devait pas être victime. Elle se surpris plusieurs fois à se mordre la lèvre, se demandant si elle pouvait lui proposer de rejoindre les Leone. Les siens accepteraient-ils ? Possible. Mais non sans une certaine réticence et désapprobation. Ils faisaient confiance à la blonde, mais peut-être pas à ce point. La plus grosse question restait à propos du brun.. Et lui ? Serait-il d’accord ? Il lui avait livré ses plus sombres projets, ceux même qui le poussaient depuis des années à se livrer corps et âme à la destruction d’une si grande et redoutable famille. L’aide des Leone paraissait dérisoire pour mener de tels projets à bon terme… Même. Les Leone n’accepteraient surement jamais une telle vendetta. C’est face à ces questions qu’elle se retrouvait parfois le cœur bien lourd. En règle générale, elle tachait de les oublier dans les bras de son amant ou sur ses lèvres… Combien de fois avaient ils échangés de manière amoureuse et sensuelle depuis ces derniers jours ? Allant des simples gestes, aux preuves d’amour plus intrépides ? Il était impossible de compter. C’était d’ailleurs après un de ces échanges de plus envoutants et éreintants qu’elle trouvait le repos. Elle s’était endormie là, dans leur désormais chambre de fortune, le cœur léger et l’esprit encombré de tous ses sentiments pour le jeune homme. Elle-même découvrait avec délectation qu’il était possible d’aimer autant. Elle n’était pas étrangère à l’exercice, mais elle s’émerveillait de voir à quel point les choses étaient différentes avec lui. Tout avait un goût presque divin..

Malheureusement, son paisible repos fut bientôt terminé. La félicité qui l’habitait la quitta au moment où elle frissonna, ayant visiblement froid… Instinctivement, elle sentit qu’il lui manquait quelque chose, que la seule chaleur de son corps ne lui suffisait plus, et qu’il lui était impossible d’en voler quelque peu à une autre personne. Gênée par cet inconfort, elle ouvrit vaguement les yeux et chercha Rai du regard. La mafieuse eu presque un pincement en ne le voyant pas, impossible pour elle de trouver le réconfort auprès de lui… Néanmoins elle songea bien vite qu’il devait simplement être debout à boire quelque chose ou autre… Il ne lui suffisait que d’attendre et se rendormir un peu. C’est ce qu’elle entreprit de faire jusqu’à que quelques échos de voix lui parviennent. Se rendant bien compte qu’il ne s’agissait en rien d’un rêve, elle acheva de se réveiller complètement. Ses yeux s’ouvrirent sous la stupeur et elle se redressa machinalement. Ils étaient censés être seuls pour plusieurs jours encore. Il était donc impossible qu’ils aient de la visite…. Un intrus. Son cœur manqua un battement, et un de plus quand elle se rappela que le brun n’était pas à ses côtés… Elle fut même prise de panique, quand cherchant ses propres armes, elle découvrit celles du brun dans la chambre. L’idiot. Précipitamment elle se leva, oubliant qu’elle avait froid. Elle attrapa une chemise de son amant qu’elle passa rapidement et prit ses armes et celles de ce dernier sans se poser plus de questions. Il fallait faire vite. Et s’il était en danger ? Que se passait-il exactement ? Pourquoi ne l’avait-il pas appelée ou réveillée ? Le cœur battant, elle avança sans faire de bruit en direction du salon. Les voix se firent alors plus claires..  Elle continua sa progression, s’étonnant d’écouter presque une banale conversation. Il n’y avait pas d’éclats dans leurs mots, pas de danger palpable… Elle fut d’autant plus confuse…

La lumière de la lune éclaira rapidement les lieux. Écoutant toujours les échos de voix, dont celle de Rai qu’elle distinguait maintenant plus clairement, elle se rapprocha encore et resta presque comme cachée dans un coin. Puisqu’elle ne décelait aucune panique dans la voix de son partenaire, elle décida de lui laisser le bénéfice du doute et de se tenir prête si jamais l’atmosphère venait à changer…

Elle tendit donc l’oreille et écouta, à défaut d’observer… Elle frissonna à la mention des Auditore, encore plus quand un « nous » se fit distinctement entendre… Il s’agissait donc là d’un compagnon de Rai ? Milles questions passèrent dans son esprit. La première : comment avaient-ils fait pour les trouver ? Et la deuxième : que voulaient ils désormais ? Elle serra d’avantage sa prise sur leurs armes, interdite et méfiante. Cependant, elle changea bien vite de posture quand elle entendit des termes peu élogieux qu’elle devinait sans mal comme lui étant destinés. Elle manqua d’intervenir, rebelle et farouche comme toujours. C’est avec presque satisfaction qu’elle entendit Rai le remettre à sa place et lui coupant l’herbe sous le pied, certes bien loin de sa manière de procéder, mais cela lui permit de calmer ses ardeurs… Puis elle écouta la suite plus ou moins tranquillement, le sang encore bouillonnant. Les derniers mots qu’elle entendit lui glacèrent le sang. D’un partenaire ? Elle ignorait de quoi il retournait exactement mais son instinct lui criait qu’il fallait complètement faire marche arrière et fuir loin. Poussée à l’écouter, elle s’avança enfin, sortant de l’ombre et fit face au balcon d’où provenait la conversation des deux hommes. Mais rien… Elle ne vit qu’une vague ombre disparaitre, alors qu’elle distinguait clairement le dos de Rai… Une illusion ? Surement. Elle fronça plus fortement les sourcils et attendit que le silence s’installe quelque peu pour être sure. L’intrus semblait effectivement parti… Elle s’avança cette fois ci avec plus de conviction et apparut enfin dans l’embrasure de la porte. Les rayons de la lune lui donnèrent un teint plus pâle qu’à son accoutumée, nonchalamment elle appuya son épaule contre le portant, ses sourcils exprimant toujours son interrogation et son regard se posant sur Rai tendit qu’elle croisait les bras. Elle aurait pu lui trancher la gorge sans mal… Ne faisait-il plus attention à ce qui l’entourait ?

« Qui est la pute de qui ? »

Elle resta là à le fixer, frissonnant un peu en sentant la brise sur sa peau à peine couverte. Malgré ça, son air était clair. Elle avait une expression des plus sérieuses. Il avait dû surement déjà la voir ainsi mais pas récemment. Pas depuis qu’ils n’avaient plus d’ennuis. Du moins… Pas avant que ceux-ci ne reviennent toquer à leurs portes. Son regard ne se détacha pas de sa forme et son ton se fit presque plus impératif, camouflant son inquiétude et son ancienne panique par de la colère. Au fond elle pouvait bien lui en vouloir de s’être aventurer de la sorte sans armes et de ne pas l’avoir réveillée. Elle était surtout inquiète. Tout son être sentait le danger arriver, et surtout qu’elle n’allait pas aimer entendre la suite. Cependant elle avait besoin de réponses.

« C’était qui et qu’est ce qu’il voulait exactement ? »

Elle appuya son ton sur le dernier mot, signifiant ainsi qu’elle avait globalement compris l’idée mais qu’il lui restait trop de zones d’ombres. Elle pria intérieurement qu’il ne lui cache rien. Le doute germa en elle de manière insoupçonnée… Allait-il la mettre à l’écart ? Elle en avait peur. Oui, quelque chose en elle lui criait de faire attention, que cette ombre désormais disparue n’allait être que le début d’un test de plus pour eux, et que ce dernier allait se montrer encore plus cruel que les précédents.

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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Jeu 24 Mai - 20:54



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Combien de temps demeura-t-il là, plongé dans ses songes inextricables, à endurer le froid peu clément de cette nuit qui, soudain, lui paraissait à la fois si étrange et si inhospitalière ? Le souffle court et le poil dressé, le cœur battant à tout rompre de s'être trop immobilisé, Rai récupérait inexorablement un rythme vital plus sain sans pour autant savoir délester ses pensées du visage malfaisant de Mephisto. L'air lui semblait toujours aussi irrespirable, même maintenant qu'il s'en était allé... Des sueurs froides ne cessaient de l'éreinter tandis qu'il réfléchissait d'ores et déjà à un moyen de retourner son piège contre le Gardien de la Brume. Ce type était un fameux démon, doublé d'un fou furieux des plus intrépides. Il avait dévoilé sa carte maîtresse au maître du Désert dans le seul but de le pousser à bout, car il savait que l'amant de Mizeria ne pourrait rien en tirer et que cela le forcerait même à la prudence et à la tempérance. Le noiraud devait réfléchir à la moindre conséquence qui risquait de résulter de ses actions, à compté de ce jour. S'enfuir, c'était offrir à son rival l'opportunité de dévoiler le secret de son union tendre avec la Leone... C'était le contraindre à le faire, même. Rester, c'était marcher dans ses combines : il était impensable de s'en prendre aux Auditore frontalement, et c'était précisément pour ce faire qu'il s'était acharné à commettre une multitude d'ignominies qui l'avaient chargé d'un dégoût viscéral à l'encontre de sa propre personne. Il ne pouvait pas se contenter de renoncer à tout le mensonge qu'il avait bâti jusqu'à présent... Cela ne serait ni plus ni moins qu'un blasphème à l'égard de toutes ses victimes. Le Nagafuse ne serait guère plus qu'un parjure, qu'un criminel sinistre et vain, dont la vacuité n'avait mené qu'à un échec risible, dérisoire, dont on se souviendrait durant longtemps comme d'un exemple flagrant de l'insignifiance des individus et de leurs orgueils personnels, de leurs ambitions propres... Permettre à Mephisto de régner sur les Auditore, enfin, c'était offrir à cette famille exécrable et abhorrable un meneur encore plus funeste que les deux actuelles réunies. Sans parler du fait que jamais, ô grand jamais ledit Mephisto ne laisserait son présumé comparse le doubler, en fin de compte, afin de retourner la situation à son avantage... Toute cette nuit s'était refermée autour du jeune mafieux comme un carcan terrible et oppresseur, qui lui collait à la peau et semblait rendre impossible le moindre mouvement qu'il aurait ardemment désiré entreprendre. Toutes ses options étaient compromises... Et l'avenir qui lui apparaissait comme étant si radieux et si niais aux côtés de sa douce moitié s'était mué en un cauchemar des plus lugubres.

Lorsqu'une voix se fit entendre, derrière lui, claquant avec un air quasiment impérieux, le mafieux sursauta grossièrement et pivota précipitamment, manquant de choir lamentablement. Il se rattrapa néanmoins in extremis d'une main, saisissant le rebord de la rambarde avant de s'étaler irrémédiablement, à l'instant même où il reconnaissait enfin l'intonation de la voix et la silhouette qu'il n'avait que très subrepticement entraperçue. Mizeria... Elle s'était réveillée et, manifestement, avait pu assister à une part restreinte de l'échange éconduit précédemment. Tâchant de faire bonne figure et de la rassurer quelque peu, sans pour autant réussir à se montrer véritablement convaincant tant l'affaire le perturbait puissamment, Rai ironisa d'une voix légère et euphorique avant de retrouver un faciès plus sombre, plus grave, plus pesant.

-Me fais pas peur comme ça... J'ai cru à un fantôme !

Il avait effectivement succinctement cru à une apparition féerique et onirique avant de reconnaître sa chère et tendre. La lune l'éclairait d'autant plus frontalement, sur ce balcon, et rehaussait violemment la beauté pure qui émanait d'elle. Il aurait certainement pu s'abandonner à son amour en la détaillant ainsi s'il n'avait pas eu les pensées occupées par des idées noires, bien plus ternes que la perspective d'une union fougueuse et brusque. Sans même évoquer le fait qu'elle n'était potentiellement pas, pour l'heure, d'une humeur des plus câlines... Constatant néanmoins qu'elle semblait endurer le froid nocturne avec difficulté, chose qui s'expliquait sans peine par sa tenue vestimentaire des plus éthérées, le Nagafuse prit la peine de lui indiquer l'intérieur de l'appartement d'un bref signe de la tête avant de s'y orienter de lui-même, rentrant sans plus tarder pour qu'elle puisse refermer la porte derrière eux.

-Viens... Allons en parler à l'intérieur. J'ai trop à te dire... Ce n'est pas la peine de mourir de froid...

Conduite symptomatique de la perturbation qui l'habitait alors, il ne prit pas la liberté de voler un baiser à la Leone ou même d'esquisser une caresse, y compris superficielle, tandis qu'il passait à ses côtés. Il s'en alla plutôt directement jusqu'à un robinet, qu'il ouvrit sans plus tarder. Il laissa une dose généreuse d'eau s'étaler sur son visage puis se frotta plus ou moins énergiquement, tâchant de ramener un tant soit peu de sérénité avant de se livrer à Mizeria. Il allait devoir réaliser un exercice des plus périlleux, cette fois-ci : tâcher de lui présenter les choses telles qu'elles lui apparaissaient sans pour autant se montrer trop pessimiste et trop fataliste dans ses constats. Il devait y avoir un moyen de retourner la situation contre Mephisto, et même hypothétiquement d'en tirer un profit conséquent pour asseoir sa légitimité auprès des deux Soleils... S'il parvenait à tirer son épingle du jeu, son rival trouverait la mort, emportant avec lui le secret de l'amour irrationnel et insondable qu'il destinait à la belle Leone, et lui parviendrait à justifier sa position et même à pousser l'entièreté de ses collègues et subordonnés à le voir comme un parangon de loyauté, voire de dévouement. Il devait miser sur cette issue-ci, même si elle n'avait que des chances infimes de se réaliser... C'était là leur salut, la seule opportunité qu'il possédait encore de livrer aux côtés de son amante une existence raisonnablement paisible, plus à tout le moins que s'ils étaient condamnés à la cavale, traqués par des hors-la-loi sanguinaires aux desseins plus que douteux. Une fois qu'il eut récupéré un semblant d'assurance et d'audace, le jeune homme se redressa promptement et pivota pour appuyer son bas dos contre le rebord de l'évier. Il croisa les bras, dans une posture qui se voulait à la fois posée et nonchalante, et entreprit de livrer à la curieuse les renseignements qu'il lui devait. Ils étaient unis, après tout... Et l'idée de lui mentir, cette fois-ci, n'émergea pas même une demie-seconde durant. Il fut limpide, et honnête comme jamais.

-C'était Mephisto. Gardien de la Brume de la famille Auditore... Trafiquant, dealer, proxénète à ses heures perdues. Un type... Assez insaisissable. Potentiellement autant que moi. Il cache beaucoup de choses. Tout le monde le sait. Tout le monde se méfie de lui comme de la peste. Les Soleils l'ont sûrement choisi comme Gardien davantage pour le tenir à l’œil plutôt que pour lui adresser leur pleine confiance... Il a... Quelque chose d'ignoble. De répugnant. Je n'arrive pas à l'expliquer mais... Instinctivement, je le déteste. Je pense que c'est parce qu'il m'est à la fois opposé... Et très similaire.

Cette pensée, pourtant simple et anodine, le fit frissonner de plus belle. De dégoût, cette fois-ci. Il n'aimait pas l'idée de s'assimiler à un monstre aussi sanguinaire et impitoyable mais toutefois, les faits étaient tangibles, et absolument indiscutables. A tel point qu'il en aurait eu la nausée... L'un comme l'autre semblaient prêts à tout. L'un comme l'autre misaient sur l'intelligence, la ruse et la pleutrerie plutôt que sur le courage et la témérité. L'un comme l'autre prenaient des précautions colossales avant de passer à l'action, et l'un comme l'autre tâchaient de conserver systématiquement une myriade de coups d'avance sur leurs opposants. L'un comme l'autre étaient manifestement doté d'une volonté hors norme... Et l'un comme l'autre, surtout, étaient nimbés d'un puissant mystère. Ils représentaient une énigme pour les autres mafieux, qui n'avaient que très rarement la chance de les côtoyer. Il était pour le moins inusuel de les voir travailler avec quelqu'un d'autre... Pour tout dire, le partenaire le plus fréquent du Nagafuse était sans nul doute Mizeria, lors même qu'ils ne s'étaient jusqu'à présent croisés que très résiduellement. Et néanmoins, le noiraud affirmait sans peine qu'ils avaient plus d'une notoire différence... A commencer par la noblesse de leurs idéaux les plus fous. Si Rai n'avait pas la moindre chance de savoir ce que Mephisto souhaitait entreprendre sur le long terme, il imaginait que sa vision des choses était davantage peuplée de misère et de violence que d'euphorie et de candeur...

-Manifestement, il veut démettre les deux Soleils de leurs fonctions. Et prendre leur place... Il sait pour nous deux, et va sûrement vouloir m'utiliser pour arriver à ses fins. Mes capacités lui seront plus qu'utiles, cela va sans dire... Mais je doute qu'il soit seul. Il n'est pas assez imprudent pour avoir collectionné les amitiés, mais s'il sait que nous sommes deux, il aura pris la liberté d'obtenir quelques alliés également, afin de nous tenir à l’œil systématiquement. Il veut t'utiliser comme un moyen de pression... Tacite, je dirais. M'est avis qu'il ne s'en prendra pas directement à toi. Mais cela ne l'empêchera pas de m'en faire la menace... Il est trop imprévisible pour que je ne me livre à quelques bravades. Et il sait que je ne l'ignore pas. En bref : il a très nettement l'avantage, pour l'heure.

Et comment faire pour inverser ce rapport de force ? Pour le coup, le Nagafuse n'en avait pas la moindre idée et il sentait que ce fatalisme risquait fort de l'obséder, dans les heures à venir. Allait-il seulement trouver le sommeil, dans ces conditions ? Fort complexe de l'envisager... Il était trop perfectionniste pour faire une croix, même temporaire, sur l'infériorité crasse qui le hantait, pour l'heure. Il poussa un soupir las en songeant que dans l'absolu, tant que Mephisto ne l'avertissait pas des prochains mouvements qu'il allait esquisser, il n'allait pas pouvoir y riposter intelligemment de quelque manière que ce fut... C'était douloureux à admettre, mais l'autre crapule avait l'ascendant et, pour l'heure, avait même l'initiative. Ils étaient comme pris au piège...  

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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Lun 28 Mai - 20:31



Did  I  lose  myself ? Or  did  I  gain you ?




Elle le regarda sceptique. Ses réactions lui paraissaient presque trop bizarres… Pourquoi s’effrayait-il de si peu ? Elle n’oubliait toujours pas qu’elle aurait pu aisément lui faire du mal. L’idée que Rai puisse se faire avoir si bêtement l’énerva déjà puissamment. Elle le regarda avec un air désapprobateur, le laissant reprendre un peu de contenance et ne participant pas un seul instant à sa manière de prendre les choses à la légère. Il sembla comprendre qu’elle n’était pas prête à rigoler ni à oublier ce qu’elle avait entendu. Il lui indiqua l’intérieur et, d’un simple hochement de tête, elle acquiesça avant de le suivre. Il n’avait même pas eu un regard de plus pour elle, pas le moindre geste, mais ça ne lui effleura même pas l’esprit. Ce dernier était trop occupé par l’ambiance pesante qui s’installait. La mafieuse referma la porte du balcon et resta, plantée au milieu de la cuisine, les bras croisés, à attendre que son cher et tendre se remette d’aplomb. Avec un énervement toujours croissant, elle le fixa se débarbouiller le visage. De plus en plus son instinct lui criait que ça n’allait pas, qu’elle devait se méfier. Quand enfin il eut fini, elle ne changea rien à sa posture, plantant simplement d’avantage son regard sur sa forme. Le brun avait beau adopter une posture posée, la sienne restait toujours des plus crispée. Plus elle attendait qu’il prononce quelques mots, plus elle s’inquiétait. Elle sentait presque son cœur, cogner dans sa tête. Pourquoi diable ses sens s’affolaient-ils de la sorte ? Elle fit le vide dans son esprit quand il commença à parler.

Son sang se glaça quand il lui expliqua, grossièrement, les caractéristiques principales de leur supposé nouvel adversaire… Elle avait donc vu juste, il s’agissait d’un Auditore… Pour le reste, le funeste souvenir de son oncle vint peser sur sa poitrine de nouveau. Elle ne connaissait rien de cet homme mais il la répugnait déjà, la renvoyant avec force à son passé des plus glauques et pervers. Elle l’écouta continuer, emmagasinant toutes les informations qu’il lui donnait et intensifiant son rejet pour l’individu. Elle eut un rire nerveux à la mention des deux soleils se méfiant de leur propre gardien, ainsi qu’aux quelques qualificatifs dont le Nagafuse fut usage pour décrire son collègue. Une seule question lui vint alors aux lèvres. Pourquoi de tous, de tous ceux qui auraient potentiellement pu découvrir leur relation... Ce fut lui. Quels dieux ou autres entités avaient-ils mis en colère pour mériter un tel sort ? Ox avait déjà relativement fait fort, les fous furieux du tableau avaient encore mis la barre plus haut… Que leur offrait donc ce nouvel opposant ? Il semblait être un savant mélange de leurs précédents ennemis mais en plus intelligent et plus sournois. Ça ne lui plaisait guère…

Elle oublia son constat pour écouter une fois de plus son compagnon. Il se mit à lui expliquer le tenant de la conversation qu’elle avait quelque peu entendu… La blonde resta interdite un long moment, assimilant difficilement ce qu’il venait de lui avouer. Se débarrasser les deux soleils des Auditore ? Il était donc fou à ce point ? Et le pire était à venir, il allait les faire plonger dans leur folie. Rai le premier…. La perspective de finir comme moyen de pression ne l’enchantait guère, mais elle ne craignait pas pour sa vie. Il pouvait bien venir s’en prendre à elle, il devait surement ignorer à quel point il risquait d’être dangereusement reçu. Non, vraiment ce n’était pas la perspective que leur relation devienne un point faible qui l’inquiétait le plus… C’était simplement la suite des évènements. Doucement le constat se fit plus lourd et sans appel dans son esprit. Son air livide ne la quitta pas et c’est presque dans un souffle qu’elle lui donna une réponse à tout ce qu’il avait énoncé, même s’il ne semblait pas en attendre une… Il plaçait leur opposant en avantage, elle refusait de se considérer avec un handicap dès le départ.

« Non. C’est hors de question. »

Doucement elle quitta sa légère tétanie pour reprendre un regard plus ferme. Une chose était sûre pour elle, ils ne pouvaient clairement pas participer à une telle folie, même sous la menace. Elle desserra cette fois ci les bras, mais non par volonté de se calmer, plutôt pour exposer tout son énervement qui venait d’atteindre son climax.

« Qu’est ce qu’on va faire de cette situation ? J’espère que tu ne songes pas, mais vraiment pas, à céder à la menace et l’aider pour le doubler par la suite. C’est trop risqué ! Si c’est pas des mafieux qui nous feront la peau, ça sera lui et ses partenaires... Comment veux-tu le doubler si même toi tu trouves qu’il a déjà l’avantage ? Si même toi tu le places comme danger c’est suffisant pour que je puisse dire qu’on craint beaucoup plus à l’affronter que ce qu’on a pu vivre avec les autres crétins ! »

Sa voix était montée en puissance, malgré elle, laissant transparaitre toute sa crainte. L’idée même de devoir vivre constamment sous la menace de la traque lui était insupportable… Elle savait que les Leone ne lui feraient jamais ça, qu’elle ne craignait rien pour sa part. Mais du côté de Rai, les choses ne se présentaient pas si bien…. De manière générale, elle sentait qu’ils allaient finir comme des bêtes de foire si jamais l’histoire s’ébruitait. A ce moment-là, ils risquaient fortement de se retrouver seuls contre tous… Ou presque seuls. Elle doutait désormais du soutien des Leone, pouvait-elle leur en demander tant. Pour sûr, s’ils choisissaient l’option de coopérer au plan machiavélique du gardien de la brume, ils pouvaient dire adieu à cette aide… Une autre chose transparaissait également dans ses mots et sa légère panique. Elle ne comptait pas se désolidariser de Rai, ils étaient désormais deux à faire face. Même si cela rendait le problème encore plus complexe, inconsciemment elle savait déjà qu’elle n’en démordrait pas. Ce n’était là ni une promesse qu’elle s’était faite silencieusement ni un commandement, mais il y avait quelque chose de sacré gravé en elle. Plus jamais ils ne feraient la route chacun de leur côté. Elle était prête à le suivre jusqu’au bout du monde, mais surement pas en enfer. Elle était là pour l’en empêcher et même le trainer de force dans une autre direction s’il le fallait.

« Et la suite Rai ? Qu’il réussisse ou pas à se débarrasser des chefs ? Tu auras quoi comme étiquette ? Celle du traitre ? Celle de celui qui a voulu placer encore pire à la tête des Auditore ? Parce que oui il sera pire. Ça ne passera pas inaperçu peu importe l’issue ! Il n’y aura plus aucune porte de sortie et la tu.. On.. Deviendra des cibles à abattre. »

Son souffle sembla se couper à la fin de sa phrase. Sa colère s’exprimait encore, mêlée à une panique incontrôlable. Et si elle le perdait ? Le risque était trop grand. Plus elle avançait dans son raisonnement, plus elle avait l’impression que les murs se resserraient sur elle, sur eux. Jamais ils ne pourraient s’en sortir. S’ils acceptaient, ils se faisaient de la sorte complices d’un crime contre l’humanité, car changer le chef des Auditore pour ce monstre ne laissait rien envisager de bon. Soit ils prenaient parti de le doubler, risquant alors leurs vies. Soit ils refusaient clairement et prenaient aussi le risque de dire adieu à une vie tranquille. Comme pour repousser ses funestes idées elle leva les mains, rompant enfin le contact visuel.

« Je ne peux pas. Là c’en est trop. Je pensais nous laisser le temps de décider tranquillement mais là on peut clairement pas… On doit déjà être surveillés ou ça va pas tarder et je refuse en bloc toute cette situation. Il faut qu’on fasse appel aux Leone ils comprendront. »

Pour elle ce n’était plus que la seule option. Faire ainsi revenait à lui forcer quelque peu la main mais au moins ils parviendraient à être sauvés et ne pas participer à ce semblant de coup d’état.. Ils auraient au moins la chance de bénéficier d’une protection et de jouir d’un peu de paix avant de s’occuper de la vengeance de Rai.. C’était ce qui lui paraissait de plus sur…

« Et j’attendrais pas que l’autre se repointe. Le temps presse »

Joignant les gestes à la parole, elle partit précipitamment en direction de leur chambre. Elle ne comptait pas croupir dans cette inquiétude poignante pendant des jours et des jours. D’autant plus que s’ils étaient surveillés, il ne fallait pas tarder à agir avant qu’on ne les intercepte. Se mettant toujours martel en tête, elle attrapa rapidement des vêtements et commença à s’habiller. Oui le temps pressait, elle avait l’impression qu’ils y jouaient leur vie. Ses gestes quelque peu gauches par rapport à d’habitude, ne faisaient que transpirer toute la panique et le stress dans lequel elle se trouvait. Elle avait bien trop peur… Peur qu’ils soient jetés dans la fosse aux lions, peur d’être découverts et rejetés, pire encore, peur d’être coupables de crimes qu’ils n’auraient jamais imaginés… Mais surtout, elle mourrait de peur de perdre ce qu’ils construisaient à peine. Elle avait peur de le perdre lui.


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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Mar 29 Mai - 9:28



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Le calme apparent qu'il avait recouvré n'avait pas aidé la jeune femme à conserver son sang froid, de son côté : elle bouillonnait, révoltée et indignée. Et il ne pouvait que la comprendre. Tout cela était irritant, au plus haut point, et le mot était encore faible : il ne pouvait qu'exécrer d'autant plus la figure haïssable qu'incarnait Mephisto, sans pour autant pouvoir se résoudre à aborder une posture ou une autre. Il savait que Mizeria avait son mot à dire, et il ne l'empêcha pas de parler, pas un seul instant durant. A contrario, Rai nota précieusement le moindre des avis de la belle avec gravité, sachant que la discussion faisait parfois fortuitement naître des solutions. Il avait beau être doué d'un pragmatisme et d'un esprit critique vif et saisissant, il n'en était pas moins profondément faillible, comme tout autre être humain... Ses habitudes pernicieuses et lâches le poussait fondamentalement à préférer une certaine approche de cette situation désespérée et inextricable, qui était exactement similaire à celle que son rival favorisait à son tour. Ils jouaient sur le même terrain, pour ainsi dire, et si le Gardien de la Brume se montrait plus doué que lui, alors le couple risquait fort de connaître un destin funeste... A moins que la Leone, de son côté, ne rajoute sa pierre à l'édifice. L'idée était folle, et probablement susceptible de leur causer du tort, mais en laissant l'initiative à Mizeria, le Nagafuse songeait bassement qu'il était possible de prendre leur ennemi par surprise. Ce dernier n'ignorait pas la tendance autoritaire que le mafieux pouvait développer lorsqu'il prenait les choses en main : le noiraud n'avait jamais été du genre à se laisser dicter sa conduite docilement. Sa relation avec la belle guerrière avait néanmoins su changer ce défaut... Et leur couple pouvait à ce titre développer une stratégie à laquelle leur ennemi ne pouvait pas s'attendre. Sauf que rien de tout cela ne semblait avoir pour l'heure seulement effleuré l'esprit de la conseillère qui, de son côté, fulmina puis, scandalisée, et sans nul doute étourdie par la brusquerie de la situation, décida d'en faire appel à la famille qu'elle servait.

Elle s'en alla dans la chambre si prestement et si vivement que, pour le coup, l'Auditore fut absolument incapable de l'en empêcher. A contrario, il demeura là, immobile et coi, silencieux, le teint blême et interdit. Faire appel aux Leone ? Il ne pouvait pas s'y résoudre. Plus il y songeait et plus il savait, en son âme et conscience, que cette décision était à la fois irresponsable et inacceptable. Cela n'allait pas les sauver. La furie des Soleils, lorsqu'elle apprendrait le traître qu'il était et qu'il avait manifestement toujours été, ne serait pas arrêtée par les quelques obstacles que la famille savante et sage de Mizeria pourrait dresser en leur nom. Dans le meilleur des cas, une véritable guerre intestine allait naître, à Venise, et causer des dommages irréversibles, tant au sein des deux familles concernées qu'au sein des populations civiles qui seraient inévitablement ciblées par les Auditore en guise de dommages collatéraux. Les crapules avaient l'ascendant, lorsqu'il s'agissait de livrer une guerre ouverte et totale : car ils pouvaient s'octroyer le luxe de recourir à des otages... Or, si les citoyens italiens qui séjournaient ici se trouvaient être exposés à la vindicte perpétuelle et cyclique de ces deux familles, qui n'irait qu'en grandissant exponentielle au fur et à mesure des batailles et des querelles sanglantes, W.R.A.T.H. n'allait pas tarder non plus à rajouter sa pierre à l'édifice. Des milliers trouveraient la mort... Et les tensions seraient encouragées par les alliances multiples que les familles avaient pu tisser. Les Di Luna, par exemple, n'allaient probablement pas demeurer éternellement de marbre : ils allaient vouloir prêter leur force à leurs alliés de toujours, les Leone... Et tout cela était intolérable, du point de vue de Rai. Il ne voulait ni ne pouvait être réduit à l'état d'instrument d'une guerre sans pitié. Cette seule idée lui glaçait le sang et le meurtrissait violemment, répandant en son être une effrayante perspective : il lui semblait qu'il était encore plus simple pour lui de se donner la mort, ici et maintenant, et de n'avoir plus jamais à porter le poids de la souffrance d'autrui. Pour le meilleur comme pour le pire, sa compagne avait rappelé en lui toute l'humanité qu'il avait tu. Il ne pouvait désormais plus la réprimer dans le sang et la violence...

Lorsqu'il fit irruption dans la chambre, Mizeria était tout juste en train de se vêtir. Il ne lui laissa pas le temps de poursuivre : il s'élança dans sa direction et vociféra une objection viscérale, avant de lui attraper le poignet peut-être plus fortement qu'il n'aurait pu le souhaiter de prime abord. Il ne voulait pas qu'elle décide. Pas pour eux deux, et pas pour aboutir à une conclusion aussi morbide. Il ne voulait pas que leur idylle si délicieuse en vienne à se parjurer, à se couvrir de d'opprobre, à susciter la mort de centaines d'autres couples qui, eux aussi, méritaient de savourer leur existence...

-Mizeria, non ! On ne peut pas faire ça ! On ne doit pas le faire !

Comme mortifié par la perspective de lui faire mal, et comme s'il prenait soudain conscience de son manque flagrant de délicatesse, le mafieux la relâcha aussi brusquement qu'il avait pu l'attraper et réalisa mécaniquement un pas vers l'arrière, se plaçant momentanément en retrait, avant de s'indigner à son tour. Son rythme cardiaque s'emballa et ses paupières s'écarquillèrent tandis que des sueurs froides l'accablait. Sa quiétude restaurée s'était désormais pleinement volatilisée, et Mizeria allait se rendre compte du fait qu'il était terrifié. L'idée d'un bras de fer contre Mephisto ne pouvait que l'angoisser : il n'avait absolument pas la certitude d'y être apprêté, et craignait même d'être dépassé en tout point. C'était la première fois qu'on lui opposait un adversaire susceptible de se montrer plus retord qu'il ne l'était lui-même, et de cette désagréable sensation, celle d'être cerné et relégué à l'état de proie, ne pouvait que naître davantage d'effroi et de panique.

-Les Leone n'accepteront pas ! Sauf si on leur dévoile tout, si on leur annonce mes ambitions... Tout sera perdu, Mizeria ! Ce genre de vérité se répandra comme une traînée de poudre ! Je n'aurai plus jamais la possibilité de détruire ce système, et tous seront morts en vain ! Cet enfant... Cet enfant que j'ai tué n'aura été qu'un sacrifice désuet, au nom d'une cause perdue d'avance ! Je ne peux pas m'y résoudre ! Je le refuse !

Une larme d'amertume naquit à son tour, au sein de cette tornade vorace de sentiments déplaisants qui l'habitaient alors, mais il ne s'en formalisa guère. Déjà haletant, il haussa encore la voix d'un cran et prit la parole plus précipitamment que jamais, comme si la seule idée que Mizeria puisse vouloir le couper lui était intolérable. Elle devait entendre tout ce qu'il avait à lui dire... Elle le devait, et elle devait le comprendre. Car si elle n'y parvenait pas, alors tout ce qu'ils s'étaient dits et tout ce qu'ils avaient vécu n'avait été ni plus ni moins qu'un tissu mensonger, qu'une chimère, qu'une illusion grotesque par laquelle il avait été piégé. Si la Leone tenait véritablement à lui, elle allait devoir l'écouter.

-Et combien de temps pourront-ils veiller sur nous ? Sans rien nous demander en échange ? Ils t'aiment, Mizeria, et ça je veux bien le croire... Mais moi ? La moitié de tes pairs préféreront me mettre à mort lorsqu'ils auront entendu toute l'histoire ! Quand les Auditore riposteront et décideront de plonger Venise dans un chaos infernal, tu crois vraiment que tes amis accepteront d'offrir leur vie et celle de milliers d'innocents pour garantir la survie de notre couple ? Ils feront en sorte de me livrer à la première occasion pour restaurer un semblant de quiétude ! Tu as sûrement des raisons de leur adresser ta pleine confiance... Mais pense à moi ! Partout où j'ai été, les mafieux se rendaient coupables de délits et de crimes tous plus ignobles les uns que les autres ! Je ne peux pas croire que ta famille déroge à cette règle tant que la preuve ne m'a pas été apportée ! Et même si je le croyais... Nous ne sommes pas indispensables à Mephisto ! Il trouvera un moyen de rebondir et s'il parvient au sommet des Auditore... Tout est perdu ! On est les seuls à pouvoir l'en empêcher ! Jamais les Leone n'accepteront de s'y mêler et même s'ils le font, jamais les Auditore ne les croiront ! Ils penseront à une stratégie visant à insinuer la discorde, et cela ne fera que crédibiliser davantage encore ce foutu Mephisto !

Sa tirade trouva une pause soudaine tandis qu'une douleur virulente se réveillait au niveau de son épaule. L'excitation et l'angoisse l'avaient poussé à gesticuler davantage, et ses paupières exorbités n'en étaient que le plus discret des signes... Il porta nerveusement sa main jusqu'à sa blessure mais ne cessa pas son monologue pour autant. Il avait tant de choses à dire qu'il semblait perdre le fil : même son esprit, méthodique au possible, n'était pas susceptible d'endosser tout le poids qui le tiraillait alors sans broncher, ni montrer le moindre des signes de faiblesse. Il n'était qu'un homme, et cette douloureuse assertion ne cessait de le malmener plus douloureusement encore que sa blessure en voie de guérison.

