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 Naufragés du Styx.

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Mizeria K. Balogh
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Sweet Spark
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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Lun 18 Juin - 22:15

Did I lose myself  ?  Or did I gain you  ?

Mizeria s’était donc décalée, prête à laisser le brun s’en aller et remplir sa part de la mission. Évidemment, c’était à contrecœur, mais elle ne voulait pas le retenir et potentiellement attirer ses foudres. Surtout qu’une fois de plus elle avait agi sous le coup de l’impulsivité et de sa spontanéité, lui coupant surement une fois de plus des initiatives, mais ne l’infantilisant surtout pas. Non, elle le voyait comme l’homme qu’il était réellement et non également, elle ne regrettait pas son geste. Ses mains se perdaient toujours dans le pelage de sa boite arme, gratouillant le loup entre les oreilles ou derrière celles-ci, se calmant ainsi avec si peu. Elle lui jetait d’ailleurs des coups d’œil, s’amusant de son air détendu et de l’attention soutenue qu’il avait toujours sur Shiho. Seule la voix de Rai la coupa dans son amusement. Elle leva alors les yeux sur lui, remarquant sans mal son air penaud et s’étonnant du changement. La blonde écarquilla quelque peu les yeux à la vision de Rai et à l’écoute de ses excuses. Elle n’en attendait pas tant… Néanmoins elle sentit son cœur s’emballer et la réchauffer puissamment. Sa promesse acheva de la faire fondre, faisant presque s’envoler ses dernières craintes, ou du moins, les gommant momentanément. Lorsque la main du gardien entra en contact avec sa joue, elle sentit le brasier de son cœur se propager dans celle dernière, la faisant rougir de plus belle. Elle ne s’était pas attendue à ce qu’il lui réponde d’une quelconque manière, encore moins qu’il lui adresse un si tendre geste… Elle avait plutôt songé qu’il reste concentré sur leur tâche et s’en aille sans plus de cérémonies. Mais, il y avait dans cette caresse, plus de bien fait qu’il ne pouvait l’imaginer. Ses craintes se dissipèrent un instant de plus belle mais pour venir l’assaillir de nouveau. Elle avait envie de se jeter à son cou, d’oublier ce qui pouvait les attendre et tous les risques qu’ils allaient devoir prendre… Oui, elle en voulait plus et désirait ardemment tout oublier au creux de ses bras, en se livrant uniquement à lui. Hélas, elle avait pleinement conscience qu’il n’y avait rien de réalisable là-dedans. Les mots même de Rai confirmèrent ses doutes…

Elle esquissa enfin un sourire, se voulant rassurante et ayant un regain d’énergie par ses paroles. Ils se devaient d’en montrer à Mephisto et de lui clouer sur place. A deux, ils avaient le pouvoir de le faire, elle n’en doutait pas, tout comme lui. Ses avertissements réchauffèrent une nouvelle fois son cœur, alors même que quelques minutes auparavant elle s’en serait emportée. Elle hocha simplement la tête. Le gardien de la brume pouvait lui rendre visite c’était un fait dont elle avait conscience… Elle tacherait alors de savoir composer avec ce souci, et si possible de montrer ce qu’elle valait réellement, tachant d’être à la hauteur de l’apparente image que Rai avait d’elle… Son partenaire la passa, lui décochant presque un sourire et elle comprit qu’il était temps de se mettre en route à son tour. Sans un mot pour sa bête, elle prit sa propre route et se dirigea vers le bar Venetia. Rai s’occupait d’Eberto… Elle s’occuperait du reste.

Ses pas ne tardèrent pas à l’amener à bon port. Le bar se trouvait dans une rue des plus calmes… En somme, il y avait là tout ce qu’il fallait pour abriter les pires truands et surtout les meilleurs mafieux. Elle pria simplement que la présence de Mark et Fargo ait fait fuir la majorité des habitués ou ceux de passage… Il y avait fort à parier là-dessus, mais elle préférait prendre le parti que tout pouvait déraper…. Sagement elle se plaça dans un angle mort à quelques mètres du bar, pouvant ainsi observer l’entrée et restant cachée. La jeune femme empoigna une nouvelle fois son téléphone et envoya un message. Après confirmation de son interlocuteur, elle lança sa partie du plan… La sœur de Fargo venait d’être prise en chasse grossièrement… Il ne restait plus qu’à avertir leur réel proie. Un soupire s’échappa de ses lèvres et elle envoya quelques messages de plus, histoire d’avoir de la matière en plus. Les réponses la satisfirent mais elle composa tout de même le numéro de Fargo avec une légère réticence… Elle priait toujours pour que le plan fonctionne et que rien ne capote… Elle souffla doucement, attendant que Fargo décroche enfin. Bon nombre de sonneries retentirent, elle crut d’abord que le premier échec venait d’arriver. Mais quand tout espoir semblait perdu, le conseiller décrocha.

Usant de ses dispositifs d’espionnage, elle trafiqua sa voix et annonça sans détour à Fargo, que sa sœur était entre leurs griffes. Le but ? Avoir une rançon et le faire payer… Les détails ? Aucuns, ou presque. Elle glissa juste des renseignements sur la tenue du jour de sa sœur. Il pouvait le savoir s’il l’avait déjà vue aujourd’hui, tout comme il ne le pouvait pas. Dans le premier cas, l’histoire était vite réglée… Dans le deuxième, par peur, il penserait à joindre sa sœur, il serait alors étonné de la trouver en parfaite forme et loin de tout soucis… Mais il tiquerait rapidement à la notion de sa tenue, il demanderait et croirait ainsi que les ravisseurs étaient mal coordonnés et avaient pris la liberté de l’appeler avant de commettre leur méfait… Méfait qui risquait d’arriver incessamment sous peu. Fargo filerait donc sans plus tarder au secours de sa sœur… Ne restait alors plus qu’un seul souci. Le timing. Elle estimait tout régler ne prendrait à Fargo qu’une trentaine de minutes, voir une heure tout au plus… Elle priait que son homme l’avertisse une fois que Fargo retournait vers le Venetia, s’était prévu, mais comme toujours tout cela comportait des risques.

Estimant toujours au mieux le temps, elle rangeait son téléphone tranquillement quand elle vit Fargo sortir à toute hâte du bar. Il passa un rapide coup de fil, surement à sa dite sœur, et à voir son teint blême et la vitesse à laquelle il s’engouffra dans les rues… Elle sut que tout avait fonctionné pour le mieux de ce côté-là. Elle alluma son oreillette pour en avertir le Nagafuse au plus vite.

« Fargo vient de partir… Il devrait revenir d’ici 30 minute je pense, il va faire vite.. Il avait déjà l’air pressé. Je me charge des autres. »


Elle coupa la communication et sortit de sa cachette. Le reste… Elle n’avait pas réellement de plan. Mais, l’improvisation était son domaine de base après tout. Elle fit signe à Szerelem de l’attendre puis rentra dans le bar. Le loup saurait intervenir et l’aider en cas de pépin… Même si elle espérait n’en avoir aucun.

Le bar était presque désert, à l’exception de quelques âmes errantes… Tous lui jetèrent un regard curieux, voir menaçant, mais elle n’y prêta pas attention. Elle passa les tables et s’installa au bar même, profitant de se poser pour se repasser ce qu’elle avait vu plus posément. Ils étaient 5 à tout casser, dont elle et 2 serveurs. Mais sans compter les principaux intéressés. D’ailleurs du côté de Cianciulli et de Mark… Ils étaient tous deux dans une salle au fond, chacun flanqué d’un gorille… Le propriétaire du bar n’en menait pas large mais semblait tenir bon dans ses négociations. Il devait mieux se sentir depuis la sortie de Fargo… Ils étaient de nouveau à égalité au niveau de leur force de frappe. Même si le gardien de la pluie conservait nettement l’avantage…

Son esprit cogitait, cherchant le meilleur moyen de leur faire ingérer la drogue que Matthew lui avait ramenée. Elle avait préalablement pris une des fioles avec lesquelles elle jouait dans sa manche. Il lui avait expliqué que tous les moyens d’administration étaient bon… Il suffisait de peu pour avoir une dose de cheval. Mais de préférence le produit était plus vif une fois bu ou injecté … En avait-elle suffisamment pour tout le monde ? Oui. Mais de là à en donner efficacement à tous… Elle avait envie de s’arracher les cheveux. Ce fut à ce moment-là, que comme par miracles, les deux autres clients du bar décidèrent de l’approcher. Elle eut dans un premier temps envie de les dégager, puis, soudainement, se décida que ce n’était pas une mauvaise idée. Elle les laissa déblatérer, peaufinant alors son plan… Ils étaient les parfaits pigeons. Restait à savoir comment les utiliser… En voyant un serveur ramener une bouteille vide de la salle du fond et en préparer une autre, l’idée la frappa immédiatement. Il fallait qu’elle agisse et vite.

La mafieuse entra alors soudainement dans le jeu des deux hommes, se faisant séduisante et intéressée au possible, captant complètement leur attention. Elle en profita ainsi pour se rapprocher d’un des deux et le piquer discrètement de la fiole qu’elle avait préparé dans sa manche. Le mec ne remarqua rien, apparemment il était plus un tas de graisse que de muscle, ce qui l’amusa quelque peu… Elle se délecta encore plus de le voir se sentir mal au bout de quelques secondes. Elle avait mis la dose, il n’allait pas tarder à tomber raide… Et il le fit. Paniquant alors tout le monde, et elle rejoignant le mouvement et s’éloignant alors pour laisser à son ami et aux serveurs le soin de s’approcher et prendre ses constantes. Elle vit la salle du fond s’agiter et jeter des brefs regards, puis, décidant que le reste de l’équipe de Cianciuilli gérait assez bien, ils retournèrent à leurs négociations. Mizeria en profita ainsi pour reculer d’avantage, jetant un coup d’œil à la cohue et un dernier au gardien et aux autres, elle souleva le bouchon de la carafe que le serveur avait préparé pour ces derniers et y déversa le contenu de deux fioles. La moitié d’une pour chaque devrait suffir à les affaiblir largement pour Eberto. Tout aussi précipitamment elle referma le tout et reprit une position normale, au même moment un serveur la regarda. Elle avait déjà repris son air choqué sans mal, grandement aidée par son cœur qui battait la chamade. Elle avait, une fois de plus, agit sans réfléchir. Mais ça avait fonctionné…

Elle se remercia encore plus, quand agacé l’ami de celui qu’elle venait de piquer, commençait à trainer celui-là dehors, voulant apparemment le ramener dormir et dessaouler à la maison… Elle remercia d’ailleurs même le ciel quand un des deux serveurs décida de l’aider et l’accompagner. Si dieu existait, il semblait être de leur côté aujourd’hui… Elle regarda la petite troupe partir et sauver ainsi leur vie, tout en faisant mine de se remettre de ses émotions. Cependant, son cœur battait toujours aussi fort. Rien n’était fini… Elle regarda le serveur reprendre ses tâches et emmener la fameuse bouteille à son patron. Ils devaient tous en boire… Et une nouvelle fois si dieu existait, elle souhaita qu’il puisse lui donner un coup de pouce… Le temps lui parut interminablement long. Elle sirotait tranquillement son verre, essayant de paraitre naturelle, alors qu’au fond elle était anxieuse au possible… Au final, elle manqua de tressaillir en entendant des rires. Avaient-ils compris… ? Elle se retourna doucement pour les regarder et comprit alors. Ils venaient de trouver un terrain d’entente…. Ils avaient fini la discussion. Elle sentit les ennuis se présenter puis se calma quand elle les vit tous prendre un verre. Et oui, tout bon accord se scellait autour d’un verre… Un soupire de soulagement lui échappa quand ils burent sans hésitations, tous et complètement un verre pour les plus raisonnables… C’était bon. Cianciuilli abusa un peu plus de la boisson.. Mais elle se dit alors qu’il pouvait bien mourir à cause du poison, elle n’avait pas de remords. Seul Mark l’intéressait. Il devait mourir sous la main d’Eberto… La carafe se vidait doucement mais au moins ils buvaient. Tout était en place… Elle paya sa consommation et quitta le bar tranquillement. Ils allaient encore bien boire quelques minutes… Ne manquait plus que Rai, qu’elle appela immédiatement.

« C’est bon pour moi… Dis moi que tu es en route, ça va être serré sinon. Ils sont prêts à être massacrés… Je reste à côté du bar si tu as besoin »

Elle attendit sa réponse tranquillement, veillant à ne rien avoir oublié. Tout allait pour le mieux et se déroulait impeccablement… Et pourtant. C’était trop beau. Son instinct lui criait que le retour de flammes allait être à la hauteur de leur chance, puissant et violent.