-Je comprendrais que tu veuilles aller trouver refuge chez les Leone. Et je ne t'en empêcherai pas. Mais je resterai, Mizeria. Je resterai. Et je tuerai Mephisto. Avec... ou sans toi.

Une lueur résolue de détermination infaillible naquit alors au sein des pupilles du noiraud qui, sourdement, serra son poing gauche, laissé ballant le long de son corps. L'idée de vivre sans elle le désespérait, sans nul doute... Mais il ne pouvait pas laisser à Mephisto l'opportunité de mener sa quête à son terme. Il devait le mettre à mort. Lui, plus que quiconque, devait se voir apporter un point final à sa sinistre carrière. Il ne devait plus jamais être susceptible de causer du tort... Puis, soudain fougueux, le Nagafuse avala à nouveau la maigre distance qu'il avait réinstauré entre lui et la Leone, et vint planter sur ses lèvres un baiser fiévreux. Si elle décidait de lui fausser compagnie, elle devait en prendre conscience : il ne lui en tiendrait jamais rigueur. C'était une sordide histoire dans laquelle elle avait été intriquée par sa faute... Il n'était pas assez égoïste pour croire que la chose était plus tolérable de son côté de la barrière. Mais il ne pouvait pas se résoudre à recourir aux bons offices des Leone. C'était impossible. Le Gardien du Désert s'abandonna donc à leur baiser, dans la crainte qu'il ne s'agisse là du tout dernier qu'ils pouvaient échanger. Il voulait qu'elle garde, quoi qu'il arrive, une image bouillonnante et passionnelle de l'amant qu'il était...

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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Mar 29 Mai - 22:18



Did  I  lose  myself ? Or  did  I  gain you ?




La jeune femme s’habillait toujours dans la hâte, s’occupant de boutonner maladroitement la chemise de son amant. Son esprit était confus, elle se sentait pressée, ou plutôt oppressée. C’était comme si son souffle était en train de se couper. Ses gestes se firent plus rageurs, elle devait sortir de là, faire quelque chose. A vrai dire, les sortir de là. Ce qui l’angoissait le plus était le fait qu’ils soient de nouveau coincés, mais cette fois ci dans le monde réel. Après avoir été pour l’un piégé dans une boite puis en cœur emprisonnés dans un tableau, la contrainte qu’on leur imposait ici lui paraissait comme la pire des situations. Même les enjeux lui paraissaient démesurément plus grands, à hauteur de son amour pour Rai. Il était facile, avant, de se battre. Elle ne s’était pas encore autant liée à lui.. L’idée de le perdre ou que cela finisse mal pour lui la terrorisait énormément. Elle n’imaginait plus sa vie sans lui, et la moindre pensée qu’il puisse être touché ou blessé lui était désormais insupportable. Elle se sentait d’autant plus paniquée à l’idée de faire face à deux au problème. Jamais dans toutes les aventures qu’ils avaient partagées, ils s’étaient réellement posés comme une seule et même entité, comme un duo indéfectible. Rien que ce constat changeait la donne. Il leur fallait penser à leur bien commun désormais. Seulement, en était-elle capable ? Elle, la conseillère de la lune des Leone, qui était tant connue pour être imprévisible et téméraire. Si ça ne tenait qu’à elle, plusieurs plans, les plus audacieux les uns que les autres auraient déjà été pensés, voir essayés. Elle savait que l’attaque de front était rarement la solution, elle savait également se montrer réfléchie et sage…. Elle devait l’être encore plus à cet instant même. Elle n’avait plus que d’elle à se soucier, elle plaçait même le brun avant son propre bien être.

Quand ce dernier arriva dans la chambre, elle leva vaguement les yeux sur lui, encore accablée par le triste avenir qui semblait s’offrir à eux. La jeune femme grimaça quand il attrapa son poignet, la forçant à lui faire face. Depuis quand était-il si brusque avec elle ? Voyant ou non sa grimace, il sembla se dégager et reculer quelque peu. Ses paroles attisèrent une nouvelle fois sa colère. Il émettait une objection ? Milles insultes eurent envie de franchir ses lèvres. Elle avait l’impression de devenir folle, de ne plus suivre. Leur relation comptait-elle au final si peu pour qu’il puisse balayer l’idée de se mettre à l’abri de la sorte ? Voulait-il réellement se jeter dans la bataille et risquer de tout perdre ? Il n’en avait pas le droit. Il ne pouvait clairement pas leur infliger un tel sort, ils ne le méritaient pas. Même lui semblait au bout du rouleau, paniqué et effrayé par ce qui s’annonçait. Elle mourrait d’envie de le secouer, de lui remettre du plomb dans la cervelle. Mais elle n’en fit rien. Elle resta là, se tenant le poignet et l’écoutant céder à son tour à la panique et à l’énervement. Jamais elle n’aurait songé le voir ainsi, lui qui était d’ordinaire si composé et réfléchi, l’homme même dont elle admirait l’esprit pour ses facultés d’analyses et de réflexions, lui qui était toujours un si bon stratège et maitrisait plus aisément les situations dangereuses que n’importe qui d’autre, lui… Lui aussi était au pied du mur. Comprendre ça lui fit froid dans le dos et renforça son sentiment d’impuissance et d’injustice. Ils ne s’en sortiraient pas…

Au mot « ambitions » elle eut envie d’éclater de rage. En avait-il assez d’elle déjà ? Etait-ce uniquement sa vengeance qui importait ? Un gout amer s’installa dans sa bouche, renforcé d’autant plus quand il lui expliqua son macabre constat. Il venait, une fois encore, de démonter brillamment tout son raisonnement, de réduire en miettes son idée, d’écraser le peu d’espoir qu’il lui restait. Elle se sentit comme sombrer dans les ténèbres. Oui, ils devaient bel et bien être fichus. L’aventure s’arrêtait là pour tous les deux. Il n’y avait plus rien à faire. Son cœur se ternit davantage à ses derniers mots. Rentrer chez les Leone ? Que ça soit avec ou sans elle ? Mizeria avait l’impression de n’être plus là. Son cœur tambourinait bien trop à ses oreilles, brouillant sa vue, saccadant de plus en plus sa respiration. Allait-elle mourir d’énervement ? Ou bien de tristesse ? Son être se trouvait partagé entre les deux. Même le baiser de Rai ne suffis pas à recoller les morceaux. Il sembla même que la fougue de son baiser mis le feu aux poudres.

Elle le repoussa dans un premier temps, refusant qu’il achète son approbation par de telles attentions charnelles, rejetant également en bloc l’idée de rentrer sagement. Le gout amer dans sa bouche sembla lui donner comme envie de vomir. Comment pouvait-il lui poser un tel ultimatum.

« Je te déteste… »

Les mots venaient de dépasser sa pensée. Des larmes naquirent aux coins de ses yeux et elle leva la main pour extérioriser d’autant plus sa rage. Au final, au dernier moment, elle se ravisa et laissa retomber lourdement sa main, serrant juste les poings. Elle avait promis de ne plus le frapper, de le couvrir uniquement de tendresse et d’affection. Un sourire tout aussi amer que le gout qui ne la quittait pas passa sur ses lèvres.

« Tu me dis que partir comme si c’était pas grave.. Comment peux-tu. »


Elle recula à son tour, luttant toujours contre l’envie de lui infliger une monumentale gifle. Elle se sentait trahie, comme si une fois de plus elle s’était trop engagée pour avoir moindre en retour. La tête lui tournait, elle se sentait idiote, confuse. Sa voix se fit cependant plus calme, même légèrement plus triste, et ce, surement à cause des larmes qui menaçaient de couler.

« Où est ce que tu penses à nous Rai, là-dedans. A aucun moment… On va se faire tuer, c’est l’unique fin qui nous attend dans cette histoire… Je… Je peux pas t’offrir plus que je ne le fais… Mais comment peux-tu jeter tout ça de la sorte ? »

Elle réprima un sanglot, elle ne voulait pas pleurer. Pas maintenant, et pas devant lui. Elle était encore proche de lui mais se sentait pourtant si seule. Ca lui allait presque de se montrer égoïste. Ils allaient juste devenir les victimes pour le bien du plus grand nombre. Elle réprima un autre sanglot avant de s’écarter de lui.

« Tu vas sacrifier tout ce qu’on a.. Tout ce qu’on aurait pu avoir »

Elle s’en alla, partant vers la salle de bain pour s’y enfermer et s’isoler. Au fond d’elle la Leone savait pertinemment qu’il avait raison. Qu’ils ne pouvaient pas impliquer d’autres personnes et risquer des centaines voire des milliers de morts au nom seul de leur amour. Elle-même ne pouvait pas revendiquer ça, elle qui avait toujours fait passer les autres avant son propre bien. Mais pourquoi ? Pourquoi justement ce cruel sort tombait sur eux ? Elle avait envie de vivre comme les autres, une idylle des plus troublantes, à l’abri de tous. Ils auraient pu s’épanouir l’un et l’autre, puisant leurs forces dans celles de l’autre, se complétant plus que jamais, grandissant au contact de leurs sentiments toujours plus forts, vieillissants même, pourquoi pas, ensembles. Cependant il lui semblait que le destin n’en souhaitait pas ainsi. Peut-être voulait-il les punir de toutes leurs erreurs… Ils ne toucheraient surement plus jamais au simple bonheur que les autres couples pouvaient aisément obtenir. Elle l’avait au final accusé d’être la cause de tout, mais elle savait pertinemment qu’il n’y pouvait rien. Lui aussi n’était qu’une victime de cet ignoble destin. Elle lui en voulait simplement d’abandonner si vite, d’accepter qu’elle puisse partir de son côté quand elle ne faisait que se battre pour eux deux désormais.

Elle avait envie d’hurler. L’air lui manquait de plus en plus. Elle porta sa main à son cou et se griffa presque jusqu’au sang, restant accrochée à sa pauvre peau précédemment meurtrie. Elle avait l’impression qu’on l’étranglait à nouveau, qu’une entité voulait simplement la faire souffrir jusqu’à que mort s’en suive. Elle se demanda une nouvelle fois ce qu’ils avaient bien pu faire pour être maudits de la sorte. Il lui semblait pourtant qu’ils ne demandaient qu’à vivre, que jamais ils n’avaient été trop demandeurs, trop égoïstes… Ils se découvraient encore à peine et ils devaient désormais être testés encore plus durement qu’ils ne l’avaient jamais été. Elle en voulait à la terre entière. D’un geste tout aussi rageur elle abattit son poing sur le mur. Elle détestait ce sentiment d’impuissance... La pauvre cloison ne lui avait rien fait pourtant elle fit les frais de toute sa colère, encaissant de nouveau plusieurs coups jusqu’à qu’elle se laisse glisser contre elle. Une fois au sol, elle ramena ses jambes à elle et agrippa le col de la chemise de Rai. Elle suffoquait. Faisait-elle une crise de panique ? Surement. Elle découvrait avec horreur qu’elle n’était toujours pas guérie, son assurance était loin d’être revenue. Elle détestait se sentir ainsi, cela ne faisait que la rendre réellement plus impuissante… Elle ne lui serait surement d’aucune aide à rester dans cet état. Juste un poids mort que le brun ne ferait que se trainer… Mais se reprendre lui semblait terriblement dur, d’autant plus qu’elle suffoquait toujours d’avantage. Allait-elle finir par en mourir la maintenant ? Elle ne le voulait pas. Elle sentait couler dans ses veines la même rage que tout à l’heure mais également la rage de vivre. Puis elle devait se reprendre et tout régler. Si jamais Rai venait à la croire, voir même lui en vouloir ? Cette fois ci les larmes coulèrent.


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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Mer 30 Mai - 9:31



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Ce fut la pire douche froide qu'il eut jamais à essuyer. La pire déconvenue, aussi : la plus douloureuse, en tout cas, car elle lui parvenait avant toute autre chose de l'intérieur de son cœur. Cette douleur immanente s'insinua en lui tandis que Mizeria le repoussait sèchement, apparemment peu réceptive à l'amour qu'il avait voulu lui véhiculer. Mais elle se mua en une agonie lancinante et des plus lourdes lorsque les trois mots anodins furent évoqués à son égard, de la part de la seule femme qu'il eut jamais aimé. Blême et pâle, le mafieux demeura de marbre, immobile et coi, incapable de répondre à cette assertion qu'il n'avait jamais imaginé entendre, y compris dans ses cauchemars les plus horrifiants. Les mots et les reproches de la Leone ne firent par la suite que glisser sur sa peau sans qu'il ne parvienne à en saisir le sens : seule la menace d'une baffe imminente le força à dévier le regard, mécaniquement, mais sans grande conviction. Il ne chercha même pas à s'en prémunir, se contentant d'attendre ce châtiment qu'il n'avait plus le courage d'éviter. Si la claque ne vint jamais, les mots vinrent remplir son office en achevant de l'assassiner, de le traîner dans la boue, de le couvrir d'un venin des plus acerbes et des plus caustiques. La respiration de Rai, haletante dans un premier temps, retrouva bien vite sa quiétude ordinaire tandis qu'il était confronté à cette vague colérique et haineuse que sa bien aimée ne semblait plus être capable de contenir. Il endura tout sans piper mot, sans chercher à réagir un traître instant : il n'en avait pas la volonté, ni la force. Elle l'avait vidé. Vidé de toute énergie, de toute ardeur. Il ne voulait plus, ne pouvait plus. Tout lui semblait désormais nécessiter des efforts démesurés, dantesques, comme si elle venait de le renvoyer à sa condition pathétique d'être déjà moribond. Elle l'avait reconstruit : il l'avait assuré, et maintenait ces propos corps et âme, éperdument. Mais elle venait également de le détruire, à nouveau... Tandis qu'elle s'éclipsait, insaisissable et subreptice, le jeune homme quant à lui demeura dans la chambre, débile et tout juste conscient. Sa bouche était sèche, sa gorge serrée, ses entrailles et son cœur se tordaient plus virulemment que jamais. Il sentit les larmes monter à ses yeux sans pouvoir les refréner nullement, et comprit bien vite qu'il ne s'agissait là pas d'une frustration colossale, mais d'une simple tristesse insondable, plus vaste que le plus titanesque des océans. Il en fut happé par ces vagues puis, un instant après, se laissa tomber contre une commode lourdement plantant son regard au travers de la fenêtre qui, lui tenant tête, l'exposait au halo blanchâtre et immaculé de l'astre lunaire.

Tout était perdu. Le noiraud ne chercha pas même à contester cette certitude qui le fit frissonner tandis que le visage de Mephisto, railleur et moqueur, lui revenait à l'esprit et se superposait malicieusement sur la Lune elle-même. Une seule apparition de la part de cet être chaotique avait suffi à briser tout ce que Rai et Mizeria avaient mis une éternité à construire conjointement. Leur harmonie et leurs espoirs s'étaient effondrés comme un vulgaire château de cartes... Et elle le détestait, désormais. Tout était perdu. Un premier sanglot se manifesta, promptement suivi d'un second. Le mafieux tenta vaguement de les contenir, en se mordant la lèvre inférieure jusqu'au sang. La substance ferrugineuse l'accabla d'autant plus, lui remémorant toute ces fois où il avait consenti à la laisser couler dans le seul but de garantir le bien être de la Leone. Puis le vide et l'incompréhension laissèrent place à une colère sourde, rageuse et vociférante. Comment pouvait-elle assurer le détester ? Comment pouvait-elle considérer qu'il ne faisait pas tout cela pour elle, avant toute autre chose ? En brisant la mafia, il espérait offrir un Monde de paix et de quiétude pour tout un chacun... Mais les inconnus, en finalité, ne lui importaient que peu. Combien de vies avait-il été capable de faucher pour mener son objectif à son terme ? Avait-il jamais osé lever la main sur elle, a contrario ? Mephisto l'avait piégé. A cause d'elle. Ou plutôt à cause de la relation fusionnelle et passionnelle qu'ils entretenaient tout deux... S'il avait voulu se délester d'elle et faire passer son objectif avant toute autre chose, il n'aurait eu qu'à la mettre à mort. Cette idée, répugnante, lui vint à l'esprit et il faillit se convaincre de la mettre à exécution. Un haut le cœur le souleva alors et il s'effondra à quatre pattes, ne retenant plus la moindre de ses larmes, tentant vaguement d'empêcher ses nausées de le pourfendre d'autant plus. Il venait de penser à la faire disparaître, venait d'imaginer le cadavre de sa belle baignant dans son sang... Cette vision d'horreur le glaça et il se mit à rejeter toute la rage qui grondait en lui sur sa propre personne. Comment pouvait-il diable seulement fantasmer cette alternative ? Tâchant d'appeler son être tout entier au calme, regrettant soudainement sa passivité annihilée, l'Auditore frappa le sol de son front si sèchement qu'il s'y blessa, rouvrant par la même occasion la commotion qui lui balafrait déjà le crâne, souvenir piteux de leur épopée dans les bras du tableau. Il n'y prêta toutefois pas la moindre attention, laissant les gouttes perler le long de sa peau puis s'abandonner au sein de sa chevelure, trop occupé à s'abhorrer lui-même, à mépriser la créature froide et vaniteuse qu'il était devenu, hanté par des années de meurtre et de funestes machinations.

Lorsque le poing de Mizeria rencontra rageusement le mur, le Nagafuse fut tiré de ses songes haineux et vicieux. S'il comprit instantanément qu'elle avait besoin de lui au moins autant qu'il avait besoin d'elle, il fut incapable, dans l'immédiat, de se redresser pour accourir comme il aurait pu être tenté de le faire, en d'autres circonstances. Il avait tué pour elle. Il était prêt à mourir pour elle. Il l'avait pansée, l'avait aimée, l'avait enveloppée et l'avait baisée tant de fois qu'il n'aurait su les dénombrer. Leur romance était d'une intensité rare, inégalée... Et les expériences fastidieuses qu'ils avaient traversées de concert avaient généré en eux une complicité incommensurable. Pourtant, elle venait de le lui dire. Elle le détestait. L'avait-elle prononcée en y croyant réellement ? Avait-elle malencontreusement laissé ses dires surpasser sa pensée, et de très loin ? Rai n'en savait rien mais il n'en avait cure. Elle le lui avait dit. Et elle avait fait saigner son cœur, par la même occasion, comme il avait rarement pu saigner. Il s'était coupé de toute relation et de toute amitié pour éviter à n'avoir jamais à ressentir cette névrose folle qui lui dévorait l'esprit... Il comprenait désormais et avec dégoût qu'il n'aurait jamais dû briser cette règle d'or, instaurée depuis sa plus tendre jeunesse. Elle n'y faisait pas exception. Comment cela aurait-il pu être le cas ? Il ne lui en voulait pas. Elle n'était qu'humaine et, à ce titre, était faillible. Elle ne pouvait penser sincèrement tout ce qu'elle prononçait, et elle ne pouvait prononcer tout ce qui lui passait par la tête limpidement. Mais tout cela ne pouvait aboutir qu'à un résultat des plus malheureux. Qu'à une douleur sourde, esseulante, qui le terrassait alors et le rendait incapable d'agir d'aucune sorte... Il avait souvent entendu dire que toute relation comportait ses bons et ses mauvais moments. Que les cœurs qui battaient à l'unisson finissaient invariablement par de désunir, et que le plus important était alors d'oublier momentanément son égoïsme et de se mettre au service du couple. D'avancer, en somme, vers un avenir qui permettait à l'un comme à l'autre des partis de s'épanouir à nouveau... Mais ce calvaire lui semblait si insurmontable et si épineux que même les péripéties survenues dans le tableau revêtaient davantage du conte de fée que du film d'épouvante.

Avec lourdeur et désespoir, le noiraud vint enfouir une main dans sa chevelure et elle s'y crispa, menaçant d'en arracher des franges entières. Il offrit au sol un second coup de boule, qui acheva de le désorienter, puis il se recroquevilla davantage sans parvenir à étouffer ses sanglots. Il n'en pouvait plus... Il voulait que tout cela cesse. Après avoir songé à la mort de Mizeria, c'était la sienne qu'il s'amusait à mettre en scène, dans son esprit macabre et autodestructeur. Il s'était acharné à survivre durant si longtemps qu'il avait du mal à s'en souvenir le commencement exact. Il avait fait don de lui-même à l'humanité, s'était offert tout entier à la perspective d'un avenir plus glorieux... Et on ne le remerciait que par davantage de souffrance. Il se laissa choir sur le flanc puis se pelotonna encore plus, laissant ses genoux embrasser ses yeux. Une nouvelle fois, le sourire insidieux et sulfureux de Mephisto lui revint à l'esprit et il orienta vers son acolyte Gardien toute la rancœur accumulée, conservée et cultivée ces dernières minutes durant. Il allait le tuer. Quel qu'en soit le tribut, quel qu'en soit le prix : il allait le tuer. Parce qu'il avait ôté à Rai la seule perspective d'un avenir tendre qu'il eut jamais touché du doigt, parce qu'il avait poussé Mizeria à lui faire cette confession certes fausse, mais néanmoins terrible et cuisante, parce qu'il prévoyait de causer davantage de morts et de tristesse... Il allait le tuer. Cette résolution brilla dans son esprit et, prestement, plus vigoureux qu'un prédateur affamé, le noiraud se redressa. S'il manqua de chuter, toujours dérouté par les chocs qu'il s'était offert si généreusement, il retrouva bien vite son équilibre et s'empara d'un manteau long et noir comme la nuit qu'il enfila sans réfléchir. Il n'allait pas revenir. Il en avait la certitude. Mais son collègue non plus n'en reviendrait jamais. C'était la fin, pour l'un comme pour l'autre des Gardiens... Une fin méritée. Une fin libératrice, pour bien des innocents... A commencer par Mizeria.

Lorsqu'ils disparaîtraient, ils la libéreraient de ses tourments et des menaces qui planaient sur elle. Elle retrouverait sa vie paisible et quiète, au sein des Leone qui lui tendraient la main et l'accueilleraient chaleureusement en comprenant sa peine. Elle les portait en haute estime. Rai le savait, puisqu'elle lui en avait fait l'aveu indirect et inconscient. Elle saurait trouver refuge auprès d'eux... Et peut-être finirait-elle, un jour, par retomber amoureuse. Cette pensée le tirailla, menaçant de vriller son esprit et d'achever de le torturer. Il voulut se mettre une claque mais se retint finalement. Il ne pouvait pas s'y résoudre. C'était au-delà de ses forces. Il ne voulait pas l'imaginer dans les bras d'un autre que lui... Avec violence, il poussa la porte sèchement et quitta la pièce qui l'avait jusqu'à présent hébergé... Pour se retrouver dans la salle de bain. S'il était toujours vêtu de son manteau, le mafieux n'avait su se résoudre à s'en aller, finalement. Et il s'exécrait pour cette faiblesse-ci également. Les sanglots de son amante lui étaient parvenus, à l'instant même où il s'apprêtait à déserter l'appartement... Et il ne pouvait demeurer de marbre face à son désarroi. Si elle le détestait peut-être, lui ne pouvait s'y résoudre. Il l'aimait. Il l'aimait plus que quiconque... Elle était la seule qu'il eût jamais aimé sincèrement. Et elle était la seule qu'il aimerait jamais. Non sans lenteur, il s'approcha d'elle et l'enveloppa de ses bras, enfouissant son visage au creux de son cou sans se soucier un traître instant du sang dont il risquait de la couvrir. A contrario, il apporta un soin tout particulier aux mots qu'il accompagna de ce geste doux, parvenant à se défaire momentanément de l'ivresse sanguinaire qui l'avait appelé au meurtre incessamment.

-Rien n'est perdu. Je ne le permettrai pas. Tu es mienne. Je suis tien. Je te l'ai promis, Mizeria. Je créerai un monde où on pourra vivre heureux, ensemble... Je vais le tuer. Il me sous-estime... Ne fais pas cette erreur, toi aussi. Fais-moi confiance. Dès que j'entrapercevrai la moindre brèche, la moindre opportunité... Je lui porterai un coup fatal. Il ne nuira à personne. Et certainement pas à toi. Je ne le permettrai pas.

On aurait pu remettre en cause la sincérité de ses propos et le réalisme de ceux-ci s'il n'avait pas véhiculé à travers eux une détermination inébranlable. Il ne doutait plus. Il voyait son objectif aussi nettement que la peau violacée du coup de Mizeria, et s'il ne savait pour l'heure comment l'atteindre, il était certain qu'il finirait par y parvenir. Il resserra son étreinte autour de l'être aimé, empêchant celle-ci de s'en libérer sans recourir à la force. Il voulait qu'elle le sente auprès d'elle. Qu'elle sache qu'il ne lui tenait rigueur d'aucun mot ni d'aucune violence, qu'il lui pardonnait tout. Absolument tout... Comment aurait-il pu en être autrement, dans l'absolu ? Elle aurait beau le détruire et l'entraîner dans une spirale infernale sans cesse, elle était également la bâtisseuse, la responsable de la joie simple qu'il avait ressentie ces derniers jours durant. Elle ne pouvait détruire autant qu'elle construisait, en lui...

-Je... Je n'y arriverai pas, sans toi. Je n'y survivrai pas. Tu dois m'aider...

Oui. Elle était la plus inébranlable de ses forces. La matérialisation de son ardeur et de la puissance de ses convictions, de ses idéaux. Elle avait plus de ressource et de volonté qu'il n'en aurait jamais... Elle était forte, endurante et véloce. Elle était la seule à pouvoir le compléter avec autant de panache... Et si d'aventure elle s'y refusait, alors le criminel savait qu'il n'aurait d'autre alternative que de parier sa propre existence pour mettre fin au calvaire de sa belle. Quel qu'en soit le tribut, il était prêt à le payer. Il ne laisserait plus jamais personne lui causer du tort... Dut-il en payer le prix fort.

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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Jeu 31 Mai - 18:25



Did  I  lose  myself ? Or  did  I  gain you ?




Combien de temps était-elle restée ainsi prostrée, sur le sol froid de la salle de bain ? Elle n’en avait aucune idée. Mizeria ignorait depuis combien de minutes ou heures, elle ne retrouvait pas son souffle. Elle avait juste l’impression qu’elle allait finir par tourner de l’œil. Même ses pensées commençaient à s’embrumer. Son cerveau devenait incapable de procéder correctement, d’être rationnel et d’ainsi lui permettre de se calmer. Alors qu’une nouvelle fois encore, elle pensait sombrer et perdre connaissance, la porte de la salle de bain s’ouvrit. Elle regarda alors Rai, qui lui apparaissait plus comme une masse noire, se rapprocher d’elle et la prendre dans ses bras sans plus de cérémonies. Son premier réflexe fut de se débattre. Instinct stupide, elle voulait être seule. Pourquoi ? Pour extérioriser toute sa peine et sa colère sans le blesser. Elle avait compris que trop tard l’impact de ses reproches. Ses regrets ne faisaient que se rajouter à tous les sentiments négatifs qu’elle expérimentait déjà, la plongeant dans un cercle des plus vicieux. C’était comme si elle n’arriverait plus jamais à s’en sortir, horrifiée par la perspective de leur avenir gâché et coupable des mots qu’elle ne pensait pas mais qu’elle avait adressé à son compagnon. Seule la présence et les mots du brun l’extirpèrent de cet enfer. Il était là, il ne l’avait pas laissée… Rien que cette perspective eu l’effet d’un puissant électrochoc. Ses mots la confortèrent dans ce sentiment… Elle avait presque l’impression que rien ne s’était passé, qu’elle n’avait jamais été qu’un monstre envers lui en lui criant qu’elle le détestait. Cependant la blonde n’oubliait pas ses erreurs. Dans un dernier hoquet elle reprit le contrôle de sa respiration tout en pleurant de plus belle. Elle se détestait elle avant tout. Il n’était pas responsable de toutes leurs infortunes, au contraire, il avait toujours été son sauveur, son seul moteur et son unique but pour continuer à vivre. Les derniers jours passés avec lui ne le prouvaient que de plus belle, ils étaient faits pour être ensemble, pour vivre sans plus jamais se quitter, pour justement battre la vie à plat de couture et être les seuls maitres de leurs destinées.

Avec toujours la même culpabilité, Mizeria attrapa le manteau de Rai et s’y accrocha. A son tour, elle n’avait pas envie qu’il puisse s’écarter. Ses larmes dévalaient toujours autant ses joues, et elle eut envie d’hurler quand elle se rendit compte qu’elle ne trempait pas le haut de son amant mais son manteau. Son esprit s’emballa une nouvelle fois. Pourquoi avait-il sa veste ? Il était parti pour s’en aller ? Son cœur se serra plus puissamment qu’avant. L’idée qu’il puisse lui tourner le dos et disparaitre lui était des plus insupportable. Elle songea qu’elle préférait mourir que de vivre ça. Fébrilement, elle resserra sa prise sur le tissu. Par chance, les paroles du brun lui firent comprendre qu’il ne comptait pas partir. Il ne le pouvait pas. Pas quand il lui rappelait ses promesses, ni quand il clamait haut et fort la protéger une nouvelle fois. La jeune mafieuse se mordit la lèvre, ne demandant pas autant de sacrifice, rejetant même ce dernier avec dégout. Il fallait qu’elle se reprenne, qu’elle empêche Rai de se jeter seul corps et âme dans la bataille, dans le seul but de la prémunir de la moindre nuisance. La rage qui sévissait en son sein s’éclipsa, remplacée d’autant plus par sa volonté de vivre. Oui, elle voulait vivre, et ce pour le protéger lui. Après tout, elle se l’était juré dès le début. Quand son regard avait réellement croisé celui de l’Auditore, elle avait bien inconsciemment décidé de tout faire pour le mettre à l’abri du danger et des souffrances, allant même par la suite à mettre sa propre vie en jeu pour lui. Elle ne pouvait s’arrêter là…

Son souffle récupéra enfin une cadence normale quand il lui adressa ses dernières pensées. Un poids sembla s’enlever de sa poitrine. Au final, ce qui l’avait mis le plus hors d’elle, avait été qu’il lui conseille de rentrer si elle le voulait, et de laisser, lui et leur histoire, en arrière. Désormais, Rai semblait partager son ressentiment. Ils n’arriveraient plus à faire face à quoi que ce soit seuls. Il leur fallait mutuellement la présence de l’autre. Son corps tressauta encore, sous le coup des dernières larmes et doucement elle calma sa respiration d’avantage. Cela lui faisait un bien fou d’arriver enfin à exhaler de l’air normalement. Du plus loin qu’elle se souvenait, les seules fois ou elle s’était retrouvée dans un tel état étaient à la mort de sa famille puis au suicide de son père… Mais cette fois ci, personne n’était mort, Rai était encore là… Son sang se glaça à imaginer l’état dans lequel elle finirait si elle venait à le perdre. A vrai dire, elle le savait déjà. Elle ne finirait pas dans un quelconque état, elle ne voudrait plus vivre. Ce morbide constat ne l’effraya pourtant pas, la vérité était là. Regagnant encore un peu de force elle serra une nouvelle fois sur le tissu, le rapprochant d’elle.

« Ne me quittes pas… Ne pars pas… »

Elle expira longuement, respirant par la même occasion son parfum qu’elle avait appris à reconnaitre entre milles. Il y avait là-dedans quelque chose de presque mystérieux, sa simple odeur et sa présence suffisaient à calmer ou faire s’emballer son cœur… Le paradoxe était des plus incompréhensibles, mais pourtant, tellement enivrant et addictif à ses yeux.

« Rai.. Je suis désolée… Je ne le pensais pas… Je… Je suis qu’une idiote. C’est moi qui suis détestable. »

Ses excuses lui parurent bien pitoyables, elle se mordit la lèvre sous les remords. Elle aurait pu s’excuser pendant des heures, rien ne lui aurait convenu. Il était pourtant clair que le brun était loin d’être détestable, au contraire, elle l’avait aimé et l’aimait encore actuellement comme elle ne l’avait jamais fait. Quelques brides et mots qu’il avait également prononcés dans les derniers jours lui revinrent de plein fouet. Elle s’en voulait d’autant plus. A toujours être impulsive, elle venait de blesser l’être le plus cher à son cœur. Il ne lui restait plus qu’à prier qu’il accepte de la pardonner, que ses mots n’aient pas fait une blessure trop profonde. Elle s’apprêta à reprendre la parole quand soudainement elle sentit quelque chose couler le long de son cou. Rai pleurait-il ? Avec stupeur elle s’arrêta dans ses gestes, ignorant la conduite à suivre désormais. Doucement elle tenta de s’extirper de son étreinte, pour du moins, le faire relever la tête. Avec surprise elle constata qu’il ne pleurait pas. Certes ses yeux semblaient quelque peu rouges mais elle ne voyait aucunes larmes rouler sur ses yeux alors que les siennes finissaient encore leur chemin jusqu’à la fin de sa mâchoire. Ses deux mains par lesquelles elle maintenait doucement son visage pour l’examiner, semblèrent pourtant lui mettre de nouveau la puce à l’oreille... Elle retira quelque peu une de celles-ci et vit la peau de ses doigts se teinter d’une couleur rougeâtre. Son cœur s’arrêta de nouveau et elle pâlit. Ce n’était pas des larmes qu’elle avait senties, mais du sang. Précipitamment, tout en veillant à ne pas lui faire mal, elle inspecta son crane pour voir que sa commotion était de nouveau ouverte. Mizeria resta interdite, se demandant ce qu’il avait pu se passer. Puis très vite elle comprit. Elle avait bien explosé sa main contre le mur, il avait dû en faire de même... Mais avec sa tête. Cette fois ci les larmes ne mirent pas longtemps à sortir et ne menacèrent pas de tomber. Elle fondit en larmes et ferma les yeux un instant sous le poids de la culpabilité. C’était sa faute, il s’était volontairement blessé suite à ce qu’elle lui avait bêtement et faussement dit… Ce n’était pas possible autrement. Il s’était montré trop calme depuis l’apparition de leur nouvel ennemi. Ca ne pouvait être leur adversaire qui l’avait mis dans un tel état. C’était uniquement sa faute.

« Idiot… Qu’est-ce que tu as fait… »

Elle colla son front au sien, espérant ne pas avoir été violente dans la démarche. Son expression même exprima toute sa douleur et ses remords. Elle plissa fortement les yeux et serra les dents, regrettant amèrement son précédent emportement. Plusieurs excuses sortirent à nouveau de ses lèvres, même si elle les savait pertinemment maigres. Elle se jura de se rattraper au centuple, de devenir irréprochable pour ne plus jamais l’amener à s’infliger pareils sévices…

« Pourquoi… Pourquoi tu t’es fait ça idiot… Juste pour moi, ça vaut pas le coup… Rai je suis tellement désolée, je t’ai encore fait mal… »

Elle ouvrit les yeux à nouveau, les plongeant dans les siens. Elle avait envie de s’excuser encore, de le couvrir de baisers, de caresses, de lui faire sentir à quel point elle l’aimait. Mais cela suffirait-il ? Est-ce que seules ses attentions charnelles retranscriraient tout ce qu’elle ressentait envers lui ? Le doute commençait à s’installer.
Les yeux toujours plein de larmes elle se détacha encore un peu plus de lui pour se lever et aller chercher de quoi le soigner. Les larmes continuaient de rouler sur ses joues, floutant sa vue par moments. Son état était meilleur qu’il y avait quelques instants, mais elle se sentait encore pire. Elle tenta tant bien que mal de sécher ses larmes mais rien n’y faisait, elles continuaient de couler par ci par là, comme si même elle n’en avait plus. Avait-elle usé de tout son quota ? Elle semblait pourtant encore tirer sur les limites de celui-ci si tel était le cas.

La Leone avala à nouveau les quelques pas qui la séparait de son amant et se réinstalla auprès de lui, entremêlant leurs jambes, examinant mieux sa plaie et la soignant. Elle savait qu’elle n’avait plus qu’à appeler son ami pour qu’ils les soignent à nouveau… Sinon ils ne tiendraient jamais. Un maigre sourire passa sur ses lèvres.