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Rai Nagafuse
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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Mar 19 Juin - 10:06



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Les choses sérieuses commençaient et s'annonçaient palpitantes, a fortiori du côté de Mizeria, dans un premier temps en tout cas. Tandis qu'il progressait au travers des ruelles pourfendues par les canaux de la belle Venise, le mafieux ressassait le plan de Mephisto et tâchait de superposer celui qu'ils avaient fini par dresser, sur leur propre initiative, afin de commencer à glisser des bâtons dans les roues de leur mystérieux adversaire. Le Gardien de la Brume leur avait demandé d'assassiner froidement Cianciulli et Mark avait de manipuler Fargo pour lui faire croire qu'Eberto avait commis le crime. Rai n'aurait alors eu plus qu'à manipuler Eberto à son tour pour implanter la scène du meurtre dans ses souvenirs, et leur travail aurait été terminé : l'autre calculateur inquiétant aurait pris la relève en s'assurant de couvrir toutes les traces du passage et des méfaits du couple. Malheureusement, non content d'offrir à Mephisto toute liberté pour s'octroyer le beau rôle, les deux amants auraient dû compter sur son concours loyal et fidèle pour les innocenter : dans le cas contraire, ils auraient pu être instrumentalisés et criminalisés d'entrée de jeu. Or, être considéré comme étant un ennemi des Auditores après avoir déployé autant d'énergie pour gravir les échelons et pour leur offrir une force de frappe décente, susceptible d'inquiéter les Van Sidéris eux-mêmes, cela n'enthousiasmait guère le noiraud... Là-dessus, sa compagne et lui-même avaient donc envisagé une autre piste : ils s'assuraient dans un premier temps d'éloigner Fargo puis manipulaient les souvenirs d'Eberto pour le pousser à réellement tuer Mark, lequel aurait été drogué au préalable pour ne pas pouvoir se défendre dignement. Là-dessus, ils n'auraient plus qu'à intervenir en héros, en offrant à Fargo l'opportunité de se venger... Et en livrant le gardien de la Tempête en proie à un accès de brutalité sanguinaire aux deux Ciels, ils s'assuraient de se faire bien voir par ces dernières. Contrairement au gardien de la Brume, qui serait perçu comme étant totalement étranger à l'affaire... Le Nagafuse et la Leone pourraient ainsi obtenir l'affection et l'estime de Fargo, qui serait dès lors le plus sérieux des candidats à la succession du défunt Mark, et pourraient grimper généreusement dans l'estime des deux Ciels. Cela n'allait pas être suffisant, bien entendu, pour gagner la querelle qui les opposait au sempiternel rival du noiraud, mais cela allait leur offrir une marge de manœuvre autrement plus confortable pour la suite des événements.

Car s'il n'avait pas encore évoqué la chose en présence de Mizeria, par peur d'être espionnés à leur insu, Rai avait déjà commencé à songer à la suite des événements. Leur espoir le plus tangible était de s'octroyer l'affection des deux Ciels : de gagner leur soutien et, à terme, de marginaliser puis de criminaliser Mephisto. S'ils réussissaient à conserver les Auditore plus ou moins unis, si le gardien du Désert devenait l'un des interlocuteurs privilégiés des Ciels et qu'il obtenait un poids colossal au niveau décisionnaire et si, de surcroît, ils parvenaient à évincer voire à éliminer son rival, ils récupéraient leur mise et des gains conséquents. C'était leur espoir le plus tangible pour mener, à terme, à une confrontation directe avec les Van Sidéris... Car les jours heureux et l'effervescence de leur passion n'empêchaient guère le noiraud de continuer à ressasser ses vieux objectifs, promenés et miroités depuis belle lurette. A contrario, plus il s'enivrait d'elle et plus il songeait qu'il avait le devoir de lui garantir un monde stable et tranquille, emprunt d'une paix et d'une sérénité qui, pour l'heure, étaient rendus impossible par la mafia et par les exactions sordides de ces brigands terrifiants. Une résolution se mit à briller dans son regard tandis que les premières nouvelles de Mizeria lui parvenaient : Fargo s'était fait la malle. Il était grand temps d'amorcer la suite de leur petite stratégie s'ils espéraient pouvoir la mener à bien... Le Nagafuse pressa donc le pas, se rendant sans plus tarder jusqu'au tripot miteux que son collègue avait pour coutume durable d'investir lors de ses jours d'inaction. Il le disait très vulgairement de lui-même, à quiconque voulait bien l'entendre déblatérer ses inepties sans intérêt quelconque : entre deux massacres, rien de mieux que de troncher quelques putes... La suite risquait d'être plus délicate : Eberto n'était pas du genre loup solitaire et s'entourait parfois de gros bras certes d'une stupidité sans pareille et d'une arrogance indicible, mais aussi et surtout d'une impétuosité crasse. Deux choix s'offrait à lui : soit il les éliminait discrètement sans que personne ne sache qu'il était à l'origine de ces meurtres, soit il gommait leurs souvenirs et les remodelaient de sorte que nul ne sache qu'il s'était entretenu avec le gardien de la Tempête avant sa décision sanguine. Mais il ne pouvait décemment pas les laisser cavaler en possession d'une information aussi capitale... Les Ciels risquaient de le considérer comme étant l'instigateur de cette lutte fratricide, si elles l'apprenaient.

Il poussa la porte nonchalamment, tâchant de se montrer aussi détaché et imperturbable que possible, affichant même un léger sourire railleur et impertinent tel qu'il semblait quasiment constamment le revêtir lorsqu'il avait à se promener dans la base des Auditore. Il avait conscience de taper sur le système d'un nombre fantastique de ses collègues avec cette expression faciale presque méprisante, mais cela allait de pair avec ses facéties et avec son tempérament insaisissable... Cela contribuait à constituer le mythe du personnage qu'il incarnait, celui du gardien indépendant mais qui œuvrait pour la grandeur de la famille en prenant parfois des décisions d'une éthique franchement discutable, sans s'encombrer de l'avis de ses confrères et de ses deux supérieures. Il avait l'air d'être un exécuteur, un chien fou que nul ne contrôlait mais qui n'agissait jamais que dans le but d'imprimer la grandeur de leur nom par-delà les frontières. Et c'était précisément cette réputation qui allait lui permettre de se rapprocher de ce foutu Eberto... A peine eut-il pénétré dans le tripot que l'odeur dérangeante et rance de la sueur et du foutre mélangés lui offrirent quelques nausées des plus désagréables. Il tâcha d'en faire abstraction, estimant que la situation devait être bien pire pour son pauvre fossa, et balaya la salle principal d'un regard circulaire. Entre le velours et les lumières rougeoyantes, la chaleur étouffante et l'atmosphère saturée d'une musique trop lascive et nerveuse et à son goût, le noiraud put sans peine distinguer les corps dénudés de quelques serveuses et de quelques putes qui trimaient là dans l'espoir d'arrondir leurs fins de mois et de s'offrir un semblant de luxe et de faste au sein de leur vie morne. Les clients allaient du sexagénaire crasseux et ivre au riche notable qui bénéficiait d'un traitement de faveur tout particulier : même en Italie, où l'influence de la mafia était démesurée, ce genre d'établissements étaient plutôt rares et brassaient par conséquent une population très hétéroclite, qui provenait de milieux culturels et populaires bien distincts et qui ne se côtoyaient qu'entre deux passes, à l'occasion d'un verre au bar ou d'une œillade voyeuriste du côté des barres de pole dance.

Mais le criminel n'était pas venu se perdre jusqu'ici pour se rincer l’œil : la misère humaine ne l'intéressait pas et contribuait même plutôt à rendre cette ambiance insupportable. Il en fit donc abstraction, comme il avait toujours su si bien le faire, et reporta son attention sur les diverses figures qui se trouvaient dans le coin. Comme il ne remarquait ni la silhouette massive et énergique d'Eberto, ni celle de l'un de ses sous-fifres habituels, Rai songea qu'ils avaient d'ores et déjà dû s'enfermer dans une chambre en compagnie de quelques représentantes de la gent féminine pour épancher leur besoin de réconfort jusqu'à satiété. Alors quoi ? Allait-il se contenter de demeurer là, les bras ballants, jusqu'à ce que le type en question ne fasse son apparition ? Bien sûr que non... il ne pouvait pas se le permettre. Le temps défilait, lui, et chaque minute qui s'écoulait risquait de placer la Leone dans une situation fâcheuse. Il fit grincer ses dents puis recouvrit son sourire provocateur à l'instant même ou un serveur, interloqué par sa présence et par son mutisme, lui parvenait en jetant un regard dédaigneux au fossa.

-Monsieur ? Les animaux ne sont pas autorisés dans l'enceinte de l'établiss...
-Un animal ? Où ça ?

Il n'avait eu besoin que d'une chose pour provoquer un silence pesant : lever sa main droite et enflammer sa bague. Comme prévu, la boutique sordide avait des liens avec la mafia : sans doute étaient-ils en contact avec une famille quelconque... En tout cas, il allait sans dire que les bagues des Auditore leur étaient familières : le type se mit à blêmir furieusement, songeant probablement son heure arrivée par la faute de cette bavure commise maladroitement. Eberto devait passer son temps à jouer au petit tyran, dans le coin... Voilà qui souriait au noiraud. Ce dernier, sans plus attendre, se rapprocha du serveur en tirant un billet de son porte-feuille : il le plaça espièglement dans la poche du gilet studieux et étonnamment propre de ce dernier, le tout tandis que le pauvre employé déglutissait bruyamment, commençant à se questionner quant à la nature des représailles dont il allait faire l'objet. Néanmoins, ce fut avec une bienveillance mielleuse et obséquieuse que le Nagafuse reprit la parole, tout en lui tapotant l'épaule droite d'un air paternel et cordial.

-J'ai simplement une petite conversation à mener à bien, et je m'en irai. Je doute que cela soit un problème, n'est-ce pas ?
-Je... bien sûr que non, monsieur. Toutes mes excuses, ça ne se reproduira pas...
-Vous faîtes votre travail, mon brave. Et cela mérite le respect. Je vous respecterais davantage encore, toutefois, si vous vouliez bien me dire où trouver Eberto, le gardien des Auditore...
-Il est... à l'étage, dans notre suite royale.
-Seul ?
-Avec trois de nos jeunes femmes... Ses amis sont dans d'autres chambres... Je vous en prie, pardonnez-moi...
-Oh. Mais c'est déjà fait. Bonne journée !

Avec malice, Rai leva sa main jusqu'à la hauteur du regard du serveur et expédia sans plus tarder une vague de flammes jusqu'à ses rétines. Il imprima des souvenirs erronés dans le cerveau de sa cible, lui faisant croire qu'il n'avait jamais quitté le bar et qu'il n'avait, ô grand jamais remarqué l'entrée discrète et sournoise du gardien du Désert et de son familier. Tandis que le pauvre type lobotomisé s'en retournait à sa routine crasseuse, ledit gardien, de son côté, s'orienta vers les escaliers et se mit à gravir les marches précipitamment. La suite royale, disait-il ? Cela devait être la salle la plus luxueuse... Et la plus simple d'accès, selon toute vraisemblance. Quel genre de Roi aurait envie d'être baladé au sein de couloirs miteux, remplis de rombières malpropres et de vieux délurés qui tâchaient d'oublier la ruine de la vieillesse dans le stupre et la dépravation ? Ainsi, le noiraud n'hésita guère : lorsqu'il parvint à l'étage et qu'il remarqua une porte plus finement ouvragée que les autres qui semblait se dresser sur son chemin et l'écraser de son harmonie, il l'ouvrit sans plus tarder et s'y engouffra, toujours son petit quadrupède familier sur les talons.  
La première chose qui le frappa, lorsqu'il pénétra dans la salle, fut effectivement la somptuosité des lieux. Entre un lustre cristallin et terriblement massif qui éclairait l'endroit d'une lueur blanchâtre, les cohortes de bougie qui frémissaient à chaque courant d'air, perchées sur des meubles encore plus munificents que la porte qu'il venait de franchir, les tapis riches et de velours qui garnissaient le sol ou encore le lit à baldaquin gigantesque qui y reposait, le Nagafuse ne sut momentanément plus vraiment où donner de la tête. Il se focalisa toutefois bien vite sur les quatre seules silhouettes qui habitaient la salle, lui excepté : deux jeunes femmes, dévêtues, caressaient le dos d'Eberto tandis que ce dernier s'affairait à en faire gémir une troisième à grands coups de rein. Cette vision, lascive au possible, força brièvement les pensées du gardien du Désert à vagabonder : il s'imagina bien malgré lui à la place d'Eberto, et plaça bien promptement Mizeria à la place de cette inconnue qu'il besognait alors. Il fit abstraction des deux autres graciles et fluettes silhouettes, puis sentit son désir vrombir généreusement. Elle l'obsédait bien trop... Fort heureusement, son collègue ne semblait guère être au fait des règles élémentaires de pudeur : il continuait sa petite affaire mais lui destina néanmoins quelques paroles haletantes tandis que les putes, aussi peu effarouchés qu'il ne l'était lui-même, n'accordaient pas une once d'importance au nouvel arrivant.  

-Mesdemoiselles... Rai Nagafuse... Putain... Si on m'avait dit que j'allais croiser un collègue... J'aurais pas parié sur toi... Tu vas devoir prendre une autre suite... ou attendre une petite demie-heure...
-Il y a méprise, Eberto. Je ne viens pas pour elles. Je viens pour toi.
-Et ben putain... De surprise en surprise, hein...

Rai ne prêta pas la moindre attention au juron de son collègue, pas plus qu'à la main qu'il abattit sur les reins de la jeune femme qui subissait ses ruées bestiales et triviales, laquelle généra sans plus attendre un cri strident entremêlant surprise et douleur. Il était adepte de la brutalité lascive ? Terriblement cliché, pour un mafieux... Le noiraud garda toutefois ce commentaire pour lui : il se contenta plutôt de détourner son regard pour dévisager plus spécifiquement une peinture qui se trouvait là, monumentale, accrochée à un mur dans un coin de la pièce. Le Colin-Maillard, de Fragonard... Sans être critique d'art expert, l'Auditore était capable d'un seul regard de savoir pourquoi cette oeuvre s'était retrouvée ici : l'innocence qui transparaissait de prime abord était contrebalancée par l'intimité du lieu et une myriade de détails sautaient alors au regard du curieux qui s'abandonnait à une observation assidue. La jeune femme dépeinte possédait son bandeau relevé, comme si elle se complaisait de cette situation, comme si elle aimait sentir son partenaire de jeu aussi proche d'elle que possible... Et lui, de son côté, glissé dans son dos, débordait d'une envie taquine relativement lascive. Machinalement, tout en observant la peinture légèrement écaillée, le noiraud poursuivit donc sans prêter grande attention aux railleries de son collègue dont il devait, de prime abord, endormir la méfiance. S'il se ruait vers lui ou lui expédiait ses flammes d'entrée de jeu, il allait courir au fiasco : Eberto avait conservé sa bague à son doigt.

-T'es sûrement le seul mafieux... A ma connaissance... Qui préfère les tableaux aux gonzesses... Elles sont pas bien, celles-là ? T'aimes pas regarder ? T'en veux une ?
-Très peu pour moi. Je n'aime pas m'encombrer de choses inutiles...
-C'est tes couilles, que t'encombres... Toi, va donc le pomper un peu... A moins que t'aies peur d'assumer ta virilité... Hein, Rai ?
-Je n'ai sûrement pas autant d'expérience que toi en la matière, je le confesse... Mais j'ai surtout renié ma virilité depuis bien longtemps.
-Putain... C'est pour ça que personne peut te blairer... Ça veut dire quoi, ça ? T'es pd... Ou t'es eunuque ? Si t'es pd... T'as intérêt à te barrer d'ici vite fait... Au lieu de me mater...
-C'est la peinture que je mate, au cas où tu l'aurais déjà oublié...
-T'es vraiment... un foutu psycho...

Il eut un râle de contentement et les frémissements ininterrompus qui provenaient inlassablement de lui et de sa compagne cessèrent aussitôt, tandis qu'elle gémissait plus bruyamment que jamais. S'il imaginait sans peine son corps se tendre sous l'ardeur d'un orgasme, c'était le visage de Mizeria qu'il voyait en lieu et place du sien... Quelques couleurs vinrent couvrir les joues du mafieux qui fit de son mieux pour les chasser avant qu'Eberto, toujours haletant, n'en vienne à reporter son attention sur lui. Avait-il trop attendu ? Profiter des ébats pour passer à l'action, cela aurait pu lui offrir une marge de sécurité non négociable... Mais il aurait risqué de blesser ou de tuer l'une des prostituées, bien malgré lui. Était-il sérieusement en train de s'encombrer de précautions aussi stériles ? La survie et le bien-être d'une poignée de putes... Il se mit à se maudire, puis passa l'éponge en se remémorant, une fois de plus, les traits de son amante. Elle lui aurait probablement soufflé que c'était le plus sage... Distraitement, Rai vint effleurer la peinture du bout des doigts après s'en être approché. Il devait songer à la suite des événements dès à présent, prendre ses dispositions... Il savait déjà comment procéder. Son collègue bondissait de sa couche avec un grognement de satisfaction et se tournait dans sa direction en demeurant à une distance raisonnable tandis que les trois jeunes femmes gloussaient et piaillaient, regrettant son départ du lit aussi prompt. Toutefois, le ton autoritaire et défiant du gardien des Tempêtes suffit à les rappeler à l'ordre, lors même que ce n'étaient pas à elles que ses propos étaient destinés.

-Et donc ? T'es venu te pignoler sur ce foutu tableau ?T'as dit que t'étais venu pour moi... Dans quel but, sale enfoiré ?
-T'étais plus amical y a dix secondes...
-Qu'est-ce que tu veux... Les putes, ça vous change un homme. Je passe de massacre en putes, c'est ça, ma vie. Après un massacre, des putes... Et après des putes, un massacre. Tu manqueras pas à grand monde si je te défonce la gueule à grands coups de latte, Rai. Tu manqueras à personne, même. Donc grouille-toi de me dire ce que t'es venu foutre ici avant que l'envie ne soit irrépressible. Parce que l'avantage que j'aurais à te défoncer ici, c'est que j'aurais droit aux putes dans la foulée.
-Toujours foutrement poétique...
-Oh... Joliment choisie, comme tournure de phrase.
-Merci. Je travaille mon éloquence.
-Tu devrais travailler ta loquacité, plutôt. J'ai de plus en plus envie de te défoncer la mâchoire.
-On préfère plutôt le pluriel "les mâchoires", en fait... La mâchoire renvoie uniquement à la partie inférieure et je doute que tu t'arrêtes en si bon chemin...
-Oh putain de merde. C'est décidé, je te défonce.
-Shiho ! Maintenant !

Le fossa, resté près de la porte de la salle, ouvrit grand sa gueule et projeta une nuée de flammes dans la direction d'Eberto. Ce dernier, alerte et surpuissant, comme l'impliquait sa réputation, répondit sans plus attendre : il tendit sa main droite sur la trajectoire des flammes de Shiho et usa de sa bague pour matérialiser un bouclier improvisé. Les flammes rouges parvinrent à contenir les flammes brunes, mais une partie de celles-ci parvinrent néanmoins à se frayer un chemin... Sans réussir à atteindre les yeux du gardien des Tempêtes. Rai pesta tandis que son collègue fortifiait sa riposte, balançant vers l'animal un torrent de flammes qui le percutèrent de plein fouet et le projetèrent sans plus tarder contre la porte qui se trouvait derrière lui. Ensuite, trop véloce et trop brusque pour que le Nagafuse ne puisse le suivre, son collègue lui fonça dessus sans perdre une seule seconde de plus et l'empoigna au niveau du col de la main gauche. Sa main droite, impétueuse, rencontra la joue du noiraud, le sonnant sur le coup : quelques gouttes de sang quittèrent même sa bouche et son nez, venant maculer les tapis environnants. Un sourire sadique sur le visage, le gardien des Tempêtes glissa quelques paroles à son collègue qui, de son côté, n'en menait pas large : un seul coup avait suffit à lui faire tourner la tête, comme s'il avait été percuté par un camion. Heureusement qu'il n'avait pas prévu de s'occuper de son cas par la force brute...

-Raté. Quand tu seras mort, c'est ton rat que je crèverai. Dommage qu'il ait loupé son coup : s'il avait pu m'atteindre, t'aurais gagné... A quoi ça tient, quand même...
-Qui t'a dit que c'était toi qu'il visait, sombre crétin ? S'il avait voulu t'atteindre, il n'aurait pas généré des flammes aussi amples... Il aurait tiré quelque chose de concentré et de précis, de condensé.
-Tu divagues... je vais te...
-Taratata. A ta place, je lèverai les yeux, quand même. On sait jamais. Le regard de Dieu, tout ça...

Eberto, surpris par cette riposte et par l'assurance que dégageait Rai, leva effectivement le regard sur la peinture... Qui semblait brûler. Ce putain de Nagafuse y avait mis ses flammes... Et celles-ci bondirent jusqu'à son regard, s'y immisçant et s'invitant au creux de ses souvenirs pour les transformer de manière pérenne. Mark... Ce putain de Mark ! Il se foutait de sa gueule constamment, il œuvrait dans l'ombre pour précipiter sa chute... Il fomentait un sale coup. Il voulait renverser Alda, au nom de Symphony... C'était intolérable. Il devait payer. Sèchement, le gardien des Tempêtes relâcha Rai et se dirigea vers ses habits dont il se vêtit précipitamment. Puis il attrapa ses boites tandis que le noiraud, au sol, récupérait péniblement son souffle et envoyait enfin quelques nouvelles à sa chère et tendre, juste après qu'elle l'eut averti quant à l'évolution de sa situation, de son côté. Ils étaient au bar... Et Eberto allait s'y ruer.

-C'est bon... Eberto arrive... J'ai l'impression d'avoir perdu trois dents, mais il arrive. Je vais essayer de le suivre pour attraper Fargo sur le chemin... S'il revient plus vite que prévu, essaye de le retenir, n'importe comment. Je m'occuperai de gommer ce qu'il faut gommer. Tant que tu ne fais rien d'imprudent ou de trop marquant, ce sera simple à corriger de manière indécelable.

Puis il posa, dans la foulée, son regard sur les trois putes éberluées qui lorgnait leur client tandis qu'il prenait la poudre d'escampette. Selon leurs souvenirs, il serait parti sans crier gare, au beau milieu de la passe, en grognant à tout rompre "Je vais butter ce chien de Mark"...

_________________



Dernière édition par Rai Nagafuse le Mar 19 Juin - 21:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Mar 19 Juin - 18:18

Did I lose myself  ?  Or did I gain you  ?

Mizeria attendait toujours dans la ruelle, elle commençait d’ailleurs à se faire du mauvais sang. Plus le temps passait et plus elle redoutait que tout tombe à l’eau… Si jamais ceux du bar se rendaient compte de la supercherie ou même essayaient de sortir. C’était fichu. Elle devrait intervenir et potentiellement faire un massacre elle-même. La blonde ne tenait plus en place. Malgré tout, son envie d’action dans l’appartement était passée à la trappe. Elle voulait bien volontiers s’en passer. C’était toujours un non catégorique pour sa part, ils ne devaient pas se salir les mains... Sans quoi il lui semblait qu’ils allaient sombrer dans une spirale infernale, ils seraient définitivement les pantins de Mephisto et cela ne présageait rien de bon… Il les mènerait à coup sûr à leur perte, à toute évidence il avait surement déjà prévu de le faire… Ils avançaient donc dans l’optique de survivre et ne plus être à sa coupe, mais le chemin était rempli de pièges. Il leur fallait redoubler si ce n’était pas tripler d’efforts. Même si elle l’avouait volontiers, elle avait confiance en eux, il lui semblait qu’ils faisaient réellement plus le poids ensemble que tout ce que le gardien de la brume pourrait trouver. Elle avait surtout, et avant tout, confiance en Rai. Il jouait sans mal au même niveau que leur nouveau bourreau, puis il le connaissait plus qu’ils n’avaient connu à eux deux leurs anciens adversaires. A l’exception du dernier… Mizeria avait connu son kidnappeur mais l’avait toujours fuit… Elle pensait donc que cela ne comptait pas. Son sang se glaça de nouveau à ce souvenir et elle tressauta en sentant son portable sonner.

Fargo repartait... Il serait là d’ici peu. Mais elle n’avait toujours pas de nouvelles de Rai… Elle se mordit la lèvre. Tout était donc trop bien parti, les soucis commençaient… Elle regarda son loup, songeant déjà à faire face au conseiller pour le retarder quelque peu. S’il entrait dans le bar, il était fichu. Eberto arriverait par la suite et il passerait surement l’arme à gauche également… Mais l’affronter venait à lui donner des soupçons. Il était clair que c’était un coup monté, si elle s’opposait fortement à ce qu’il entre dans le bar… Sa couverture était alors menacée. Au fond elle ne comptait pas se présenter aux Auditore de sitôt et elle était suffisamment déguisée pour qu’on ne la reconnaisse pas… Mais c’était trop risqué. Cela rajoutait trop d’inconnues à son gout. Quand la voix de Rai retentit dans son oreillette, elle se stoppa net et l’écouta religieusement. Ce qu’il lui apprit la rassura. Eberto était en route, le timing n’était peut-être pas si mauvais finalement… Il était juste, mais jouable. Elle ne put s’empêcher néanmoins de froncer les sourcils par la suite. Il avait perdu trois dents ? Elle était mitigée entre aborder un petit air moqueur ou l’engueuler immédiatement. Finalement elle se contenta juste de soupirer fortement, le laissant parfaitement entendre son mécontentement.

« Il faudra que je t’apprenne un ou deux trucs pour que tu ne perdes plus de dents… Tu arriveras à camoufler ça ? Ça serait mieux si tu as l’air en parfaite forme… Ca ne te ressemblerait pas de débarquer amoché. Il ne faut pas qu’ils se doutent de quoi que ce soit »

Elle se doutait qu’il en avait pleinement conscience mais elle était toujours stressée quant à l’issue de tout ça. Le moindre détail pouvait s’avérer fatal… Ils n’avaient pas d’autres choix que de tout peaufiner, que tout soit parfaitement impeccable. D’ailleurs, elle songea de nouveau à Fargo. Il fallait que tout se coordonne. Elle se mit donc en marche. Si le conseiller de la pluie tombait nez à nez avec Eberto, c’était fichu. Mentalement elle visualisa les rues de Venise et tenta de retracer les itinéraires possibles des deux hommes. Les petits canaux n’aidaient en rien.. Mais par chance ils venaient presque de direction opposées… Il ne lui restait plus qu’à possiblement intercepter Fargo au bon moment.. Mais la meilleure solution restait de se placer à la croisée des chemins. Elle s’assurait ainsi qu’Eberto passait la ligne d’arrivée en premier et non Fargo, ce dernier qui devait être rejoint par Rai. Son cœur s’emballa à nouveau. Dieu qu’elle détestait être autant dans le flou… Il y avait trop de facteurs à gérer et trop d’improvisations à trouver si jamais. Elle en sentait presque une migraine poindre.