« Tu sais.. Ca va pas le faire si tu te mets à t’abimer tout seul.. Ca c’est ma partie normalement, on va avoir un soucis si tu commences à faire pareil. On peut pas se permettre d’être dans un tel état, on doit être au meilleur de notre forme... Pour se battre. Et.. Là l’un pour l’autre.. »

Elle se remit légèrement à sa hauteur, plongeant encore une fois son regard dans le sien. Elle comptait effectivement se battre à ses côtés. Elle ne le laisserait jamais, même sous la menace, même si elle devait tout perdre… Son regard se perdit dans le sien et comme à son habitude sa main vint quérir sa peau, effleurant sa joue et s’attardant ensuite sur quelques mèches. Elle ferma les yeux un instant, affirmant sa résolution puis les rouvrit sur le brun.

« On va le battre… Je te le promets… »

Doucement elle se rapprocha de lui, perdant sa main dans ses cheveux, collant tendrement de nouveau son front au sien, effleurant presque ses lèvres. Avait-elle encore le droit à ses baisers après l’avoir repoussé si violemment et méchamment lors du dernier ? Son cœur se serra, elle avait besoin de lui, de le sentir auprès d’elle. Il était tout à ses yeux.

« Tu peux même me sacrifier si c’est ce qu’il faut pour y arriver… »

Jamais plus elle ne le blesserait, elle s’en faisait le serment. Et elle laisserait encore moins d’autres personnes le faire. Elle était prête à mourir pour ça, sans aucun regret. Il fallait qu’il le sache, il était désormais tout pour elle, le plus important. Sa vie lui appartenait complètement. Elle se rapprocha encore effleurant ses lèvres, puis l’embrassant. Le contact fut bref, comme si elle se sentait encore trop coupable pour oser plus. Il était en droit de la repousser, de la priver pour un temps ou même à jamais de leurs fougueux baisers... Il était maitre de tout, elle lui laissait sans aucune crainte toutes les clefs, y compris celles de son cœur et de son être. Craignant céder à la tentation en l’embrasant de nouveau, elle resta contre son front les yeux fermés, n’écoutant plus que son cœur, ses regrets, ses peurs, et sa volonté de vivre.

« Rai… Je t'aime...»



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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Ven 1 Juin - 16:38



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Ses sentiments n'en finissaient plus de se montrer capricieux. C'était comme si un océan, trop longtemps contenu, se complaisait à vociférer et à submerger toutes les palissades frêles et dérisoires comme aurait pu tenter de lui opposer. Comme si des volcans surgissaient des plaines, crachant des montagnes de charbons ardents, réduisant à néant toute la végétation qui, paisible, s'était installée au fil des jours. Comme si un chaos indicible et innommable s'était acharné soudain à annihiler toute trace de sérénité, en son être, en l'empêchant d'user de son intellect comme il aurait pu souhaiter le faire en temps normal. A l'accoutumée, Rai n'était pas seulement maître de ses songes : il disposait de sa psyché comme d'un arsenal froid, qu'il manipulait tout aussi bien que ses interlocuteurs. Il s'utilisait, pour dire vrai, comme une arme à part entière... D'une certaine manière, il avalait muselé tout un pan de son être, toute une friche de son cerveau : celle-là même qui était attelée à la création et à l'usage des émotions. Cette habitude tenace, ancrée en lui, s'était justement trouvée être mise à mal puis brusquement détruite sans lui laisser le moindre repère auquel se raccrocher. Il avait donc subi les contre-coups de son insensibilité passée, se heurtant à un mur véritablement infranchissables de sentiments qui l'avaient déstabilisé, pris de cours, puis noyer. Pourquoi s'était-il auto-mutilé, dans une parodie grotesque de ses adolescents qui, décontenancés par quelques difficultés passagères, ne voyaient que la douleur physique comme échappatoire et comme délivrance possible ? Pourquoi s'était-il précipité sur son manteau, la rage au cœur et l'écume aux lèvres, songeant à résumer son être à une boule de colère susceptible de s'en prendre frontalement à Mephisto ? Pourquoi avait-il finalement décidé de défoncer la porte derrière laquelle Mizeria s'était réfugiée, et pourquoi l'avait-il prise de ses bras, sourd à ses maigres protestations, afin de lui glisser les seuls mots qu'il semblait susceptible de saisir au vol, au fil de ses songes, avec une sincérité transparente et limpide ? Combien de temps avait-il menti ? Cette situation, en temps normal, n'aurait pas dû le dérouter. Il aurait dû, froidement, l'analyser comme étant la plus propice des circonstances à la séparation immédiate du couple qu'il avait fébrilement et fougueusement formé avec la Leone. Il aurait dû, dans son calculateur machiavélisme, se séparer d'elle pour priver le gardien de la Brume du seul avantage qu'il avait au sein de leur bataille infernale et meurtrière... Il n'aurait eu, dès lors, qu'à enfoncer une lame dans son torse saillant, pour lui prouver que sa seule folie avait jamais été de se confronter de la sorte à l'infatigable Nagafuse...

Il n'avait cependant pas pu s'y résoudre. Car il lui semblait que son intelligence n'était désormais plus la première de ses armes... Car il lui semblait, en fin de compte, que batailler de la sorte était d'une froideur terne qu'il n'avait que trop expérimenté. Il s'était abandonné à ce comportement inhumain, monstrueux, abominable des années durant. Il n'en pouvait plus de s'aliéner de la sorte à une condition méprisable... Il lui fallait plus. Il lui fallait autre chose. Il avait besoin de ses bras, de ses larmes, de ses baisers et de ses yeux. Il avait besoin de ses mots, de ses attentions et de ses plaisanteries les plus espiègles. Il avait besoin d'elle... Certes, le gardien du Désert avait progressé, gravi les échelons grâce à son pragmatisme infini, inquantifiable. Certes, il n'était pas certain de pouvoir se montrer aussi pertinent et fructueux à l'avenir, de poursuivre son inlassable poursuite à la recherche de la société pure et nettoyée de tout vice qu'il avait bâti au sein de ses rêves les plus inavoués. Certes, il n'était pas certain de seulement pouvoir survivre à Mephisto, dans ces conditions... Mais il n'en pouvait plus de se renier. De se parjurer, de répudier sa véritable nature et de s'offrir à un égoïsme qui ne lui ressemblait pas, qui ne lui convenait plus. Il n'était plus capable de choisir le calvaire, de choisir le chemin de croix et l'inexpugnable repentance, l'interminable martyr... Tout cela ne le satisfaisait plus. Plus maintenant qu'il avait goûté à ses lèvres; plus maintenant qu'elle avait pu l'enrober de ses bras et lui souffler des montagnes de délicatesses qu'il n'avait, dans son absurde déliquescence, jamais pu seulement fantasmer. Elle était à la fois tout ce qui lui était arrivé de bien ces dernières années et tout ce pourquoi il pouvait éprouver l'envie de ne pas mourir simplement, au cours d'une nuit sereine, emporté fugacement tandis qu'il séjournait paisiblement au creux des bras de Morphée... Elle était sa raison de vivre et de subsister. Sa raison de batailler, également. Elle incarnait à ses yeux sa propre humanité, tout ce à quoi il avait naguère renoncé, comme si son identité elle-même était revenue à la charge pour l'empêcher de tout oublier, de tout négliger. S'il bouillonnait toujours d'une ardeur folle et d'une haine viscérale à l'égard de Mephisto, si profondément ancrée en son for intérieur qu'il doutait qu'elle s'atténue un jour ou l'autre, il considérait que la priorité ne se trouvait pas dans son assassinat, dans son élimination. La priorité, c'était elle. Et ce serait elle à tout jamais. Vivre et triompher semblait si insipide et si méprisable en son absence qu'il ne pouvait s'y résoudre : il devrait gagner avec elle... ou mourir d'elle, de sa présence et de l'ivresse exquise qu'elle lui conférait dès lors qu'il pouvait la sentir, l'entendre, la toucher, la goûter, ou simplement la voir. Tous ses sens étaient en effervescence lorsqu'il se trouvait à ses côtés : toutes les couleurs semblaient plus vives et plus saisissantes, tous les sons plus guillerets et plus mélodieux, toutes les odeurs plus sucrées et plus délicieuses. Maintenant qu'il avait sommeillé à ses côtés, Rai en avait conscience : il ne pourrait jamais plus trouver le repos sans l'avoir proche de lui. Maintenant qu'il avait ri à ses côtés, Rai en avait conscience : il était condamné à la névrose et à la folie si elle ne daignait plus le taquiner, malicieuse et espiègle...

Toutes ces certitudes, à la fois grisantes mais terriblement fraîches, trop nouvelles et trop indéniables pour qu'il ne puisse leur opposer la moindre résistance, ne tardèrent guère à le frapper de plus belle, le contraignant à une énergie des plus discutables dans les instants qui suivirent sa myriade d'aveux. La foultitude de mots qu'il avait prononcée avait été déclamée avec une telle franchise qu'il avait l'impression d'y avoir glissé de son essence et de sa vie. Il fut donc heureux de voir Mizeria sortir de sa torpeur effrayée et d'en revenir à l'instant privilégié qu'ils partageaient encore, s'octroyant une accalmie délectable lors même que le monde qui les entourait, en décrépitude brusque, s'effondrait pour les couper de tout. Le chaos avait beau s'abattre, il ne sentait plus le trouble et la peur l'étreindre comme cela avait pu être le cas tandis qu'il était resté seul, dans la chambre : leurs âmes à nouveau proches pouvaient jouer à l'unisson, jouir à l'unisson, et leur offrir toute la sérénité dont ils avaient besoin pour s'opposer à Mephisto sans se montrer imprudents. Pourtant, pour l'heure, le noiraud ne se sentait pas le courage de distinguer la moindre échappatoire : il se contentait de laisser sa douce et tendre s'enquérir de son état, le couvrir de baisers et d'attentions qui, en temps normal, auraient suffi à le plonger dans une ébullition passionnée dont ils auraient tout deux su tirer un profit des plus triviaux et des plus bestiaux. Il tâcha néanmoins de graver le moindre de ses mots au plus profond de son âme, sachant qu'ils resplendissaient d'une sincérité qui lui avait cruellement fait défaut à l'instant où elle avait proclamé la haine qu'elle était censée lui vouer. L'Auditore s'était laissé avoir par la soudaineté de l'instant, mais cette provocation virulente et caustique lui semblait désormais si erronée et si grotesque qu'il avait du mal à croire qu'il en était allé jusqu'à se molester pour s'empêcher d'y penser, fut-ce une seconde durant. Malheureusement, nul n'était faillible : ni sa belle, qui pouvait en venir à regretter les mots qu'elle prononcé, comme cela venait d'être le cas... Ni lui, depuis que ses émotions l'avaient rattrapé et s'amusaient à le rouer de coups certes parfois savoureux, mais encore bien trop souvent atroces et cuisants.

-Ne t'excuse pas... Ce n'est pas d'excuses dont j'ai besoin... C'est de toi. Et de toi seule.

Elle s'excusait trop. Il comprenait sans peine qu'elle en éprouvait la nécessité mais le Nagafuse en était presque irrité. Parce qu'il avait l'impression crasse de l'avoir inquiétée, de l'inquiéter encore en s'était comporté si sanguinement. Il n'avait jamais été impulsif : pourquoi l'être, désormais ? C'était un tort, et cela conduisait précisément la demoiselle à s'angoisser, à se ronger les sangs et à regretter son comportement. La faute ne lui incombait en rien : elle avait été dépassée par le danger, tout comme lui. Sauf qu'il était un Gardien, un homme de pensées et de froideur, un homme doté d'un esprit analytique des plus efficaces... Il était légitime qu'elle échoue, sur le plan de la raison, tout comme il était légitime qu'il échoue sur le plan de l'affectif. En revanche, il n'était pas censé se montrer aussi pitoyable lorsqu'il en retournait du contrôle qu'il pouvait posséder sur leur environnement, et sur les agissements encore impunis des ennemis qui se trouvaient sur leur route... Elle était plus forte, plus endurante, plus vive et plus souple qu'il ne saurait jamais l'être. Elle débordait également d'une ardeur et d'une volonté qui lui faisaient défaut... Ils devaient a minima se montrer plus intelligent. A quoi servait-il, dans le cas contraire ? Il la laissa toutefois l'ausculter docilement, sachant qu'il n'était guère nécessaire de l'effrayer davantage. Il savait en son âme et conscience qu'il ne mourrait pas de cette bête blessure, certes rouverte et douloureuse mais néanmoins peu dangereuse, en l'état, puisque déjà traitée une première fois. Mais il ne pouvait se résoudre à l'éconduire sèchement, comme il l'aurait pourtant fait avec un autre... Car il lui appartenait. Elle disposait de son corps autant que de son esprit, et elle avait le droit le plus absolu de veiller sur lui et de surveiller son intégrité si elle en éprouvait le désir. Il tâcha plutôt de se concentrer sur les mots qu'elle prononçait tandis qu'elle entrelaçait leurs jambes, soulevant momentanément le cœur du noiraud qui comprit qu'il s'agissait là de plus que d'un contact anodin et transi : c'était le début d'une promesse qu'elle formula avec ses propres mots, des mots débordant d'un amour inconditionnel qu'il ne tarda guère à découvrir et qui ne tarda guère à l'époustoufler.

Aussi demeura-t-il immobile et muet, coupant quasiment totalement sa respiration pour n'omettre pas le moindre son que cette bouche si gracieuse daignait formuler à son encontre. Lorsqu'elle lui demanda de ne plus s'esquinter, que la maladresse était son domaine et qu'il ne devait pas y succomber, le noiraud se sentit sourire sans pour autant y placer une franche conviction de lui-même, comme si ses sentiments resplendissaient en sapant le contrôle et la censure qu'il pouvait tâcher d'opérer. Lorsqu'elle lui promit qu'elle et lui allaient combattre et battre Mephisto, son sourire fana mais une lueur résolue apparut au sein de ses pupilles, comme pour rendre à la jeune femme la détermination qu'elle faisait naître en lui. Lorsqu'elle évoqua la possibilité qu'elle s'offre en sacrifice pour lui donner une opportunité d'achever leur nemesis, il fronça les sourcils, semblant s'agacer et s'apprêtant même à rétorquer sèchement. Mais lorsqu'elle décida de conclure par un aveu aux antipodes de celui, mordant et cinglant, qu'elle avait réalisé quelques minutes auparavant, il se figea totalement et irrémédiablement, se contentant dans un premier temps de la lorgner d'un air ébahi.

Elle venait de le dire. A la suite d'un baiser succinct, et après avoir fermé les paupières comme si elle craignait de détailler sa réaction, elle venait de lui offrir toute une partie de son intimité qu'elle n'avait jusqu'à présent jamais su dévoiler. Si le criminel demeura dans un premier temps relativement inexpressif, comme s'il ne parvenait pas à saisir l'ampleur de cette vérité énoncée, elle ne tarda guère à le submerger de sentiments conflictuels qu'il ne parvenait pas à démêler correctement, toujours novice dans l'art de vivre et de transparaître. Une part de lui était purement et simplement soulagée de savoir que tout était réciproque et que l'ardeur qu'il conférait à leur relation était similaire du côté de la jeune femme. Une autre part était honorée d'être la cible d'émotions si pures. Une autre part, certainement celle qu'il venait d'enterrer, au sortir du tableau, aurait presque été tentée de s'énerver en considérant qu'il n'était guère l'heure de se livrer à de tels enfantillages et que ces mots prononcés ne gommaient guère l'existence survenue de son contraire, dans la chambre à coucher... Mais ce fut finalement la dernière part qui s'exprima, laissant quelques larmes dégringoler le long de ses joues et achevant cette débâcle bordélique avec un panache relatif. Le mafieux prit finalement la parole d'une voix faible et tremblante, comme s'il n'osait pas s'abandonner clairement aux questionnements qui l'ébranlèrent et le rendirent encore plus fragile, encore plus vulnérable. Il paraissait presque être un enfant, dans de telles conditions... Il était en tout cas aussi démuni, sans nul doute envisageable.

-Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu m'aimes ? Je... Je ne suis qu'un crétin... Je t'ai causé des problèmes, et je vais encore t'en causer... A cause de moi, Mephisto va te menacer... Je suis un monstre... J'ai causé tellement de tristesse et d'amertume, chez tellement de gens différents, distincts et pourtant bien innocents...

Méritait-il la noblesse des sentiments qui émanaient de la Leone ? Non. En aucun cas. Il ne la méritait pas, ne l'avait jamais mérité et ne la mériterait jamais car il avait causé tant de souffrances qu'un être si bon et si loyal qu'elle n'aurait jamais dû lui vouer autre chose que de la pitié. Et pourtant... Il leva ses mains fébriles jusqu'aux hanches de Mizeria, qu'il agrippa maladroitement comme pour s'assurer qu'elle était bien là, bien réelle, et que ses mots, authentiques, n'avaient pas été affabulés par son esprit malade et égaré. Il poursuivit, tâchant d'exposer à la jeune femme tous les doutes qui le ceignaient et le tourmentaient.

-Pourquoi moi ? Je ne suis pas l'homme le plus gentil... Pas le plus doux... Pas le meilleur amant... Pas le plus franc... Pas le plus brave... Pourquoi... ?

Il avait paradoxalement besoin de le savoir tout en sachant pertinemment qu'elle risquait de n'avoir rien à lui répondre. Mais il n'en était pas moins pendu à ses lèvres, au final... S'il savait que son insatiable curiosité risquait fort de demeurer sur sa faim, s'il se doutait du fait qu'elle n'allait pas pouvoir offrir à cet amour qui semblait inconditionnelle une nature intellectuelle et terre-à-terre, il ne pouvait se résoudre à croire que quelqu'un d'aussi tendre se soit amouraché d'un criminel aussi esseulé et égaré qu'il ne l'était. Il n'était qu'un résidu d'homme. Qu'un fragment poussiéreux et négligeable... Et elle, de son point de vue, représentait tout. Tout ce qu'il avait jamais pu observer de gracieux et de charitable. Tout...

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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Sam 2 Juin - 23:06

Did I lose myself  ?  Or did I gain you  ?

Mizeria gardait les yeux fermés, assumant encore ce qu’elle venait de dire. Elle savait pertinemment qu’après les durs mots qu’elle lui avait adressé, aucunes caresses et aucuns baisers ne les effaceraient. La preuve en étant l’état du brun. Il ne s’était pas infligé pareils dégâts non sans raisons. Alors elle avait voulu qu’il sache, qu’il entende la vérité, qu’il soit rassuré et comprenne à quel point elle le portait précieusement dans son cœur. Elle lui avait déclaré son amour sans attendre une réelle réaction, mais celle qu’elle reçut la laissa quelque peu de marbre. N’entendant pas de réponse mutuelle à ses sentiments, une boule commença à se former dans sa gorge. Avait-elle fait une erreur en lui disant ? Il lui semblait pourtant qu’il avait déjà fait ce pas là vers elle au sein du tableau… Les doutes s’installèrent alors, elle songea que la confession du brun n’était due qu’à toutes les émotions et épreuves dramatiques qu’ils avaient partagées ce jour-là. Doucement, elle se sentit sombrer de nouveau dans un état de stress. Cependant, sa chute fut de courte durée, coupée par la voix chevrotante de Rai.

Ses yeux s’ouvrirent sous la surprise, restant braqués sur lui, comme incrédules et impuissants. Qu’avait-elle fait de travers ? Elle l’ignorait. Son premier sentiment fut d’être quelque peu vexée, de paniquer encore quelque peu, puis, elle écouta enfin attentivement. Elle prit en compte chacun de ses doutes, chacune de ses questions, chacun de ses reproches personnels. La blonde resta par la suite, de nouveau, un long moment silencieuse. Les mots étaient durs à trouver. Mettre des mots précis sur ce qu’elle voyait en lui était compliqué, et elle était presque sûre que malgré une réponse franche et directe, il allait continuer à être perdu. Malgré tout, ignorer son état revenait à se montrer cruelle... Il avait besoin d’être réconforté, d’entendre des raisons… Même si formuler les choses correctement était un domaine dans lequel il excellait mieux qu’elle finalement… Il était toujours clair et précis, quand elle ne se trouvait que brouillonne et incohérente. Était-ce là le résultat de leurs propres personnalités ? Surement. Quand lui était plus calculateur et stratège, il s’en trouvait plus à l’aise avec les mots, alors qu’elle ne jouait que sur son impulsivité…. Le voir pleurer, réveillait d’ailleurs en la blonde ses instincts les plus primaires. Elle avait envie de le serrer contre elle, de le couvrir de baisers jusqu’à qu’il oublie… Mais elle savait qu’il n’y avait aucunes réponses là-dedans… Doucement elle essuya ses larmes, le fixant toujours. Elle le laissa s’agripper à ses hanches sans aucunes protestations, acceptant qu’il puisse la sentir comme réelle, bien auprès de lui. Elle se demanda juste un instant avant de commencer à parler, depuis combien de temps était-il accablé de ses terribles questions…Elle n’osait imaginer et songea qu’elle lui devait bien dans tous les cas d’essayer d’être concise et sincère.

« Rai… Est-ce qu’on peut vraiment dire que tu me causes des problèmes ? De nous deux je pense que je remporte encore la palme actuellement. Regarde il y a quelques jours… Plus d’une fois tu t’es retrouvé dans un sale état à cause de moi… Même là… »

Elle souffla presque les deux derniers moments. Il souhaitait chaque fois qu’elle se concentre sur le moment et sur eux deux plutôt que sur ses regrets mais c’était peine perdue, elle en était rongée au plus profond de son âme. Ses doigts effleurèrent sa joue et elle continua.

« C’est justement pour ça que je t’aime Rai. Tu n’as pas à être le meilleur partout… Et tu te sous-estime… Tu es plus gentil et plus doux que tu ne le laisses songer, tu t’es enfermé toi-même dans ton propre rôle simplement. Pour le meilleur amant, il n’y a pas vraiment de classement tu sais... Et tu apprends encore. Même très vite, je ne m’inquiète nullement pour ça et je n’y avait même pas songé à vrai dire... Après, pour la franchise, tu pourras l’être quand tu te sentiras prêt également… Et le plus brave, ça je ne suis pas d’accord. Encore une fois tu te sous estimes… »

Comme à son habitude elle écarta des mèches de son visage et lui sourit tendrement. Il était vrai qu’ils se connaissaient à peine, mais elle en savait assez pour le voir comme il était. Certes, il n’était pas des plus francs. Si elle pouvait lui reprocher une chose, c’était bien celle-ci. Mais elle comprenait. Finalement, elle s’était mise à nue devant lui plus vite que prévu. Il savait désormais tout d’elle. Peut-être, inconsciemment, avait-elle retenu sa confession pour garder une part de mystère. Désormais, il savait tout. De ses pires démons, de ses caractéristiques, de son passé, de ses sentiments… Elle n’avait plus rien à cacher, tout était dévoilé. Pourtant, elle n’avait pas peur. Par précaution et justement peur, la blonde avait toujours veillé à dissimuler au moins une partie de son être… Se dévoiler entièrement lui semblait complètement impossible et impensable. Et pourtant… C’était le cas face à cet homme qu’elle aimait de plus en plus éperdument. Et elle ne regrettait pas, elle pouvait encore craindre de se faire rejeter, mais, elle avait avant tout confiance. Il était le seul et unique à détenir ce privilège.

« Et je pourrais bien te demander pourquoi tu m’aimes. Je ne suis pas des plus douces, pas de plus calmes, pas des plus agiles, pas des plus sérieuses… Et la liste pourrait encore être longue. »

Elle rit quelque peu, voulant comme à son accoutumée détendre l’atmosphère… Ils étaient faillibles, il le savait autant qu’elle. Rien n’était parfait en ce bas monde.. Sinon pourquoi en seraient-ils là ? Ici, en tant que deux mafieux de familles différentes, opposées même, tous deux ayant de lourds passés, et pourtant, s’aimant plus fougueusement que n’importe qui. Tous les séparaient et tous les réunissaient en même temps… Il lui semblait juste qu’ils étaient complémentaires… Comme une lune avait besoin de la nuit pour prospérer. Et il en était ainsi depuis leurs prémices, que cela soit dans leurs échanges ou dans leurs combats. Tendrement elle repensa à leurs premiers ennuis et trouva là-dedans de quoi lui expliquer plus honnêtement ce qu’elle éprouvait et répondre à ses questions. Elle enleva doucement ses mains de ses hanches, démêlant leurs jambes. Elle reposa les siennes pour s’asseoir à califourchon sur lui et passa ses deux bras autour de son cou, collant une nouvelle fois son front au sien. Elle voulait que les choses soient plus légères, et enlever ainsi toute dimension dramatique, qu’il puisse également la savoir au plus près de lui.

« La première fois qu’on s’est vus Rai… C’est tes yeux qui m’ont frappée. J’y ai vu dedans tant de souffrances... Je ne saurais pas vraiment te l’expliquer. Je me suis juste dit que tu avais un regard particulier, pour moi, celui de quelqu’un qui était bon mais forcé de commettre d’atroces choses. J’ai senti que la vie que tu menais ne t’allait pas… Il y avait quelque chose qui clochait. Alors curieuse, j’ai attendu, observé et au final succombé. Tu as fait du mal autour de toi, je le sais et je ne pourrais pas te mentir la dessus tu n’en démordrais pas.. Mais c’était pour essayer de faire du bien autour de toi. Je te mentirais également si je te disais que c’était tout à fait normal et que c’était le seul chemin à suivre, je ne le pense pas... Malgré tout, qui irait jusqu’à sacrifier tout son être, son esprit et sa vie pour une meilleure cause, allant jusqu’à se détruire et faire de telles choses ? … Uniquement quelqu’un de profondément bon. Tu ne pouvais pas être mauvais… Et tu t’es avéré ne pas l’être. Au contraire, tu as été prévenant, protecteur, tu t’es battu pour enlever ce masque que tu avais tant perfectionné au fil des années. Et encore maintenant… Je découvre avec surprise et honneur l’homme que tu es… Et je peux te dire que tu es formidable, n’en doute pas. On peut faire les mauvais choix Rai, ce n’est pas pour autant qu’on est un monstre. Tu n’en es pas un… »

Elle lui sourit des plus sincèrement, qu’il comprenne qu’elle ne mentait pas. Ses sentiments lui semblaient encore entremêlés mais elle s’était livrée d’une traite, tachant de ne rien oublier, d’être le plus claire possible… Elle espérait ainsi lui donner un léger réconfort. Elle relâcha son étreinte autour de son cou pour prendre son visage entre ses mains. La jeune femme déposa ensuite un baiser sous une de ses paupières. Oui, elle avait vu beaucoup de choses dans ses yeux, et elle en voyait encore, même des promesses d’avenir encore meilleur…

« Tu veux savoir pourquoi je t’aime… On peut énumérer mais ça ne serait pas assez, la liste est plus longue que tu ne le crois... Mais je peux si tu le veux… Déjà, chose des plus bêtes… Tu es séduisant »

Elle embrassa le bout de son nez, l’air taquin. Elle souhaitait libérer son cœur de tous les doutes qui l’alourdissaient.

« Ton esprit, ta perspicacité, ton intelligence... »

Elle leva légèrement la tête pour embrasser son front, s’avouant plus que battue par son intellect qu’elle admirait au plus haut point.

« La douceur dont tu peux faire preuve… »

Ses lèvres se posèrent encore une fois tendrement sur sa tempe, prenant comme le temps de retenir chacun de ses traits, encore une fois.

« Les belles choses que tu peux me dire… Que ça soit de l’eau dans les yeux quand je pleure ou que je suis tienne et que tu es mien. »

Elle embrassa sa joue en souriant, se remémorant sans mal leurs derniers jours, se sentant même apaisée de nouveau à leur souvenir.

« J’aime aussi simplement ta voix.. Ou ton parfum encore.. Qui savent me calmer comme personne. »

Elle ne pouvait le nier, alors qu’elle déposait un nouveau baiser au bas de sa mâchoire, qu’il était pour elle tel un pilier. Il savait comment la calmer, il avait tout pour la rendre plus sereine, et ce même sans parfois faire le moindre effort.

« J’aime même tes blessures, tes parts les plus sombres, mais aussi les maladresses que tu peux faire parce que tu es encore comme novice… Comme quand tu rougis si tu vois ce que je veux dire.»

La blonde porta sa main à ses lèvres et y déposa un baiser dans la paume de celle-ci, l’air légèrement amusé. Elle le trouvait mignon et attendrissant à ses heures perdues.

« Même si je ne devrais pas… J’aime aussi ton côté protecteur. Combien de fois m’as-tu sauvée ? Alors que normalement je râle là-dessus et j’ai horreur de ça… »

Elle embrassa cette fois ci le dos de sa main puis se reconcentra sur son visage. Il était vrai qu’elle était de nature farouche et indépendante. Après tout elle avait failli lui casser la figure quand il l’avait traitée de femme sensible la première fois…

« Comme je t’en ai déjà parlé, j’adore aussi tes yeux… Je pourrais m’y perdre pendant des heures. »

Une nouvelle fois encore elle déposa un baiser sous sa paupière, un léger sourire toujours aux lèvres. Ses mains encadrèrent son visage de nouveau.

« La liste est encore longue Rai… Je t’aime. Toi et personne d’autre… Et ce parce que j’aime tout de toi… Toi simplement. Tout. »

Son pouce effleura cette fois ci ses lèvres avant qu’elle y dépose enfin un baiser également. Son baiser fut toujours des plus brefs, se considérant encore comme trop fautive pour y gouter plus. Elle lui avait fait du mal, il était inutile de le nier…. Elle espérait fortement que ce qu’elle venait de lui avouer arrive à réchauffer son cœur et refermer les blessures qu’elle avait pu créer. Une nouvelle fois sa poitrine se serra. Non, elle ne le détestait pas, elle ne le pourrait jamais. D’ailleurs, son sourire était toujours là, comme si dire toutes les choses pour lesquelles elle tombait pour lui, la rendaient également heureuse. Son être semblait encore ébranlé dans ses plus profonds fondements. Jamais elle n’avait prononcé ce si simple mot tant de fois… Jamais encore elle ne l’avait réellement adressé à quelqu’un en le pensant si fort et en le revendiquant avec tant de passion… Rai éveillait en elle des choses dont elle n’avait jamais eu conscience... Il était plus salvateur qu’il ne pouvait bien l’imaginer.
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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Dim 3 Juin - 17:26



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Comme elle semblait s'être donnée du mal à l'écouter répliquer et à entendre la multitude de questions qu'il avait à lui soumettre, le noiraud se jura intimement de lui rendre la pareille et d'écouter docilement la moindre de ses réponses et le moindre des mots qu'elle lui renverrait avec une assiduité studieuse et exemplaire. Il décida bientôt d'établir et d'élargie ce principe à l'entièreté de son corps et, ainsi, se laissa simplement manipuler comme elle l'entendait : il la laissa guider ses mains, caresser ses joues et couvrir son visages de doux baisers mais se prit bientôt au jeu et tâcha de se délecter de l'étreinte qu'elle rompit pour renouveler d'autant plus ardemment. S'il fut à plusieurs reprises tenté de clore les paupières afin de profiter de ses dires, il ne put se priver de la vue douce et agréable qu'elle lui offrait en le réconfortant de la sorte : il ne cessa donc de faire papillonner ses mirettes, tâchant de découvrir la sincérité qui animait sa belle et qui la poussait à prendre ainsi la parole pour réparer le tort qu'elle avait pu commettre bien malgré elle. Et Rai n'eut pas lieu d'être déçu. Mizeria parvint non seulement à souligner certaines de ses qualités les plus enfouies mais aussi et surtout à l'apaiser, à soulager les peines qu'il portait et qui le meurtrissaient depuis des lustres. Elle assumait avoir perçu en lieu une défaillance, une odeur de fausseté et de tromperie qu'elle avait su correctement analyser et dont elle avait finalement su tirer profit pour le dévoiler, pour découvrir sa véritable personnalité, sa véritable nature. Ces dires suffirent toutefois à apporter un regret à l'esprit du noiraud : il n'avait toujours pas eu le courage de lui offrir la vérité à propos de son jadis, à propos des événements les plus traumatisants qu'il avait eu à endurer, avec lesquels il avait dû composer... Lors même qu'elle avait su lui offrir tout de son existence, de ses déboires et de ses malheurs. Cette idée plaça le Nagafuse dans l'inconfort puisqu'il se mit à considérer très cyniquement qu'elle en avait plus fait pour leur couple qu'il ne serait potentiellement capable d'en faire avant des jours et des jours. Leur complicité était dingue, ahurissante, tout bonnement incroyable même, mais elle n'était pas suffisante pour gommer sa peur et ses doutes les plus profondément ancrés, les plus intrinsèques et les plus tenaces. C'était un travail d'archéologie qu'elle avait à livrer : un ouvrage fastidieux, colossal, éreintant. Elle s'y était pour l'heure attelée avec une remarquable attention... Mais cela se prolongerait-il ? L'Auditore sentit un sentiment d'effroi poindre dans son cœur mais fut bientôt soulagé par les dires qu'elle prononça par la suite.

La tirade, accompagnée de gestes tendres, su l'enchanter et l'envoûter dès les premiers instants. Il ne tarda guère à incliner son visage, paupières closes, pour permettre aux lèvres de son amante de s'y déposer à la fois plus aisément et plus langoureusement. Le souffle court et le cœur serré, en proie à une émotion dense qui aurait certainement pu le tétaniser dans d'autres circonstances, il s'abandonna irrémédiablement à sa partenaire. La joie ineffable qu'il ressentit fut par ailleurs crescendo, jusqu'à l'apothéose ultime qu'elle délivra en soulignant que c'était l'harmonie qu'il constituait qui semblait lui plaire. Et le baiser fugace mais passionnel qu'elle lui vola, enfin, le fit vibrer de son épiderme jusqu'à ses entrailles, lui offrant une sensation des plus particulières mais aussi et surtout des plus délectables. Ça n'était pas la première fois qu'elle ébranlait jusqu'à son subconscient, jusqu'à ses réflexes les plus nerveux, rien que par la chaleur qu'elle dégageait et qu'elle lui communiquait avec bienveillance... Mais plus le temps passait et plus le mafieux avait l'impression qu'il y parvenait avec une aisance croissante, avec une habileté grandissante. Elle le maîtrisait. Il était comme une partition qu'elle commençait à cerner et à apprivoiser, comme une toile vierge qu'elle couvrait de peintures de plus en plus vives, comme un chant mélodieux et élégiaque qu'elle magnifiait d'un instant à l'autre. Il lui semblait, au regard de cette fusion incommensurable qui était actuellement la leur, que son être passé et évanoui était d'une fadeur dérangeante et désagréable. Il lui semblait qu'il n'était, loin d'elle, qu'un fragment de l'être providentiel qu'il pouvait devenir grâce à ses talents et à son empathie. Était-elle sa muse ? La seule personne susceptible d'éveiller en lui des qualités qu'il n'avait aucune chance de maîtriser en son absence ?

-Mizeria... !

Trop court. Le baiser dont elle avait daigné l'honorer avait été trop court. Il ne put se contraindre à s'en satisfaire : il éleva sèchement ses mains jusqu'aux épaules de la demoiselle afin de l'empêcher de s'éloigner davantage de lui et il revint quérir ses lèvres avec une avidité décuplée, motivée par l'ivresse des paroles qu'il venait de boire cupidement. Si ses doigts demeurèrent figés sur les épaules de la jeune femme dans un premier temps, ils ne tardèrent guère à glisser pour favoriser l'union et les retrouvailles imminentes de leurs deux corps : l'une de ses mains parvint à s'enfuir jusqu'au dos de Mizeria, traçant un sillon lent et suave, et l'autre remonta plutôt jusqu'à sa chevelure dense où elle se figea, puis s'enroula espièglement. Rai eut alors tout loisir de s'évertuer à rendre le baiser en lui-même aussi attrayant et divertissant que possible : il tâcha de retranscrire aussi fidèlement que possible l'effervescence dont il était actuellement épris, en titillant sa langue sans cesse. Il apprécia bientôt le goût de ses lèvres, néanmoins légèrement altéré par les larmes qui s'étaient égarées jusqu'aux siennes, s'immisçant dans l'intimité de ce spectacle. Il fallut par la suite une bonne trentaine de secondes pour que le hors-la-loi semble finalement plus ou moins repus : son désir insatiable partiellement contenté lui offrit une chance de récupérer un souffle plus stable tandis qu'il se reculait, désormais cramoisi, tant à cause des sanglots et de l'anxiété que grâce à la chaleur humaine qu'il avait ressenti en offrant à sa douce amante l'ardeur amoureuse qu'elle méritait si franchement. Quelques instants plus tard, le noiraud complétait ce geste fougueux et incontrôlable de précisions orales d'une voix plus bouillante et amoureuse que jamais.