« Je vais bloquer Fargo si jamais… Rattrape le aussi vite que possible, ça va être compliqué sinon. »

Elle s’arrêta à un coin de rue, espérant être au bon endroit si jamais… Les minutes passèrent et elle craignait également pour le bar. Il n’était pas loin mais elle ne surveillait plus suffisamment les lieux... Tout pouvait arriver là bas. Au moins… Elle était suffisamment proche pour entendre si du tapage émanait de là-bas. Et elle songea qu’une fois qu’Eberto liquiderait tout le monde elle serait également assez proche pour entendre les cris d’agonies et de rages qui allaient à coup sûr résonner dans les petites ruelles alentours. Elle soupira, priant intérieurement qu’ils n’auraient pas à l’avenir à mener des missions si périlleuses et sanglantes. C’est d’ailleurs dans sa prière qu’elle vit sans mal Eberto débarquer. Il était hors de ses gonds, et poussait tout le monde sur son passage comme une bête sauvage. Sans hésitations elle laissa passer le tas de muscle en se reculant. Elle eut une pensée pour les occupants du bar, ils allaient passer un sale quart d’heure… Son regard se posa sur la silhouette du gardien de la tempête qui entrait déjà dans le bar, son souffle se coupa un instant. C’était partit. Mais au moins une partie du plan fonctionnait… Quant à l’autre… Elle se mit à blêmir quand son attention se redirigea vers la rue principale, ignorant les bruits de combat et les cris qui se faisaient déjà un peu entendre depuis le bar. Fargo.. Il était dans sa ligne de mire. Il arrivait et Rai n’était toujours pas là. Elle paniqua alors quelque peu, cherchant comment le stopper et laisser le temps à Rai d’arriver, rendre tout ça naturel. Et surtout… Qu’il n’entende pas ce qu’elle entendait à l’heure actuelle. Sans quoi il foncerait tête baissée… Leur plan risquait de s’arrêter là. C’est alors que Szerelem se mit à grogner, probablement aussi inquiet que sa maitresse. Et l’idée la frappa enfin. C’était un bon choix, risqué et peut être idiot mais c’en était un et elle n’avait pas le temps d’en faire d’autres.

Elle ordonna à son loup de se lancer sur le gardien et de faire mine de l’attaquer. Ce dernier s’exécuta sans plus attendre alors qu’elle disparaissait de nouveau dans l’ombre. La boule de poils se mit à aboyer et grogner Fargo, lui montrant les crocs et menaçant de l’attaquer. La diversion était courte, le conseiller fut embêté puis ne tarda pas à sortir son arme. Au moins il n’entendait rien, Szerelem couvrait le bruit… Mais ce n’était pas non plus une raison pour l’abattre et se rendre ainsi compte qu’il s’agissait d’une boite animale… Elle se mit à transpirer, songeant déjà à intervenir. Quand soudain, digne d’un héros, Rai apparut enfin. Il détourna une nouvelle fois l’attention du conseiller et la jeune Leone en profita ainsi pour s’élancer dans la rue comme si elle courrait depuis bien 5 minutes après son loup ou dans le cas présent, son chien.

« Ah te voilà ! Désolé messieurs qu’il vous ait embêtés… »

Elle se baissa bien vite, faisant mine d’attraper la bête par la peau de son cou et cachant ainsi son visage. Son souffle était court, par comédie mais légèrement aidé par tout le stress qu’elle avait subi. Néanmoins, elle se sentait mieux à la simple vue de Rai… Tout allait marcher, maintenant elle était confiante et ce comme jamais. Elle lui jeta un rapide et discret coup d’œil avant de partir avec son loup, qui apparemment n’aimait pas tant passer pour un chien… Elle lui gratouilla une oreille et regarda les deux hommes s’enfoncer dans le Venetia. Les bruits avaient enfin du leur parvenir… Elle rangea Szerelem et retourna également vers le bar, retrouvant son angle mort initial… Elle pouvait mieux intervenir si jamais et suivre ce qu’il se passait. Puis, elle était plus proche de Rai et pourrait ainsi mieux lui sauter au cou si cela était possible, une fois qu’il serait sorti.

Dans son attente, un bruit attira son attention, elle pivota alors pour vérifier que personne n’arrivait ou qu’aucune menace n’était en train de leur faire une surprise… Rien. Elle fronça les sourcils puis soupira, tout cela mettait trop ses nerfs à vifs. Elle aurait grand besoin de repos auprès du brun. Et en parlant du loup, en reposant son attention sur le bar, elle remarqua que son cher et tendre s’avançait déjà vers elle. Elle le regarda surprise un instant puis de manière soulagée, elle était rassurée.. il allait bien... Un sourire passa sur ses lèvres lorsque leurs regards se croisèrent. Ces mêmes lèvres s’ouvrirent pour lui demander des nouvelles et lui rappeler leur victoire, mais aucun son n’en sortit. Elle n’eut pas le temps. L’Auditore venait de la faire taire en l’embrassant fougueusement et en la plaquant contre un mur. Surprise tout d’abord, elle commença à lui répondre. Ça ne lui ressemblait pas mais elle songea qu’il avait surement été mis autant à mal qu’elle avec tout ce stress. Néanmoins, quand les mains du brun se firent trop baladeuses à son gout elle commença à se poser d’autant plus de questions et à trouver le baiser de plus en plus étrange… Ce n’était pas dans les habitudes de Rai. C’était risqué de faire ça ici même si personne ne les voyait... Puis ses mains et tout son être ne respiraient que trop l’empressement. Ça ne lui ressemblait pas. Ce n’était pas son genre d’agir ni de penser. Et ce tout simplement parce que ce n’était pas lui.

La jeune femme comprit avec trop de retard et se dégagea immédiatement de celui qui avait à tous les coups pris les traits de son partenaire, lui offrant alors une gifle des plus monumentales. C’était Méphisto. Elle en était sûre. Et sa rage allait être tout aussi démesurée et déplacée que ses gestes. Cependant, il était trop tard. Il était trop proche et elle comprit toute sa démarche quand elle sentit une piqure dans son flanc. Il avait détourné son attention et cherché les fioles... Le monstre avait réussi à lui en piquer et lui en administrer une. Il les avait surveillés depuis le début, il savait tout. Elle le repoussa alors plus violemment, elle était mal, il lui fallait mettre le plus de distance possible entre lui et elle. Voire même avertir Rai. Mais elle n’en eut pas le temps, Méphisto répliquait déjà. Elle ignorait si elle ressentait si violemment ses coups parce qu’elle était déjà sous l’effet du poison ou si le gardien ne faisait réellement preuve d’aucune retenue. Toutes ses tentatives pour se défendre ou fuir furent réduites à néant. Son corps ne suivait plus mais les réponses de son ennemi n’étaient pas pour autant diminuées. Elle abandonna pour de bon, et surtout son corps en premier, quand elle heurta trop violemment un mur de la ruelle. Sa tête déjà lourde et endolorie lui sembla alors fracassée. Elle ne sentait plus rien, même la douleur des coups reçus ne lui parvenait plus… Elle s’affala au sol, tachant pourtant de lutter encore pour rester éveillée. A défaut de pouvoir tenir tête à Méphisto…

Ce dernier se pencha sur elle en soupirant et lui enleva son oreillette. Il la regarda un instant, tout en jouant avec une autre fiole, visiblement satisfait du spectacle pendant un bref moment, puis faisant par la suite la moue. Il mit l’oreillette tandis que Mizeria avait déjà l’impression de ne plus distinguer qu’une ombre... Au fond elle ne voulait plus voir. Il avait toujours les traits de Rai et son cœur s’en serrait malgré le poison qui parcourait ses veines.

« Rai, mon cher. Désolé Mizeria ne va pas pouvoir te répondre pendant un moment… Continues la mission comme je l’ai planifié. Elle et moi, on t’attendra gentiment, ou presque, à votre appartement. »

Du mieux qu’elle put et luttant puissamment pour garder les yeux ouverts, elle lui lança un regard mauvais. Il avait fortement insisté sur le fait qu’il s’agissait de son plan… Il avait réellement tout compris et elle était suffisamment encore lucide pour savoir qu’il s’agissait là d’une manière de les faire payer et de les empêcher d’arriver à leur but ultime… Son instinct se réveilla alors. Le plan avait échoué comme elle le préssentait, et ce dans sa dernière ligne droite.  


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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Mar 19 Juin - 21:21



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



Il ne se serait jamais cru capable de dévaler les marches aussi promptement : il avait déjà forcé l'exploit en s'extrayant précipitamment de l'appartement dont l'atmosphère était devenue irrespirable, en présence de Mizeria et suite à leur légère incartade, mais la chose était encore plus oppressante et saisissante dans ce tripot luxueux et pourtant porteur d'une odeur des plus désagréables. Tant de choses risquaient de mal se passer, désormais, qu'y songer simplement lui conférait un vertige désarçonnant... Rai tâcha d'oublier le fait qu'Eberto pouvait rater son coup et finir par se faire empaler à la place de Mark. Il tâcha d'ignorer le fait que Fargo pouvait s'en retourner au bar malgré le mal que la Leone allait certainement se donner pour le ralentir quant à sa course retour, et qu'il risquait, de ce fait, de se faire étriper en même temps que le gardien dont il était censé assurer la protection. Il tenta d'omettre également la possibilité que son tour de passe-passe ne fonctionne pas à duper les Ciels et que celles-ci, pour une raison ou pour une autre, soient capables de déceler la vérité et d'en extraire les mensonges qu'il y aurait savamment distillé... Et il essaya, envers et contre tout, d'oublier la présence obnubilante de Mephisto, lequel était sans nul doute le Gardien Auditore le mieux placé pour réduire leurs efforts à néant. S'était-il d'ores et déjà rendu compte de quelque chose ? Les espionnait-il seulement, ou partait-il du principe audacieux et arrogant que tout allait se dérouler tel qu'il l'entendait ? Que le couple n'allait pas oser se rebiffer pour lui tenir tête ? S'il aurait puissamment aimé pouvoir se montrer aussi naïf et candide, le noiraud n'y parvenait pas un traître instant. Il était conscient du fait que son rival les tenait à l’œil et qu'il évaluait, pour l'heure, l'évolution de la situation afin de tenter de tirer les choses au clair... Si l'appartement qu'ils occupaient n'était, bien sûr, pas déjà couvert de micros et de caméras intrusives à souhait. Il était possible que cet odieux manipulateur soit au courant de tout depuis qu'ils avaient pris la décision de formuler ces mots, et c'était pour cela que le Nagafuse avait égoïstement choisi de conserver cachés tout un tas d'informations et de stratagèmes qu'il prévoyait d'usiter à l'avenir. Il ne voulait pas cacher la vérité à son amante, il cherchait avant toute autre chose de l'en préserver. S'il faisait la grossière erreur de jouer franc jeu, son rival naturel n'aurait aucune raison de se contenir... En lui faisant comprendre, en revanche, qu'il conservait ses planifications les plus lointaines en réserve, il s'octroyait une chance, même très modeste, pour que leur adversaire s'oblige à demeurer passif jusqu'à ce qu'il puisse en apprendre davantage, d'une manière ou d'une autre.

Mais tout cela demeurait infime... Trop. Bien trop. C'était en grande majorité pour cela que le noiraud pressait le pas : lorsqu'il arriverait aux abords du bar, il aurait au moins l'opportunité de vérifier par ses propres yeux l'évolution de la situation et de s'assurer que tout se déroulait pour le mieux. Et il pourrait s'assurer que Mephisto n'avait pas tenté de faire du mal à sa chère et tendre... Cette idée terrifiante lui vrilla le cerveau et il pesta avant de presser le pas d'autant plus promptement, Shiho peinant pour se maintenir à son niveau malgré son corps véloce et longiligne.

-Je suis presque là... Tiens le coup...

Et lorsqu'il y parvint enfin, il se rendit compte sans peine du fait qu'elle avait effectivement la situation sous son contrôle mais que celle-ci risquait de lui échapper d'un instant à l'autre : Szerelem jouait le rôle du chien errant et aboyait à tout va sur ce pauvre Fargo qui, décontenancé, était sur le point de jouer de son arme pour immobiliser la bête trop belliqueuse à son goût. Comme il leur parvenait enfin, Mizeria sembla sortir de l'ombre pour s'excuser précipitamment, se jetant sur le loup pour l'empêcher de causer davantage de tort au pauvre conseiller. Ne laissant guère le temps à ce dernier d'insulter généreusement son amante, considérant qu'il valait mieux couper court à leur rencontre, d'autant plus qu'ils seraient peut-être amenés à travailler de concert à l'avenir et qu'il risquait donc d'avoir à modifier les souvenirs dudit conseiller pour qu'aucun détail ne vienne éveiller sa suspicion, Rai se rapprocha brusquement de son collègue et lui beugla quelques mots avant de pointer du doigt la direction du bar, à bout de souffle et le teint cramoisi, ébahi du miracle qu'il venait de produire : il avait traversé la moitié des quartiers nord de Venise au pas de course et était encore capable d'articuler convenablement une succession de mots sans risquer de tourner de l’œil... Un exploit sur lequel il aurait probablement ironisé à l'attention de la Leone s'ils n'avaient pas dû jouer le rôle d'illustres inconnus qui ne se connaissaient ni d'Eve, ni d'Adam.