-Je t'aime... Je t'aime tellement... Ne me laisse pas. Jamais...

Leur décision était prise. Aussi tacite qu'évidente. Ils allaient livrer bataille ensemble... Mephisto avait peut-être cru qu'il allait générer entre un semblant de zizanie et de discorde au sein de leur couple, mais ils venaient de lui prouver qu'il s'était amèrement trompé... Non. Avec un brin de réflexion, Rai comprit avec dégoût que leurs touchantes retrouvailles avaient été prévues et anticipées par ce cerveau malade qui était désormais leur adversaire privilégié. Ce type comptait certainement sur eux pour se montrer aussi fidèles et transparents que possible, l'un envers l'autre... La sincérité et la spontanéité de leur amour risquait de ce fait de leur causer du tort. Mais l'Auditore s'en fichait. Pour la première fois de son existence de criminel, il était parfaitement prêt à écumer des dangers colossaux et à ne pas tout mettre en oeuvre pour maximiser ses chances de s'en sortir vivant, indemne et victorieux : cela aurait signifié se mettre sa belle à dos et à cela, il ne pouvait s'y résoudre. Mephisto voulait jouer contre eux deux... Il les mettait au défi, d'une certaine manière. Le Nagafuse allait devoir faire en sorte qu'ils en ressortent triomphants. Ensemble. Cette pensée l'enivra de plus belle et, simplement outrepassé par le soulagement de savoir qu'il n'aurait jamais plus à combattre en solitaire, isolé de toute aide externe, il se sentit obligé de s'en retourner se percher aux lèvres de la Leone, toujours plus réceptif à sa seule présence. Elle n'aurait à ce rythme bientôt plus à prononcer un seul mot pour le plonger en émoi...
Une fois essoufflé de nouveau, le ténébreux prit un instant pour détailler précisément et précieusement le visage de sa chère et tendre. Il voulait la conserver gravée en lui afin de pouvoir user de ses souvenirs lorsqu'il commencerait à faiblir et à faillir : il voulait se sentir capable de surpasser le moindre obstacle, même si elle n'était pas là physiquement afin de l'encourager. Il avait déjà tué en son nom, froidement et bestialement... Il se sentait fin prêt à l'idée de le refaire.

-On ferait mieux... De retourner un peu dans la chambre, non ? C'est plus confortable qu'ici...

Ses lèvres, taquines, dessinèrent un léger sourire certes faible, mais bel et bien emprunt d'une jovialité complice. Le plus dur était derrière eux, il en avait pleinement conscience : les épreuves qui interviendraient par la suite s'avéreraient nécessairement périlleuses... Mais aucune d'entre elles ne pourrait les entraver éternellement. Et encore moins les éloigner l'un de l'autre...


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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Lun 4 Juin - 21:39

Did I lose myself  ?  Or did I gain you  ?

Mizeria ouvrit les yeux de bonne heure le lendemain, son sommeil avait été paisible et réparateur, cependant son corps semblait en avoir eu suffisamment… Doucement elle s’étira, avant d’enfin ouvrir un œil et balayer la pièce du regard. Elle-même s’étonna d’avoir si bien dormi et surtout si paisiblement. Au vu des évènements de la veille, la blonde aurait plutôt pensé qu’ils allaient se faire du mauvais sang toute la nuit. Mais il n’en était rien… Après quelques baisers passionnés dans la salle de bain ils avaient fini par regagner la chambre, s’y occupant la jusqu’à tomber de fatigue. Ils s’étaient une nouvelle fois unis, comme les jours d’avant, occultant complétement la menace qui planait sur eux. Les deux amants avaient simplement passé la fin de la journée à se redécouvrir, à se prouver et à se montrer l’un à l’autre leur amour toujours grandissant. Les joues de la jeune femme se teintèrent quelque peu au souvenir de leurs ébats. Oui, ils avaient tout oublié, il fallait trop se concentrer sur l’autre pour que leurs esprits s’échappent à songer à de funestes idées. Son regard se posa sur Rai alors que ses joues semblaient toujours aussi rosies. Ses pupilles s’accommodèrent plus longuement, achevant de la réveiller totalement, alors qu’elle détaillait le brun. Longuement elle resta ainsi à le regarder. La nuit était passée, et les doutes ressurgissaient de nouveau. Elle avait presque envie de le réveiller et de dévorer une nouvelle fois avidement ses lèvres pour tout effacer, mais elle n’en fit rien. Avec les jours elle avait appris à le connaitre, il était rare qu’il semble si bien dormir… Comme il était rare qu’elle soit la première réveillée. Alors son cœur se trouvait léger, l’observer ainsi paisible et profitant d’un repos amplement mérité lui faisait plaisir et chaud au cœur. Doucement, la mafieuse leva une main et écarta quelques mèches du visage de son cher et tendre, en faisant attention à ne pas le réveiller. La blessure qui s’était rouverte lui apparut et elle prit le temps de l’examiner. Cela semblait aller mieux, pour l’heure. Il allait devoir faire attention à ne pas faire de folies… Malgré tout un coup de fil à un soigneur s’imposait selon elle, il fallait simplement attendre une heure plus correcte pour demander que quelqu’un passe.

Elle le fixa encore, essayant de graver chacune de ses respirations et son air paisible en elle. Secrètement, Mizeria priait le voir ainsi plus souvent. Pouvait-elle lui offrir quoi que ce soit pour que ça soit le cas ? Elle était prête à tout pour y parvenir. Ses doutes de la veille n’avaient fait que la conforter dans sa volonté d’essayer de le combler au plus possible. Lui eut il fallut le monde, elle était prête à tout faire pour le lui donner. Il avait trop souffert, trop pris sur lui toute sa vie. Elle espérait simplement qu’il ne craigne plus qu’elle le laisse, il en était hors de question. Toujours aussi précautionneusement, elle prit appui sur son coude et se redressa. A trop rester à le regarder et à repenser aux évènements de la veille, elle allait finir par l’étreindre fortement et de subitement le couvrir de baisers. Il ne le fallait pas même si l’envie était irrésistible. Rai avait besoin de repos avant tout, il était plus judicieux de le laisser dormir en paix. Puis, elle avait faim. Avec tous leurs exploits de la veille, ils avaient oublié de se nourrir convenablement. Ses joues rougirent de plus belle en se repassant la soirée en quelques flashs, puis elle attrapa comme à son habitude ses sous-vêtements et la chemise de Rai qu’elle boutonna plus au moins correctement.

Marchant sur la pointe des pieds elle se dirigea vers la cuisine. A défaut de cajoler Rai, elle pouvait bien grignoter et préparer un petit déjeuner décent. Depuis les terribles mots qu’elle lui avait adressés, le sentiment de culpabilité ne la quittait pas. Elle avait l’impression constante qu’elle allait devoir se racheter. Il lui avait pourtant dit qu’elle n’avait pas à s’excuser mais elle ne se pardonnait pas à elle-même tout simplement. Elle soupira en prenant un verre d’eau. La vie aurait pu être tellement plus simple s’ils avaient simplement eu à se soucier de ce genre de dispute… Mais le destin en avait décidé autrement. Ils avaient d’autres chats à fouetter, et surtout un plus gros poisson à attraper, et ce avant de finir eux même en appâts pour toutes les familles mafieuses de Venise. Son regard scanna vaguement le frigo et les quelques placards alors que ses idées fusaient déjà. Ils étaient une fois de plus dans une impasse, comme de pauvres pantins qu’on tentait de mettre à mal. Ils allaient devoir se montrer plus astucieux que jamais.. Cependant ils étaient enfin sur la même longueur d’onde et plus soudés que jamais, ayant enfin cessé de se courir après à tour de rôle. Ils devaient forcément bien former une terrible combinaison en étant pour une fois à l’unisson. Du moins, elle l’espérait. Leur unique atout était qu’ils avaient déjà combattu et été vainqueurs en s’aidant mutuellement. Leur ennemi ne devait malgré tout pas ignorer ce fait… Il avait dû se renseigner sur eux pour avoir un plus gros avantage, pour savoir plus leurs points faibles… Il avait surement suivi leurs péripéties. Néanmoins, elle avait l’impression qu’il devait les sous-estimer.

Un nouveau soupir traversa ses lèvres et elle sélectionna quelques aliments pour s’atteler à la confection du petit déjeuner. Elle avait juste envie de soupirer ce matin. Son sommeil avait été calme et normal, mais la perspective de tout ce qui les attendait la mettait d’humeur grognonne comme si elle avait passé une mauvaise nuit.


« De mauvaise humeur ce matin ou trop mal partout ? »

Une voix d’homme venait de s’élever dans son dos, mais son sang se glaça. Ce n’était pas Rai. Doucement elle pivota, presque sure de savoir à qui elle avait affaire. Elle jaugea son assaillant, se remémorant ce que Rai lui avait dit sur son compte. L’homme semblait coller à sa réputation… Rien que son air hautain et son regard mal placé lui donnèrent envie de vomir. Il était tout ce qu’elle détestait et repoussait au plus haut point. Ses sourcils se froncèrent, tandis qu’elle faisait face à son nouvel interlocuteur, qui lui, prenait tranquillement appui sur le plan de travail opposé.

« Mephisto je présume…. Qu’est-ce que tu veux. »


Elle ne voyait aucunement l’utilité de se perdre en présentations. Le fait de le voir chez eux était déjà révoltant. Elle espéra simplement qu’il s’agisse d’une illusion ou elle songeait sérieusement à s’entrainer comme une folle… Avait-elle mis tous ses instincts en sourdine pour ne pas l’avoir remarqué ? Vraiment, il l’énervait déjà. Et il le fit encore plus en riant quelques peu.

« J’avais dit à Rai que je le tiendrais au courant. Mais calme toi poupée, t’es pas trop en position d’être autoritaire… Surtout que tu n’es pas grand-chose. Sauf si tu veux que je sois ici uniquement pour toi. »

Son sourcil sembla pris d’un léger tic. Il avait osé. Il était donc si terriblement cliché envers les femmes… Elle n’avait pas oublié les mots qui lui étaient destinés la dernière fois. Elle allait répliquer plus violemment que jamais quand il lui coupa l’herbe sous le pied.

« Enfin. Si tu nous aides je pourrais potentiellement reconsidérer les choses… T’es juste la pute de Rai pour l’instant… Après… Si tu veux élargir ton panel, dis le moi.
- Ferme là. »

Son ton avait été plus sec et fort qu’elle ne l’avait prévu, et ses quelques mots plus vivement articulés qu’elle ne le voulait. Combien de types comme lui avait-elle déjà croisé ? Beaucoup trop. Néanmoins, celui-ci réveillait quelque chose en elle. Son instinct semblait lui souffler d’être beaucoup plus sur ses gardes.

« Tu dois être un sacré coup pour qu’un Auditore lâche tout pour juste te baiser. C’est que ça doit valoir le coup. Je serais curieux de voir ce que ça donne. »

Le regard qu’il posa sur elle, la révulsa. Par réflexe elle referma d’autant plus sa chemise, maintenant le col avec une main.

« Je suis sûre que Rai sait pas beaucoup y faire, si tu veux crier comme jamais faut m’appeler moi plutôt. Je pourrais lui montrer quelques petites choses aussi… »

Il avait l’air amusé, lisant parfaitement en elle le dégout et la surprise qu’elle ressentait. Son expression se renfrogna de plus belle. Il était des plus insultants… Mais au final, elle s’y attendait, Rai n’avait pas mentit.

« Qu’est ce que tu veux. »

Elle ne voulait pas réveiller Rai, surtout pas pour des bêtises, et encore moins pour ce type. Elle préférait qu’il dorme paisiblement et qu’il n’ait pas de visions d’horreur dès le matin… Il fallait qu’elle gère seule, même si elle avait envie de lui arracher la tête. Une fois de plus elle pria pour qu’il ne soit juste une illusion… Vu les précautions qu’il avait prises, il ne pouvait pas venir en personne. Sauf s’il était fou… Ce qui était finalement une option aussi.

« D’ailleurs. Est-ce que Rai sait vraiment y faire ou tu l’as dépucelé ? Je suis curieux de savoir. Je te donne peut-être trop de crédit… Soit c’est ça soit t’es vraiment un bon coup. Les Leone m’épatent. Je pensais qu’ils avaient que des cruches façon rats de bibliothèques… Mais t’es plutôt bien roulée pour un petit rat. »

Il commença à avancer, par réflexe elle attrapa un couteau et le pointa dans sa direction. Illusion ou pas elle allait être vite fixée… Ce qui la dérangeait le plus dans la situation, c’est qu’elle dérapait. Plus il ouvrait la bouche, plus elle se rendait compte qu’il était un problème qu’on ne pouvait pas gérer tout seul.

« Restes ou t’es et dis moi ce que tu veux, je ne me répéterais pas.
- Farouche en plus. »

Il continua d’avancer, la faisant froncer les sourcils. Ses vœux qu’il ne soit qu’une illusion commençaient à s’évanouir. Elle était prête à le réduire en miettes s’il était venu en personne… Elle savait que ce n’était pas raisonnable… La blonde serra les dents quelques peu. Mephisto s’arrêta à quelques pas, la détaillant toujours de manière aussi répugnante. Il ne fallait pas qu’elle fasse de bêtises… Mais ça, ce n’était pas son domaine. A contre cœur, sa voix s’éleva à nouveau de manière plus vive et forte, et cette fois ci résonnant dans tout l’appartement.

« Rai. »

Elle s’en voulait déjà de lui infliger ça, mais elle ne sentait pas assez d’attaque pour tenir tête à ce malade. Puis il connaissait son collègue mieux qu’elle, il savait déceler les failles et surement le faire partir plus vite… Elle, elle n’était qu’une proie, et elle le voyait. Même si ses entrailles s’en tordaient d’horreur, elle ne pouvait rien y faire. Il avança à nouveau et la mafieuse appela son amant une nouvelle fois. Son ton n’avait rien de paniqué, elle savait garder son calme, lorgnant toujours le gardien de la brume d’un air réprobateur et glacial. Il savait pertinemment ce qu’il faisait, et il continuait dans ce but, se délectant de ses réactions… Elle se demanda simplement si tout était du bluff ou pas. Une fois de plus son instinct lui criait de se méfier… Rai l’avait dit lui-même, il était le pire, les soleils l’avaient recruté plus pour avoir un œil sur lui qu’autre chose…

« Les farouches c’est justement mes préférées… Tu sais ce que j’aime leur faire ?
- T’es bouché ou quoi. Je t’ai dit de rester où tu es. »

Il se rapprochait toujours plus, arrivant désormais à la pointe de son couteau. Elle allait vite être fixée sur son adversaire, illusion ou pas…. Avec presque soulagement, elle le vit s’empaler sur la lame et rester de marbre, planté face à elle, au plus proche possible. Il n’était pas là. Néanmoins la victoire ne fut que de courte durée. Présents ou pas, il savait se rendre imposant et gommer ce fait. Le regard et le sourire qu’il lui adressa glacèrent son sang comme jamais. Il n’était qu’une ombre au final, mais son cœur manqua un battement quand il posa sa main sur le comptoir à ses côtés, se penchant ainsi un peu plus à son niveau, l’obligeant à le détailler au plus près possible.

« Je les brises et les baises jusqu’à ce qu’elles la bouclent enfin et qu’elles en demandent encore plus. »

Elle fut presque prise de sueurs froides. Tout était dit à mi- mot, mais la menace pour elle était claire. C’était un potentiel sort qu’il lui réservait là si d’aventure elle lui tenait tête. Les choses allaient décidément se montrer compliquées… D’autant plus qu’elle n’eut même pas de réaction virulente comme elle aurait dû en avoir à l’accoutumée, elle resta juste sur place, surprise, comme figée et troublée. Son esprit juxtaposait presque trop bien l’image d’Hado sur le visage de Mephisto. Finalement, la porte de ses démons ne semblait pas être refermée. Il semblait même qu’elle venait de faire la connaissance d’un nouveau. Et un digne des pires… Bien vite elle lui lança un regard noir, mais c’était trop tard, il avait vu.

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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Mar 5 Juin - 10:13



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



-Laisse-la. Tout de suite.
-Oh, Rai ! Tu as belle mine... Bien dormi, je présume. Baisse donc cette bague... Tu vas te blesser !

Il avait entendu l'alerte qu'elle avait poussé, qui avait suffi à l'extraire irrémédiablement des méandres de son sommeil, déjà ternis puissamment par la conversation éconduite dans la pièce voisine. Dès lors, il avait compris le sang glacé que Mephisto avait décidé de se manifester à nouveau : il n'avait alors pu céder qu'à l'appel de son impulsivité et, sans crier gare, s'était emparé de sa boîte arme pour pénétrer dans le salon directement. Il se tenait encore dans l'encadrure de la porte lorsque l'illusion fit un pas en arrière tout en le lorgnant avec insistance, un sourire mièvre sur les lèvres. Il avait déjà eu ce qu'il voulait... Rai serra les dents, rageur, mais fit en sorte de demeurer aussi impassible que possible. Il le savait : ce petit spectacle et les insultes proférées à destination de son amante n'étaient ni plus ni moins qu'une simple provocation. Ce type cherchait à les pousser à la faute, et à deviner autant de failles que possible au sein de leurs êtres. Dénicher des faiblesses et les exploiter, c'était là un domaine dans lequel il excellait véritablement... La Leone ne faisait pas le poids. Elle était maligne, bien sûr, mais elle n'avait jamais eu l'occasion de faire face à un tel condensé de malfaisance et de fourberie. Le gardien de la Brume était d'un calibre tout autre qu'Ox et compagnie... Il ne laissait rien au hasard. Il était trop minutieux et trop pointilleux... Il dominait tout. Des profils psychologiques de ses adversaires aux liens qui les unissaient, en passant par l'environnement, les circonstances... Il devait d'ores et déjà les avoir placé sous surveillance assidue et insidieuse. L'information, c'était le meilleur moyen de gagner la guerre... Et les deux Auditore se méfiaient trop l'un de l'autre. Mephisto savait que Rai savait : conserver le silence et tâcher d'élaborer un plan de riposte sans le communiquer à Mizeria, c'était donc jouer son jeu. Mais communiquer avec elle pour tenter d'aboutir à une stratégie plus complexe, c'était chose rendue impossible puisque leur adversaire pouvait en avoir vent aisément... Il jouait bien. Et ce n'était probablement qu'un début. Mais le Nagafuse n'avait pas dit son dernier mot, pour autant.

-Tiens donc... Il t'en faut si peu, pour reculer ? Tu ne veux pas me froisser... ou tu sais que mes flammes peuvent t'atteindre, même sous la forme d'une illusion matérialisée ?
-Oh... Physionomiste, avec ceci ! Tu sais, je n'obéis pas trop aux règles les plus élémentaires. D'ailleurs...
-Pour me le prouver, prétendument, tu vas t'approcher d'elle et faire mine de la caresser. Laisse tomber, Mephisto. Je sais que mes flammes peuvent t'atteindre et ton petit bluff n'y changera rien. Dis-nous ce que tu veux, tout de suite, et cesse tes tourments.
-Et bien, et bien...

Si Mephisto gloussa, dans un premier temps, il ne tarda guère à déposer un regard d'une froideur déconcertante sur le noiraud qui, de son côté, afficha un simple sourire sournois. Leur ennemi était un fin psychologue doublé d'un talentueux stratège, mais il n'était pas sans reste non plus... Qui allait parvenir à manipuler l'autre le plus habilement ? Difficile à savoir. Mais au sein de cette petite querelle intestine, Rai avait conscience d'avoir une longueur d'avance des plus généreuses. Parce qu'il n'était pas seul, contrairement à l'opposant qui, de son côté, se faisait un point d'honneur à ne pas s'encombrer d'autrui, estimant qu'il s'agissait là d'une faiblesse plus que d'une force digne de ce nom... Comprenant apparemment qu'il ne tirerait rien de plus fructueux, à cet instant, de son bref échange avec Mizeria, l'illusion se dispersa en une nuée de corbeaux et vint se reformer à deux pas du Nagafuse seulement. Il planta son regard dans celui du noiraud et ils demeurèrent là, à se lorgner en chien de faïences, jusqu'à ce que le plus sanguinaire des deux n'en vienne à se pourlécher les babines. Sa voix, à nouveau railleuse et guillerette, reprit comme si aucune altercation digne de ce nom n'avait eu lieu entre eux... Mais le gardien du Désert comprit, quant à lui, et très instinctivement, que c'était simplement très mauvais signe et que leur antagoniste s'était secrètement promis de lui faire payer le prix de son indignation.

-Il faut bien commencer quelque part... Et j'ai eu cette idée ! A ton avis, qui est le plus dangereux des gardiens, à l'heure actuelle, nous deux exceptés ?
-Question simple. C'est Mark...
-Exact !

Mark Zaccaro. Gardien de la Pluie et favori de Symphony, le Ciel Vérificateur... Même Mizeria avait dû entendre parler de lui. C'était un homme précautionneux et minutieux, méticuleux, doté d'un esprit analytique consternant et de facultés intellectuelles que nul n'aurait pu remettre en cause. Il n'était certes pas aussi roublard et détestable que les deux Gardiens qui se tenaient tête actuellement, mais il complétait assurément le podium de l'intelligence et de la pertinence... En tant que bras-droit de Symphony, tout un pan de la famille gravitait autour de lui. On lui reconnaissait, de surcroît, de grandes qualités oratoires et une faculté à aisément discourir, à convaincre facilement autrui. S'il parvenait à se rendre compte du fait que Mephisto et Rai s'acoquinaient et fomentaient quelque chose de louche, il risquait d'alerter tout le monde et les deux fautifs seraient immédiatement pointés du doigt comme étant des traîtres potentiels... Voilà pourquoi il fallait à tout prix prendre la décision de l'écarter dès les prémices de cette révolte, afin d'éviter une bavure qui pouvait lui mettre la puce à l'oreille. D'autant qu'il ne portait ni l'un, ni l'autre des mafieux dans son cœur... Malheureusement, leur tendance à demeurer éloignés des principales affaires qui secouaient la famille Auditore leur avaient causé plus de tensions et d'inimitié qu'autre chose. Et d'entre tous, c'était certainement Mark qui les surveillait le plus étroitement...

-Et le deuxième ?
-Le deuxième ?
-Tu m'as bien compris. Lequel est le plus dangereux, selon toi, Mark mis-à-part ?

Cette fois-ci, le Nagafuse eut besoin d'un instant de réflexion. Beaucoup de gardiens étaient compétents : c'était tout naturel au sein d'une famille aussi dense et influente, de toute manière. Beaucoup de crevures s'étaient empressées de faire parvenir leur candidature aux deux Soleils lorsqu'elles avaient pu prendre de l'ampleur, notamment grâce aux agissements du noiraud qui les avait toujours épaulé... Ils étaient désormais tous perçus comme l'alternative la plus sérieuse aux Van Sidéris, et de loin...
Pourtant, Mephisto se montrait trop insistant : il y avait donc, de son point de vue, l'un de leurs collègues qui était autrement plus redoutable que le reste de la clique. Un homme à évincer, Mark mis-à-part... Les pensées du noiraud s'enchaînèrent jusqu'à ce qu'il parvienne à un résultat plus ou moins convaincant. Il le prononça finalement à mi-voix, clairement moins assuré que pour la première de leurs deux cibles.

-Eberto ?
-Ouiii ! Exactement, lui-même !
-Je peux savoir pourquoi ?
-Tu te sens vraiment capable de lui tenir tête s'il s'énerve et décide de t'arracher la carotide à mains nues ?

Malgré tous les efforts qu'il déployait à demeurer impassible, le Nagafuse ne put cette fois-ci s'empêcher de grimacer ostensiblement. Il ne s'était jamais vraiment méfié d'Eberto, le gardien de la Tempête, parce qu'il le savait moins intelligent que Mark ou Mephisto, même s'il n'en était pas un crétin pour autant... En revanche, il allait sans dire qu'en terme de puissance brute, il était loin, très loin au-dessus. Il était potentiellement le seul à pouvoir tenir tête à l'un des Soleils... Et il était également l'une des têtes célèbres de la famille. Il était effectivement le favori de d'Alda, le ciel Sanglant... Et il passait le plus clair de son temps à semer le chaos et le massacre chez ceux qui tenaient tête aux Auditore. Les deux hommes, par ailleurs, entretenaient une rivalité depuis belle lurette et cela permit à Rai de comprendre où son collègue voulait en venir avant même que ce dernier n'affine vocalement ses pensées et son plan savamment élaboré : il l'écouta, néanmoins, sachant que les informations seraient toujours bonnes à prendre du côté de Mizeria qui devait être plongée dans l'incertitude et l'ignorance.

-Ils se détestent. Et ils ont chacun la faveur d'un Soleil. C'est eux qui, le mieux, incarnent la faiblesse actuelle de notre famille. Et on va en profiter.
-Comment tu veux le faire ?
-Ils sont tous les deux dans les Quartiers nord de Venise, aujourd'hui. Mark est avec son conseiller, Fargo, chez Cianciulli. Ils doivent récupérer son fric. Eberto doit traîner dans le bar Venetia. L'idée est la suivante... Vous allez d'abord commencer par tomber sur Mark, Fargo et Cianciulli. Tuez-les tous, sauf Fargo. Manipule ses souvenirs pour lui faire croire que c'est Eberto qui les a tué. Puis allez vite chercher Eberto et manipulez ses souvenirs, pour lui faire croire qu'il vient de tuer Mark... Je me chargerai de maquiller la scène du meurtre et vous pourrez revenir batifoler jusqu'à nouvel ordre. Simple et concis, non ?

Simple et concis ? Beaucoup plus facile à dire qu'à faire, surtout. Cianciulli était un dealer officiellement rattaché aux Auditore mais qui, dans les faits, leur posait souvent problème. Il n'était pas du genre irréprochable et oubliait souvent maladroitement de leur offrir leur part, afin de remercier leur protection... Ce qui contraignait souvent les gardiens à organiser des visites surprises chez lui pour obtenir ce qui leur était dû. Il se montrait à cette occasion assez mielleux, et se répandait en excuses tout en rendant l'argent qui appartenait aux Soleils... Chose qui prouvait qu'à défaut d'être honnête, il était plutôt raisonnable et réaliste. Une crevure pareille n'allait pas manquer à grand monde, et n'allait probablement pas laisser problème : il n'avait pas d'affinité particulière avec les flammes, pour le peu que Rai en savait. Mark, en revanche, était un solide adversaire et son conseiller, Fargo, savait le compléter. Certes, Mizeria était probablement capable de le terrasser en combat singulier, mais s'il demeurait en retrait pour appuyer son supérieur, ils allaient rapidement devenir insupportables... Or, il allait sans dire que le couple n'avait pas le droit à l'échec, sans quoi c'était une fin de parcours immédiate pour eux. Restait Eberto : manipuler ses souvenirs serait chose aisée... Si le Nagafuse parvenait à l'atteindre. Le gardien de la tempête, en effet, ne le portait pas vraiment en haute estime... Toutefois, le stratagème n'était pas stupide et le noiraud comprit finalement où leur interlocuteur voulait en venir.

-Attends... Tu veux entraîner des frictions entre Alda et Symphony ?
-Décidément, tu ne me déçois pas... C'est exact ! Si le meurtre de Mark est rapporté à Symphony par Fargo, elle exigera qu'il ne reste pas impuni. Elle voudra la tête d'Eberto. Et Alda ne sera certainement pas disposée à la lui céder sans piper mot... Dans le pire des cas, Symphony décidera de passer l'éponge pour ne pas causer de troubles au sein de la famille. Sauf qu'on aura quand même pu éliminer Mark, tout en nous innocentant directement. C'est donc tout bénéfices...

Et encore une fois, Mephisto prouvait qu'il valait mieux se méfier de lui...

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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Dim 10 Juin - 21:02

Did I lose myself  ?  Or did I gain you  ?

Mizeria souffla un coup en voyant Mephisto s’éloigner et se rapprocher de Rai. Même si elle avait passé les dernières minutes à le regarder méchamment, elle avait, inconsciemment, retenu son souffle. Elle n’avait pas peur, mais elle avait imaginé sans mal ce qui aurait pu se passer par la suite sans l’intervention de Rai. C’était tout ce dont elle n’avait pas besoin à l’heure actuelle… La blonde était délivrée certes, mais pas tranquille pour autant. Bien vite son regard se tourna vers les deux hommes. Voir leur ennemi si proche de son cher et tendre ne la rassurait pas, encore moins l’air qu’il employait avec lui cette fois ci… Oui Rai n’avait pas menti, le tableau qu’il lui avait dépeint était parfaitement juste. Et elle voyait sans mal, à quel point les deux hommes pouvaient se mesurer au même niveau… Cela aurait pu être le cas si le gardien de la brume n’avait pas eu l’avantage. Elle se maudit un bref instant face à ce constat, se demandant à quel moment ils n’avaient pas été assez vigilants… Avaient-ils tellement été obnubilés l’un par l’autre qu’ils en avaient oublié d’être sur leurs gardes ? C’était possible. Après tout, ils avaient bien oublié depuis quelques jours leurs familles respectives, quand les doutes et les craintes s’immisçaient, ils finissaient inlassablement par s’échouer sur les lèvres de l’autre. Combien de fois avait-elle eu le cœur lourd à penser aux Leone, à ce que la vie pouvait leur réserver à Rai et elle, et combien de fois avait-elle fondu sur lui pour l’embrasser plus passionnément que jamais ? Désormais Mephisto connaissait leur faille. Il savait même exactement comment se jouer d’elle, il suffisait de repenser à ce qui venait de se passer…

Si les regards pouvaient tuer, leur intrus aurait passé l’arme à gauche bien avant de finir tout son discours. Elle laissa les deux hommes échanger, les écoutant attentivement, observant la moindre de leurs réactions. Sa posture s’était faite plus détendue mais elle n’avait pas lâché le couteau qu’elle avait attrapé. Surement pour se rassurer plus qu’autre chose… Ils ne faisaient pas attention à elle, aucun des deux. Elle trouva ça bien dommage que le gardien de la brume ne soit venu qu’en tant qu’illusion d’ailleurs. Mais elle saurait lui rendre ses horreurs et de les avoir provoqués, elle se le jura intimement et silencieusement. L’échange fut long et plus mouvementé qu’elle le pensait. Elle aurait pu comprendre sans mal aux expressions du brun, si elle n’avait connu aucuns noms, que ce qu’il leur demandait de faire n’allait pas être une mince affaire. Or les réactions du brun étaient bien là, et elle savait qui était Eberto ainsi que Mark et les autres… Même elle, se mit à déglutir avec difficultés à la mention de ses nouveaux opposants… Ca n’allait pas être une mince affaire. Au final ils allaient encore beaucoup prendre de risques et Mephisto s’assurait d’être à l’abri… Tout comme il prenait l’avantage une fois de plus. Se retrouver avec le sang sur les mains d’un gardien Auditore n’était pas bon pour eux, ils pouvaient très aisément se faire accuser par la suite et en pâtir… Ils étaient coincés.

Ses poings se serrèrent alors que leur commanditaire finissait d’énumérer son plan et de leur soumettre sa requête. Techniquement elle aurait pu partir et ne pas s’en mêler, mais il savait qu’elle ne laisserait pas Rai. Il avait véritablement compris à quel point ils s’aimaient et qu’il ne s’agissait pas simplement d’un amusement ou d’un passe-temps. Mephisto l’avait directement incluse dans ses morbides plans. Il ne l’enlevait pas du tableau mais elle ne s’en sentait pas pour autant flattée, bien au contraire… Il était froid et calculateur, manipulateur comme jamais, mais surtout ambitieux. Elle sentait en lui une ambition dévorante mais pour tout, il lui semblait que tout ce qu’il devait entreprendre devait se faire dans des mesures gargantuesques… Elle imaginait donc sans mal pourquoi les deux soleils Auditore l’avaient choisi comme gardien pour mieux l’avoir à l’œil… Chose finalement complètement inutile semblait-il. Un soupire las traversa ses lèvres, attirant sur elle l’attention de leur nouveau démon.

« Plus vite vous finissez, plus vite vous serez tranquilles alors ne tardez pas. Et soyez efficaces… Bref je ne vous apprends rien non ? Si y a besoin de récompenses pour en motiver quelques-uns, j’en ai en stock.. Mais il faudra le mériter… Sinon il me faudra plutôt user de mon registre de punitions. »

Leurs regards ne se détachèrent pas. La mafieuse comprenait sans mal qu’il s’adressait sans détour à elle uniquement, comme elle savait pertinemment ce qu’il sous entendait par récompenses et punitions rien qu’au regard lubrique qu’il lui lançait. Cependant elle resta de marbre. La Leone ne le dévisagea pas cette fois ci, refusant de lui offrir ce plaisir. Elle se contenta juste de le fixer, d’enregistrer son air intéressé et satisfait. Il la dégoutait… Mais elle ne ferait plus l’erreur de lui offrir les réactions qu’il espérait. Pire, elle ne comptait pas la boucler et arrêter d’être « farouche » comme il semblait le souhaiter.

« Tu nous retardes justement. Dégage. »

Sans crier gare et d’un mouvement fluide elle lança le couteau. Ce dernier fendit l’air avant de passer au travers de l’illusion et de finir sa course dans le mur d’en face. Mephisto s’évapora alors de nouveau dans une nuée de corbeaux, alors qu’un rire amusé remplissait la pièce. La Leone ne bougea pas, ne voulant pas flancher tant qu’elle n’était pas sure qu’il était parti. Une fois que le sordide rire s’arrêta et que plus aucun corbeau n’était en vue, elle soupira de plus belle. Dans quoi venaient-ils de s’embarquer… Il lui fallut un certain temps avant de se reprendre totalement. Inconsciemment, comme par angoisse, sa main trouva son cou de nouveau. Non, on ne l’étranglait toujours pas, même si elle avait parfois l’impression que l’air lui manquait quelque peu…

« Je suis désolée de t’avoir réveillé. Je sentais qu’il allait pas me lâcher tant qu’il ne te parlait pas… »


Ca l’énervait profondément d’avoir du réveiller son amant de la sorte alors qu’il jouissait pour une fois d’un repos bien mérité. Son regard se posa sur lui et ne le quitta pas. Qu’allaient-ils faire ? A vrai dire ils n’avaient pas le choix. Cette fois ci, ils ne pouvaient pas faire comme hier et dissiper leurs soucis dans la chambre à coucher…

« Rai… Ca va être corsé aujourd’hui, je sais que tu le sais également… Il faut qu’on ait un plan avant de se lancer, sinon on est perdus. D’autant plus qu’on est pas rétablis à cent pourcents... »

La jeune femme grimaça sur ses derniers mots. Rai avait bien rouvert sa commotion hier, ce n’était pas à négliger… Elle allait devoir demander à son ami soigneur de passer, et ce au plus vite pour ne pas les retarder… Elle se massa les tempes, analysant la situation, classant les priorités. Ses idées, tout comme ses craintes, se bousculaient. Elle songea un instant qu’ils devaient agir incognito, mais était judicieux ? Oui et non. Du moins le brun ne devait pas se faire reconnaitre. Sans quoi Mephisto pouvait le jeter en pâture à n’importe quel moment. Pour son cas, elle n’était pas connue normalement, c’était un avantage… Restait qu’elle n’était pas connue non plus pour se faire discrète et passer inaperçu. Elle eut alors une idée quelque peu bête mais qui pouvait peut-être servir… Il fallait essayer.