-Fargo ! C'est la merde ! Eberto veut butter Mark !
-Rai ? Quoi ? Tu divagues complètement... Jamais Eberto ne...

Fargo n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase et la chronologie n'aurait pas pu se montrer plus judicieuse : une explosion eut lieu, en provenance du bar, soufflant brusquement la vitrine de ce dernier tandis qu'un corps sans vie était projeté à son travers. C'était Cianciulli qui, s'écrasant mollement au milieu des pavés, pareil à une poupée désarticulé, semblait porter les stigmates et les preuves dont le conseiller avait besoin pour se convaincre sans plus tarder : des flammes rougeoyantes lui dévoraient le buste. Sans plus tarder, le Nagafuse comprit qu'il allait devoir mettre la main à la pâte pour réussir à immobiliser Eberto : il tira donc sa boîte arme, non activée jusqu'à présent, et généra immédiatement son shuriken démesuré tandis que le conseiller, sanguin, se précipitait à la rencontre de son patron en invoquant son propre animal totem, une espèce de capriné quelconque aux cornes titanesques. Il allait sans dire que c'était désormais la partie la plus périlleuse et la plus imprudente de toute leur stratégie qui débutait dès à présent... Et une angoisse sourde vint se saisir du noiraud qui, s'il avait vu que Mizeria était en parfaite santé et en pleine possession de ses moyens, ne pouvait pas s'empêcher de songer que l'affrontement pouvait déraper d'un instant à l'autre. Jusqu'à présent, c'était avec elle qu'il avait livré ses combats les plus vigoureux et les plus époumonants... Lorsqu'il était seul, il faisait toujours en sorte de s'éviter ce genre de corvées qui, non contentes de pouvoir échapper à son contrôle d'une minute à l'autre, pouvaient également lui causer de graves lésions susceptibles de le forcer à revoir ses dantesques ambitions à la baisse. Or, c'était bien là quelque chose qu'il ne pouvait pas se permettre... Et pour avoir à l'instant enduré un coup de poing de la part du gardien des Tempêtes, pourtant tout-à-fait banal, le gardien du Désert ne savait que trop bien qu'il risquait de mourir instantanément s'il s'exposait trop frontalement à une riposte de la part de son collègue. Dans un bar, de surcroît, il allait s'ôter bien des opportunités de se défiler : ses mouvements seraient restreints par l'environnement et il risquait de s'en mordre les doigts... Mais avait-il réellement le choix ? Non. Absolument pas. Ils avaient pris la décision de duper Mephisto et de le duper ainsi : il devait s'y tenir et il n'avait, dans les faits, nulle autre option que la réussite. Mizeria comptait sur lui, et elle lui faisait confiance pour gérer l'affrontement, lors même qu'il était loin d'y exceller et que c'était là de notoriété commune... Il devait faire en sorte de lui rendre honneur et de lui prouver qu'elle ne s'était pas trompée. Ce n'était pas une possibilité : c'était un devoir auquel il ne pouvait ni ne voulait déroger.

Lorsqu'ils pénétrèrent tout deux dans le bar, finalement, le noiraud put se rendre compte du fait que tout ne s'était potentiellement pas dérouler aussi brillamment qu'il ne l'espérait. Eberto était légèrement blessé, à l'épaule : pas suffisamment pour en faire une cible facile, malheureusement. Son animal avait été libéré, un gorille qui hurlait à tout va et fracassait les tables branlantes qui demeuraient à sa portée en tournoyant généreusement, tâchant de faucher au passage le chat de la pluie que Mark avait invoqué et qui, pour l'heure, n'en menait franchement pas large. Le dit Mark, par ailleurs, avait pour l'instant survécu : il était dans un piteux état, certes, mais manifestement encore en état de livrer bataille. La drogue n'avait pas suffit à l'étourdir ? Ou avait-il été simplement capable de sauver sa peau in extremis, jusqu'à présent ? En tout cas, il portait son fouet de sa main droite : son bras gauche, quant à lui, était ballant... Et pour cause : il avait manifestement et malencontreusement réceptionné un moulinet de la hache volumineuse de son assaillant avec son épaule... Si sa blessure n'était probablement pas mortelle, elle n'en était pas moins impressionnante : un flot de sang quasiment continu en jaillissait et il allait sans dire qu'il risquait d'avoir besoin de soins d'une minute à l'autre si l'affrontement se prolongeait. Si Rai fut tenté de grommeler, puisqu'il aurait très largement préféré que le gardien de la Tempête soit au bord de la mort et que son adversaire soit d'ores et déjà dûment enterré, il se contenta pour l'heure de conserver son sang froid et de se pencher sur la priorité absolue : réussir à entraver les mouvements d'Eberto tout en veillant à la sécurité de Fargo. Mark allait continuer à être pris pour cible tant qu'il n'avait pas expiré son dernier soupir... Ce qui allait leur conférer, dans un premier temps à tout le moins, une certaine marge de manœuvre.

-Fargo ! Rai ! Faîtes attention !
-Mark ! Putain de merde... Bouge pas, j'arrive !
-Goforo, tue-les ! Personne n'interviens !

Bon point : Mark semblait si soulagé de voir du renfort arriver qu'il ne se questionnait même pas quant à l'objet de la présence de Rai aux côtés de son subordonné. Il se contentait de les enjoindre à la prudence... Comme si l'héroïsme avait tenté le pauvre noiraud, à cet instant précis ! Il lui semblait qu'il risquait d'être broyé et haché menu au moindre faux pas : la silhouette massive et inquiétante du gorille qui pivota dans sa direction acheva de l'en convaincre. Ils étaient dans une merde noire, et il n'avait pas la moindre idée pour les en tirer. Il allait sérieusement devoir improviser face à Eberto, le plus solides des combattants Auditore, avec à ses côtés un conseiller et un estropié ? Putain. A l'instant où la gueule du gorille s'ouvrit, menaçant d'abattre sur eux deux un torrent de flammes, il crut voir sa vie défiler devant ses yeux. Fort heureusement, leurs animaux furent plus prompts qu'eux : Shiho et l'espèce de bélier se dressèrent sur le chemin du cri et projetèrent également la flamme dont ils étaient les incarnations, contrebalançant de la sorte le potentiel destructeur de leur adversaire par une complicité soudaine. C'était là la clé de la victoire, et elle lui apparaissait très clairement, mais elle n'était pas pour autant facile à réceptionner... La supériorité numérique. Ils devaient jouer là-dessus. Ouais, c'était risqué, mais leur putain d'existence en tant que telle se résumait au danger permanent de voir leurs têtes tomber : entre les familles adverses, les guerres intestines et les autorités qui tâchaient tant bien que mal de réprimer la criminalité croissante de par le monde, il allait sans dire qu'ils possédaient leur lot quotidien d'ennuis et de menaces. Si le Nagafuse voulait pouvoir, un jour, défendre celle qu'il aimait, il allait sérieusement devoir commencer par se roder sur le plan martial. Et comme il était impossible de faire une omelette sans casser des œufs, il était impossible de devenir un combattant aguerri sans souffrir une déculottée... Pourvu qu'elle le mène à la victoire, envers et contre les os brisés !

-Putain de m... Fargo, occupe-toi du gorille ! Shiho, reste avec lui et protège-le ! Mark, rappelle ton chat près de toi, et il a intérêt à être putain d'utile !

Un chat, bordel... un chat ! Quel foutu génie devenait gardien d'une famille aussi malfamée et se contentait d'un mammifère aussi bêtement commun et aussi peu impressionnant ? Déjà que son fossa n'en menait pas large, face au gorille surpuissant d'Eberto... Il avait de la peine à croire que ce chat n'avait pas encore été réduit maintes fois à l'état d'une vulgaire boule de poils. Enfin, s'il avait survécu, c'était qu'il savait se débrouiller : son aisance et son agilité, en tout cas, semblaient le laisser présager. En attendant, ce n'était pas lui qui allait gagner l'affrontement, c'était certain...
Aussi insouciamment et courageusement que possible, le mafieux s'élança donc à la rencontre de son opposant, shuriken bien en main. S'il comprenait le fait que certains puissent développer une certaine accoutumance face à la perspective de finir leur vie aussi héroïquement, d'un instant à l'autre, il n'assimilait en rien l'adrénaline qui le saisissait alors à une espèce d'extase ou de transcendance guerrière. Définitivement, les combattants nés étaient encore plus cinglés que lui... Et Eberto faisait partie de ces combattants cinglés. Celui-là, d'ailleurs, pivota pour lui faire face en se rendant compte que Rai représentait, pour l'heure, une menace plus tangible que le blessé qui peinait à demeurer droit et inébranlable. Lorsqu'il fut à portée, il envoya sa hache dans un mouvement horizontal et circulaire, dans l'optique de décapiter le stratège d'un coup d'un seul : ce dernier, aux aguets, fut fort heureusement assez réactif pour empêcher que cela n'arrive. Il interposa son shuriken massif et tenta de tenir bon... mais fut incapable de conserver sa posture. Il fut projeté puissamment en direction du comptoir, par-dessus duquel il passa. Il percuta de plein fouet les étagères et retomba lourdement au sol, dans un grognement atrabilaire. Il se retrouvait encore à devoir éponger des coups pour la sécurité d'autrui, et ça commençait franchement à le gaver... Quand il se redressa, toutefois, il eut la joie insondable de remarquer que Mark avait tiré profit de son assaut pour enrouler le bras armé du gardien de la Tempête de son fouet, lequel, couvert de flammes, semblait momentanément affaiblir le préféré d'Alda. C'était une chance inouïe qu'il ne devait pas manquer... S'il chancela tristement, dans un premier temps, le Nagafuse ne tarda guère à recouvrer un semblant d'audace et d'énergie : il prit appui sur le bar qu'il venait de surplomber et se projeta à la rencontre d'Eberto, menaçant de lui asséner un coup de shuriken descendant en visant la tête. Nouvel échec : le poing libre de son adversaire, dans une succession de mouvements d'une rapidité infaillible, parvint non seulement à écarter l'arme en frappant sur son plat, mais aussi et surtout à décocher dans l'abdomen du pauvre noiraud un coup d'une fulgurance sensationnelle. S'il crut à tort que son estomac allait déserter son abdomen par sa bouche, il comprit en revanche que ça n'était pas que de la salive qui venait de s'élever pour retomber sur le parquet : une effusion de sang témoignait quant au fait qu'il avait enduré une blessure plus grave qu'elle ne semblait l'être de prime abord...

-Dégage de mon putain de chemin, insecte !

Le souffle coupé, il fut renvoyé puissamment d'où il venait : il percuta l'étagère de plus belle et acheva d'en renverser le contenu tandis qu'il s'écrasait au sol et tentait de trouver une bouffée d'air frais avidement, sans grand succès dans un premier temps. Ses tympans ne purent, l'espace de quelques secondes, rien capter d'autre qu'un bourdonnement omniprésent et assourdissant. Sa vue se brouilla méchamment, lui apparaissant comme étant un mélange de gris et de noir plus ou moins uniforme mais qui semblait vibrer furieusement. Une douleur lancinante envahissait la moitié inférieur de son buste, enfin, autant de face que de dos, causée par le choc en lui-même et par la rencontre avec le mobilier qui n'avait pu qu'en découler. S'il avait risqué de se prendre au jeu et d'apprécier un traître instant le frisson grisant que produisait la perspective de mener un affrontement à son terme de manière victorieuse, il comprenait dorénavant que les conflits n'avaient jamais et ne seraient jamais source de plaisir et d'épanouissement, d'émancipation à ses yeux : c'était l'expression de la brutalité, de la force et de la bestialité, autant de domaines dont la seule compréhension lui échappait constamment. Même avec une ouverture aussi grossière, il était incapable de porter le moindre coup à Eberto... Il était foutu. Si Mark et Fargo ne réussissaient pas à renverser la tendance, il était foutu. Eberto allait le tuer. Il allait tous les tuer...

Rai, mon cher. Désolé Mizeria ne va pas pouvoir te répondre pendant un moment… Continues la mission comme je l’ai planifié. Elle et moi, on t’attendra gentiment, ou presque, à votre appartement.

Il avait entendu ces mots distinctement, et avait instantanément reconnu cette voix railleuse et mielleuse à souhait. Mephisto. Ce putain de Mephisto. Il débarquait au pire moment, et avec la pire des nouvelles : il avait réussi à duper Mizeria et l'avait manifestement vaincue. Ou n'était-ce qu'une illusion sonore ? Essayait-il de pousser Rai à la faute, lors même que la Leone avait réussi à échapper à ses griffes ? Non. Non... S'il n'y avait qu'une chance, même infime, pour que le gardien de la Brume ait réussi à capturer son amante, Rai n'avait d'autre choix que celui de le croire et que de s'exécuter docilement. Il ne pouvait pas lutter. Il ne pouvait pas risquer de la mettre en danger, de la mettre en péril... Mais agir conformément aux ordres de son rival allait-il lui permettre de la sauver ? Non... Il allait la conserver jalousement. Il allait l'utiliser comme une monnaie d'échange pour forcer le Nagafuse à obéir au moindre de ses désirs, à la moindre de ses directives. Il les avait piégé. Il avait utilisé leur couple et, désormais, il savait comment l'utiliser pour en tirer un profit maximal tout en évitant les déboires et les soucis. Il savait qu'en utilisant l'une des deux moitiés de ce couple, il forcerait l'autre à agir sans poser la moindre question... Il avait gagné. Ils s'étaient enorgueillis grâce à leurs victoires précédentes et avaient cru, naïvement, qu'ils possédaient un moyen de le contrecarrer. Mizeria avait eu raison depuis le début... Ils auraient dû déposer les armes. Ils auraient dû demander l'asile à sa famille... En agissant aussi fiévreusement, l'Auditore l'avait projeté dans une situation plus épineuse que toutes celles qu'elle avait pu endurer jusqu'alors. Elle était à la merci d'un monstre... Et nul ne pourrait jamais l'en sauver.

Ils avaient échoué...

***

-Je suis désolé... J'ai... J'ai échoué...
-Oui, j'ai appris... Rai, ô mon pauvre Rai... Il t'a blessé, Eberto ? Tu vas t'en sortir, tu crois ?

Combien de temps s'était-il écoulé depuis l'avertissement qu'il lui avait adressé ? Quelques minutes, quelques heures ? Dans l'absolu, cela ne changeait rien à cet état de fait : ils étaient tous les trois dans le salon de l'appartement. Elle avait été assise et attachée à une chaise, désarmée, bien sûr, mais pas dénudé : Mephisto n'avait pas poussé le vice et le sadisme à ce point-là, mais il semblait pour l'heure regretter ardemment cette décision de ménager le couple. Il était, quant à lui, dressé entre l'un et l'autre des deux amants : les bras croisés, le sourire mauvais et narquois, il dévisageait Rai qui, de son côté, n'avait d'yeux que pour sa chère et tendre. Il était, effectivement, dans un piteux état. Outre ses yeux creusés, témoins d'une fatigue et d'un épuisement colossaux, il avait le corps couvert de contusions. Un fin filet de sang s'échappait de ses lèvres et et de son front : sa commotion avait, encore une fois, été rouverte à la suite de ce conflit d'une virulence exponentielle. Il avait une main brisée, la gauche, et les doigts violacés ne pouvaient plus bouger d'un cheveu. Pour finir et pour parfaire ce tableau déjà fort dérangeant, une estafilade béante avait tracé un sillon dans sa cuisse droite, de telle sorte qu'il avait un mal fou à chaque fois qu'il tentait d'y prendre appui : il était, pour l'heure, contraint de s'appuyer sur un bâton de fortune, béquille improvisée sans doute récupérée sur le cadavre d'une chaise éclatée. Les nouvelles du quartier général Auditore n'avaient pas su satisfaire Mephisto... Au contraire, même. Elles étaient pires que tout ce qu'il avait pu imaginer jusqu'alors. Mark s'en était sorti. Sérieusement amoché, certes, mais il avait néanmoins survécu : il était actuellement pris en charge et serait capable de marcher et de combattre à nouveau dans les jours qui suivraient. Et bien sûr, il était impensable de tenter d'achever le labeur : Symphony et Fargo veillaient sur lui, perpétuellement. Eberto, quant à lui, avait pour l'heure disparu : il s'était volatilisé et les deux factions qui composaient les Auditore étaient toutes deux à sa recherche. Il était pour l'heure, et par défaut, considéré comme étant coupable de cette exaction : chose qui rassurait quelque peu le Gardien de la Brume. Ses sombres machinations n'allaient pas être découvertes de si tôt... Mais Rai et la Leone ne s'en étaient pas moins montrés d'une stupidité désarçonnante. Il ne les aurait pas cru capable d'un tel fiasco...

-Vous avez tout gâché. Et pourquoi ? Par arrogance... Pour satisfaire vos petites ambitions... Et pour tenter de me prendre de court. Rai, Rai, Rai... Tu es dans un état si déplorable que je pourrais la violer devant toi et que tu n'arriverais même pas à m'en empêcher. Tu crois vraiment que tout cela valait le coup d'être entrepris ? Tu devrais le savoir, pourtant. Je suis impitoyable avec ceux qui me déçoivent...
-Je suis désolé... Vraiment désolé... j'ai tout foiré...
-Et le voilà qui pleure... Tu manques de conviction, mon cher Rai. Et tu pourrais me regarder, quand tu t'excuses. Je sais qu'elle est belle, mais tout de même...
-Pardonne-moi... Mizeria, pardonne-moi...

Interloqué, Mephisto arqua un sourcil. Il ne lui parlait pas à lui... il s'adressait à elle ? Incompréhensif, il plissa les yeux avant de comprendre où le Nagafuse voulait en venir... Juste à temps. Il se jeta en arrière brusquement à l'instant même où le plafond cédait, au-dessus de lui : la silhouette massive d'Eberto chuta là où il s'était trouvé et il aurait sans aucun doute été happé par sa main volumineuse s'il n'avait pas eu cette fulgurance à temps. Bordel de merde... Le noiraud s'était allié au gardien de la Tempête ? Mais pourquoi ? Et dans quel but ? Ces interrogations n'en finissaient plus d'obséder le gardien de la Brume qui comprit douloureusement qu'il n'avait plus qu'une seule et unique échappatoire : la fuite. S'il restait là, il allait finir dans un état encore plus risible que son rival...

-La dernière fois que j'ai vu un Leone combattre, c'était d'un pathétique... T'as intérêt à en valoir le coup, minette, parce que ton amoureux m'a tanné un moment, bordel !

Les flammes rougeoyantes furent libérées de l'anneau d'Eberto et, avec expertise et doigté, vinrent s'inviter sur les liens qui retenaient Mizeria. Ceux-ci rompirent sans plus de cérémonies, sous le regard impuissant de Mephisto qui ne pouvait pas tenter de s'opposer à la force brute de son assaillant sans y laisser des plumes. Il avait été découvert... Rai avait vendu la mèche ? Impossible...
Si, c'était possible. Et c'était certainement pour cela qu'il s'était excusé si platement face à Mizeria. Il avait renoncé à tout. Il avait renoncé à leur amour, renoncé à son rôle de gardien, renoncé à son prestige, tout ça pour venir en aide à sa bien aimée... Il avait tout avoué. Tout, de but en blanc. Il avait accepté d'embrasser la condition de paria dans la simple optique de sauver celle qu'il aimait. Il avait commis le plus incompréhensible des sacrifices, pour des calculateurs aussi impitoyables qu'eux : le sacrifice de son passé et de ses efforts... Au nom de l'amour.


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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Jeu 21 Juin - 19:09

Did I lose myself  ?  Or did I gain you  ?

Combien de temps était-elle restée ainsi ? Longtemps surement. Mizeria n’avait même pas souvenir du trajet jusqu’à l’appartement. Il lui semblait distinguer encore sans mal les murs de la ruelle et Rai qui la frappait mais rien d’autre. Et finalement, ce n’était pas Rai qui avait levé la main sur elle, mais Méphisto. A chaque fois qu’elle y repensait, son estomac se soulevait sous la rage. Elle priait que cette image ne reste jamais dans son esprit, elle voulait tout effacer… Et pour commencer, effacer le fait qu’elle avait baissé sa garde. Elle avait bêtement donné l’avantage à Méphisto ? Et au nom de quoi ? De l’amour qu’elle portait à Rai et parce qu’elle avait cru que tout était fini et bien ficelé. Elle regrettait amèrement d’avoir rangé Szerelem, il lui aurait donné une chance de se rendre compte de la supercherie. Oui, plus elle comatait, plus son esprit ressassait tous les points négatifs de la situation et elle se sentait happée par une multitude de « et si ». Elle n’écoutait même pas les complaintes du gardien de la brume, ni ses provocations. Elle était de toute évidence trop fatiguée pour perdre de l’énergie à ça.

Elle sembla juste se réveiller un peu plus en voyant Rai arriver enfin, ou du moins en le devinant. Elle ignorait si sa vision était restée trouble à cause du produit qu’on lui avait administré ou des différents chocs dont le mur qu’elle avait dû essuyer. Restait qu’il était là, qu’à sa seule présence sa culpabilité l’écrasait encore plus que le produit qui la mettait momentanément hors d’état de nuire. En plissant quelque peu les yeux, la jeune femme se rendit compte de l’état du brun et ne put que s’en vouloir davantage. Elle aurait du tout risquer et tenter un coup de poker, l’accompagner dans son combat contre Eberto… Elle aurait simplement eu à disparaitre par la suite… Les préservant ainsi tous deux et surtout leur relation. Mais non, elle avait une fois de plus fait les mauvais choix. Ses yeux ne quittaient pas le Nagafuse, tout comme il semblait plus intéressé par elle que par leur ennemi. Ils étaient si proches, à quelques mètres mais il lui paraissait qu’il était déjà loin. Pourtant son regard n’avait rien du vide qu’il dégageait lorsqu’ils avaient quitté l’appartement, non loin de là… Elle avait juste l’impression que rien ne serait plus comme avant en le regardant, que leur insouciance et leur bonheur d’il y avait quelques jours était finie… Une fois de plus elle n’écoutait pas les provocations et les jérémiades de Méphisto, elle restait braquée sur les dires de Rai. Elle était révoltée qu’il s’excuse de la sorte même si elle avait grande peine à le montrer… Puis elle finit par comprendre par son regard. Il ne s’excusait pas auprès du gardien. Il le faisait à son encontre. Son cœur se serra sous la panique. La Leone commençait à douter, à tenter de comprendre ce qu’il avait pu faire ou subir… Il ne se serait jamais autant excusé pour le simple fait qu’elle se soit fait capturer. Non.. Il y avait autre chose. Et il semblait que l’homme qui les séparait le comprit également une fois que Rai prononça son nom.

La suite s’enchaine trop vite. Elle était, à vrai dire, trop focalisée sur ce qu’avait dit, et elle commençait doucement à comprendre où il voulait en venir et pourquoi il s’excusait. Ses craintes ne furent confirmées que par l’apparition du gardien de la tempête, le même homme qu’ils avaient tenté de piéger… Il avait tout dit. Rai avait tout révélé à sa famille, et surement leur relation également. Les liens qui la maintenaient prisonnière sur une chaise se rompirent et elle s’affala alors au sol, prise de violentes nausées. Elle ignorait simplement si son ventre se soulevait à cause du changement brusque de position ou parce qu’elle mesurait l’ampleur de la chose… Pâteuse, endolorie et toujours inapte à cause de ses blessures, elle tenta de se relever mais sans succès. Cependant, elle se retrouva rapidement debout et s’étonna une nouvelle fois du changement. Sa tête sembla faire encore des siennes, lui donnant l’impression que son cerveau ne tenait plus dans sa boite crânienne et s’y répercutait. Malgré le puissant tournis qui lui prenait et sa vision toujours trouble, elle comprit sans mal qu’elle ne devait ce redressage qu’à une seule et unique personne… Et qu’il s’agissait de Méphisto. Ce dernier semblait vouloir partir en paix et s’enfuir, et il avait apparemment la bonne idée de maintenir Rai et Eberto en arrière en la prenant comme otage pour s’assurer de sortir de là. Le bras qui lui encercla le cou la força à fermer quelque peu les yeux. Elle se revit alors une semaine plus tôt, allongée dans ce miteux appartement où elle avait rencontré Rai… Où elle avait agi pour la première fois avec une cruauté glaçante et réfléchie. Depuis quand se laissait-elle d’ailleurs marcher dessus ? Jamais. Et ce depuis toujours, malgré ses états qui pouvaient être des plus pitoyables parfois… Elle rouvrit les yeux, gênée par Méphisto qui s’époumonait un peu trop près de son oreille à son gout.

« Hey Eberto content que tu ailles bien… Mais tu serais gentil de me laisser partir. Tu ne voudrais pas que je me débarrasse de cette demoiselle si Rai t’a tant imploré de l’aider hm ? Tu n’as qu’une parole non ? Puis Rai, tu ne voudrais pas d’autres catastrophes non ? Tu as déjà assez fait de dégâts comme ça il me semble… Il serait bête que tu perdes absolument tout. Donc laissez-moi partir et vous récupérez la Leone. Sinon… Je pense qu’elle ne se réveillera pas de sitôt »

Son regard passa du gardien de la tempête qui semblait franchement hésiter à se foutre d’elle et passer à l’action, à Méphisto qui tentait apparemment d’avoir plus de constance que jamais… Il craignait son collègue. C’était pour ça qu’il avait fait appel à eux pour le neutraliser… Chance était que Eberto devait être au courant de la machination et devait crever d’envie de le liquider… Le problème était donc qu’elle était une nouvelle fois la demoiselle en détresse. Son regard s’arrêta vers la fiole que tenait son geôlier. Il en avait pris d’autres… Et elle savait sans mal que le contenu d’une deuxième risquait fort de la mettre à jamais hors service. Son corps ne pourrait surement pas en supporter deux… Elle pensa alors amèrement à Matthew, qui effectivement n’avait pas mentit et lui avait donné quelque chose d’extrêmement puissant. Sa joie d’avant passa bien vite au regret, jamais elle n’aurait pensé en tester les effets… Restait que la menace était là, empêchant tout le monde de bouger… Son regard se posa une nouvelle fois sur Rai. Comment avaient-ils fini… Eux qui étaient pourtant à l’abri de tout dans ce même appartement quelques heures auparavant. Tout ce qu’ils avaient échangé ici et même ce que le brun lui avait promis de lui dire… Tout avait été balayé par le seul méfait de Méphisto. Et quand elle songea à tout, elle pensa également à l’état déplorable du brun comme au sien, ainsi qu’à tout ce qu’avait possiblement dit Rai à sa famille, tout ce qu’il avait dû sacrifier parce que Méphisto avait été plus fort.