« Question bête.. On ne peut pas s’arranger pour qu’Eberto tue vraiment Mark ? En modifiant uniquement ses souvenirs à lui au départ… Après il faudrait simplement s’arranger pour laisser le conseiller en vie. Soit on l’empêche d’assister au massacre et on le laisse uniquement constater, soit on s’arrange pour qu’Eberto le laisse en vie dans le processus.. Si par exemple dans ses souvenirs on inclus qu’il lui devait une faveur ou autre.. ? Après je ne sais pas c’est ton domaine d’expertise… Le mien suivra le tien. »

Elle ignorait les réels pouvoirs de Rai, elle en avait fait les frais et l’avait vu plus d’une fois à l’œuvre mais c’était maigre… D’autant plus qu’il connaissait les futures victimes et même les lieux bien mieux qu’elle. La mafieuse ne pouvait s’avérer utile que sur le terrain. S’il fallait se battre, elle saurait s’en charger sans mal. Comme pour appuyer ses dires elle bougea enfin, se dirigeant dans l’entrée avant de revenir avec un sac. Durant le repos bien mérité de Rai à la sortie du tableau, elle avait non seulement acheté des habits et de quoi vivre tranquille quelques jours, mais aussi pris de quoi parer à toute éventualité. Elle posa le sac sur la table et en sortit une partie de son contenu. Elle avait rapporté quelques armes et gadgets, comme des habits plus adaptés pour sa part. Son subconscient avait apparemment agi judicieusement… Mais elle aurait préféré se tromper et ne pas en faire usage. Elle prit les quelques armes à feu qu’elle avait ramené et vérifia leur chargement. Aujourd’hui, tous les moyens étaient bons.

« Sinon… On suit effectivement le plan de Mephisto même si ça ne m’enchante guère… On tue Mark et l’autre, on laisse son conseiller dans les vapes et on court chez Eberto pour le leurrer. Si moyen de le leurrer il y a… »

Elle n’était pas folle. Il était préférable qu’ils essaient d’agir avec le moins de combats possibles. Encore plus avec le gardien de la tempête vu sa réputation… Il fallait agir prudemment et intelligemment. Elle posa la dernière arme qu’elle vérifiait et regarda le Nagafuse. Elle n’avait pas eu peur avec Mephisto, mais désormais la crainte la remuait. Elle tremblait de peur à l’idée de le perdre ou qu’il puisse lui arriver quelque chose dans de pareilles circonstances…

« Rai… Faut qu’on te soigne avant tout aussi. Laisse-moi appeler celui qui nous a aidé il y a quelques jours… Tu ne peux pas aller te battre dans cet état. Je me chargerais de la partie combat mais au cas où je ne veux pas prendre de risque… »

Elle ne comptait pas le laisser en danger ou quoi que ce soit d’autre. Rien que manipuler autant de souvenirs allait devoir être éreintant malgré tout, sans compter le stress de la situation. Ses yeux bleus ne quittèrent pas le brun, comme pour s’assurer qu’il n’allait déjà pas disparaitre sans crier gare.

« Je ne veux pas te perdre… »

Elle avait presque dit sa dernière phrase dans un souffle, avouant enfin l’objet de ses inquiétudes. Son cœur manqua même un battement, elle n’anticipait pas ce qui allait se passer, elle avait bien connu pire, et ce même avec lui. Mais plus le temps passait plus elle se rendait compte à quel point le bien être de Rai était primordial. Personne ne devait toucher le moindre de ses cheveux, sans quoi elle jurait de tout mettre à feu et à sang. On pouvait d’ailleurs bien lui demander de détruire le monde entier si le brun pouvait ainsi être à l’abri, elle l’aurait fait. Sans hésiter.

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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Lun 11 Juin - 14:16



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Il s'était finalement dissipé, après une ultime provocation destinée principalement à Mizeria, à laquelle la jeune femme avait répondu aussi puissamment et courageusement que possible. Rai fut satisfait de voir qu'elle n'était pas susceptible de se laisser marcher sur les pieds, même si le Gardien de la Brume avait dû tenter de la désorienter et de l'effaroucher avant son arrivée... Il voulait mettre leur couple au défi pour servir ses propres desseins, ses ambitions les plus redoutables. Les avances à peine voilées qu'il avait formulé à l'égard de la Leone étaient-elles seulement fondées, ou tout cela n'était-ce qu'une fumisterie, qu'une mascarade destinée à le faire apparaître comme un homme attentif à ses désirs libidinaux les plus grégaires et les plus instinctifs ? Difficile à dire, mais a priori, le Gardien du Désert songeait, quant à lui, que son collègue n'était guère du genre à faire de sa vie sexuelle un cheval de bataille. Sans doute tout cela n'était-il qu'une vaste provocation, dans le but de la pousser à bout et de l'énerver crescendo... Oui, c'était sûrement cela. En jouant sur cette corde sensible, en la tourmentant de la sorte, il pouvait générer et susciter chez elle des sentiments puissants comme l'animosité, la rage, la hargne et le dégoût. Des sentiments qui, s'ils échappaient à son contrôle, pouvaient la pousser à se montrer irréfléchie en période de crise. Il préparait d'ores et déjà le terrain pour les évincer et les éliminer lorsque la situation lui sourirait... Le noiraud grommela et eut une moue agacée en envisageant cette sinistre vérité qui lui apparaissait de plus en plus finement, comme si les contours se dévoilaient à mesure qu'il parvenait à les localiser. Mephisto savait très bien que Mizeria n'était pas sotte... Et même si elle n'était probablement pas aussi retorse et vicieuse qu'un seul d'entre eux, elle était susceptible d'apporter sa pierre à l'édifice. Elle en apporta d'ailleurs la preuve un instant plus tard.

-Ne t'excuse pas. Il est trop redoutable pour que l'un d'entre nous se charge de lui seul... On doit faire front commun à chaque occasion. Il pourra nous énerver et précipiter un faux pas de notre part s'il parvient à nous isoler... Mais si on veille l'un sur l'autre, tous ses stratagèmes seront voués à l'échec. Tu as bien réagi, Mizeria. De la seule façon possible, en fait.

Le Nagafuse sacrifiait sans l'ombre d'un regret des dizaines de minutes voire des heures d'un repos pourtant régénérateur si cela pouvait lui permettre d'empêcher la demoiselle de courir à sa fin prématurément. Et il imaginait sans peine que la réciproque était tout aussi véridique : aussi, la prochaine fois que son collègue ferait en sorte de le confronter directement, il tâcherait d'avertir la Leone pour qu'elle puisse, à défaut de prendre part à l'échange frontalement, a minima en surveiller l'évolution et en atténuer les conséquences.
Mais ce furent surtout les paroles de la jeune femme qui suivirent qui stimulèrent puissamment l'esprit créatif et manipulateur de l'Auditore. Ils avaient besoin d'un plan, c'était indéniable... Et savamment ficelé, de surcroît. Tout devait se dérouler exactement comme ils l'avaient prévu en amont. Y aller à grands renforts d'improvisation risquait d'aboutir à un échec sanglant et douloureux. Et pour cause : s'ils arrivaient à manipuler Fargo mais pas à tuer Mark, ils échouaient. S'ils arrivaient à tuer Mark, mais pas à manipuler Fargo, ils échouaient. Si Cianciulli en réchappait et, pour s'attirer les faveurs des Soleils, tâchait de les prévenir, ils échouaient. Si tout se déroulait comme prévu mais qu'ils ne parvenaient pas à manipuler Eberto, et qu'il parvenait à les vaincre, ils échouaient. Et s'il parvenait à dresser un alibi ou un argumentaire infaillible pour s'innocenter, ils échouaient encore... Trop de données négligeables pourtant pouvaient déboucher sur une défaite. C'était là toute la difficulté de cette opération : elle semblait si pointilleuse et si chirurgical que le noiraud n'était pas certain de pouvoir la mener à bien, lors même qu'il avait entrepris des missions parfois suicidaires et clairement périlleuses. Mais l'hypothèse qu'elle lui glissa avant de s'en retourner vers l'entrée pour s'emparer d'un sac le plongea dans une ébullition songeuse dont il ne parvint pas à s'extirper des secondes durant.

Oui. C'était la seule faille exploitable dans le plan de Mephisto. Cela ne leur serait pas vraiment d'un grand intérêt pour contrecarrer la stratégie folle du Gardien de la Brume, qui y puiserait certainement envers et contre tout une certaine satisfaction, mais cela aurait au moins deux avantages indubitables : premièrement, cela ne les placerait pas autant en danger que s'ils avaient recours aux ébauches avancées par leur sinistre commanditaire et secondement, cela présentait moins de risques de déboucher sur une débâcle ou un fiasco mémorable. La solution était donc effectivement toute trouvée, aux yeux de Rai à tout le moins : ils devaient bel et bien pousser Eberto et Mark à se confronter directement, devaient veiller à ce que Cianciulli y reste également et n'achever par la manipulation des souvenirs de Fargo que de manière très superficielle, très subreptice, en se basant sur ce qu'il aurait d'ores et déjà pu voir, la scène à laquelle il aurait d'ores et déjà pu assister. En agissant de la sorte, le Nagafuse allait peut-être même pouvoir s'innocenter d'office aux yeux des deux Soleils... Voire gagner leurs faveurs.

-On pourrait terminer tout ceci en capturant Eberto... Et en le livrant. On pourrait sauver la vie de Fargo et s'assurer son soutien absolu. Oui... Ça peut marcher. Ça doit marcher.

S'il entendait les mots de Mizeria résonner d'une oreille, il ne semblait dès lors plus en capacité de s'y attarder, comme si sa concentration était totalement et définitivement happée par le champ des possibles et par les subterfuges qu'il n'en finissait plus d'imaginer et de concevoir. C'était risqué. Terriblement risqué. Mais ironiquement bien mieux que de procéder comme Mephisto avait pu le leur demander... Tout en leur octroyant possiblement des récompenses plus grandes. Manipuler Fargo et éliminer aussi bien Eberto que Mark, cela ne gênait pas Rai le moins du monde. Ces trois types étaient des pourritures comme il en existait des dizaines d'autres au sein des Auditores : rares seraient ceux qui les pleureraient, et ceux-là étaient au moins aussi détestables. En d'autres termes, sur un plan éthique, il n'y voyait personnellement pas le moindre problème et il imaginait sans peine que la Leone, si elle pouvait éventuellement renâcler à cette idée, finirait tôt ou tard par l'accepter en considérant qu'il s'agissait de leur seul moyen de s'en sortir avec un réel brio. Les choses étaient limpides, de toute manière : s'ils s'abandonnaient aux désirs du Gardien de la Brume et s'ils commençaient à lui obéir au doigt et à l’œil, ils se damnaient éternellement. Il finirait par les éliminer lorsqu'il les estimerait trop dangereux et lorsqu'ils n'auraient plus suffisamment d'intérêt, de son point de vue... Tout comme il allait veiller à la disparition de Mark et d'Eberto dans la journée à venir. Les lèvres du Nagafuse, nerveuses et fébriles, se mirent à remuer silencieusement tandis qu'il dessinait vaguement des mots et imaginait toutes sortes de situations pour tenter d'en dénicher une qui finirait par leur sourire. Ses yeux perdus, égarés sur le mur qui lui faisaient face, semblaient plus sombres et plus obscurs qu'à l'accoutumée. Ils étaient froids, également, implacables, comme s'il se séparait corps et âme, éperdument de toute son humanité afin de concevoir la mise-à-mort de leurs désormais ennemis sans éprouver une once de remords. En d'autres termes, il semblait renoncer à tout ce qui faisait de lui un humain pour s'abaisser à la condition d'automate, à sa nature d'intellect méthodique qui analysait les faits sans aucune considération sentimentale.

Mais ce fut à cet instant précis que les derniers mots de Mizeria résonnèrent. Son aveu, prononcé à mi-voix, amena chez le mafieux une réaction aussi soudaine et épidermique que viscérale. Ses paupières s'écarquillèrent et son souffle se coupa mécaniquement tandis que ses yeux semblaient recouvrer une certaine chaleur, une certaine douceur. Son inhumanité la plus terrible venait d'être chassée, et se trouvait dorénavant remplacée par un amour inqualifiable et incalculable. Il planta ses prunelles dans celles de sa belle et, finalement, sans un mot, se rapprocha d'elle pour venir quérir sur ses lèvres un baiser des plus doux. Il l'enveloppa de ses bras puis, un instant plus tard, rompit leur échange suave sans toutefois lui rendre sa liberté. Il se contenta alors de lui glisser quelques mots, assurément graves, mais desquels émanaient une dose d'espoir et d'affection que nul n'aurait jamais pu dénigrer.

-Personne ne perdra personne. On va rester ensemble, Mizeria. Et on va gagner. Mark, Eberto, Mephisto, même les Soleils, ils peuvent bien tous essayer... Personne ne nous écartera l'un de l'autre.

Toutefois, l'heure n'était malheureusement pas à la tendresse. Ainsi, à contre-cœur, il fut contraint de relâcher celle qu'il aimait tant pour s'en retourner sur une chaise où il prit place. Il croisa ses jambes et, silencieusement, plaça une main sous son menton en abordant une posture songeuse, qui retranscrivait très nettement son effort mental. Il prit alors la peine d'évoquer à voix haute les pensées qui l'ébranlaient et le traversaient, de sorte que la Leone puisse les comprendre et, si une autre idée lui venait à l'esprit, les compléter judicieusement.

-Si on élimine Mark et qu'on capture Eberto, puis qu'on le livre aux deux Soleils, on peut agir de la meilleure façon possible. Premièrement, les deux Soleils craindront que j'ai utilisé mon pouvoir pour manipuler Fargo et rendre son témoignage erroné : en constatant que ce n'est pas le cas, elles nous adresseront leur pleine confiance. Deuxièmement, on pourra leur apprendre frontalement notre union et elles n'auront aucune raison de s'y opposer : elles pourront même croire que tu as retourné ta veste. Mephisto perdra son principal élément de pression sur nous. Si tout se déroule bien, troisièmement, on pourra même se mettre Fargo dans la poche et éventuellement faire pression pour l'amener à devenir Gardien à la place de Mark... En bref : on obéit à Mephisto, certes... mais on retourne complètement la situation, et c'est nous qui le dominerons.

Mais c'était risqué, et complexe. D'abord, ils devaient s'approcher d'Eberto pour manipuler ses souvenirs sans éveiller sa curiosité : ils devaient le pousser à vouloir se venger de quelque chose sans plus attendre. Ils devaient également l'aider : il avait beau être raisonnable, seul contre Fargo, Mark et Cianciulli, il risquait soit de mordre la poussière, soit de ne pas réussir à tous les vaincre à temps, sans attirer l'attention d'autres Auditores en faction à Venise. Cela allait donc les pousser à combattre à ses côtés... Sans pour autant que Fargo soit susceptible de les remarquer faire. En d'autres termes, ils devaient séparer Mark et Fargo, dans l'idéal, et se présenter auprès du conseiller comme étant leurs alliés d'entrée de jeu, sans plus tarder. Falsifier la vérité tout en œuvrant pour Eberto... Lorsque Mark et Cianciulli seraient morts, ils devraient aider Fargo officiellement à reprendre l'ascendant et devraient en profiter pour capturer Eberto. Certes, à ce moment précis, le Gardien de la Tempête serait blessé... mais ils devraient le confronter frontalement et l'empêcher de prendre l'avantage. Chose qui, une fois encore, risquait de s'avérer des plus complexes... Enfin, ils devaient réussir à acheminer leur prisonnier vivant jusqu'aux deux Soleils et vanter le courage de Fargo ainsi que ses compétences pour parachever le tableau, et ce sans que Mephisto ne vienne jouer l'entremetteur. La dernière partie de ce plan était donc, autrement dit, et de très loin, la plus audacieuse...


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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Lun 11 Juin - 21:30

Did I lose myself  ?  Or did I gain you  ?

Mizeria s’était constamment adressée à lui mais il lui semblait ailleurs. Rai ne l’écoutait pas ou du moins plus.. Il semblait juste bloqué, comme perdu dans ses pensées. Elle était partie pour se vexer, fronçant déjà les sourcils. Ils étaient en danger mais ce n’était pas une raison pour écouter la moitié de ce qu’elle disait.. Encore moins pour oublier la partie qui le concernait lui et sa santé. C’était là ce qui l’énervait le plus… Elle ouvrit la bouche pour signifier son mécontentement quand son partenaire plongea enfin son regard dans le sien. Elle avait enfin toute son attention. Pourtant elle n’en profita pas, elle resta plantée sur place perdue dans ses yeux. Son instinct suppliait ses envies de prendre le dessus. Elle ne voulait pas se lancer dans l’élaboration d’un plan, ni se préparer… Non. Tout son être le réclamait, lui et lui seul. La mafieuse désirait simplement comme les derniers jours, noyer ses soucis dans ses bras et contre lui, parcourir le brun de baisers et de caresses pour se sentir revivre et en sécurité. Mais il ne fallait pas… Ce n’était pas le moment, c’était même presque déplacé. Cependant son cœur manqua un battement en voyant Rai se rapprocher d’elle. Ses yeux rompirent le contact pour se poser sur ses lèvres avant que celles-ci se déposent sur les siennes. Docilement elle s’agrippa à son haut, fondant sous le baiser, se délectant de l’étreinte. Oui, ça ne faisait plus aucuns doutes, elle n’avait besoin que de ça.

A contrecœur elle le laissa se reculer et rompre leur baiser. Un léger grognement mécontent et désireux quitta ses lèvres. Jamais elle ne saurait être contentée avec lui. Elle se demandait même parfois comment elle avait pu vivre avant lui, tout lui paraissait désormais fade et sans intérêt. Son regard se fit d’ailleurs presque triste quand il se détacha d’elle pour aller s’asseoir. Tachant de rester logique et raisonnable, elle ne protesta pas et écouta d’ailleurs son cher et tendre par la suite, prenant acte de chacun de ses gestes. Il avait déjà commencé à aller dans son sens, poussant sa simple idée plus loin, lui donnant déjà plus corps, et il semblait continuer dans cette optique. Alors qu’il énumérait tous les points qui lui passaient par la tête, elle laissait ces possibilités grandir en elle. Il lui semblait que tout était réalisable. Que même si le plan s’avérait risqué, s’ils l’accomplissaient ensemble ils y arriveraient et ce brillamment... Mephisto les sous-estimait depuis trop longtemps maintenant. Il était temps de lui montrer à quel point il se fourvoyait, qu’il n’avait pas pris en compte le danger qu’ils représentaient, ni la force décuplée dont ils faisaient preuve en étant les deux côtes à côtes.

Sa volonté et sa motivation ne cessaient de monter en flèche tout au long des idées de Rai, puis son sang se glaça à la mention de leur union. Il voulait l’apprendre à ses chefs. Il lui sembla alors sans hésitations qu’il s’agissait là d’une pure folie… Encore plus si elle devait faire croire qu’elle avait changé de camp.. Rien n’était plausible là-dedans. Et elle risquait gros.. Si ce n’était pas tout. Les deux soleils Auditore devaient un minimum la connaitre, elles risquaient fortement de ne pas y croire… Puis du côté des Leone, elle risquait fortement d’être prise pour une traitre. Elle aimait Rai et était prête à mourir pour lui, mais apparemment elle faisait là face à une folie qu’elle n’était pas prête à réaliser… Il lui semblait que si elle agissait ainsi, elle les condamnait. Son sort en serait ainsi fini, Rai en serait surement épargné mais éloigné d’elle, et de toute évidence ils ne bénéficieraient plus des Leone comme porte de sortie… Oui, il lui semblait que jouer franc jeu là-dessus avec les Auditore était une mauvaise idée. D’autant plus en songeant à Mephisto… Ils pouvaient le doubler, mais le faire autant revenait à lui déclarer la guerre. Elle le connaissait peu mais imaginait sans mal ce qu’il était prêt à leur faire subir si d’aventure ils le débarrassaient si vite de son plus gros avantage… Le plus gros du problème était toujours là. Ils devaient battre le gardien de la brume en restant raisonnable, en ne cédant pas et en gardant des avantages, tout en lui laissant croire qu’il avait la main en priorité, et de surcroit qu’il ne soupçonne rien de tout cela… Il s’agissait là d’un jeu de manipulation comme elle en avait rarement vu… Et cette fois ci elle en était actrice malgré elle. Un dernier soupir s’échappa de ses lèvres, avant qu’à son tour elle se dirige vers Rai, repoussant vaguement quelques armes sur la table.


« On peut déjà s’introduire du côté de Mark et tout ça.. Pour les droguer par exemple ? Ils seront alors trop faibles pour s’enfuir ou répliquer correctement. Reste le souci de leur conseiller hum… Lui trouver une occupation pour qu’il soit en dehors du bar et arrive pile au bon moment ? Il faudra aussi trouver une raison suffisamment valable pour justifier le crime d’Eberto… Et pour capturer ce dernier. Je ne dirais pas que la capture sera simple... Mais le plus gros souci c’est, cette fois ci, justifier notre présence ou au moins la tienne… »

Ils allaient au-devant d’énormes risques, surement aussi impressionnants et dangereux que ceux que Mephisto voulait leur imposer. Mais ils n’avaient pas le choix. Il lui semblait clairement que ne pas se salir les mains lui semblait être la meilleure solution… Ils ne pouvaient clairement pas se rendre complices à ce point-là. Sinon la future chute de Mephisto risquait d’impliquer la leur… Si encore ce dernier n’avait pas tout prévu. Il devait forcément prévoir d’avoir des preuves contre eux, d’obtenir une garantie pour les faire chanter jusqu’au bout… Il lui semblait qu’il était un démon et qu’il n’était pas du genre à faire le travail à moitié.

Ses pas s’arrêtèrent enfin devant le brun tandis que ses macabres pensées s’effaçaient. Son regard plongea à nouveau dans celui de Rai, et doucement elle le fit décroiser les jambes avant de s’asseoir à califourchon sur lui, lui faisant complètement face. Le geste n’était certes pas désintéressé, mais il était surtout voulu pour lui parler au plus proche… Elle voulait capter son attention, lui montrer aussi qu’elle était à son niveau, qu’ils allaient œuvrer ensemble et ce avec la même complicité dont ils avaient toujours su faire preuve… Il s’agissait aussi pour elle d’un moyen de se chuchoter certaines choses, c’était maigre mais toujours une solution pour ne pas être entendus si jamais ils étaient sur écoute. Ils ignoraient bien à quel point ils étaient surveillés. Mais dans cette intimité-là, ils pouvaient tout se permettre, appréciant au passage la présence de l’autre et se rassurant.

« Je dirais… on isole Fargo. On modifie déjà sa mémoire pour qu’il parte faire une course… On profite de son absence pour droguer tous les autres. Rentre ensuite en scène Eberto, qu’on aura soit dans la foulée manipulé, soit juste avant et gardé sous contrôle. Il tue tout le monde, Fargo revient dans ce timing... Après tu l’auras peut-être potentiellement croisé et suivi ? Tu l’aides, lui laissant surtout toute la gloire mais t’arrangeant pour qu’il épargne Eberto. S’il t’aide à le livrer aux Soleils, je pense que Mephisto n’interviendra pas… Enfin c’est mon point de vue. Et s’il la ramène je m’en charge »


Ses yeux ne quittèrent pas les siens, à la recherche de la moindre réaction. Elle espérait qu’à deux ils arrivent à monter un plan suffisamment sur. Il lui avait après tout promis qu’il ne leur arriverait rien… Et il y avait là sa priorité numéro un. Elle avait d’ailleurs exposé ses idées pour y arriver, mais restait un point qu’elle allait devoir aborder. Et la blonde espérait de tout cœur que son amant la comprenne et respecte ce choix.

« Pour ce qui est de parler de nous à tes boss… Je ne pense pas que ça soit une bonne idée.. Ca serait nous exposer pour de bon et c’est clairement une mauvaise idée selon moi. Et je n’ose même pas imaginer la colère de Mephisto.. On ne peut pas. »

Elle avait envie de rajouter qu’il fallait garder la main, mais elle risquait ainsi d’avertir leur ennemi s’ils étaient sur écoute. C’était à éviter. Un énième soupir passa ses lèvres tandis qu’elle priait silencieusement que Rai ait vu clair dans ses mots et son regard. Elle ne doutait pas de lui, elle lui faisait même confiance aveuglement. Songeant d’ailleurs à ça, son regard se perdit une nouvelle fois sur son visage. Ses mains vinrent quérir sa chevelure de jais, lui adressant comme toujours autant d’affection et d’amour que possible. Elle en profita également pour repousser quelques mèches et mieux regarder la vilaine blessure de la veille. A la vue de la cicatrice, un soupir plus intense et plus fort que les autres se fit entendre. Elle fronça les sourcils et sa main qui s’était au début voulue douce et agréable, glissa sur sa joue pour relever son menton et le forcer à avoir toute son attention. Son regard se fit alors plus dur tandis que sa langue claquait contre son palais. Mizeria était connue pour être têtue et tenace, que cela soit en combat ou dans ses idées. Elle était toujours inquiète et chagrinée de son état, même si cette fois ci on n'aurait pu facilement la croire énervée ou partie pour être entreprenante comme jamais.

« Et d’ailleurs toi dans l’état actuel tu ne peux pas. Tu ne m’écoutes pas. Il est hors de question que tu sortes d’ici dans cet état. Te soigner c’est la première chose qu’on va faire et c’est non négociable. »

Elle garda son menton entre ses doigts, plus ferme qu’à l’accoutumée. Il lui avait promis et elle ne comptait pas oublier de si tôt. Pour elle, qu’il prenne soin de lui et parte en parfaite forme, faisait partie du projet de ne perdre personne et de gagner.


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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Mar 12 Juin - 16:01



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Tout cela n'était pas terminé, bien sûr : si Rai avait tenté de synthétiser la chose et de lui donner plus de corps, plus de matière, il ne pouvait avoir ni songé à tout, ni avoir embrassé la posture la plus intelligente possible à tous les niveaux. Il y avait forcément des réflexions qui lui avaient fait défaut, des idées qui s'étaient absentées, vicieuses, et qui avaient refusé de lui apparaître avec la netteté qu'elles auraient pourtant dû revêtir... Et c'était précisément pour cela qu'il avait pris la peine de tout évoquer à voix haute, afin que Mizeria en ait pleinement connaissance. Elle pouvait le compléter, comme elle l'avait déjà fait, et elle pouvait apporter un regard critique sur ses stratagèmes, notamment quant à leur faisabilité, quant à leur praticité. S'il avait pour habitude tenace de travailler seul, et donc s'il était pourvu d'un regard autocritique pertinent et expérimenté, il n'en était pas moins, habituellement, généreux quant à ses périodes de réflexion et d'élaboration de ses stratégies diverses... Or, les circonstances les forçaient, cette fois-ci, à passer à l'action dans la journée. Mephisto n'allait pas tolérer qu'une telle opération soit reportée indéfiniment, et si le Gardien du Désert pouvait éventuellement plaider leur cause pour obtenir un premier délai, cela serait certainement l'unique seconde chance qu'il pourrait à jamais obtenir... De surcroît, l'idée de supplier platement son rival pour qu'il se montre plus coulant et plus miséricordieux à leur égard ne lui convenait pas vraiment. Il préférait encore jouer le jeu avec arrogance, quitte à se faire éventrer par Eberto : cela semblait mille fois plus plaisant que de ramper, ventre contre terre, afin de pousser l'autre psychopathe à daigner leur offrir un répit supplémentaire... Du coup, l'aide de la Leone était absolument indispensable pour mener cette mission à bien. Elle devait réaliser le boulot qu'il n'avait, de son côté, pas le temps de formuler : elle devait gommer toutes les aspérités et tous les risques inconsidérés qu'il générait par le biais de ses hypothèses et de ses machinations en tout genre. Un rôle délicat mais auquel elle se plia instinctivement, une fois de plus, après avoir entendu ce premier condensé que le noiraud lui exposa sans plus attendre. Le Nagafuse entreprit donc de demeurer silencieux et immobile, inversant docilement les rôles, tandis qu'elle se rapprochait à pas feutrés en tâchant de l'aiguiller davantage ou en envisageant des pistes susceptibles de leur prémâcher le travail et de favoriser une victoire de leur part.

Et, une fois de plus, elle prouvait qu'elle n'était pas sotte. S'ils éloignaient Fargo momentanément, ils n'avaient effectivement pas besoin de craindre pour sa vie : Eberto ne pourrait pas le tuer. Si Mark était empoisonné ou drogué, il n'allait pas être en état de triompher face au Gardien de la Tempête, plus fort : son intellect ne suffirait probablement pas à récupérer l'ascendant. A contrario, il resterait un farouche opposant et pourrait donner du fil à retordre à son vieux rival... Chose qui l'épuiserait, et qui permettrait ainsi au conseiller et à Rai de le capturer d'autant plus aisément. Pour l'heure, ce n'étaient donc que des hypothèses supplémentaires mais qui pouvaient grandement leur faciliter la tâche... Néanmoins, toutes ces pensées eurent besoin de temps pour germer dans l'esprit de l'Auditore, car elle les accompagna d'une gestuelle et d'une posture qui l'échauffèrent bien plus promptement que toutes les insultes que Mephisto aurait pu vouloir lui glisser : lorsqu'elle entreprit de l'escalader quelque peu, se plaçant à califourchon sur lui, il eut grand peine à conserver son impassibilité coutumière et se mit plutôt à rougir, sans pour autant protester d'aucune sorte. A contrario, il plaça ses mains de part et d'autre de la taille de sa chère et tendre afin de l'empêcher de se dérober, si l'idée la piquait sournoisement. Il sentit son cœur et son corps battre à l'unisson, furieusement, mais débouta ses désirs les plus impurs, jusqu'alors croissants, afin de ne pas leur céder davantage de terrain. Il n'était guère l'heure de s'épancher en des besoins triviaux et bestiaux, lubriques au possible... Ils devaient tout deux mettre leurs méninges à contribution, à l'unisson, afin d'accoucher d'un plan susceptible de tenir leur ennemi en échec tout en l'empêchant d'appliquer les prétendues punitions qu'il semblait conserver précieusement et qu'il risquait de vouloir leur opposer s'ils parvenaient à le doubler tels qu'ils espéraient le faire actuellement.

Après ce désordre libidinal provisoire, donc, le noiraud parvint à se focaliser pleinement sur les propos de son amante juste à temps pour qu'elle en vienne finalement à renoncer à l'idée d'avouer leur union aux deux Soleils. S'il comprenait à la fois ses réticences et ses craintes, le Nagafuse ne put s'empêcher de grimacer dans une moue à demi frustrée, à demi pataude. L'occasion aurait été belle de couper l'herbe sous le pied, après tout : s'ils ôtaient ce moyen de pression à Mephisto, mais qu'ils conservaient le leur, à savoir le fait qu'il prévoyait de démettre les Soleils de leurs fonctions afin de prendre leurs places, ils pouvaient inverser les rapports de force actuels et même le manipuler à son tour, utiliser ses compétences particulières à bon escient... Renoncer à cette perspective lui fendait le cœur, mais le manipulateur en herbe savait que cette action comportait effectivement trop de risques et impliquait trop ouvertement la sécurité de Mizeria. Ils ne pouvaient pas tout miser sur un coup de tête, parce qu'une opportunité fébrile et branlante leur apparaissait momentanément... Il aurait pu fonctionner de la sorte quelques mois auparavant, certes, mais il n'était désormais plus le même genre d'homme. Il devait se tempérer, modérer ses ardeurs, et conserver à l'esprit que l'avenir était plus important que tout... Il devait se ménager, avant toute autre chose, et elle ne tarda guère à insister là-dessus, le rendant d'autant plus piteux. Entre les caresses, les soupirs et la pression qu'elle exerça sur son menton, le rendait virtuellement prisonnier de sa poigne plus solide qu'elle n'y paraissait, le jeune noiraud ne parvint pas à en mener large : il se contenta donc de baisser les yeux et d'acquiescer mollement, sans grande conviction, estimant qu'il était effectivement potentiellement plus prudent de s'autoriser quelques soins, tout en mettant ce temps à profit pour parfaire l'ébauche des opérations à venir.

-Je... Très bien. Ça me va. Tu peux l'appeler. Je vais réfléchir à tout ça, pour ne pas perdre de temps... Mais... Je devrais combattre tout de même. Je ferai en sorte de rester en sécurité, ne t'en fais pas. Mais on n'aura pas le choix...

Surtout si tu veux te préserver. Il s'empêcha de rajouter ces quelques mots, emplis d'une amertume dont il voulait la préserver. S'il les avait prononcé, il l'aurait fait sous le coup de sa frustration, née de son impuissance apparente à renverser totalement et irrémédiablement la tendance... Or, Mizeria n'y était pour rien. Il comprenait totalement les raisons qui la poussait à vouloir éviter d'assumer leur couple, et il ne pouvait qu'y adhérer, envers et contre tout. Malheureusement, une telle posture n'arrangeait rien et il lui semblait tristement illusoire d'envisager que ne prendre aucun risque supplémentaire était la méthode la plus sage pour parvenir à leurs fins en triomphant de Mephisto ultimement. Ce type n'allait pas se laisser abattre s'ils ne se montraient pas au moins aussi roublard que lui : il allait rebondir, sans cesse, et allait tenter de les prendre de court à la moindre occasion qu'il entrapercevrait. Il fonctionnait ainsi... En refusant de dévoiler leur relation aux Soleils, ils lui laissaient volontairement une arme entre les mains, une arme dont il pouvait se servir à tout moment pour les fusiller sans plus de cérémonies. Mais tout cela allait encore plus loin. Si la Leone refusait d'encourir le risque d'être découverte... Elle allait être contrainte d'observer la majorité de la mission à laquelle ils allaient devoir s'adonner de loin. Sachant pertinemment qu'elle allait catégoriquement refuser de n'être qu'une spectatrice lointaine, a fortiori si le Nagafuse en personne était obligé de se rendre sur place, ce dernier n'insista pas non plus davantage sur cet état de fait. Toutefois, il était évident que la Balogh allait devoir jouer la carte de la discrétion si elle espérait que nul ne finisse par la remarquer à ses côtés... Le gardien de la Brume était doué, bien sûr, mais il avait déniché la vérité derrière leur couple si aisément que d'autres, mis sur la piste, risquaient eux aussi de la découvrir vivement. Le risque zéro n'existait pas, en somme...

-Je n'aurai pas à expliquer ma présence dans le coin, je pense. Je suis assez volatile, j'ai cette réputation chez les Auditore... Tout le monde se méfie de moi mais si les Soleils ont la certitude que je n'ai pas manipulé les souvenirs de Fargo, elles ne me demanderont pas de compte. Elles m'ont toujours laissé agir à ma guise et jusqu'à présent, j'ai toujours rendu de grands services à la famille. J'ai toujours su me rendre indispensable auprès des bonnes personnes, disons...

Il n'avait jamais été bête ou naïf. Strictement jamais. S'il ne s'encombrait pas des bons sentiments de ses subordonnés et de ses collègues, il savait néanmoins mieux que quiconque qu'il avait grand besoin du soutien indéfectible et de l'aval constant des deux Soleils. C'était chose incontournable s'il souhaitait pouvoir agir librement, sans avoir à s'occuper constamment de surveiller ses arrières... C'était pour cela qu'il avait commis tout un tas d'atrocités au nom des Soleils. Et pour cela, également, qu'il avait pris le luxe de ne jamais se prononcer en faveur de l'une ou de l'autre des matriarches des Auditore. Il avait besoin de leurs deux influences conjointes, après tout... Et comme il se détachait fréquemment très volontiers des affaires qui secouaient la famille, on acceptait tout aussi aisément qu'il demeure à l'écart des débats et des conflits mineurs qui pouvaient parfois naître des tensions. En bref : il avait instantanément et instinctivement pris la position qui, non contente de lui offrir le maximum de libertés envisageables, le délestait également de tout un tas de devoirs et de responsabilités qui incombaient automatiquement aux autres gardiens, à l'instar de Mark et d'Eberto. Quant au reste, son influence au sein de la famille en elle-même n'était peut-être pas dantesque, mais il n'avait guère besoin d'avoir à sa solde tout un pan de l'armée criminelle qu'ils s'étaient constitués au fil des mois. Il était un loup solitaire, et l'avait toujours été... Jusqu'à ce que sa route malicieuse, en tout cas, n'en vienne à croiser celle de cette charmante et espiègle Leone qui venait tout juste de lui grimper dessus.

-En revanche... Il sera nettement plus périlleux pour toi de prendre part à tout ceci sans attirer les soupçons... Et a contrario, si tu te tiens à l'écart et que Mephisto se rend compte du fait que quelque chose cloche, s'il n'en a pas déjà vent au préalable, il s'en prendra forcément à toi.