Non. Il n’avait pas été fort. Elle avait été juste trop faible et l’avait laissé avoir l’ascendant. Elle avait cru pouvoir avoir la main trop facilement tout en partant suffisamment stressée, laissant ainsi le libre champ au gardien de la brume. Au final, jamais elle ne lui avait montré qu’il l’avait bel et bien sous-estimée. Elle n’avait fait que lui donner raison. Un sourire amer passa alors sur ses lèvres et elle sembla reprendre davantage du poil de la bête, motivée par tout son passé, y compris le dernier homme qu’elle avait tué, et par la vision de Rai.

« Vas-y.. Qu’est ce que t’attends… Au final t’auras pas les couilles. T’as trop peur d’Eberto.. »

Méphisto et Mizeria se regardèrent alors en chiens de faïence. D’une part l’un était surpris d’une telle résistance, de l’autre l’une affichait clairement un air de défi et de rage. Pour la punir de son insolence, il hésita un instant à mettre sa menace à exécution. Au moins il pourrait avoir le mérite d’avoir fait souffrir à nouveau, de s’être vengé de ces deux idiots qui l’avait privé de tant de pouvoir… Cette hésitation, la mafieuse le lut dans son regard, et ne lui en laissa pas d’avantage le temps. Elle prit les devants, attrapant son bras et la fiole, le faisant la piquer directement. Profitant de sa surprise et de son léger regain d’énergie, elle força et lui administra un coup de pied bien placé dans son entre-jambe. Sentant sous cet effet, le bras qui l’étranglait se desserrer, elle se décala quelque peu et l’acheva d’un bon coup de coude dans le ventre. Le gardien lâcha totalement prise sur elle et sur la fiole qu’elle avait désormais accrochée à elle. Elle pivota quelque peu et s’offrit le luxe de lui coller une bonne droite au milieu du visage, faisant ainsi pour de bon reculer son assaillant. Le peu d’énergie qu’elle avait alors la quitta et elle s’effondra en même temps que les rires d’Eberto retentirent dans le salon.

« Elle me plait cette petite ! »

Sans plus attendre il se jeta sur le gardien de la brume, lequel adressa un dernier regard haineux à Mizeria puis surtout à Rai avant de détaler... Il ne lui restait plus qu’à fuir du mieux qu’il pouvait. Elle les vit vaguement tous les deux partir par la fenêtre, ou plutôt défoncer cette dernière, tout en enlevant la seringue qui était plantée dans sa chaire. Elle regarda la fiole et souffla de soulagement en voyant que peu de son contenu avait dû passer dans son sang. Il semblait que le repos éternel n’était pas encore d’actualité. Elle avait tenté le tout pour le tout et pour une fois depuis quelques jours, avait gagné. Néanmoins, elle ne s’en sentait pas mieux… Au contraire même. Elle réalisait une nouvelle fois tout ce qu’il s’était passé et tout ce qui risquait d’arriver, ainsi que les effets du sédatif. Les nausées l’accablèrent de nouveau, sa vue se flouta encore plus puissamment qu’avant sous l’effet des larmes et de la fatigue qui arrivaient sans qu’elle ne le contrôle. La jeune femme sembla vouloir se redresser mais sans succès, elle ne fit que retomber à chaque fois et arrêta de lutter au bout d’un certain moment. Elle se mit juste à pleurer et à s’en vouloir. Ils avaient tout perdu aujourd’hui… Rai avait perdu sa couverture, tout ce qu’il avait construit au fil des années… Et elle pour sa part, venait surement de le perdre lui. Ils allaient devoir faire face aux Auditore. L’avenir s’annonçait alors bien sombre pour eux… D’autant plus que sa réelle identité en tant que chef de la Vibrissa allait sortir au grand jour, achevant surement de les séparer, voire de les déchirer. Elle allait le perdre, et ce uniquement par sa faute… Pire encore, elle l’avait finalement entrainé à sa perte.

« Rai… Je suis désolée… Tellement désolée… »

Aurait-elle du dresser une liste de tout ce qu’elle regrettait et pourquoi elle s’excusait, elle n’aurait su par où commencer… Comme pour implorer pardon, elle resta front au sol, sentant de plus en plus les forces la quitter mais les larmes rouler sur ses joues malgré tout. Elle voulait le voir, le toucher, mais elle en était tout simplement incapable. Puis… En avait-elle encore le droit ? Elle tacha néanmoins de lui adresser encore quelques mots dont des excuses, avant de sombrer sous l’effet du poison et de ses remords.

« Je t’aime… Pardonne moi… »

Elle le lui disait pour la deuxième fois, et songea alors péniblement qu’il s’agissait peut-être là de la dernière occasion avant de perdre totalement connaissance.




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MessageSujet: Re: Naufragés du Styx.    Ven 22 Juin - 9:46



Danser ensemble, au sein des brumes infernales.



-Arrêtez ! Eberto, ça suffit, arrête !
-La ferme ! Casse-toi, t'es pas ma cible !

La hache du gardien de la Tempête s'élança dans la direction du noiraud qui, de son côté, avait simplement voulu se rapprocher d'Eberto pour lui sommer d'arrêter de combattre. Il avait besoin d'atteindre ses yeux pour ramener ses souvenirs à la normale... Il le fallait. Il avait pris sa décision : il ne pouvait pas obéir à Mephisto. S'il acceptait la suprématie de son rival sans piper mot, il s'engageait dans un cercle vicieux dont il ne pourrait jamais s'extraire. S'il décidait de jouer la forte tête et de lui désobéir, envers et contre Mizeria qui était utilisée comme une vulgaire otage, il la mettait irrémédiablement en danger : le gardien de la Brume ne la tuerait probablement pas, dans l'optique de conserver un ascendant sur Rai, mais il la ferait passer par les pires souffrances et les pires tortures imaginables pour graver une leçon indélébile chez son amant. Il ne restait donc qu'une seule possibilité : celle de refuser le combat... Et pour y parvenir, il n'y avait qu'un seul moyen de procéder. Il devait mettre fin à cette querelle en ramenant les souvenirs du colosse à la normale. Il devait lui faire comprendre qu'il avait été dupé, et il devait tout dévoiler. Tout, du couple qu'il formait avec la Leone aux objectifs véritables de son rival, qui entendait détrôner les deux Ciels afin de régner à leur place. Sans doute risquait-on de le considérer indirectement comme étant complice de Mephisto... Sans doute allait-on le pointer du doigt et le traiter de paria vis-à-vis de la relation qu'il entretenait avec sa chère et tendre, mais il était prêt à en éponger les conséquences. Absolument toutes les conséquences... La hache monumentale du guerrier menaça de le fendre en deux mais il se jeta en arrière au dernier moment, parvenant à éviter le gros de l'attaque. Sa cuisse n'en fut pas moins exposée et une estafilade profonde vint s'y placer, lui arrachant un cri de douleur. Il retomba à même le sol, lourdement, et se mit à suffoquer : le choc venait de réveiller le mal qu'il avait ressenti lorsqu'il avait été catapulté contre l'étagère. Le Nagafuse, bien qu'empli d'une volonté et d'une détermination à toute épreuve, n'eut guère le temps de se redresser cette fois-ci : le pied d'Eberto écrasa littéralement sa main gauche, la brisant sans plus de cérémonies et forçant le jeune mafieux à un nouveau cri de stupeur et d'agonie. Il vit alors le fil de la hache s'élever, menaçant de lui retomber en plein front : il allait mourir, c'était certain. Il n'avait pas la moindre chance d'échapper à cet assaut-ci : il était maintenu au sol et n'avait, dans l'absolu, pas la réactivité nécessaire pour contrebalancer la vitesse de son assaillant. Ce type était un monstre là où lui n'était ni plus ni moins qu'un petit génie... Et il avait eu la sottise de l'affronter sur son domaine d'expertise à lui.

-Si tu veux pas te casser, tant pis. Je vais te saigner le premier, Rai, et je m'occuperai de tes deux potes ensuite.
-Rai, maintenant !

Le fouet de Mark jaillit de l'arrière et parvint, cette fois, à s'enrouler autour de la hache. La résistance momentané fut suffisante pour entraver la gestuelle d'Eberto, qui tressaillit sous la surprise : le gardien du Désert n'eut alors plus qu'à projeter dans sa direction une nuée de flammes, soulagé de pouvoir enfin mettre un terme à toute cette folie. Il n'hésita pas l'ombre d'un instant quant aux souvenirs à implémenter dans l'esprit de son collègue : il réinstaura sa mémoire originelle, primordiale. Cette offensive surprenante sembla désarçonner le grand mafieux qui recula d'un pas, libérant la pression qu'il exerçait sur le membre meurtris de Rai. Ce dernier relâcha son shuriken sans plus tarder et, de sa main libre et indemne, s'attrapa le poignet en jurant grossièrement tandis que le gorille de la Tempête disparaissait. Le conflit prenait fin... Il avait réussi. Un léger sourire se mit à fleurir sur ses traits, victorieux, mais il comprit bien vite qu'il n'était à la vérité pas au bout de ses peines. Car Fargo et Mark, quant à eux, ne comprenaient strictement pas qu'ils avaient été manipulés de bout en bout... Si le gardien de la Pluie fut relativement placide à la suite de ce revirement de situation, plutôt soulagé et trop éreinté pour s'en retourner à l'assaut sans plus tarder, son conseiller fut en revanche plus sanguin et plus virulent. Il leva son arme dans la direction d'Eberto et menaça de l'abattre sans plus tarder, d'une balle de la tête. N'écoutant que son ardeur, comprenant qu'il s'agissait cette fois-ci du point d'orgue de toute cette tension et qu'il n'avait d'autres choix que celui de prendre des risques pour parvenir à résoudre cette situation inextricable, le Nagafuse se redressa prestement et s'interposa sans plus tarder entre la cible et le porteur de l'arme-à-feu, lequel ne tarda guère à le darder d'un regard mauvais et à le gratifier de quelques mots secs et rauques.

-Tu fous quoi, Rai ? Tu veux le protéger, maintenant ? Il a failli te butter !
-Ce n'était pas lui ! Ses souvenirs n'étaient pas les bons, je les ai remis à la normale !
-Fargo, baisse ton arme. On ne résoudra plus rien par la violence, auj...
-Raaai, fils de pute !

Merde. Il avait sous-estimé la virulence et la rage qui habitaient Eberto... Lequel reporta toute cette frustration et toute cette colère sur le responsable de son état second désormais évanoui. Et c'était compréhensible : par la faute de Rai, il avait bien failli étriper le favori de Symphoni et son petit protégé, ce qui aurait, pour la première fois de toute l'histoire des Auditore, amené une scission forte au sein de leur famille sanglante. Ils ne pouvaient pas tolérer un tel affront. Par un miracle, le gardien du Désert eut le réflexe d'interposer son poignet droit sur la trajectoire du coup de poing surpuissant que son opposant tâcha de lui destiner, dans son dos. S'il parvint à amortir le coup en tant que tel, ses appuis étaient si fébriles et son corps si exténué qu'il n'eut d'autre choix que celui d'être catapulté sur sa gauche. Il heurta, cette fois-ci, le comptoir et poussa un nouveau hurlement de douleur : c'était sa tête qui avait enduré ce choc, cette fois-ci, et il allait sans dire que sa commotion tout juste traitée n'avait guère apprécié cette union improvisée. Il n'eut pas le temps de reprendre son souffle ou même de se redresser légèrement que son ennemi était d'ores et déjà sur lui, l'attrapant par la gorge et le soulevant à bout de bras, à deux bons mètres de hauteur. Le Nagafuse se sentit immédiatement privé d'air : il était dans un état d'alerte tel que sa respiration haletante, ainsi coupée, suscita chez lui un tournis formidable qu'il eut bien du mal à ignorer. Il allait crever ici, et maintenant ? Mephisto avait définitivement bien joué son coup : en les confrontant d'entrée de jeu aux deux gardiens les plus redoutables de leur famille, il s'était assuré qu'ils n'auraient pas une marge de manœuvre suffisante pour le trahir... Eberto était un chien fou : personne, Alda mis-à-part, n'était susceptible de le contrôler bien longtemps. On pouvait le duper, bien sûr, mais guère plus... Mark, quant à lui, était à la fois trop sagace et trop observateur : un seul regard lui suffisait à analyser une situation et à en comprendre aussi bien les tenants que les aboutissants. Il lança d'ailleurs à Fargo un regard acéré, empêchant le conseiller de se faire remarquer davantage : il comprenait sans peine que le noiraud avait joué un rôle dans la manipulation d'Eberto, et qu'il devait désormais en assumer les conséquences. Ledit noiraud, de son côté, sentit ses pensées se dérober tandis que ses pieds s'agitaient de plus en plus mollement, tâchant de retrouver un appui disparu. Sa main droite, la seule en bon état, se posa sur l'un des poignets de son massif adversaire, comme pour tenter à le forcer à lâcher prise... Sans succès, bien sûr. Finalement, ses lèvres ne purent dessiner qu'un mot qu'il tenta de formuler, à bout de souffle... Et qui lui sauva la vie.

-Me...phisto...
-Eberto, relâche-le !

Au moment où la poigne se desserra enfin, le mafieux s'effondra à même le sol en crachant et en toussant, tremblant et tout juste capable de se maintenir à quatre pattes. Il était à bout de force. La douleur l'inonda de plus belle, celle-là même qu'il avait ignorée en songeant que sa mort l'attendait. Il entendit, d'une oreille distraite, quelques pas se rapprocher de lui tandis que le gargantuesque Eberto grognait. Il avait obéi à Mark, par miracle... Savait-il que le gardien de la Pluie était le plus à même de gérer cette situation, maintenant ? Probable, même pour ce tas de muscles...

-On va tout reprendre dans l'ordre, Rai. Tu vas tout nous expliquer...

---

Il n'eut pas peur. Pas même l'ombre d'un instant. Lorsque Mephisto prit Mizeria en otage, Rai ne lui destina pas même un regard : il demeura pleinement concentré sur son amante. Même à bout de forces, le gardien du Désert n'était pas sot... Il savait pertinemment que son rival avait trop peur d'Eberto et que la Leone n'était que l'ultime et trop précaire protection qu'il était susceptible de dresser entre lui et ce fameux démon qui passait le plus clair de son temps à se repaître d'une brutalité dantesque. la réputation sulfureuse de l'homme de la Tempête le précédait très largement et tout comme le Nagafuse n'avait pas eu la moindre chance de le vaincre en combat singulier, Mephisto savait pertinemment que ses compétences en la matière laissaient encore trop à désirer. Il avait plus à perdre qu'à gagner, s'il s'aventurait sur ce terrain-là... Or, une prise d'otage ne pouvait, dans le cadre de mafieux invétérés et expérimentés, être crédible que si la menace était susceptible d'être mise à exécution. Ils n'étaient pas une bande d'amateurs : son rival n'allait donc pas tuer la Leone sur un coup de tête, à cause de la pression ou d'un accès de frayeur. Il plaçait le prix de sa vie bien au-delà de celui de la jeune femme, tout comme Eberto qui, de son côté, n'aurait pas éprouvé de grands remords à l'idée d'embrocher Mizeria pour atteindre Mephisto... La prise d'otage n'aurait donc pu fonctionner que sur le Nagafuse qui, de son côté, n'avait de toute manière pas voix au chapitre : il était trop faible et trop fragile. Dans son état actuel, un enfant aurait sûrement pu le tuer sans forcer...

En revanche, Rai sentit son cœur se serrer lorsque Mizeria prit le parti de débloquer la situation sans plus attendre. Elle était folle et furieuse, comme à son habitude : son impétuosité lui rendait honneur mais elle prenait, une fois de plus, des risques inconsidérés. Mephisto aurait fini par s'enfuir, c'était incontournable... Il retint donc son souffle tandis que la lutte au corps-à-corps s'engageait, et se mit à redouter le pire en remarquant que la seringue s'était dûment plantée dans la chaire de son amante. Puis, en un éclair, son rival et Eberto s'élançaient vers l'extérieur, le premier pour sauver sa peau, et le second secoué d'un rire démentiel qui laissait présager du triste avenir qu'il destinait au premier s'il parvenait à lui mettre le grappin dessus. Voilà qui clôturait cette escarmouche, pour le couple : ni l'un ni l'autre des amants n'était susceptible d'en faire davantage... Lessivé, le gardien du Désert continua pourtant à puiser dans ses ultimes ressources pour demeurer debout en dévorant la jeune femme du regard, non sans arborer, comme depuis son entrée dans l'appartement, une expression sincèrement désolée. Tout aurait pu fonctionner, entre eux, tout aurait pu être si doux... mais il se retrouvait à payer le prix d'erreurs passées, de choix qui, désormais, lui semblaient à la fois futiles et stupides. S'ils s'étaient rencontrés en d'autres circonstances, s'il avait pris le parti de rejoindre une autre famille, s'il n'avait pas fait montre du même extrémisme sanguinaire... Peut-être auraient-ils eu droit à l'existence qu'ils semblaient tout deux mériter et désirer. Une vague de remords l'assaillit et l'accable d'autant plus lorsqu'elle se mit à lutter pour l'atteindre, puis à s'excuser en lui offrant d'autres mots qui, dans une circonstance plus plaisante, l'auraient embaumés d'un bonheur indicible et incalculable. Il se mit à larmoyer, les dents serrées et la gorge nouée, et songeant avec puissance qu'elle n'avait guère à s'excuser : il était le seul fautif, et c'était lui qui avait causé la ruine de leur si belle histoire... S'il fit preuve d'une détermination redoublée, et s'il tenta bel et bien de venir se placer à ses côtés, il ne fut capable que d'avancer d'un pas : il sentit alors ses jambes se dérober sous son poids. L'adrénaline, une fois de plus, le désertait insidieusement, à l'instant précis où il en avait le plus besoin... Mais il n'allait, cette fois-ci, pas abandonner aussi simplement. Tandis que les larmes perlaient sur ses joues, il s'aida de son bras droit, le seul encore en état, pour ramper jusqu'à se retrouver face à son amante. Il formula alors quelques mots sans plus attendre, imaginant qu'il s'agissait peut-être des derniers qu'il pouvait lui offrir...

-Ne t'excuses pas... Tu n'as pas à le faire... C'est moi, c'est ma faute... Tu as été parfaite, crois-moi... Mizeria... Je t'aime, et rien de tout cela ne le changera...

Était-ce la fin de leur histoire ? Pas pour lui. Il allait se battre. Si elle décidait de lui offrir une seconde chance et si la vie le leur permettait, alors il était bien décidé à tout mettre en oeuvre pour la retrouver, et pour s'autoriser les moments qu'on venait de leur dérober si insidieusement. S'il voulut approcher ses lèvres de celles de la Leone, il n'en eut finalement pas la force. Il se contenta donc de tendre sa main jusqu'à pouvoir lui caresser la joue, priant pour que ce geste d'une sincérité explicite puisse suffire à la renseigner au sujet de ses intentions. Elle le comprenait. Si elle ne savait pas tout de lui, du moins était-elle capable de savoir à la fois comment il fonctionnait et quelles règles le régissaient. Elle était dotée d'une empathie considérable... Oui, si quelqu'un était capable de le comprendre, c'était elle. Et si elle n'y parvenait pas, il n'avait d'autre choix que de renoncer à son humanité : car jamais plus il ne croiserait la route d'une personne qui lui correspondrait davantage...

---

-Hello there ! Oh ? Eberto et Mephisto sont partis ?
-Julia...
-Rai ? T'as vraiment pas l'air en forme... C'est elle, ta dulcinée ? Elle est plutôt jolie... Tu as bon goût. Enfin, je m'y attendais, hein ! J'ai été surprise, quand Fargo est venu me raconter tout ça...

Julia. La gardienne du Soleil des Auditore. Une jeune fille étonnamment normale et banale, au sein d'une famille de désaxés pareils : elle était relativement joviale et insouciante, passait le plus clair de son temps à l'infirmerie, à panser les blessures des mafieux qui rentraient souffrants et souffreteux, se montrait excessivement confiante et amusée... Elle se rapprocha du couple à pas feutrés, comme dans l'espoir de ne pas réveiller Mizeria, un sourire espiègle sur les lèvres, puis vint s'agenouiller à leurs côtés. Elle n'avait jamais vu Rai dans un si piteux état : il arrivait, bien sûr, qu'il ait recours à ses services pour se remettre sur pieds mais comme il usait toujours abondamment de son intelligence pour se préserver, il n'était pas vraiment le plus concerné par ses pouvoirs de régénération... Elle alluma sa bague sans plus tarder et invoqua son animal, incarnation de sa flamme : une grue apparut alors entre les deux amants et étendit une aile au-dessus de chaque blessé, le couvrant de flammes dorées qui se mirent à refermer les plaies petit-à-petit. Soupirant de soulagement, enfin libéré du tiraillement omniprésent qui avait bien failli le rendre dingue, le Nagafuse entendit les quelques mots que sa collègue prononça ensuite, interrogative et songeuse.

-Elle a été droguée ? C'est quoi, cette seringue ?
-Je ne sais pas... Appelle... Matthew, sur son portable... Dis-lui de venir avec un antidote... Il doit bien avoir ça...
-Hm... C'est toi qui vois, après tout. Tu vas être capable de marcher, toi ?
-Je pense, oui...
-D'accord. Silvert nous attend en bas, dans la voiture. J'envoie le message, et je reviens te chercher.

L'échange avait été bref, mais intense pour l'Auditore déjà éprouvé. Recourir à l'aide de Matthew l'insupportait mais il n'était guère l'heure de faire la fine bouche. Il avait confiance en Mizeria. Si elle avait un jour apprécié cet homme, il devait être fréquentable et respectable... Il devait croire qu'il prendrait soin d'elle. De son côté, Julia semblait lui faire confiance pour se tenir tranquille... Et il n'avait de toute façon pas d'autre choix que celui de lui obéir docilement. Avec lassitude, Rai déposa son regard sur la grue qui le fixait intensément, comme pour prévenir du moindre geste qu'il aurait été susceptible d'esquisser. Sous une surveillance aussi assidue, il lui était impensable de quitter cette pièce sans attirer l'attention de la gardienne... Qui, de son côté, n'était pas toujours aussi prompte à se montrer douce et bienveillante. S'il désobéissait à l'accord que Mark, Eberto et lui avaient dressé, il était perdu... Et Mizeria avec. La Leone ne devait sa survie qu'à la promesse que les trois hommes avaient entretenu. Dans le cas contraire, jamais les Auditores ne se seraient donnés la peine de lui venir en aide... Mais il demeurait convaincu d'avoir fait le bon choix. Le seul qui demeurait juste, en l'occurrence... S'il avait essayé de jouer la forte tête, le Nagafuse s'en serait mordu les doigts. Ils avaient trop d'ennemis, de toute part, et ils n'étaient que deux...

-Voilà. J'ai écrit un message. Je l'enverrai quand on partira. S'il nous croise, je serais obligée de le tuer...
-Je sais. Merci.
-Ta bague.

Les mâchoires du noiraud se contractèrent de plus belle mais, la mort au cœur, il s'exécuta docilement et sans piper mot. Il s'empara de sa bague et la délogea de son annulaire pour la tendre à sa collègue qui l'attrapa prestement et la glissa dans l'une de ses poches. Il était officiellement destitué de ses fonctions de gardien... C'était un retour à la case départ, pour lui. Et il sentit étrangement plus de tristesse l'envelopper qu'il n'aurait pu le croire... Les larmes commencèrent même à lui monter aux yeux et il tâcha de les réprimer aussi fièrement que possible. La fatigue y était pour beaucoup... mais savoir qu'il avait œuvré durant tant d'années pour aboutir à un résultat aussi pitoyable ne pouvait que le désespérer. Tant pis : il n'avait pas eu d'autre choix que d'agir de la sorte. Mizeria passait avant tout... Elle et son bien être. Elle méritait d'être heureuse. Plus que quiconque. Et il était déterminé à l'idée de lui dispenser du bonheur à chaque fois qu'il en aurait l'occasion, quel qu'en soit le prix. Était-il devenu une espèce d'ange gardien ? Ironique, pour un homme qui avait voué sa vie à la destruction...

-Je ne pourrai pas faire mieux, ici. Son ami finira le travail. Tu peux te lever seul ?
-Je vais essayer...
-Tiens. Attrape ma main.

Comme elle lui tendait une main spontanée, le mafieux l'attrapa nonchalamment et mécaniquement et commença à en user pour se redresser. Il était toutefois tout juste à genou qu'un puissant coup de poing vint percuter son abdomen, lui coupant le souffle pour une énième fois de la journée... Mais pas seulement. Le choc fut si virulent qu'il en perdit momentanément connaissance, s'effondrant contre la gardienne du soleil qui afficha un sourire désappointé. Elle n'avait pas confiance en lui. Pas suffisamment pour le laisser libre, même sans bague. Et les ordres, de toute façon, étaient absolument intraitables... Sans perdre un instant, elle le hissa sur son épaule, envoya le message à Matthew et déposa le téléphone juste devant Mizeria avant d'adresser à cette dernière un ultime signe de la main, qu'elle soit totalement inconsciente ou vaguement capable de distinguer ce qui l'entourait.

-Heureuse d'avoir fait ta connaissance. Essaye de ne pas mourir, d'accord ?

Et elle s'en fit, disparaissant dans la cage d'escaliers, sans plus attendre, détalant dans les marches en entraînant le noiraud avec elle. Voilà qui, de son point de vue, clôturait une affaire sordide : celle de la trahison d'un gardien, et du limogeage d'un autre. C'était la première fois depuis leur formation que les Auditore connaissaient une telle perturbation en haut lieu...

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