Et il allait sans dire que Rai se refusait catégoriquement à cette probabilité-là. Mizeria lui était infiniment trop importante et il ne pouvait pas se résoudre à sous-estimer Mephisto : certes, la conseillère de la Lune était une combattante efficace, et elle l'avait trop souvent cogné pour qu'il ne puisse l'ignorer, mais le Gardien de la Brume n'apparaissait jamais en personne sans prendre de sévères précautions pour assurer sa sécurité. Autrement dit, s'il se montrait face à la Leone, il risquait fort de prendre l'ascendant... Et s'il la capturait, il pouvait mettre fin à toute cette petite querelle sans la moindre difficulté, sachant pertinemment que le Nagafuse ne pouvait se résoudre à l'abandonner. Oui, ils ne devaient pas ignorer cette menace ou prendre ce risque à la légère... Sans quoi toute leur petite entreprise était vouée à l'échec le plus sordide, le plus sanglante, et le plus tragique.

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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Mer 13 Juin - 18:13

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La jeune femme continuait de le fixer, prenant acte de son air penaud. Ce n’est que quand Rai accepta son point de vue et alla dans son sens qu’elle relâcha son menton, non sans soupirer une fois de plus. Elle était soulagée qu’il pense enfin à prendre soin de lui mais tout cela était en demie teinte… Au final, il ne fallait pas oublier qu’il allait se soigner pour potentiellement finir encore blessé. Cette perspective ne l’enchantait guère… Elle l’écouta cependant religieusement, prenant note de chacun de ses mots, acceptant à son tour son point de vue.. Elle pencha la tête sur le côté dans un premier temps, ayant du mal à saisir pourquoi il insistait tant sur le fait de rester en sécurité. Elle sentait au fond d’elle qu’il y avait des non-dits, ou une dimension qu’elle n’arrivait de toute évidence pas à comprendre ou à prendre en compte… De plus le brun lui semblait blessé voir vexé, et elle le fixa encore longuement face à ce constat. Elle imaginait sans peine la cause, il s’agissait de son refus… Et malgré qu’elle ait pleinement conscience d’avoir piétiné ses sentiments, elle ne pouvait pas faire machine arrière et lui donner son accord. Cette fois-ci elle était catégorique et contre son avis.

Elle avait néanmoins peur qu’il soit plus blessé qu’il ne le laissait paraitre, qu’il en finisse par croire qu’elle préférait sa famille à lui… Ça la plongeait d’ailleurs d’elle-même dans d’horribles tourments. Et si finalement, si elle se retrouvait face à ce choix cornélien, et qu’elle n’arrivait pas à trancher ? Il lui semblait dur à l’heure actuelle de clamer haut et fort qu’elle était prête à quitter les Leone pour rejoindre les Auditore avec lui… Cela l’effrayait grandement. Pourtant elle savait sans hésitations et avec force, que Rai passait désormais avant tout… Elle ne doutait pas de ses sentiments, uniquement de son courage.. Il y avait là également une autre crainte, celle pour sa vie et ce point-ci Rai devait forcément l’ignorer. Elle doutait fortement que les Leone la laissent partir en paix vu son poste, et encore moins qu’une autre famille l’accueille les bras ouverts… Les Soleils devaient en savoir plus que leurs gardiens sur tout, et notamment sur les gradés de chaque famille. Si d’aventure elle essayait de les rejoindre, il pouvait très bien y voir une ruse, celle de leur faire croire de changer de camp pour mieux les espionner. Car oui, son véritable travail se trouvait là, dans l’espionnage… Et bien qu’elle excellât dans ce domaine et le faisait sans peur, elle n’ignorait pas les retombées catastrophiques que son poste pouvait entrainer. Si elle hésitait à trancher entre sa famille et Rai, il n’y avait aucun doute à choisir entre rester en vie pour avoir un avenir avec le Nagafuse ou y passer. Elle en venait également à un autre sujet épineux… Il fallait qu’elle lui dise tout ça, qu’elle soit franche et sans secrets. Que cela soit à un moment ou à un autre, elle lui devait la vérité sur elle, elle devait lui livrer encore plus de détails sur sa personne, sinon elle risquait de véritablement le blesser. Mais une fois encore elle se sentait comme une gamine apeurée, incapable d’expliquer quoi que ce soit… Et bêtement elle tut ses pensées et son envie de lui parler, considérant que la situation était plus urgente… Ils auraient le temps de parler par la suite, il fallait avant tout qu’ils se sortent de ce mauvais pas, et ce victorieux.

Elle rattrapa sans mal les mots de Rai, acquiesçant pour son alibi. Il lui semblait également qu’il était un électron libre, ils n’auraient donc pas à se soucier de ce détail… Il leur fallait juste une excuse pour éloigner Fargo qui n’impliquerait pas Rai. Pour la suite de ses dires, elle fit dans un premier temps une mine surprise puis désapprobatrice. Il était hors de question pour elle de rester en arrière…Comme il lui était impensable de craindre Mephisto. Il pouvait bien trouver que quelque chose clochait et se ramener… Elle saurait l’accueillir dignement, même partante pour lui faire la peau... Elle posa ses deux mains sur son torse, se voulant cette fois ci plus rassurante.

« Je ne resterais pas en arrière, c’est également non-négociable. On saura trouver une solution ou une explication t’en fais pas. Mephisto peut bien venir aussi, je saurais m’en charger… Puis je ne vais pas te laisser seul surtout si Eberto est si terrible. Je sais que tu n’es pas une flèche en combat rapproché et ça à l’air d’être une brute… Je détesterais que quelqu’un d’autre que moi te laisse des marques… »


Mizeria lui sourit, une légère esquisse à demie teinte entre de la tendresse et son espièglerie habituelle. Il devait la connaitre, elle et son incontrôlable envie de toujours détendre l’atmosphère, de le rassurer, et encore plus son côté taquin. Elle s’amusa d’ailleurs de toujours sentir ses mains sur ses hanches, comme s’il la retenait. Toujours aussi espiègle elle remonta une main derrière sa nuque.

« Je te veux en forme pour moi aussi… Une fois qu’on en aura fini… »


Elle préférait se rassurer en pensant à l’avenir, en s’imaginant de nouveau dans cet appartement avec lui. Elle en tirait là plus de courage et de force qu’elle ne l’aurait jamais cru. Doucement, elle le rapprocha d’elle, l’attirant par la nuque et posa ses lèvres sur les siennes. Le baiser qui semblait au premier abord des plus doux, s’enflamma bien vite et se transforma en un des plus passionnés. Elle s’arrêta cependant avant de sentir l’air lui manquer, mordillant sa lèvre pour finir et se retirant avec un air joueur. Sans crier gare, elle profita de l’avoir surement ébranlé pour se redresser et filer. Un sourire à nouveau aux lèvres, elle lui jeta un air satisfait et presque victorieux avant d’attraper son téléphone. La vie continuait malgré les épreuves, il lui fallait penser à eux plus qu’à ses peurs.

Elle composa le numéro de son ami et attendit sagement qu’il réponde, fixant toujours le brun. Ses idées fusaient, elle avait désormais un regain d’énergie et était prête à en découdre comme jamais. Quelques sonneries retentirent puis elle prit un air enjoué en entendant décrocher. La mafieuse s’exprima alors dans un anglais impeccable et fluide, retrouvant sans mal sa langue maternelle. Elle se mit à marcher un peu dans l’appartement, tout en expliquant rapidement la situation et en listant certaines choses qu’il lui fallait. La situation lui paraissait tellement primordiale qu’elle préférait avoir recours à un ami cette fois-ci, il était rare qu’elle le dérange mais il s’agissait là d’un cas de force majeure… Et il le savait. L’homme à l’autre bout de la ligne ne tarda pas à lui répondre positivement, arrachant un autre sourire à la blonde avant qu’elle ne raccroche.

« Matthew arrive… Il ramène également de quoi faire si on veut droguer nos futures victimes… Plus quelques petites choses. Tu verras il est très doué. »

A ses derniers mots, elle soupira encore. Oui Matthew Heavens était un ancien ami de Londres, qui se trouvait actuellement à Venise également. Il n’y avait pas à dire, il était doué. Il bossait en solo depuis des années, expérimenté en arnaques en tout genre... Et surtout détenteur d’une flamme du soleil et de compétences médicales hors pair. Tous les problèmes étaient là, il était tellement qualifié et bon fournisseur de services en tout genre, que Mizeria savait pertinemment qu’elle allait devoir mettre le prix. Elle allait lui devoir une faveur et ce n’était pas ce qui l’enchantait habituellement… Il lui fallait vraiment être au pied du mur pour lui demander un service… Sans quoi elle savait qu’elle risquait de faire les frais de la gourmandise incommensurable de Matthew, ou de ses plans risqués. Elle s’afféra de nouveau à vérifier les armes et préparer ses boites, ainsi que sortir Szerelem quand on sonna à la porte. Surprise, la Leone regarda l’heure et se félicita d’avoir au moins un ami si rapide. Il n’avait pas trainé. Sans attendre également de son côté elle alla ouvrir, laissant alors apparaitre un brun légèrement plus grand qu’elle et tout sourire.

« Hey sweetheart. »

Matthew s’avança pour la saluer, visiblement trop entreprenant comme à ses mauvaises habitudes. La blonde recula juste à temps d’un pas, posant sa main sur les lèvres du nouvel arrivant, le stoppant dans son geste et lui lançant un regard désapprobateur. Il était joueur, comme elle l’avait été avant… Mais désormais il y avait Rai et elle se devait d’imposer cet état de fait. C’était étonnant de sa part, elle le lut sans mal dans le regard de Matthew. Elle lui lança un sourire avant de lui montrer Rai du regard. Ainsi elle acheva de le clouer sur place. Le brun dévisagea l’Auditore comme choqué, alors que la blonde s’éclipsait et fermait la porte.

« Tu vas finir par gober une mouche. Alors arrête d’avoir cet air ahuri, mets-toi au boulot…. Tu as ce que je voulais également ? »

Machinalement Matthew lui donna un sac, se remettant doucement de son choc. Il lui adressa par la même occasion un regard inquisiteur, visiblement toujours surpris de découvrir une nouvelle facette de sa personnalité. Elle soupira et le poussa sans ménagement vers Rai, l’heure n’était pas aux complications ni aux railleries.

« Rai je te présente Matthew un vieil ami, Matthew je te présente Rai mon… petit ami. Vous avez de quoi vous occuper. »

La blonde fila alors, avant qu’ils ne puissent remarquer qu’elle rougissait jusqu’aux oreilles. Jamais elle n’aurait cru avoir à prononcer ses quelques mots.. Et ils lui avaient fait tellement bizarres à dire. D’une part ils donnaient un cadre à leur relation, elle ignorait même si elle avait donné une correcte définition, si le brun était parfaitement d’accord avec ça… Les questions se bousculèrent dans sa tête alors qu’elle avait déjà l’impression d’être en feu. Elle songea alors ne pas revenir avant un moment, son sentiment s’amplifia en entendant un sifflement de Matthew. Rien ne passait inaperçu avec lui… Elle laissa les deux bruns s’occuper, ou plus exactement un se faire soigner par l’autre, pour s’occuper de ses propres affaires. Elle entreprit de prendre tout d’abord une douche pour mieux se calmer et aviser de la suite des évènements…

L’heure tourna et elle ne prit la peine de la regarder que quand elle eut fini. Il était primordial de se préparer correctement, et ce surtout si elle voulait intervenir et ne pas laisser Rai tout gérer. Puis le Nagafuse devait être soigné, cela demandait également du temps.. Du moins elle espérait qu’elle n’en avait pas trop pris et qu’ils ne l’attendaient pas depuis belle lurette. Sans quoi ils auraient eu tout le luxe d’échanger… Voir même de se rendre compte qu’ils avaient quelques points communs. La mafieuse sortit de la salle de bain et retourna au salon. Il lui semblait que la douche lui avait fait un bien fou, remettant ses idées en place, apaisant ses tensions et la réveillant enfin plus correctement qu’elle ne l’avait été avec l’arrivée du gardien de la brume.

« Vous avez terminé ? »

Elle apparut dans le cadre de la porte, tout comme Rai précédemment et posa son regard sur eux, vérifiant que tout allait bien par la même occasion. La petite blonde ne l’était plus, elle avait désormais, et surtout uniquement pour la journée, teint ses cheveux en brun. Elle les avait également légèrement ondulés, se débarrassant de leur normale raideur. Pour compléter le tout, elle avait également modifié quelque peu sa frange, puis rajouté des lentilles de couleur noires, soulignant ses yeux d’une autre manière et avec un nouveau maquillage. Côté vestimentaire, elle avait quelque peu opté pour ses habitudes, plaçant toujours son confort dans un pantalon près du corps et des chaussures lui permettant de se battre. Néanmoins, Mizeria s’était autorisé pour le haut d’être un peu plus frivole, choisissant pour une fois un bustier des plus avantageux… Elle avait songé qu’elle allait potentiellement devoir approcher leurs cibles, et ses atouts féminins étaient toujours un bon avantage... Elle savait user de ses charmes pour endormir ses proies. Restait, qu’ainsi vêtue et surtout préparée, elle était presque méconnaissable. Elle avait l’habitude depuis tant d’années, de se fondre dans la masse ou de changer d’identité pour mieux espionner. Sauf qu’il s’agissait là d’une première… Jamais elle n’avait usé de ses capacités en matière d’espionnage en présence de Rai. Et elle ignorait pourquoi, cela la stressait quelque peu. Elle lui adressa un regard puis se concentra sur Matthew.

« Si tu as encore un peu de temps et un peu de force, tu peux regarder ma jambe ? »


Elle était lucide… Elle se devait aussi d’être à cent pourcents, si ce n’était pas à deux cents. A l’acquiescement du brun, elle se rapprocha et s’assit sur la table, lui permettant ainsi de mieux œuvrer et regarder. En soupirant elle commença à défaire son pantalon et à le descendre quelque peu, laissant son ancienne blessure apparente. Elle craignait un dérapage mais il n’en fit rien, il avait compris et s’était résigné humblement, respectant ses sentiments pour Rai et comprenant sa nouvelle situation. Docilement elle le laissa la soigner, songeant déjà qu’ils allaient devoir, Rai et elle, accomplir surement plus de prouesses qu’ils ne l’avaient jamais fait. Après tout, c’était vraiment la première fois qu’ils travaillaient conjointement dès le début… Et pour le même but. Elle le regarda une nouvelle fois, avec un air déterminé.


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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Mer 13 Juin - 20:47



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Elle refusait de lui céder le terrain. Quel que soit le terrain, par ailleurs. Cela fit naître chez le noiraud un soupçon de frustration, qui apparut distinctement sous la forme d'une moue supplémentaire. Il ne savait comment y réagir d'entrée de jeu et préférait privilégier, pour l'heure, un silence équivoque. Elle avait raison en considérant qu'il avait grand besoin d'être pris en charge, dans un premier temps, au moins autant qu'en imaginant qu'il leur fallait peaufiner le stratagème avant de s'élancer à l'assaut de leurs nouveaux ennemis... Toutefois, il ne pouvait pas s'empêcher d'être courroucé de la voir si entreprenante et si directive à son égard. Il n'était pas un enfant. Certes, elle était à la fois plus véloce et plus féroce qu'il ne le serait jamais et certes, il souffrait encore d'une blessure qui, sur le terrain, pouvait lui jouer des tours funestes... Mais Rai n'en était pas moins le gardien de l'une des plus redoutables familles que le Monde mafieux ait jamais porté. Il était un gardien, et il avait toujours su triompher de ses ennemis. Jamais personne ne l'avait éternellement tenu en échec et il lui était arrivé, à maintes reprises, de courir des risques dans le but de la sauver, elle. De lui venir en aide, de manière souvent si sotte et si désintéressée que cela ne lui ressemblait pas... Il avait l'impression douloureuse et insupportable qu'en fin de compte, elle le maternait. Qu'elle voulait le protéger jusqu'à l'excès, qu'elle ne tolérait plus le fait qu'il puisse encourir des risques, lors même qu'il avait à plusieurs reprises démontré ses capacités et prouvé qu'il disposait de moyens suffisants pour répondre à ce genre de situations en apparence si spinescentes qu'elles en devenaient quasiment inextricables. Il n'était pas un amateur, il n'était pas un enfant, et il avait envie de lui hurler ces mots mais, une fois n'est pas coutume, il se retint. Ils auraient l'occasion de s'entretenir à ce sujet plus tard : il leur restait quelques heures avant de passer à l'action, après tout, des heures qu'il pourrait personnellement mettre à profit pour clarifier la situation par le biais d'une discussion qui, actuellement, lui semblait indubitablement incontournable.

Le baiser qu'elle vint planter sur les lèvres du Nagafuse achevèrent de le pousser au mutisme. Il s'y cloîtra donc et tâcha de s'y complaire, même si son cœur se serrait encore d'amertume au moment où il esquissa un maigre sourire afin de répondre à l'effervescence espiègle qui semblait habiter Mizeria, laquelle bondissait déjà hors de sa portée pour s'emparer de son téléphone portable. Il demeura assis docilement, à sa place, tout en ruminant ses ressentiments et en essayant de les éteindre irrémédiablement. Elle voulait avant toute autre chose sa sécurité et son bien-être, et il tâchait de se rassurer par cette considération plus que chaleureuse, mais il avait grand peine à tolérer qu'elle puisse refuser qu'il soit dans la même situation. Elle n'avait pas à s'approcher d'un type du calibre d'Eberto : la situation avait été causé par sa faute à lui, après tout... Si elle ne voulait pas renoncer à son appartenance à la famille des Leone, elle devait accepter de laisser cette querelle, intestine aux Auditore, entre ses mains à lui. Bien sûr, il n'aurait jamais souhaité qu'elle abandonne et qu'elle renie les siens pour se mettre au service des deux Soleils : il voulait simplement qu'elle considère sérieusement le fait d'annoncer leur union auxdits soleils pour éviter que Mephisto ne puisse les prendre de court. Bien entendu, cela aurait pu compliquer passablement ses relations avec ses pairs Leone, mais cela n'aurait été qu'un passage obligatoire avant que tout cela ne soit enfin tiré au clair... Qu'elle refuse sa proposition de manière si catégorique et qu'elle prenne pourtant le luxe de s'immiscer au sein de cette bataille qui s'annonçait si sanglante et si tumultueuse lui donnait comme la terrible impression qu'elle obéissait à un caprice égoïste et qu'elle le déshumanisait quelque peu, comme s'il n'était pas susceptible de savoir ce qui était bon pour eux et pour leur survie. Lors même qu'il venait tout juste de renouer avec sa condition humaine, lors même qu'il en venait à retrouver ses sentiments et à s'exprimer par leur biais, il avait la certitude croissante et insidieuse qu'elle lui refusait de profiter des usufruits de leur amour et qu'elle le conservait en tant qu'ami docile et loyal simplement parce qu'elle se sentait capable de le guider d'une main de fer. Pourtant, le mafieux ne savait que trop bien que cette impression, qui lui semblait si véridique, était en vérité absolument erronée et incongrue, voire absurde... Il tâcha de se concentrer vaguement sur l'échange qu'elle mena au téléphone, pour appeler l'un de ses amis médecin, plutôt que de persister ainsi en broyant du noir. Il n'eut toutefois pas éternellement le loisir de demeurer aussi détaché de la réalité déplaisante qu'il traversait actuellement, et qui lui semblait aux antipodes de l'idylle qu'ils avaient entrepris jusqu'alors.

S'il se contenta de hocher la tête formellement lorsqu'elle annonça l'arrivée imminente du prénommé Matthew, encore trop accaparé par la foultitude de doutes et d'interrogations qui assaillaient son esprit, inhérentes autant à la petite crise passionnelle qu'il éprouvait qu'à l'angoisse que Mephisto suscitait en lui, il eut en revanche une réaction nettement moins discrète et contenue lorsque le pauvre bougre en question fit son apparition... Et se dirigea sans plus tarder vers les lèvres de Mizeria, où il sembla vouloir quérir un baiser. Si la belle avorta ce geste promptement et sans lui laisser le temps d'aboutir véritablement, du moins l'Auditore l'analysa-t-il de la sorte : ses yeux se plissèrent donc momentanément, d'autant plus froid, tandis que son cœur ployait et se recroquevillait sous les doutes et que son estomac hurlait d'une rage vindicative et assassine. S'il comprit bien vite que l'affaire était enterrée et entendue après que la Leone l'ait tirée au clair, le présentant notamment comme étant son petit ami, il ne put s'empêcher de laisser ses pensées vagabonder quant aux souvenirs que ces deux personnes devaient entretenir en commun. Avaient-ils été amants, par le passé ? A en croire le bonjour singulier dont Matthew avait voulu la gratifier, et à en considérer le manque d'animosité dont sa réponse avait été garnie, sans le moindre doute. Contre toute attente, Rai ne replaça donc pas sa chère et tendre au centre de ses pensées : il se contenta plutôt de lorgner le docteur intrusif d'un regard froid et inquisiteur tandis que la belle se faisait la malle, s'en allant jusqu'à la salle de bain où elle s'enferma, manifestement décidée à l'idée de laisser les deux hommes faire plus ample connaissance.

-Navré, je doute que tu t'égares aussi plaisamment sur mon front que sur ses lèvres à elle.
-Je... Pardon ?

Que diable était-il en train de dire ? Il n'était guère nécessaire de se montrer aussi belliqueux et aussi corrosif... Mizeria s'était chargée de tirer les choses au clair. Elle et lui avaient entretenu une relation qu'il n'était pas susceptible de qualifier précisément, et alors ? Elle avait vécu. Il ne pouvait pas lui en tenir rigueur... Néanmoins, l'air crétin de Matthew à la suite de sa première provocation poussa l'Auditore dans ses retranchements les plus radicaux, les plus abjects et les plus injurieux. Que lui avait-elle bien trouvé ? Il n'avait pas l'once d'un esprit, pas l'once d'une intelligence, à en croire ses yeux vitreux qui le dévisageaient d'un air débile. S'il aurait été de bien mauvaise foi de lui refuser toute trace de charisme et de prestance, Rai se sentait comme piqué dans sa fierté en considérant que son amante était susceptible de se satisfaire de si peu. Ce type avait simplement l'air d'être un abruti fini, ainsi positionné dans le salon, les bras ballants, à le lorgner d'un air des plus simplets, des plus benêts... Le Gardien du Désert rumina un court instant, comme s'il mâchait sa rancœur afin de lui donner une allure moins indigeste, puis ne tarda guère à renchérir avec d'autres paroles certes plus calculées, plus déguisées, mais néanmoins amères.

-Je te dis simplement que tu as été appelé pour rendre un service, en l'état des choses. Pas pour batifoler. Ça te convient, j'espère ? Sinon, tu devrais pouvoir trouver la porte. Elle vient de la refermer, juste derrière toi. Le grand truc en bois avec une poignée qu'on actionne.
-Oula... Doucement, garçon. Je pense que tu te méprends.
-Vis-à-vis du fait que tu viens d'essayer d'embrasser ma copine, ou vis-à-vis du fait que t'as l'air d'être un parfait crétin, à l'heure actuelle ?

Sidéré, le prénommé Matthew demeura planté là, béat, les yeux ronds et la bouche encore plus béante que lorsqu'il avait appris pour la relation qui unissait manifestement Rai et Mizeria. Rai, de son côté, n'était pas certain de maîtriser la situation bien plus que cet illustre inconnu : dans les faits, il suivait simplement ce que son cœur lui dictait, et tous les mots qui lui passaient pas la tête, aussi cruels et redoutables pouvaient-ils être... La rancune tue par le baiser que son amante lui avait livré en profitait par ailleurs pour resurgir, et le pauvre anglophone apparaissait dès lors comme étant le bouc émissaire idéal. Il ne le connaissait pas, et n'avait guère envie de le connaître : il pouvait dès lors s'affaire à briser le peu de liens indirects qui les unissait. Il se fichait, par ailleurs, qu'il soit un ami privilégié de la Leone ou qu'il ait un rôle important, à ses yeux : elle le lui avait dit également, après tout. Elle lui appartenait. A lui, et à nul autre. Elle n'avait besoin de nul autre. Juste de lui... Le Nagafuse ne se rendit pas même compte du fait qu'il avait versé dans un penchant redoutable de l'amour, par la faute de son amateurisme extrême en la matière : une jalousie dévorante le rongeait alors et l'assujettissait à une colère froide, qu'il extériorisait à l'aide de mots particulières vils et venimeux.

-Bon écoute, je sais pas si t'as un problème, mais je suis juste venu pour te soigner donc...
-C'est bien ce que je dis. Active-toi, au lieu d'essayer de lui voler des baisers.
-Oh, doucement ! Je savais pas pour vous, moi, on a tout juste repris contact et...
-Tu sais, maintenant. T'as besoin d'une nouvelle excuse pour te tourner les pouces, ou tu vas juste te contenter de gagner du temps jusqu'à son retour ?

Si Matthew sembla se raidir un court instant, comme s'il était prêt à lui rétorquer avec au moins autant de virulence, il se retint finalement. Il se contenta de plisser les paupières puis de hausser les épaules, presque nonchalamment, comme si toute cette affaire lui passait par-dessus la tête et comme s'il s'en moquait éperdument. Cette réaction, pour le moins anodine et inattendue du point de vue de Rai, suffit à placer ledit mafieux dans un état de colère encore plus avancé que précédemment. C'était comme s'il se moquait de lui, en prenant cette discussion et cette rencontre avec une telle légèreté, avec une telle inconséquence... Pourtant, cette fois-là, l'Auditore piétina sa sauvagerie bestiale soudainement ravivée et se contenta de noter cet affront inoubliable dans un coin de sa tête. Ce type finirait par en subir les conséquences, tôt ou tard : nul n'était autorisé à tenter de lui dérober Mizeria, ou même seulement à marcher momentanément au sein de leur intimité. Il se mit donc à le maudire tandis que l'intrus remplissait enfin les offices pour lesquelles on l'avait fait venir, se dirigeant vers le front du blessé non sans grogner son mécontentement à son tour, semblait s'activer à contre-cœur. Après un moment de silence des plus pesants, toutefois nécessaire à l'illustre inconnu pour prendre conscience de l'étendue des dégâts et pour envisager différentes pistes afin de ramener l'état du crâne du noiraud à la normale, ce dernier reprit finalement la parole en des termes toujours aussi glaciaux et assassins, quoique moins directs.

-Au cas où tu ne l'aurais pas compris plus tôt, je te conseille de ne plus jamais t'approcher d'elle. Ou de faire en sorte que je ne sois jamais mis au courant, à défaut.
-T'es complètement taré... C'est qu'une amie, d'accord ?
-J'ai rarement embrassé mes amies en guise de bonjour mais j'imagine que tu pourrais m'en apprendre un rayon en la matière, je le confesse volontiers.

Un mensonge pour une vérité. Effectivement, l'Auditore n'avait jamais eu "d'amie", au sens strict du terme... Cela ne l'empêchait pas de savoir comment se comporter en société, et cela ne l'empêchait donc pas de savoir, de surcroît, que Matthew ne voyait pas Mizeria comme une simple et bête amie. Il y avait une histoire là-dessous, une romance quelconque, peut-être effectivement évanouie, mais néanmoins suffisamment tenace pour conserver entre eux une once de complicité et de fougue passionnelle. C'était suffisant pour maintenir le Nagafuse dans un état d'une colère tantôt froide, tantôt bouillante... Et comme la Leone n'était pas là pour y être exposée en personne, il n'avait d'autre choix que de jeter l'entièreté de son ressentiment et de son venin sur l'autre moitié de cette histoire fugace et partiellement oubliée. Cette autre moitié en vint finalement apparemment à comprendre ce qui tracassait si furieusement Rai, s'il n'avait pas déjà pu en prendre conscience auparavant. Matthew se recula donc momentanément, comme pour darder l'amant de son ancienne conquête d'un regard incompréhensif, avant de s'en retourner à ses soins préliminaires, non sans glisser quelques mots désabusés au passage.

-Tu ferais mieux d'arrêter de douter d'elle.
-Je t'interdis d'imaginer que je doute d'elle.
-Tu peux bien me l'interdire si tu veux, je m'en fous pas mal. Je te dis qu'il se passe rien entre nous, actuellement. J'ai juste été surpris, point barre.
-Très bien. T'auras aucune difficulté à appliquer mon conseil, du coup. Tout le monde est content.
-Sauf elle, si t'es toujours aussi lourd.
-Si je t'en colle pas une sur le champ, c'est par égard pour elle.
-Parce que tu crois que je te soigne de gaieté de cœur ?

Le rire cynique et jaune de son interlocuteur poussa Rai à contracter la mâchoire plus ardemment que jamais. Ce type était repoussant. Il lui était insupportable, de la tête aux pieds. C'était typiquement ce genre de crevures qu'il aurait été ravi de corriger, en tant que mafieux... La pensée brève et succincte de Mizeria s'invita néanmoins dans son esprit et lui permit de conserver son sang froid, non sans peine. Il n'avait d'autre choix que de demeurer tranquille, pour l'heure. Ils avaient sur le feu bien plus important qu'une stupide querelle amoureuse : Mephisto, lui, était important. Pas comme cet abruti de médecin... Son silence n'aida guère toutefois l'ambiance à se réchauffer : elle demeura donc à l'identique, aussi électrique que jamais, jusqu'à ce que la Leone ne finisse à son tour par réapparaître, ayant profité de cet entracte animale au possible pour se vêtir et se maquiller différemment. S'il n'avait pas été capable de la reconnaître du moindre coup d’œil, fut-il à demi aveugle, tant par le biais de sa démarche que par les ondulations lascives de sa silhouette, l'Auditore aurait sans doute cru qu'une nouvelle intruse s'était invitée dans l'appartement tandis qu'il avait la tête ailleurs... Il demeura aussi silencieux et interdit qu'à la suite de l'échange incisif entretenu avec Matthew, mais pour bien d'autres raisons, cette fois-ci. Elle était belle... Ce changement lui seyait à merveille. S'il n'aurait su dire s'il la préférait ainsi ou comme elle l'était habituellement, le Nagafuse comprit que ce changement impromptu et imprévu provoquait une espèce de chamboulement en son sein, comme un bouleversement émotionnel grandement facilité par les montagnes de perturbations endurées jusqu'alors. S'ils avaient été seuls, il aurait sans doute cédé à ses pulsions afin de la couvrir de caresses toutes plus fougueuses les unes que les autres...

Si le noiraud demeura irrémédiablement vissé sur sa chaise tandis que Matthew s'affairait à se pencher sur la jambe de Mizeria, avec beaucoup trop de suavité à son goût, il ne tarda guère à fulminer. Conscient qu'il risquait d'éclater d'un instant à l'autre et ne voulant pas se montrer acerbe à l'égard de sa chère et tendre, il se redressa d'un bond et quitta le salon précipitamment, se jurant de ne pas y remettre les pieds avant que l'intrus ne l'ait déserté définitivement. Il pénétra dans la chambre et referma bruyamment la porte derrière lui, communiquant son aigreur à l'ancien couple sans plus tarder avant de se rendre compte, quasiment honteux, que cette posture avait un quelque chose de ridicule et de terriblement enfantin. Tâchant de se changer les pensées, il se changea promptement et opta pour une tenue plus passe partout, constituée d'un simple T-shirt blanc, d'un pantalon noir, et d'une veste sombre mais légère, qui n'aurait pas à entraver ses mouvements lorsque les conflits éclateraient finalement. Il plaça ses deux boîtes dans la poche de son jean, replaça plus précautionneusement son anneau autour de son doigt puis vint se planter face à la fenêtre, le cœur battant et le souffle court, toujours enragé. Il mourrait d'envie de s'en retourner au salon, mais craignait d'y découvrir un spectacle dégoûtant. Ses pensées affabulaient, l'emmenant droit vers un monde où Mizeria et Matthew se redécouvraient charnellement... Un frisson de scrupules entremêlés de répugnance l'efflanqua soudain mais il tint bon, demeurant dans la chambre, conformément à la promesse muette qu'il s'était donnée. Il avait confiance en son amante. Il ne pouvait avoir confiance en nul autre. Mais il ne savait que trop bien qu'il ne supporterait pas de voir ce crétin penché sur sa jambe, à la caresser doucereusement, mielleusement... Cela lui était plus qu'intolérable.

-Mephisto... Je te jure que je vais te butter.

Si ce fieffé connard ne leur avait pas glissé un tel ultimatum, s'il ne les avait pas contraint à l'action immédiate et s'il n'avait pas livré leur couple à leurs premiers démons, cette rencontre-là n'aurait même pas eu lieu. Une fois de plus, le Gardien de la Brume était l'artisan de leur malheur... Ce type avait-il tout prévu, encore ? S'il comprit bien vite qu'il risquait à ce titre de verser dans la paranoïa, le Nagafuse n'en fit pas moins de son rival la cible de sa haine morbide. Il n'avait pas le droit de s'en prendre gratuitement à Matthew... Mephisto, en revanche, risquait fort de se souvenir de sa décision de nuire à leur couple comme étant sa plus grossière et la dernière de ses erreurs.

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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Jeu 14 Juin - 13:13

Did I lose myself  ?  Or did I gain you  ?

Mizeria était revenue au salon mais, à peine elle y avait passé quelques minutes, qu’elle sentait déjà une tension indescriptible. Bien que son regard c’était posé sur Rai, ce dernier ne lui avait pas rendu la pareille. La blonde, désormais brune, fronça les sourcils, oubliant complétement Matthew au passage. Il s’était passé quelque chose durant son absence, elle en était persuadée. De là à savoir quoi, elle imaginait sans mal. Ce qui la dérangeait plus c’était la réaction de Rai, elle ne pensait pas assister à une telle réponse de sa part… Encore moins quand elle avait été claire dès l’arrivée de Matthew, elle n’avait laissé aucun doute planer et avait affirmé ses sentiments pour lui plus vivement et spontanément qu’elle ne l’avait fait durant tous les prémices de leur relation… Choquée elle regarda l’Auditore se lever et s’en aller. Ses lèvres s’ouvrirent pour l’interpeler, mais elle ignorait de quelle manière procéder… Aucun son ne sortit. Au final, elle ne fit que sursauter quand la porte de leur chambre claqua et elle resta là, plus secouée que précédemment et dans l’incompréhension la plus totale. Seule la voix de Matthew la sortit de sa torpeur.

« Laisse-le. Il est jaloux comme pas possible… »

Son attention précédemment dirigée sur le couloir où Rai avait disparu, se retourna vers son ami. Elle fronça les sourcils une nouvelle fois, analysant ses paroles. Il s’était donc réellement passé quelque chose en son absence… Elle avait été trop longue et trop stupide au final. Les laisser seuls de cette manière n’avait pas été une bonne idée, et elle avait l’impression qu’elle allait en faire les frais… Avait-elle seulement le droit de protester ? La réponse était non, elle assumait ses choix et ses erreurs.. Si Rai voulait les lui reprocher elle ne pouvait pas réellement crier au scandale. Fallait-il encore savoir l’ampleur de ce dit scandale. Pour le savoir, elle n’avait qu’un seul moyen. Elle attendit que Matthew finisse ses soins puis l’attrapa avant qu’il ne file quand il décréta que sa jambe était comme neuve.

« Qu’est ce qui s’est passé exactement ? »

Elle insista lourdement sur le dernier mot, elle connaissait le brun et c’était d’ailleurs pour cela qu’elle l’avait retenu. Le jeune anglais n’était pas du style à s’attarder sur quoi que ce soit, il ne voulait jamais de soucis. C’était d’ailleurs pour ça qu’elle redoutait toujours d’avoir des dettes envers lui, il était capable de distribuer des problèmes aux autres pour s’en préserver… Néanmoins il la connaissait. Il savait que ne pas lui répondre et la fuir était aussi équivalent à se faire des problèmes… Après tout Mizeria était redoutable quand il s’agissait de pourrir la vie de quelqu’un, et encore plus pour faire parler quelqu’un de force. Elle ne reculait devant rien. Sa poigne sur son pauvre poignet n’en était qu’un début. Le brun soupira et planta son regard dans le sien.

« C’est lui qui a commencé. Il a mal digéré que j’ai voulu t’embrasser et il a commencé à me prendre pour un crétin. Je ne te dirais même pas tout ce que je me suis pris dans la tête… Ni les menaces… Sérieux Mizeria, quand t’as envie de te caser tu le fais avec le premier fou furieux qui passe ? Il ne tourne pas rond ce type. Tu ferais mieux de trouver quelqu’un de plus normal »

La Leone cligna des yeux, ayant du mal à procéder à tout ce qu’il venait de lui dire. Cela ne pouvait pas être vrai, Rai ne pouvait pas avoir fait ça… Ou peut-être que si ? Après tout ils ne se connaissaient pas non plus par cœur. Mais ça restait difficilement croyable pour sa part. Elle qui le voyait toujours sur la réserve et méthodiquement calculateur et réfléchi… Il y avait là quelque chose d’inconcevable pour elle. Elle n’osa même pas répondre à Matthew sur ce qu’il venait de lui énoncer… Rai n’était pas un fou furieux, mais elle savait ce qu’il avait fait par le passé. Si son ami venait à apprendre ça ou ne serait-ce qu’une petite partie, il songerait surement à intervenir. La situation n’était pas propice à être envenimée, encore moins à être expliquée… Elle se contenta juste de sourire quelque peu à la vue de l’air inquiet de son ami.

« Excuses le. On est un peu à cran, ça a dû te retomber dessus. Mais crois-moi que c’est quelqu’un de bien et de génial, même si apparemment il est un peu jaloux… En tout cas merci de l’avoir soigné. Je te revaudrais ça. »

L’anglais soupira, lui jetant un dernier regard désespéré puis, comme à son habitude, lui ébouriffa les cheveux. Il comptait bien lui trouver un moyen de se racheter, et surtout d’effacer les insultes que son nouveau copain lui avait adressé. Il lui fit un vague signe de la main, récupérant son poignet et quittant l’appartement dans la foulée.

Mizeria de son côté remis ses cheveux avec un léger sourire aux lèvres. Il était bon de se sentir soutenue même si la situation paraissait folle… Elle saurait mettre les choses à plat et mieux les expliquer par la suite. Pour l’instant ils avaient plus important à faire, ou plus exactement plus important à abattre. Son regard se posa de nouveau sur le couloir et son sourire s’effaça. Matthew n’était pas un souci, il avait compris... Et quand bien même il ne l’avait pas fait. Ce n’était pas grave… Rai était plus important, il lui semblait que la priorité était qu’il accepte également la situation et soit rassuré. Néanmoins elle se sentait vexée… Il avait le droit d’être jaloux. Mais il lui semblait qu’il oubliait bien vite ses sentiments et à quel point elle lui était dévouée… Il ne pouvait pas savoir à quel point c’était incroyable venant de sa part. L’air étonné de Matthew n’était pas pour rien… Jamais elle ne s’était liée de la sorte à quelqu’un, le plaçant si hautement dans son estime, si précieusement dans son cœur. Même pour la mafieuse, tout lui paraissait fou, elle en avait presque le vertige à y penser… C’était comme si elle se retrouvait dans un rêve ou dans une illusion, les sentiments étaient trop gros pour elle mais pourtant si doux qu’elle ne voulait pas s’en séparer… C’est le cœur lourd qu’elle se leva et remit en place ses vêtements. Étant si peu habituée à se lier à quelqu’un, elle se retrouvait à ignorer ce qu’elle devait faire. Elle ne voyait pas de réel moyen de lui prouver d’avantage ses sentiments et son amour… Rai ne devait pas douter de ça. Mais… Avait-il oublié l’espace d’un instant tout ce qu’il s’était passé entre eux ? Elle avait peur. Peur qu’il puisse balayer tout d’un seul revers de la main, peur que leur relation ne soit finalement que fugace et volatile alors que pour la première fois de sa vie elle souhaitait rester auprès de quelqu’un et s’épanouir différemment.

Doucement et silencieusement, elle se dirigea vers la chambre. Son cœur battait la chamade, sa tête était toujours aussi lourde de questions. Elle ignorait comment aborder la situation. Le devait-elle d’ailleurs ? Elle jugeait toujours qu’elle avait été claire avec lui, qu’elle ne pouvait pas faire mieux… Il devait se rendre compte tout seul qu’elle le plaçait avant toute chose s’il ne voulait pas l’entendre dans sa bouche et ne le voyait pas dans ses gestes ou dans ses actes… C’est en pensant à cela qu’elle fit le choix de ne pas s’attarder sur ce qu’il venait de se passer. Elle devait avoir confiance en Rai, en leur relation. Elle souffla profondément pour se donner du courage puis, toqua une fois à la porte de la chambre et ouvrit cette dernière.

« Eh… Tu es prêt ? »

Mizeria resta un moment à la porte, tachant de sourire quelque peu même si le cœur n’y était pas, la peur lui collant toujours à la peau. Son regard se posa immédiatement sur le brun, le trouvant de dos, face à la fenêtre… Décidément oui, elle n’arrivait pas à sourire. Il lui semblait qu’une distance pouvait déjà s’installer entre eux. Elle n’aimait pas le voir ainsi, encore moins imaginer qu’il puisse effectivement lui tourner le dos, ou même tourner les talons et s’en aller. Après tout il y avait bien pensé la veille. Il avait bel et bien revêtu un manteau pour mieux partir et la laisser derrière. Son cœur se serra à ce souvenir et elle succomba une fois de plus à ses craintes. Les remords l’accablèrent encore, elle songea à tout ce qu’elle avait potentiellement fait de travers pour mériter un tel sort… Et à son grand étonnement elle en trouva sans mal une petite liste. Instinctivement ses pas la guidèrent vers lui, et sans réfléchir cette fois-ci, elle l’enlaça par derrière, venant caler son visage contre son dos, tout comme elle l’avait fait sous la douche des jours plus tôt. Elle l’aimait, c’était indéniable. Il lui semblait même que tout prenait une ampleur monstre plus les jours passaient… Elle voulait qu’il le sache, qu’il en ait conscience, même si les mots lui manquaient, même si ses attentions ou ses paroles avaient été souvent maladroites. Nombre de fois elle l’avait taquiné qu’il était novice en amour, elle se rendait finalement compte qu’elle n’était pas mieux. Elle découvrait également l’exercice. Jamais avant elle n’avait eu à rendre de compte ou à se sentir responsable de quelqu’un d’autre qu’elle... Et bien que tout lui semble assez naturel, elle se rendait compte que quelques points étaient encore inconnus à son cœur et son esprit. Ils devaient tous les deux apprendre, et puiser dans leur amour commun pour y parvenir.

« Matthew est parti. Tu… Tu te sens mieux avec ton front ? »

Elle mourrait d’envie de lui demander son point de vue et ce qu’il s’était passé, mais elle savait que cela n’amènerait rien de bon à l’heure actuelle. Ils avaient d’autres soucis à traiter en priorité. Des excuses voulaient également sortir, mais il n’en fut rien. Son cerveau lui criait qu’elle s’excusait déjà toujours trop, et que pour cette fois ci elle n’avait rien fait de mal. Après tout elle avait juste songé à son bien, elle avait été claire sur leur relation et nullement ambiguë… Oui, elle n’avait normalement pas à s’excuser comparé à d’autres fois. Ses yeux se fermèrent sous la nouvelle vague de doutes et d’incertitudes qui la submergeaient. Jamais elle n’aurait pensé que la venue de Matthew la plonge dans un tel état... Et une nouvelle fois elle imaginait douloureusement ce qu’il en était du côté du brun, se rendant encore malade pour ça.

« Rai on devrait se mettre en mouvement. »

Elle resta là, à l’enlacer, son visage enfoui entre ses omoplates, songeant à quel point elle aurait préféré rester ainsi des heures durant que d’avoir à sortir et aller se battre. Elle n’avait pourtant pas le choix, il fallait faire face à Mephisto et tenter de s’en sortir le plus brillamment possible… Et surtout, avant tout, se faire confiance de nouveau. Il fallait qu’ils transforment leur point faible, que le gardien de la brume avait découvert, en un point fort et en l’arme ultime pour le battre…


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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Jeu 14 Juin - 15:42



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Elle était là. Elle avait ouvert la porte et se dressait dans son encadrure. Il la devinait, devinait son regard, sentait son parfum et entendait distinctement le moindre bruissement de ses vêtements, ressentait précisément les mouvements de sa cage thoracique, animée par une respiration qu'il imaginait relativement anarchique. Et elle lui avait adressé une parole qui, à ses oreilles, sonna comme un aveu terrible. Elle lui demandait indirectement si tout allait bien, elle souhaitait s'enquérir de son état et de la rage dévorante qui l'avait animé tandis que Matthew ne faisait rien d'autre que de s'occuper de sa jambe suppliciée... Mais elle ne l'assumait pas. Elle n'en avait pas le besoin, dans le fond : ils parvenaient à se comprendre instinctivement, comme c'était fréquemment le cas entre deux êtres ayant bien des choses en commun. Ils étaient différents, certes. Opposés, même, dans la mesure du possible. Mais ils cultivaient de concert des souvenirs si puissants et si passionnels qu'ils étaient pleinement capable de se cerner sans la moindre difficultés, habituellement. Pouvait-elle le faire chirurgicalement, cette fois-ci ? Difficile à dire. Mais il ne le pensait pas. Car Rai lui-même n'était pas certain d'avoir autopsié le mal dont il souffrait avec succès... L'amertume et l'aigreur étaient si puissantes et si tenaces qu'il avait pratiquement l'impression d'avoir oublié momentanément leur origine. Tout ce dont il était certain, c'était que, pour la première fois depuis des lustres, la voix de Mizeria n'arrangea rien. A contrario, elle souleva une nouvelle vague d'un dégoût capricieux au sein de son estomac, qui n'en finissait plus de se retourner, répugné et excédé. Fort heureusement, ce sentiment horrible et coupable prit fin à l'instant même où, après s'être rapprochée à pas feutrés, elle l'enveloppa de ses bras si doux et si tendres à la fois. L'Auditore, déjà immobile, alla jusqu'à couper sa respiration mécaniquement, pour profiter de cet instant avec autant de ferveur que possible. Ses muscles tendus entreprirent alors de se relâcher et, petit-à-petit, il s'abandonna à cette étreinte qu'il subissait sans pour autant chercher à la renvoyer. Son cœur s'apaisa et sa rancune virulente s'en alla, loin, retournant se nicher aux tréfonds de son âme, en l'attente d'une nouvelle opportunité pour s'échapper, toujours plus vindicative et autoritaire. Aurait-elle toutefois jamais l'occasion de reparaître devant la Leone ? Le gardien n'en avait pas la moindre idée. Mais il en avait la peur. Et il la formula, tant bien que mal, à la suite des questions fébriles de son amante auxquelles il ne prit pas la peine de rétorquer, retardant bien malgré lui leur départ de l'appartement. Il lui était impensable de livrer bataille à Mephisto en l'état : il allait forcément réaliser une erreur grotesque, par la faute d'une déconcentration quelconque et risible...

-Je n'arrive pas à t'en vouloir... J'ai beau essayer... Je n'y arrive pas... C'est... C'est frustrant...

Il eut un nouveau haut le cœur et quelques larmes s'immiscèrent le long de ses paupières, qu'il s'évertua à clore sans plus tarder. Il devait réprimer l'émotion, lutter contre elle, quand bien même elle tâchait de le submerger... S'il sentait qu'il avait grand besoin de se confesser, de livrer la chose telle qu'il la percevait à la conseillère, il ne pouvait pas s'empêcher de songer que l'heure n'en était pas à un tel exercice et qu'il devait donc se retenir, autant que possible. Cela le guidait donc à une posture particulièrement déplaisante, qui l'amenait à se livrer sans pour autant le faire de manière détaillée et complète... Car il n'avait, en fin de compte, ni le courage d'assumer la vérité qu'il percevait de but en blanc, ni celui de la fuir et de l'estomper de son esprit sans jamais se la ressasser. Que percevait-elle de lui ? N'était-il qu'un enfant, à ses yeux ? Que pensait-elle encore de Matthew ? Tant de questions serpentaient à ses pieds, l'empêchant de prendre son envol avec fièvre et ardeur, qu'ils ne s'entendait même plus penser. Et si le Nagafuse avait pleinement conscience du fait que la majorité de ces interrogations, à défaut d'être absolument illégitimes, étaient terriblement dérisoires, voire négligeables, il ne parvenait pas à leur offrir l'amplitude qu'elles méritaient pourtant. Elles étaient là, envahissantes, et le rongeaient davantage, d'instant en instant... Avec regret, le noiraud comprit qu'engagé tel qu'il l'était, il n'avait d'autre choix que celui de poursuivre et de persister sur ce chemin, quelles qu'en soient les conséquences. Mizeria allait-elle lui en vouloir ? Ils avaient d'autres ennuis, autrement plus cruciaux et possiblement plus fatals et préjudiciables que ses insignifiants états d'âmes... Il savait pourtant qu'il ne parviendrait pas, justement, à tenir tête à ces ennuis tant qu'il ne s'était pas définitivement libéré des soucis qui s'accaparaient sa pleine attention. Ils auraient grand besoin de son intelligence et de son sens de l'improvisation, lorsque le conflit commencerait à éclater...

-Je suis stupide... Je sais que tu as vécu avant de me rencontrer et je ne peux pas t'en blâmer mais... Mais j'ai l'impression que tout le monde veut se glisser entre nous... Et... J'ai l'impression, aussi, que tu m'infantilises. Je sais que ça n'est que pour mon bien, que tu t'inquiètes sincèrement, mais... Excuse-moi. Je suis simplement... Un peu perdu.

Avait-il de réelles raisons tangibles et compréhensibles à avancer ? Pas vraiment. Seules les circonstances pouvaient expliquer sa conduite déplacée à l'égard de Matthew : circonstances que Mizeria, elle aussi, devait assumer. S'il avait eu, jadis, à partager sa vie avec une autre femme, aurait-elle toléré de la rencontrer à un tel moment ? Le noiraud n'en avait pas la moindre idée mais imaginait qu'effectivement, la Leone serait à même de se montrer plus mature et plus intelligente qu'il ne l'avait été lui-même, sur le moment. Et pourtant, il se fichait honnêtement de cet abruti d'anglais, et de tout ce qu'ils avaient pu vivre, lui et sa belle. Tout cela n'était ni plus ni moins que des chimères estompées, qu'un tableau aux couleurs ternies et aux teintes décrépites... il n'y avait plus rien entre eux. Plus rien du lien qu'ils avaient autrefois tissé et qui les avait uni. L'Auditore était le seul qui comptait, aux yeux de la séduisante Leone... C'était une chance qu'il devait intégrer, considérer platement et sobrement. Sans doute manquait-il de confiance en lui, en la matière : sans doute craignait-il d'être sans cesse comparé aux amants que la jeune femme avait pu posséder, autrefois. Sans doute imaginait-il qu'au final, leur romance lui apparaîtrait comme étant plate, insipide, et qu'elle s'en irait ailleurs, vers d'autres horizons, chercher d'autres hommes susceptibles de la contenter plus habilement qu'il ne saurait jamais le faire... Malgré toute la discussion qu'ils avaient entretenu, et malgré le fait qu'il sache bel et bien qu'elle ne s'était pas amourachée de lui pour ses qualités ou pour ses valeurs, le Gardien du Désert ne pouvait s'empêcher de songer à tout cela. Et si elle prenait ultimement conscience du fait qu'il n'était qu'une raclure, et que bien d'autres auraient été capables de veiller sur elle aussi efficacement, sinon plus encore que lui ? Et si elle se lassait de sa maladresse émotionnelle ? Si elle n'arrivait plus à supporter les ennuis auxquels ils étaient constamment confrontés ? En viendrait-elle à le laisser là, seul, égaré, et à s'en retourner aux côtés de Matthew pour une romance plus légère, moins agaçante, moins pesante ? Tout cela rendait la situation irrespirable, lors même qu'elle n'était, analysée basiquement, que d'une banalité affligeante. Il venait de faire la rencontre d'une ancienne conquête de Mizeria... Ni plus, ni moins.

-Écoute... Ne t'en fais pas... Je... J'ai besoin de respirer, un peu. De me changer les idées. Je vais me concentrer sur... Eberto et Mark. C'est la meilleure des choses à faire...

Il n'y croyait pas vraiment, mais il se sentait, une fois de plus, obligé de le souligner. Il n'avait pas d'autre choix que celui de se consacrer à la lutte farouche et bestiale qui les attendait. S'ils perdaient plus de temps, leur chance de duper Mephisto s'envolerait définitivement... Chaque minute égarée était une minute qui risquait, à terme, de leur faire défaut. Ils avaient bien du pain sur la planche : ils devaient commencer par éloigner Fargo de toute cette agitation et, dans le même temps, si possible à tout le moins, attirer Eberto auprès de leur cible principale pour le pousser à l'abattre sans plus de cérémonies. Cela allait les forcer à déployer des efforts considérables et millimétrés, ainsi qu'une prudence et qu'une discrétion irréprochables. Mieux valait à ce titre jouer sur un laps de temps aussi étalé et interminable que possible... A ce titre, la jeune femme avait indéniablement raison. Et, dans l'absolu, mettre un terme provisoire à cette petite discussion n'allait pas emmurer éternellement Rai dans un mutisme complaisant : lorsque tout cela serait réglé, ils pourraient aborder leur vision personnelle et respective de voir les choses et de percevoir, surtout, leur propre couple. L'environnement entêtant ne l'aidait guère à y voir clairement, limpidement... Une victoire sur son vieux rival lui permettrait donc également de sortir la tête de l'eau, même brièvement, afin de bénéficier d'une clairvoyance plus affûtée, et ce sur tous les sujets qui, actuellement, contribuaient à l'harasser.

-Fais attention à toi, Mizeria... Quoi qu'il arrive... Ne lésine pas sur ta propre sécurité...


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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Jeu 14 Juin - 19:15

Did I lose myself  ?  Or did I gain you  ?

Elle le tenait là, contre elle, se perdant elle-même dans l’étreinte et dans son parfum… Cependant elle n’était pas tranquille. Dès les premiers instants, elle avait remarqué qu’il ne lui rendait pas son étreinte… Mizeria sentit son cœur s’alourdir encore, comme s’il était au bord d’un gouffre dans lequel il pouvait sombrer et s’y blesser. Elle lutta puissamment contre l’envie de s’accrocher à lui, elle devait être confiante, attendre et surtout ne pas céder à la panique ou quoi que ce soit d’autre…. Ce n’était toujours pas le moment. Sauf que les mots de Rai eurent raison d’elle. Au moment même où Rai ouvrit la bouche et combla le silence, elle sentit son cœur faire encore des siennes, et cette fois-ci se retrouver blessé comme il ne l’était pas encore. La blonde resta sur place, ahurie. Ses yeux précédemment fermés s’ouvrirent et elle eut même l’impression que son cœur venait d’heurter le sol au même moment. Elle avait du mal entendre… Ce n’était pas possible qu’il parle de lui en vouloir… Et pourtant si. Son choc s’amplifia au moment où il déclara qu’il avait beau essayer… Il essayait de lui en vouloir ? Mais de quoi pouvait-il lui en vouloir dans un premier temps ? Et comment pouvait-il essayer en plus de lui en vouloir malgré tout ?  Elle n’avait rien fait particulièrement de mal. Une rage soudaine et gigantesque la submergea alors, elle eut envie de le repousser violemment, et ce plus que la veille, de lui crier toute son incompréhension, mais, elle n’en fit rien. Elle se mordit simplement la lèvre rageusement, se remémorant ce qu’il s’était passé la dernière fois qu’elle avait réagi aussi furieusement… Elle se sentit alors impuissante, bloquée, et forcée à être docile… Comme si elle n’avait finalement plus que le choix d’adhérer à ce qu’il lui disait. Elle était fautive de la veille, et surement bien d’autres choses… Peut-être avait-il raison finalement. Pourtant son être criait encore à l’erreur et à l’indignation. Comment pouvait-il lui sortir ça ? Il ne la connaissait pas finalement ? Ignorait-il tous ses sentiments ? Tout ce qu’elle lui avait dit ces derniers jours et tout ce qu’elle lui avait confié quand lui-même n’avait pas réalisé ni même tenté le même exercice ?


Elle resta toujours clouée sur place, comme si chaque mot qu’il prononçait venait s’enfoncer en elle et la meurtrissait au point de l’empêcher de riposter ou de bouger. Son regard se perdit dans le vague, son cœur qui semblait battre la chamade avant qu’elle n’arrive à ses côtés, semblait arrêté, comme soudainement glâçé. La mafieuse n’ignorait pas que cet état n’était jamais bon, elle était blessée et commençait à se renfermer. Mentalement, elle tenta de lutter, de se convaincre qu’il s’agissait d’un mal entendu, que comme elle l’avait dit à Matthew, ils étaient à cran et que de ce fait, tout irait mieux une fois que la journée serait terminée… Cependant, rien n’y faisait. Elle était toujours aussi blessée et en colère. Il lui attribuait une faute qu’elle n’avait jamais commise, il lui en voulait cette fois-ci pour quelque chose qu’elle n’avait fait… Pire encore, elle songea qu’il lui en voulait pour ce qu’elle était. Et il cherchait à lui en vouloir. Il ne se concentrait pas à l’heure actuelle sur le fait de l’aimer, mais sur le fait de lui faire des reproches, de la repousser d’une certaine manière. Ce sentiment ne fut que renforcé quand il déclara qu’il se sentait infantilisé. Jamais, ô grand jamais, elle ne l’avait vu comme un enfant… Et il lui sembla immédiatement qu’elle ne l’avait jamais traité comme tel. Les paroles qu’elle lui avait adressé la veille en témoignait pourtant bien. Elle accepta, qu’effectivement, uniquement quand elle avait attrapé son menton, elle aurait pu avoir alors un position ambiguë et l’infantiliser... Mais il n’en était rien. Ce n’était que son inquiétude et surtout un geste pour lui souligner qu’il s’était montré irresponsable la veille, ainsi qu’il ne fallait pas que cela se reproduise, ni que sa folie de hier ne lui coute au combat. Sa rage remonta et au lieu de s’agripper à lui par frustration et colère, elle commença à desserrer doucement sa prise…

Le coup de grâce ne tarda pas arriver, amorçant alors pour de bon l’explosion de ses sentiments. A la mention de son besoin de respirer, son esprit s’emballa et bêtement, interpréta ses mots comme l’incarnation de ses craintes. En général, quand quelqu’un avait besoin de respirer pour elle, il s’agissait de s’éloigner de la source de problèmes… De ce qui pouvait nous empêcher de respirer. Il en était donc arrivé à ce point ? A considérer qu’elle l’empêchait de respirer convenablement ? Qu’elle l’étouffait ? Ses bras lâchèrent pour de bon, lui rendant la liberté dont elle pensait désormais le priver. Abasourdie et aveuglée par ses tourments, elle se recula de quelques pas. Il pensait également que la meilleure chose à faire était de respirer.. Au final pas de régler ça, ou de se rendre compte qu’il n’avait rien dont il pouvait lui tenir rigueur. Les paroles de Matthew résonnèrent alors en elle, et elle s’effraya de plus belle. Elle ne pouvait pas se tromper sur Rai, c’était impossible. Pourtant elle venait d’en douter. Il ne se rendait peut être pas compte de ce qu’il venait implicitement de lui dire.. Mais le brun était malgré tout un manipulateur né, il devait forcément connaitre la portée de chaque mot, savoir pertinemment comment les utiliser. A cette pensée, les quelques phrases qu’il lui avait destinées se changèrent en armes assassines. Les larmes lui montèrent alors aux yeux et les réprimer lui demanda un énorme effort.

Le constat était là, il lui en voulait apparemment de s’inquiéter pour lui, de vouloir le protéger à tout prix, d’avoir eu des relations avant lui… Au passage il avouait inconsciemment qu’elle le privait d’air. Et finalement, il oubliait et balayait ses sentiments, les piétinant presque. C’en était trop pour elle, ses les poings ainsi que  ses dents se serrèrent. Il ignorait à quel point ce qu’il pouvait lui reprocher représentait pour elle. C’était la première fois qu’elle revendiquait son cœur de cette manière pour quelqu’un, qu’elle songeait à vivre désormais et surtout, qu’elle ne prenait pas peur d’aimer quelqu’un d’autre de nouveau. Elle s’autorisait des choses qu’elle avait refoulé des années durant, qu’elle avait enfermé dès lors que sa famille avait été tuée… Elle s’était interdite de trop s’attacher pour ne pas souffrir encore. Malgré tout elle avait continué à être là pour tous ceux qui en avait besoin, elle était restée fidèle à elle-même là-dessus. Elle avait simplement, laissé sa personnalité intacte mais mis en réserve ses sentiments et sa capacité à aimer inconditionnellement. Elle avait conscience qu’il ne pouvait pas se rendre compte de ça, mais sur combien de points c’était elle plus expliquée que lui ? Bien trop. Elle était lucide, elle ne lui en voulait pas de ne pas penser à cette éventualité, mais le résultat était là, elle était blessée. Un rire nerveux s’échappa de ses lèvres. Un rire presque trop teinté d’amertume.

« Quoi qu’il arrive… Comme par exemple quand tu finiras par partir ? »

C’était sortit, malgré elle. Ses yeux se fermèrent et elle serra les poings presque jusqu’au sang avant d’assumer pleinement ce qu’elle venait de lui lancer…. Il lui fallait aller jusqu’au bout de sa pensée. Ils n’avaient pas le temps de s’attarder à se comprendre, mais elle comptait d’une certaine façon lui rendre la monnaie de sa pièce et lui faire au moins comprendre ce qu’il venait de lui faire… Était-ce volontaire ou pas, elle n’en pouvait plus. La jeune Leone sentait que non seulement son cœur avait sombré, mais elle n’allait pas tarder à le faire également. C’était inévitable.

« C’est vrai… Tu voulais bien partir hier si je ne me trompe… Et hier encore tu pouvais m’en vouloir, tu avais de quoi. Mais aujourd’hui Rai… Qu’est ce que j’ai fait ? Je me suis inquiétée pour toi ? Oui. J’ai songé à ton bien avant le mien ? Oui. J’ai appelé un ami avec qui j’ai couché pendant des années pour être sûre de t’offrir les meilleurs soins ? Oui. J’ai mis la situation au clair, disant alors comment je te voyais, et utilisant un terme que je n’ai jamais utilisé de ma vie ? Oui. »

Elle avait toujours du mal à digérer qu’il avait pu ainsi oublier tout ce qu’elle avait dit. Que cela soit le jour même ou même la veille quand elle lui avait dit toutes les raisons pour lesquelles elle l’aimait. A ce souvenir, les larmes manquèrent de remonter et elle se mordit la lèvre pour ne pas éclater en sanglot, acceptant plutôt de livrer sa colère que sa tristesse.

« Oui Rai, si c’est tout ça que tu me reproches je suis coupable. Si c’est ça qui t’empêche de respirer, excuses moi. »

Les deux derniers mots étaient sortis trop articulés et amèrement, comme si eux même étaient outrés de leur signification. Elle sentait qu’elle s’emballait de plus en plus. Un éclat de rire tout aussi amer que le précédent s’échappa. Oui, elle avait envie de rire d’elle-même. Elle se trouvait stupide, tout aussi bien dans sa réaction que dans tout ce qu’elle avait pu faire… Au final, ne s’était-elle pas simplement tournée en ridicule depuis le début ? Elle se mit à douter d’elle-même et du bien fait d’avoir été honnête et transparente.

« Tu voulais quoi… Que je te saute dessus devant Matthew pour qu’il comprenne encore mieux… ? Même lui était choqué que je me mette avec quelqu’un mais non tu n’as pas vu… Comme apparemment ça ne te suffit pas que je dise devant autrui ce que je ressens pour toi. Ça ne te suffit pas non plus tout ce que je t’ai dit hier ? »

Cette fois-ci elle plongea son regard dans le sien. Un regard des plus francs et attentif, elle voulait la vérité, et rien d’autre. Elle souhaitait qu’il soit aussi honnête qu’elle l’avait été justement dans la salle de bain.

« Tu veux quoi Rai… Que je le crie partout ? Sur les toits, dans la rue ? Que je me tatoue partout à quel point je t’aime ? Parce que oui je t’aime, mais putain apparemment ça t’étouffe. »

Et voilà qu’elle jurait, se rendant ainsi compte qu’elle n’était pas loin d’exploser pour de bon et de faire des bêtises. Ce n’était pas le moment… Elle leva les mains comme en signe de reddition et continua.

« Tu sais quoi, on a même pas le temps de faire quoi que ce soit de tout ça. J’abandonne. Je vois pas en quoi je pourrais en faire plus à l’heure actuelle. Alors c’est bon, on réglera ça plus tard. Mettons-nous en route, on verra le plan en chemin. Et ne t'inquiètes pas pour moi. »

Elle avait en réalité besoin de partir. L’air de l’appartement lui semblait presque irrespirable désormais. Comme empreint d’une niaiserie dont elle était stupidement responsable et à laquelle elle n’aurait jamais dû autant se livrer… Tout aussi rageusement elle quitta la chambre, rebroussant chemin. La Leone était presque prête à partir sur le champ en claquant la porte à son tour… Mais il fallait être un minima logique et prévoyant. Sa route s’arrêta face à la table. Elle enfila sa bague ainsi que sa veste et entreprit de s’armer comme elle l’avait prévu depuis le début. Elle bouillonnait encore de rage et ne souhaitait plus qu’une chose, sortir. Elle partageait presque l’avis de Rai, elle avait besoin de respirer, mais cette fois ci parce que ses sentiments l’étouffaient… Elle voulait s’enfuir, aller régler leur compte à leurs ennemis, se défouler, sortir toute la rage qu’elle ne pouvait plus contenir et qu’elle refusait de toute évidence à déverser sur Rai. Elle se dirigea vers le sac que Matthew avait ramené et en sortit quelques fioles. Elle les regarda un instant puis dans un grognement sourd les rangea dans sa poche. Oui, il était temps qu’elle se défoule, qu’elle laisser disparaitre cette tristesse qui la rongeait et commençait à la tuer à petit feu.




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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Jeu 14 Juin - 22:50



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



C'était un coup de massue qu'il venait d'endurer. Il avait tout juste eut le temps de pivoter pour faire face au flot de paroles et de haine de la part de Mizeria qu'elle avait d'ores et déjà quitté la pièce pour l'y abandonner, le laissant seul aux côtés de son désarroi. Que diable s'était-il passé ? Des sueurs froides commencèrent à l'accabler et il crut, l'espace d'un instant, que leur relation s'en était retournée à la crise tumultueuse qu'ils avaient eu à éponger péniblement, la veille. Nerveusement, il fit grimper sa main droite jusqu'à son biceps gauche qu'il enserra puissamment et brusquement, comme dans le vain espoir de pouvoir s'extirper de ce cauchemar éreintant qui n'en finissait plus. Les jours qu'ils avaient vécu seuls, loin de Mephisto, loin de conflits et loin de la rage lui semblaient dorénavant si sucrés et si apaisants qu'il avait comme l'impression terne de ne pas avoir su en jouir suffisamment. Il avait conscience d'avoir dépassé les bornes et d'avoir agi avec une certaine puérilité, mais il n'était pas pour autant certain que les réponses de sa chère et tendre ait tous une once de légitimité. Pourquoi s'était-elle, à titre d'exemple, sentie obligée d'appuyer sur la relation qu'elle avait entretenue avec Matthew ? L'avait-elle fait malencontreusement, ou l'avait-elle fait dans l'optique d'appuyer brutalement sur une faiblesse qu'elle avait dûment analysée, et qu'elle voulait exploiter pour lui causer encore davantage de souffrance et de tourments ? Cette hypothèse le terrassa d'autant plus qu'il comprit avec agonie qu'elle risquait de les conduire à une spirale auto-destructrice et mortifère. Plus ils envisageaient que l'autre leur causait volontairement du tort et plus ils allaient être tentés de se venger... Lors même que touts ces conflits ne naissaient, à l'origine, que d'un malencontreux malentendu. Crocs contractés, l'Auditore relâcha soudainement la pression qu'il exerçait sur son bras et enfonça sa main à nouveau libre dans la poche de son pantalon, venait titiller ses boites mafieuses du bout des doigts. Il avait besoin de se calmer. Il en avait grand besoin. Allait-il tenir bon jusqu'à ce que l'orage n'en vienne à gronder, de plus belle ? Difficile à dire. Le chemin risquait d'être insoutenable. Il le savait. La Leone avait pris la bonne décision en désertant la chambre à coucher de cet appartement trop tranquille : il n'avait pas la force de soutenir son regard, en l'état des choses. Ses paroles fielleuses avaient abondé en compliments et en douceurs, mais elles avaient été teintées d'une certaine méchanceté qui n'avait pas pu échapper au noiraud. Ce cocktail déroutant ne pouvait que laisser en lui un profond sentiment de mal-être...

Elle l'avait mal compris. L'avait-elle seulement mal compris ? Cette idée, il voulait ardemment s'y raccrocher. Mais il ne pouvait néanmoins pas y puiser la moindre certitude. Rai retint à grand peine un sanglot et réprima un frisson, non sans se passer la main gauche sur le visage, de haut en bas. Il secoua ensuite momentanément la tête, comme pour tenter sans y parvenir une seule seconde durant de faire le tri dans son occipital, lequel fourmillait d'incertitudes et de doutes tous plus atroces les uns que les autres. Elle ne pouvait pas lui faire défaut. Elle ne pouvait pas l'abandonner. Pas maintenant, et pas pour quelques paroles qu'il avait à contre-cœur choisi de formuler, par souci de clarté et d'ouverture. Sa motivation, à la base, avait été scène : sachant pertinemment qu'il n'était pas blanc comme neige, il avait voulu lui tendre la main, lui communiquer ses craintes, lui communiquer ses peurs... Elle n'avait pas eu la force de voir au-delà des mots qu'il avait formulé. Pour qui le prenait-elle ? Une indignation sourde et vicieuse commença à ramper, répandant dans son estomac un nouveau suc indigeste. Pensait-elle réellement que la situation était aisée, de son côté ? Qu'elle était littéralement la plus à plaindre d'entre eux ? Elle n'avait pas la moindre raison de comprendre le poids qui trônait sur ses épaules. Elle ne savait ni qui étaient Eberto, Mark et Mephisto, ni ce dont ils étaient capables. Elle se réservait le droit de débouter des franges complètes de ses plans et de ses stratagèmes sur la base d'un caprice, sans argument notoire et notable. Lui devait composer. Lui devait analyser. Lui devait faire face à toute la globalité de leur situation, dans tout ce qu'elle avait de plus glaçant. Comprenait-elle seulement le danger qu'incarnaient les deux Soleils ? Elles n'étaient pas humaines... Elles pourraient les tuer tous les deux en un claquement de doigts si l'envie les piquait. Et Mephisto, justement, était le démolisseur qui pouvait engendrer la ruine de leurs deux existences. Ils devaient l'arrêter, et ce à tout prix. Puisqu'elle était incapable de s'y résoudre, avait-elle seulement le droit de le juger lorsqu'il éprouvait des remords, et lorsqu'il tentait maladroitement de les exprimer ? En un sens, il lui semblait qu'en l'occurrence, elle était la plus maladroite des deux : car elle avait été incapable de se rendre compte du fait qu'il cherchait à s'exprimer, à se livrer à elle, et car elle l'avait refoulé à l'instant même où la discussion lui était apparue comme étant déplaisante. Elle ne voulait pas s'encombrer de lui. C'était à tout le moins ce que sa conduite laissait sous-entendre, même si elle affirmait le contraire par la force de ses mots.

Avant même qu'il ne s'en soit rendu compte, il avait distraitement attrapé sa boîte arme entre son pouce et son index. Il était prêt à en user, à libérer son arme. Il ne lui fallait, pour ce faire, qu'une paire de mouvements mous et las. Dès lors, il n'aurait plus qu'une décision à prendre : celle de manipuler les souvenirs de Mizeria. Mais pour quoi faire ? Il se savait capable de la prendre par surprise mais il devait a priori décider ce qui était le mieux, pour eux. Devait-il supprimer toute trace de son passage au sein de la vie de la Leone ? L'envoyer quérir les bras de ce stupide Matthew, ou l'envoyer simplement nicher parmi sa si chaleureuse et si adorable famille jusqu'à ce que les Auditores soient morts, ou qu'il soit lui-même tombé ? Devait-il, a contrario, se contenter de gommer les souvenirs les plus récents ? Ceux qu'ils avaient formés dans l'intimité de leur couche, dans la sueur et dans le stupre, dans la chaleur moite de leurs corps enivrés à l'unisson ? Devait-il simplement la pousser à ignorer les mots qu'il avait formé, dans cette fichue chambre dont l'atmosphère toute entière devenait aussi oppressante et entêtante que la plus sinistre des mélopées ? Pour la première fois depuis des lustres, le Nagafuse n'en avait pas la moindre idée : il se sentait démuni, comme il avait déjà pu l'être la veille, mais il avait désormais l'intime conviction que rien de tout cela ne lui permettrait de panser ses propres plaies. Quoi qu'il arrive, il serait confronté à ses doutes et aux vices de leur amour inconditionnel : qu'elle soit là pour le soutenir ou qu'elle n'en ait plus la moindre idée. Les dents du noiraud se contractèrent d'autant plus alors qu'il songeait aux jours qui risquaient de s'écouler à la suite de cette décision fatidique. Pourrait-il seulement s'en retourner à sa routine coutumière et cynique, après un tel festival de sentiments ? C'était ironiquement le meilleur moyen de prendre Mephisto par surprise et de broyer tous ses espoirs de régence sur la famille Auditore : s'il n'était plus attaché à Mizeria, le gardien du Désert le savait, il n'aurait pas la moindre difficulté à pousser son collègue à la faute... Mais à quel titre, et au nom de quelle idéologie ? Tout était vain. Tout était faux. Sa vie n'avait été qu'un tissu de mensonges et d'hypocrisie certes savamment noués, mais non moins inexistants et fallacieux. Il n'était qu'un mythe, qu'un conte, qu'une fable enfantine qui n'avait jamais su accepter le fatalisme et le nihilisme grisant dont tout un chacun devait pourtant prendre conscience froidement, au fil des ans. Il n'était rien, sans elle...

Aussi finit-il par relâcher la boîte arme, incapable d'user ses flammes sur la seule personne qu'il eût jamais aimé. Qu'elle l'abandonne ou qu'elle demeure, peu lui importait : il se fierait à sa décision et agirait en conséquence. Avec un regain relatif de détermination, il s'élança à son tour hors de la chambre, d'un pas franc et décidé. Il ne devait pas se morfondre. C'était la seule chose qu'il n'ignorait pas. Quant au reste, elle l'avait dit elle-même : ils auraient amplement le temps de converser une fois que toute cette affaire serait achevée... S'ils n'y trouvaient pas la mort, bien sûr. Cette idée fit poindre en son sein un regret colossal qu'il s'attela à museler. Il n'y parvint toutefois que très modérément : si modérément, en fait, qu'une larme dégringolait encore le long de sa joue désormais stoïque et imperturbable lorsqu'il parvint dans le salon, où Mizeria s'emparait des drogues et des médicaments ramenés par son cher médecin. Il lui destina tout juste un regard, neutre au possible, comme s'il avait enfin réussi à se détacher de toute la situation présente, et lui décocha quelques mots d'une voix monocorde et vidée de toute vie. Il devait se concentrer sur Eberto et Mark. Ils étaient les seuls qui importaient.

-Je vais prendre un peu d'avance. Éloigner Fargo, dans un premier temps. Suis-moi à distance raisonnable.

Elle refusait d'assumer leur couple aux yeux des Soleils ? Très bien. Elle voulait tout de même avoir voix au chapitre et prendre part au conflit ? Il y consentait, à contre-cœur. Mais sous ses conditions. Son ton désabusé était, à ce titre, relativement catégorique. Sa gestuelle accompagna ce constat vocal : il libérait tout juste Shiho, son fossa, qu'il dévalait déjà les escaliers quatre à quatre, son plus fidèle compagnon sur les talons. Il ne savait même pas si Mizeria avait eu le temps d'achever ses préparatifs et si elle avait eu l'occasion de s'élancer à sa suite. Elle ne craignait rien, pour l'heure, de toute manière : entre lui nuire et surveiller Rai, Mephisto aurait vite choisi sa priorité. A fortiori s'il remarquait l’impassibilité apparente de son vieux rival : il allait avoir la puce à l'oreille et craindre que quelque chose ne se soit passé, quelque chose qui pouvait grandement et fâcheusement lui nuire. Il allait donc se mettre un point d'honneur à surveiller celui des deux qui cristallisait la menace la plus tangible à ses yeux : le Gardien... S'il avait encore été capable de sentimentalisme, le Nagafuse se serait possiblement effondré en se rendant compte du fait qu'il était susceptible de dresser un constat aussi froid sur une base aussi fébrile : il envisageait sérieusement le fait que leur incartade ait laissé des séquelles vis-à-vis de son comportement et, plus grave, vis-à-vis de la relation qu'ils entretenaient. Pouvait-il le nier, pour autant ? Pas vraiment, non... Un soupir lourd l'ébranla tandis qu'il parvenait enfin à la rue, qu'il suivait méthodiquement, conformément aux indications glissées par son rival, quelques dizaines de minutes auparavant seulement. Chez Cianciulli. Le Bar Venetia. Manipuler les souvenirs de Fargo pour le détourner momentanément du dealer et de Mark, c'était en vérité plutôt simple : il était plus complexe, en revanche, de le faire sans attirer l'attention dudit Mark. Quant à Eberto, en revanche, tout était assez facile à entreprendre : cet abruti de Gardien de la Tempête ne se méfierait jamais de Rai... En tout cas pas en apparence. Il tenait bien trop à sa réputation de gros bras imperturbable. Cela allait causer sa fin. Restait donc, en attendant, à trouver un moyen d'isoler Fargo afin d'éviter qu'il ne soit bêtement réduit en bouillie... Et l'improvisation risquait fort d'être leur arme la plus utile.

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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Hier à 15:24

Did I lose myself  ?  Or did I gain you  ?

Mizeria rangeait les fioles dans sa poche tout en réfléchissant. Ses gestes qui avaient été dans un premier temps précipités, commençaient à être ralentis et ce plus elle essayait de réfléchir à la situation. Il leur fallait se mettre en route, mais pas sans plan. Ils n’avaient pas à combattre n’importe qui et la mission était complexe à cause de tous les coups à superposer… Il n’y avait pas de place pour l’erreur. Ou du moins, si erreur il y avait, il fallait être suffisamment vif pour la régler dans les plus bref délai… Au moins ils avaient l’avantage qu’un des deux allait pertinemment rester en arrière. Elle était donc relativement peu stressée quant au fait d’être pris de cours… Bien qu’au final le rôle de backup lui revenait. Un soupire s’échappa de ses lèvres tandis qu’elle rangeait la dernière fiole dans la poche de sa veste. Elle ignorait par où ils devaient commencer… Eberto ou bien Fargo ? De ce qu’elle savait le gardien de la foudre était juste un tas de muscles et des plus simples à manipuler… Il lui sembla dès lors que la priorité se posait plus sur Fargo.. Une fois celui-ci écarté ils avaient alors plus de champ libre. Mais comment s’en débarrasser ? Rai pouvait manipuler ses souvenirs mais c’était risqué… Si les deux Soleils s’en rendaient alors compte, elles auraient des suspicions qui pouvaient potentiellement les mener à tout comprendre. Et si elles en arrivaient là.. Rai était un homme mort. Le gardien de la brume, en revanche, arriverait potentiellement à s’en sortir… Ils devaient mettre toutes les chances de leur côté à chaque instant et pour y arriver, avoir un plan impeccable.

Fargo… Elle ne connaissait rien de lui. La surveillance des Auditore ce n’était pas son rayon. Face à ce fâcheux constat, une idée lui vint. Elle n’était pas spécialisée en informations sur les Auditore, mais elle savait qui l’était dans sa section… Elle avait déjà fait appel à lui pour tenter d’en apprendre ne serait-ce qu’un peu plus sur Rai mais cela avait été sans résultat. Le brun était un électron libre et trop secret pour que ses hommes aient matière sur lui. Puis… Elle ne voulait pas. Tout ce qui le concernait, elle voulait l’apprendre d’elle-même et pas par le biais de son travail… Elle voulait le découvrir et non en faire un autre dossier à son actif. Cependant, restait quelques subordonnés en particulier qui surveillaient assez activement les Auditore… Eux devaient en savoir suffisamment pour attaquer Fargo. Du fait que ce dernier n’était pas un gardien, ils avaient là un plus grand champ d’action. Les gardiens avaient toujours l’avantage d’être assez dépourvus d’attaches ou autres, en faisant ainsi des cibles relativement insaisissables. Preuve en était le Nagafuse et Mephisto. Mais le conseiller de la pluie avait surement des points faibles. Ses idées se bousculaient, autant de pistes qu’elle pouvait explorer mais qu’elle n’avait pas le temps d’exploiter. Il fallait qu’elle se renseigne absolument. Elle prit immédiatement son téléphone dans la foulée, au moment même où Rai lui apparut.

Il lui sembla que l’apparition du brun fut presque fantasmagorique. Il ne tarda pas à disparaitre aussi vite qu’il était revenu dans le salon… C’était presque comme s’il n’avait pris que la peine de passer par le salon en coup de vent, lui adressant quelques paroles puis partant. Il avait pourtant pris le temps de la regarder et lui parler. Mais pour peu au final selon elle. Immédiatement elle avait été sur le qui-vive, et sa rage ne tarda pas à remonter. Occultant ses réflexions sur leut potentiel plan, laissant son cœur prendre le dessus et tout analyser une fois de plus sans recul. Elle avait l’impression que Rai faisait mine de rien. Pire encore… Qu’il se dissimulait de nouveau derrière un masque, mais qu’il s’agissait là d’une première, il le faisait pertinemment avec elle… Elle le sentait au plus profond de son être. Son sang ne fit qu’un tour à peine son regard avait croisé le sien. Si elle s’écoutait elle n’aurait pas besoin de se défouler sur un quelconque gardien ou conseiller Auditore… Le gardien du désert ferait amplement l’affaire. Ses yeux bleus lui lancèrent un regard noir alors qu’il continuait sa route vers la porte. Ses paroles ne la calmèrent pas également, au contraire. Elle acceptait qu’ils soient fâchés mais partir de la sorte lui semblait juste stupide… Ils n’avaient aucune préparation et le plan était trop risqué pour partir sur une totale improvisation. Ils avaient besoin d’un minimum de timing… Surtout que pour une fois, elle prenait le temps de réfléchir et de trouver des stratégies, il venait d’ailleurs de la casser dans son élan. Auraient-ils fini par inverser les rôles ? Elle en doutait. Elle voulut l’interpeller avant qu’il ne file, lui redonner un peu de bon sens et au moins parler calmement sur ce qu’ils allaient faire, mais il était trop tard. Il était déjà parti, se précipitant dans la cage d’escalier.

« Et merde… »

Elle partit pour le suivre, se rendant alors compte qu’il dévalait déjà les marches à une vitesse incroyable avec son fossa… Depuis quand devenait-il celui qui fonçait tête baissée ? Elle leva les yeux au ciel et soupira bruyamment avant de fermer les yeux quelques instants. S’il devenait irréfléchi, elle n’avait plus qu’à prendre son rôle… Surtout qu’elle avait déjà commencé une ébauche de plan pour éloigner Fargo… A son tour elle enflamma sa bague et sortit Szerelem pour qu’il suive le gardien du désert et son animal sans soucis, elle les rattraperait alors sans mal. La Leone laissa son loup prendre de l’avance également et attrapa son téléphone tout en dévalant les marches. Elle passa un rapide coup de fil pour confirmer ses idées et les peaufiner… Elle en profita pour demander quelques faveurs et s’assurer de monter pour de bon un plan solide et réaliste. Elle allait avoir beaucoup de dettes à payer plus tard, mais elle était prête à le faire sans rechigner si ça leur permettait de s’en sortir… Si évidemment il y avait encore une possibilité pour eux deux. Alors qu’elle arrivait dans la rue et raccrochait, elle vit au loin la silhouette de Rai, elle la suivit d’un pas rapide. Il fallait qu’elle le rattrape assez vite et lui expose son plan. Elle venait réellement de trouver une bonne idée, du moins il lui semblait… Fallait-il encore que le brun l’écoute et soit d’accord, alors même qu’il semblait vouloir la reléguer au second plan comme si elle n’était pas directement impliquée… Pourtant elle l’était et elle l’acceptait.

Soudainement il lui sembla qu’il s’éloignait indéfiniment, qu’elle n’arriverait pas à le rattraper, pas maintenant, voire peut-être jamais… Son cœur se serra une nouvelle fois, et sans réfléchir elle se mit presque à courir. Il fallait qu’elle le rattrape. Szerelem avait dû sentir ses sentiments, il avait au même moment coupé la route à Shiho et son maitre. Elle-même resta étonnée que son loup agisse de manière si brutale, mais elle ne chercha pas plus loin et donna une légère accélération pour couper la route au brun à son tour.

« Attends deux minutes ! »

Elle posa sa main sur son torse, lui faisant enfin volte-face et lui bloquant la route à son tour. Sa main ne resta que quelques secondes en contact avec son buste avant qu’elle ne la retire. Il allait encore dire qu’elle l’infantilisait à tous les coups. L’empêcher d’avancer de la sorte, elle ne faisait que lui donner d’autres arguments. Il lui sembla que son sang bouillonnait et chauffait à nouveau à cette idée, elle calma avec peine ses ardeurs, les enfouissant plus profondément qu’avant. Elle s’était dit qu’il fallait être réfléchie… Il ne fallait pas qu’elle s’énerve et l’étripe en pleine rue.

« Fargo. Il a une sœur qu’on peut utiliser comme diversion… Je m’arrangerais pour qu’il ait un appel très inquiétant. Il devra alors aller vérifier que sa sœur va bien et n’est pas effectivement suivie ou menacée par des gens mal intentionnés. Je m’occuperais aussi du fait qu’elle ait été véritablement suivie. Je peux ensuite profiter de son absence pour endormir les autres…Comme ça Fargo a une raison valable de disparaitre et tu n’as pas à modifier ses souvenirs du tout… »

« Et tu t’économises aussi. ». Elle pensa ces mots mais les garda pour elle, tout comme elle se retint de soupirer de nouveau. La Leone n’avait plus qu’à prier qu’il soit d’accord avec son plan… Et ce sans avoir plus de détails. Ils n’avaient pas le temps de s’expliquer plus, surtout pas elle. C’était impossible de sortir au brun sans crier gare qu’elle était chef de la section d’espionnage, et qu’à ce titre elle avait eu ces informations et avait demandé à un subordonné de suivre grossièrement la sœur du conseiller Auditore. Il n’y avait pas de temps à perdre pour l’intégrité de son homme également. S’ils étaient tant experts à passer inaperçus et suivre n’importe qui aisément, il était relativement facile de se faire repérer s’ils le souhaitaient… Mais ils s’exposaient ainsi à plus de retombées. Ils allaient réellement stresser cette fameuse sœur pour que tout paraisse plausible... Mais il fallait veiller à ne pas se faire attraper. Pour cela, un seul mot : la rapidité. C’est d’ailleurs dans la hâte qu’elle enfouit sa main dans une autre poche que celle des fioles et en sortis deux discrètes oreillettes. Ils se devaient d’être toujours en communication, pour suivre ce qu’il se passait de chaque côté et s’avertir mutuellement… Le travail d’équipe était primordial même si apparemment mal partit pour eux depuis leur réveil.

« Tiens prends ça, on pourra se contacter et suivre en direct ce qu’il se passe pour chacun. »

Elle lui en tendit un, qu’elle dirigea vers son oreille puis elle se ravisa, faisant avorter le geste. C’était par habitude, inconsciemment elle avait envie de le lui placer elle-même et ainsi, en profiter pour effleurer son visage. Mais il n’y avait pas lieu à ça… Il allait peut-être mal l’interpréter. Il fallait qu’elle arrête de l’étouffer, de le couver d’attentions. Néanmoins, elle s’étonna d’avoir de tels réflexes, surtout malgré son énervement vis-à-vis de son amant… Apparemment, être un peu plus réfléchie et surtout concentrée sur un plan, permettait à son subconscient de se calmer et d’agir normalement. Même si pour le coup ce n’était pas bon, voir potentiellement déplacé aux yeux du brun. Son geste resta donc manqué, et à défaut, elle lui tendit l’oreillette. Elle s’arrêta alors à nouveau avant de la placer définitivement dans sa main, en entendant un aboiement. La blonde connaissait son loup, ce n’était pas un aboiement des plus amicaux.

« Szerelem ! »

Son regard passa directement du brun à la boule de poils blanche. A sa grande surprise, même si l’aboiement avait été des plus agressifs, il n’en était rien. Son loup ne fit que grogner le fossa dans un premier temps, l’empêchant de se dérober et partir… Son cœur se pinça à l’idée que Rai le prenne encore pour une tentative d’infantilisation, de lui et sa boite animale cette fois-ci… Elle-même ignorait ce qu’il se passait dans la tête de son loup, elle ne maitrisait pas ce fait. Encore moins ce qu’il fit ensuite… Il était passé des avertissements les plus dissuasifs à donner des coups de tête à Shiho mais de manière amicale même tende… Il semblait qu’il le poussait gentiment dans la direction opposée alors qu’il ne faisait simplement que frotter sa tête affectueusement contre le petit fossa, allant même à lui donner doucement quelques coups de museau… La mafieuse resta bouche bée un instant, découvrant le potentiel faible de sa bête pour celle de son cher et tendre. Elle aurait pu en rire en d’autres circonstances, mais elle resta plutôt médusée mais néanmoins quelque peu amusée. Lui, son loup blanc, qui était normalement censé se montrer des plus imposants et sauvages... Il n’en était rien. Elle voulut le rappeler à l’ordre par réflexe encore, mais son nom resta dans sa bouche et la rappela elle à l’ordre et au calme plus qu’autre chose. Szerelem… Oui, il n’avait jamais été destiné à être agressif. « Aimer ». Il avait toujours eu vocation à être une ligne de conduite pour elle, et il ne faisait là que la suivre… Il n’avait aucune animosité envers Shiho. Quand de son côté elle n’avait fait preuve que de rage et de colère à l’encontre du brun… Elle avait oublié d’aimer. Était-ce la peur ? La frustration ? De la vengeance ? Les disputes idiotes inhérentes à chaque couple ? Surement un peu de tout… Elle bouillonnait encore malgré tout, mais elle abordait déjà les choses sous un autre angle.

Elle laissa Szerelem à ses marques d’affection et redonna toute son attention à Rai, déposant enfin le dispositif dans sa main. Son regard se perdit sur ses traits et elle comprit. Elle ne pouvait pas partir sur le champ de la bataille de la sorte. Elle ne pouvait pas le laisser partir également, en sachant que potentiellement elle ne le verrait plus. Ils avaient des risques d’y passer, elle était lucide… Et elle ne voulait pas que si jamais cela tournait mal, le dernier souvenir qu’ils restent d’eux soit une dispute, qu’elle soit légitime ou stupide. Profitant d’avoir sa main sur la sienne, la jeune femme fit un pas en avant et s’éleva quelque peu pour déposer ses lèvres sur celles du brun. Le baiser fut bref mais nullement dénué de sentiments. Dans ce baiser, elle n’oublia pas le fait qu’elle l’étouffait potentiellement et l’infantilisait, mais elle laissa transparaitre qu’elle l’aimait toujours, et ce même si elle devait être séparée de lui. Elle détacha ses lèvres des siennes, le regarda un bref instant puis recula définitivement, rappelant à l’ordre pour de bon Szerelem et se décalant pour lui céder le passage.

« Tu peux y aller si tu veux, je reste raisonnablement en arrière… Et je m’occupe de Fargo si c’est bon pour toi. »


Il était libre de partir, d’écouter ou pas ce qu’elle lui avait dit, de comprendre ce qu’elle pensait et ressentait. Elle avait fait sa part et s’en sentait plus légère, même si elle n’était nullement plus rassurée sur la suite à venir. Szerelem attribua un dernier coup de langue au fossa, et vint ensuite se poser à ses côtés. Il passa sa tête sous sa main, s’accordant indirectement une caresse et lui lécha cette dernière dans le but de la rassurer. Elle gratouilla le haut de sa tête en conservant son regard sur le brun. Elle avait envie comme à son habitude de lui sourire, mais ça ne venait pas… Après tout, il allait devoir repartir de plus belle, et peut être elle n’arriverait plus jamais à le rattraper. L’avoir embrassé lui permettait déjà d’être plus en paix avec elle-même mais ne gommait rien de ses craintes. Dans tous les cas, elle avait avec ce dernier baiser de quoi ne pas l’oublier et une raison pour se redonner du courage.



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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Hier à 20:43



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Improviser. Un terme qu'il n'avait pas pour habitude très ancrée d'utiliser, et encore moins de mettre en pratique... Il lui semblait pourtant désuet, à l'heure actuelle, de se perdre dans davantage de considérations et d'élaborations infinies. Trop d'inconnues nimbaient cette situation et rendaient la chose impossible : jamais Mizeria et Rai ne pourraient être absolument certains du fait que leur stratégie était la bonne, et qu'elle allait nécessairement porter ses fruits. Car ils étaient confrontés à des gardiens, à des personnes susceptibles de déployer une force colossale ou d'user d'une intelligence et d'une roublardise remarquables pour assurer leur survie, ils ne pouvaient se contenter d'anticiper la moindre des réactions adverses, le moindre de leurs agissements. Tout était sombre, tout était obscur, tout était incertain... Quelque chose, néanmoins, n'en finissait plus de rassurer le Gardien du Désert quant à leurs chances de réussite. La confiance que Mephisto plaçait en eux. Si son rival décidait de les envoyer sur une telle mission c'était forcément qu'il considérait qu'ils avaient une chance de parvenir à leurs fins... Même s'il ne devait pas imaginer qu'ils ambitionnaient finalement de retourner les circonstances à leur avantage. S'il avait simplement voulu les précipiter à la rencontre de la faucheuse, il aurait plutôt choisi de les livrer aux Soleils pour endormir la méfiance des ces deux matriarches. Et s'il avait sérieusement songé que le couple n'était pas capable de parvenir à ses fins, il se serait chargé de mener cette mission à son terme par ses propres moyens : il n'aurait jamais fait part de ses intentions à deux personnes qu'il avait tout intérêt à exécrer, ou à défaut, à surveiller, s'il n'avait pas estimé par pur pragmatisme qu'il avait plus à y gagner qu'à y perdre. Oui, ce type sinistre était calculateur et c'était précisément pour cela que le Nagafuse demeurait optimiste : il les avait envoyé sur le terrain car il était quasiment certain de les voir triompher. Cela lui permettait d'aborder la situation avec plus de légèreté même si le moral n'en était pas pour autant au beau fixe... Il ne pouvait en effet ni oublier son incartade passée face à sa chère et tendre, ni le fait qu'en finalité, son rival allait tenter de les faire disparaître. Comment savoir où et quand il déciderait de les mettre à mort et de les faire taire ? Comment pouvoir anticiper ses intentions néfastes avant qu'elles n'aboutissent à un résultat des plus funestes et des plus dérangeants ? Les dents du mafieux grincèrent, retranscrivant parfaitement son agacement, sans pour autant qu'il ne daigne ralentir d'un chouïa.

Il ne ralentit pas, en tout cas, jusqu'à ce qu'une silhouette étonnamment familière ne l'y contraigne : le loup de Mizeria, échine en exergue, se dressa sur sa route et sur celle du fossa pour les forcer à rebrousser chemin ou, a minima, pour les forcer à cesser leur progression momentanément. S'il fronça les sourcils, frustré et agacé, l'Auditore s'exécuta à contre-cœur et sachant évidemment ce qui allait suivre : lorsque la jeune femme fit irruption, à son tour, il sentit son rythme cardiaque s'emballer mais fit de son mieux pour n'en rien montrer. Ils n'avaient pas besoin de s'encombrer d'un sentimentalisme dégoulinant, pour l'heure : elle le lui avait nettement fait comprendre en lui tournant le dos, en l'abandonnant à ses remords et à son indignation croissante... Aussi Rai fit-il de son mieux pour l'écouter, aussi placidement que possible, en apparence tout du moins. A l'intérieur, il se sentait en revanche de plus en plus révolté : comment pouvait-il lui parler aussi insouciamment, lors même qu'ils avaient toute les raisons de cultiver l'un contre l'autre une rancœur cruelle ? Ils étaient censés pouvoir s'épauler en toutes circonstances mais possédaient leurs torts, lesquels les avaient conduit à une brouille qu'il espérait passagère mais qui n'en demeurait, sur l'instant, pas moins fondée et véritable. Le sérieux et l'austérité dont elle faisait preuve, ainsi, contribua progressivement à le braquer... Mais le pire survint lorsqu'elle commença à évoquer des informations qu'il ne possédait pas lui-même. Certes, le Gardien du Désert ne s'était jamais affaire à se renseigner spécifiquement sur le cas de Fargo, qu'il n'avait jusqu'à présent jamais perçu autrement que comme étant le chien-chien de Mark, un gardien problématique... Mais pourquoi Mizeria était-elle aussi renseignée ? La vraie question était même la suivante : comment allait-elle fait pour se renseigner aussi efficacement, et en si peu de temps ? Et à cela, seule une réponse était envisageable : elle avait demandé son avis à certains de ses contacts. Elle avait réclamé l'aide des Leone.

Une colère sourde s'immisça en lui, menaçant d'exploser d'un instant à l'autre, se joignant au brasier de ses sentiments pour le raviver puissamment. Comment diable pouvait-elle librement prendre la décision d'impliquer sa propre famille, lors même qu'elle balayait prestement la possibilité de renseigner les deux Soleils Auditore quant à leur idylle ? Elle lui interdisait une conduite qu'elle se permettait. Lui était directement visé par cette problématique : elle n'y avait pied qu'à travers lui. En plus de cela, elle risquait fatalement d'attirer l'attention des hautes instances Leone... Était-ce une manière détournée de le contraindre à accepter l'idée d'un refuge au sein de cette famille, à peine moins détestable que toutes les autres qui pullulaient, d'un bout à l'autre de l'Italie ? Voulait-elle le confronter à cette possibilité sans lui donner la moindre chance de s'en détourner ou de répliquer ? Tout cela lui donnait un goût d'amertume de plus en plus prononcé. Elle ne l'infantilisait plus, en l'occurrence : elle le réduisait tout juste à l'état de spectateur. Non seulement elle décidait de s'emparer des rênes, chose louable qu'il aurait pu féliciter en d'autres circonstances, mais elle décidait de surcroît de se passer de son avis pour générer une stratégie et pour initier leurs plans. S'il parvint à conserver un visage plus ou moins fermé, le noiraud n'eut en revanche d'autre choix que celui de serrer les poings pour contenir sa rage qui n'en finissait plus de vouloir surgir à son tour. Il ne devait pas éclater. Il en allait de leur cohésion, il en allait de leur victoire, il en allait de leur couple et il en allait de sa vie. Mais tout cela était si pesant, si déroutant qu'il avait du mal à croire que cela se réalisait effectivement. Il n'avait toute sa vie durant suivi d'autre commanditaire que sa propre personne... Et voilà qu'il se trouvait être débouté d'un coup d'un seul par une personne tierce qui, factuellement, n'avait strictement pas l'autorité nécessaire pour le commander, et qui, de surcroît, n'avait été embrigadée au sein de cette sordide affaire que par sa faute...

Vint le moment où elle lui tendit une oreillette. Rai, trop accaparé par ses sentiments dévorants qu'il avait grand peine à réprimer, n'ayant guère l'habitude d'y être confronté si frontalement, ne parvint pas à se rendre compte des mouvements que son amante esquissa mais n'assuma pas complètement. A contrario, il se focalisa plus volontiers sur l'oreillette en tant que telle, demeurait muet tout en la scrutant. Conserver le contact semblait effectivement souhaitable, surtout s'ils voulaient empêcher Mephisto de les tourmenter : le Gardien de la Brume allait probablement leur laisser la liberté d'action tant qu'il ne remarquait pas que quelque chose clochait, mais il risquait en revanche d'intervenir une fois qu'il comprendrait où le couple voulait en venir... Aussi le mafieux s'empara-t-il de l'oreillette pour l'enfoncer à son appendice avant de tressaillir, une fois de plus : c'était le loup qui, à son tour, venait de se faire entendre en jappant bruyamment. L'Auditore, lassé, darda la bête d'un regard mauvais et acerbe. Il avait grand besoin de s'en retourner sur le front, sur le champ de bataille, afin d'extérioriser toutes les émotions sourdes qui grondaient en son sein, de plus en plus voracement... Il avait grand besoin de croiser le fer contre Mark ou Eberto, de leur tenir tête, de se prouver à lui-même qu'il n'avait pas encore été réduit à l'état d'un bambin qu'on gouvernait aisément, par mépris ou par ingérence. Il avait grand besoin de se rendre compte que son couple et que tout ce qu'il avait pu vivre de bénéfique ne s'était en finalité pas révélé néfaste, que les jours écoulés ne l'avaient ni rendu gâteux, ni paresseux, et que son esprit n'avait strictement rien perdu de sa superbe. Or, en se faisant remarquer de la sorte, Szerelem ne l'y aidait guère : a contrario, il les ralentissait puissamment... Il assista à l'animosité soudaine du loup, donc, et se rendit bien vite compte du fait que c'était Shiho qui semblait en être la victime : lequel, de son côté, n'en menait pas large... Pourtant, contrairement à ce qu'on aurait pu croire, les deux bêtes ne s'empoignèrent pas. Le loup se montra même plutôt amical, sinon doux, à l'égard du fossa qui lui rendit ses gestes tendres avec le même amusement. Le Nagafuse fut au moins aussi éberlué que son amante, mais il eut en revanche bien plus de mal qu'elle de se détacher totalement de ce spectacle inédit et appréciable : il n'y parvint véritablement qu'au moment où il sentit les lèvres de la Leone se poser sur les siennes. Si ses paupières s'écarquillèrent, ses bras furent bientôt ballants, comme s'il s'abandonnait à ce contact qu'il avait finalement l'impression d'avoir longtemps désiré. Comment cela se faisait-il ? Un instant auparavant, il avait été près à lui sauter à la gorge pour lui rappeler qu'il avait son mot à dire, qu'elle prenait des initiatives trop amples, trop audacieuses, qu'elle n'avait pas le droit d'inviter d'autres personnes au sein de leurs machinations les plus secrètes, que cela risquait fatalement de se retourner contre eux... Et finalement, un simple baiser suffisait à le canaliser et à le tranquilliser ? Avait-il été écervelé de la sorte par leur amour naissant ?

Non. L'amour avait été préjudiciable, jusqu'à présent : c'était la fougue qui en naissait et la puissance des sentiments qu'il vouait à Mizeria qui l'avaient agacé, qui l'avaient énervé. Il se rendait compte, en fin de compte, qu'il s'était probablement attardé sur des détails certes fâcheux, mais négligeables, et qu'il leur avait conféré une importance bien trop titanesque. C'était le spectacle que Shiho et Szerelem leur avaient destiné qui avait su l'apaiser... Et l'idée sournoise que le plan généré par la Leone était potentiellement leur meilleure chance de s'en sortir victorieux, la plus tangible souhaitable en tout cas. Pouvait-il lui en vouloir de faire appel à des amis, comme elle avait pu le faire avec Matthew, quelques minutes auparavant ? Bien sûr que non... Quelque part, le criminel se sentit même d'autant plus coupable : c'était comme s'il voulait égoïstement la plonger dans la solitude, à ses côtés. Comme s'il préférait infiniment la voir tomber plutôt que de prendre la peine de se hisser à sa hauteur... Comme s'il estimait qu'ils ne venaient pas du même monde et qu'ils ne pourraient pas s'unir éternellement tant qu'ils ne se rejoignaient pas. Les remords qu'il cultivait, cette fois-ci, s'orientèrent seulement et uniquement contre lui. Il conserva sa rancune, mais elle changea de cap et l'assaillit plutôt. S'il n'avait pas déjà assez larmoyé, il se serait probablement abandonné à quelques pleurnichements... Il tâcha néanmoins de conserver son sang froid, abandonnant en revanche son impassibilité en posant son regard sur le sol, la mine honteuse, débile et repentante. S'il parvint finalement à formuler quelques mots, ce ne fut qu'à mi-voix, dans un premier temps : il lui fallut encore quelques secondes pour retrouver une once d'assurance et de conviction, mais il s'acharna néanmoins à livrer ses pensées à Mizeria, dans le but de faire montre de la même transparence qu'elle, à l'instant.

-Je suis désolé... Je me suis mal exprimé et... Je sais que tu fais tout, absolument tout ce qui est en ton pouvoir pour nous sortir de là. Je ne te demanderai pas de me pardonner mais... De patienter... Encore un peu. Je sais aussi que tu ne sais pas grand chose de moi, finalement. Que tu as été infiniment plus honnête avec moi que l'inverse n'a été vrai. Et je m'en excuse. Je ferai en sorte de corriger le tir... Je te le promets.

Pas un reproche, pas même minime : il ne lui avait pas adressé un seul reproche, lors même qu'il s'était abandonné à sa langue et aux premiers mots qui lui traversaient l'esprit. Si on le lui avait annoncé au moment où il dévalait les marches, il aurait probablement ri aux éclats, sidéré par une révélation aussi grotesque... mais maintenant qu'elle lui faisait face, cette situation lui fendait purement et simplement le cœur. Il l'avait blessée. C'était évident. Elle avait probablement mal interprétée ses mots et s'était enflammée à son tour mais il avait été le premier fautif, en l'occurrence... Ses poings se contractèrent d'autant plus virulemment, mais sans un brin d'agressivité, cette fois-ci. Il se mordilla également la lèvre, un court instant, avant d'en revenir à la situation actuelle. Elle allait se charger de Fargo. Elle allait l'éloigner de Mark. Il devait causer la mort du Gardien de la Pluie. Il devait permettre à Eberto de le liquider... Il devait pousser Eberto à le liquide, même. Il avait une mission cruciale et il ne pouvait ni baisser les bras, ni laisser leur chance filer et s'évaporer. La prochaine opportunité leur sourirait certainement moins bien : s'ils échouaient cette fois-ci, il n'aurait plus qu'à se livrer aux Leone en espérant naïvement que l'influence de Mizeria suffise à lui sauver la mise et à le faire disparaître, au moins sur un court terme... C'était illusoire, mais c'était la seule chose qui leur resterait, s'ils ne parvenaient pas à leurs fins, cette fois-ci. Autant dire que la pression n'étaient pas prête de retomber, du point de vue du Nagafuse. Ce dernier, maladroitement, leva une main jusqu'à l'une des joues de Mizeria qu'il parcourut d'une caresse suave. Il la fixa à nouveau droit dans les yeux puis, plus sérieusement, en revint à leur mission actuelle, n'osant pas se montrer plus expressif vis-à-vis de ses incertitudes et des émotions diverses qui le transperçaient.

-On en reparlera quand on aura montré ce qu'on vaut à Mephisto. Je te dirai tout. Tout ce que tu dois savoir. Je te laisse t'occuper de Fargo... J'ai un petit bonjour à adresser à Eberto. Prends soin de toi, surtout... Et s'il arrive quoi que ce soit, préviens-moi. Si Mephisto doit s'en prendre à nous, il commencera sûrement par toi... Il te sous-estime. Plus que moi.

Mais allait-il seulement s'interposer ? Difficile à dire. Rai imaginait que non, mais il se trompait peut-être : c'était précisément parce qu'ils étaient aussi imprévisible l'un que l'autre qu'ils se méfiaient aussi viscéralement, dans la moindre de leurs interactions...
S'il ne tarda guère à se remettre en route, l'Auditore se permit néanmoins un léger sourire, quoique garni d'une légère touche de regrets. Il n'alla toutefois pas rendre son baiser à Mizeria, ayant peur de s'égarer sur ses lèvres. Ils auraient bien assez tôt l'occasion de s'abandonner à nouveau à leurs élans amoureux... Il n'allait pas la laisser disparaître, après tout. Pas maintenant, et pas comme ça. Ils allaient triompher...

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