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 D'un bout à l'autre des enfers.

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Rai Nagafuse
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MessageSujet: D'un bout à l'autre des enfers.    Ven 22 Juin - 19:02



Même le lila blanc a une ombre.



Les heures s'étaient enfuies, s'étaient écoulées, s'étaient glissées le long de ses doigts, échappant à sa prise furieuse, à la rage formidable qui, tout en le secouant, l'avait précipité dans une léthargie crasseuse qui le poussait à s'abhorrer lui-même. Combien de jours s'étaient ainsi estompés, depuis sa perte de conscience ? Depuis qu'il avait été contraint de la laisser là, gisant, misérable, sur le sol de cet appartement qui avait vu leurs ébats, avait vu leur joie, avait vu leur amour, cet amour vif, saisissant, puissant, qu'il n'aurait jamais cru éprouver ? Tout était-il fini ? Des explications, il avait eu le temps d'en offrir. Des myriades, pléthore. Il n'avait fait que cela. Alda et Symphony, l'une comme l'autre, l'avaient questionné durant des heures... Mais si les mots s'étaient succédés mécaniquement, comme vidés de toute énergie, c'était parce qu'il était demeuré focalisé sur elle. Mizeria... Une culpabilité effarante l'habitait à son sujet. Il avait tout raté. Tout gâché. Tout condamné à la nuit, à la folie, à l'oubli. Il avait brisé leurs espoirs, les avait piétiné, l'avait offert à la solitude, à la peur et à la crainte... Il savait. Il savait tout. Du danger qu'incarnait Mephisto à la naïveté vaniteuse qui avait été la leur, lorsqu'ils s'étaient crus, tout deux, capables de lui tenir tête. Il n'existait pas de miracle. Il n'existait pas de Dieu. Ils étaient livrés à eux-mêmes... Son visage lui revint à l'esprit, et Rai n'eut d'autre choix que de gémir sa hargne et sa peine. Il aurait voulu traverser le Monde pour la retrouver, pour lui offrir ses pleurs, pour lui offrir toutes les émotions qu'il était susceptible de cristalliser... Lui en voulait-elle ? Il l'ignorait, et cette ignorance ne pouvait que lui glacer le sang... Car il l'avait compris : il ne pouvait plus se résoudre à vivre loin d'elle et de ses yeux. De son sourire, railleur mais doux, plus gracieux que la plus altières des reines, plus tendre que les nuages et plus ardent que le soleil... De sa voix, de son rire, de la danse qu'elle était constamment, de la symphonie sérénissime qu'on avait gravée en elle. Elle méritait tout... Car elle incarnait, à ses yeux, absolument tout. Toute l'harmonie, toute la beauté, toute la bonté que ce monde terne et décrépit pouvait abriter. Toute la pureté qui demeurait là, intacte, dans cet océan de déliquescence... Inébranlable, pareille à quelque figure angélique, lors même que tout autour d'elle semblait si sombre, si glauque... Et maintenant qu'il en avait conscience, il n'avait plus qu'une seule ambition : celle de le lui hurler... De lui scander tout l'amour qu'il éprouvait pour elle, et qui ne le déserterait jamais plus. Car il avait goûté à ses lèvres, à sa chaire et à son espièglerie, il ne pouvait plus l'oublier. Elle n'était pas une part de lui... Car lui, tout entier, se résumait à elle. Elle n'était plus seulement une fin en soi... Elle était à la fois l'apogée et la périgée de sa sordide existence, sa gloire et son malheur, son désespoir le plus immanent et son courage le plus transcendant. Il voulait l'aimer, en dépit des crimes qu'il avait commis, en dépit des vies qu'il avait fauchées, en dépit des idioties qu'il avait pu commettre naguère. Il voulait l'aimer... Il voulait l'aimer. Et il le ferait. Quel qu'en soit le prix. Quelles qu'en soient ses pensées. Et quels que soient les émotions qu'elle lui destinerait... Envers et contre les Auditore, envers et contre les Leone, envers et contre Mephisto, envers et contre la loi, envers et contre tout... Envers et contre elle. Il l'aimerait. Il l'aimerait à en crever, jusqu'à expirer son dernier soupir, jusqu'à ce que son corps ne soit plus, jusqu'à ce qu'on l'enterre avec elle, jusqu'à ce que leurs corps se fanent, à la laideur des années, et jusqu'à ce que leurs âmes, unies, se retrouvent enfin au firmament, dans l'infinie complicité qu'ils devaient s'offrir... Il l'aimait déjà. Il n'avait jamais aimé autrui, et il n'aimerait jamais plus autrui. Car elle était la seule dont il avait besoin... La seule qui pouvait lui offrir le Salut, l'absolution susceptible de le guérir de tous ses maux, de panser toutes les plaies qu'il avait conservé béantes. De lui offrir, enfin, l'ataraxie amoureuse que tout un chacun cherchait si avidement...

---

Il était resté en faction devant cet immeuble bien trop longtemps, mais elle n'avait toujours pas semblé vouloir s'en extraire. Y était-elle contrainte, par la faute de son ami qu'il avait vu s'y engouffrer, l'avant-veille ? Possible... Mais sa patience arrivait à son terme. Les ordres des Ciels étaient certes absolus, mais il n'était pas du genre à se montrer bête et discipliné... Non sans grommeler, il quitta la voiture qu'il avait habité durant deux jours, quasiment sans discontinuer, et se dirigea vers la porte qu'il ouvrit brusquement. Il se mit à gravir les marches jusqu'à enfin pouvoir se planter devant la porte de l'appartement qu'elle devait occuper actuellement. Et il frappa contre le bois brut avant de s'annoncer d'une voix ferme et formelle, déclinant immédiatement son identité et la raison de sa venue.

-Mademoiselle ? Je suis Gustave Van Stirling. Je suis envoyé par Symphony Lesioni, Ciel Auditore. Elle a autorisé une rencontre entre vous et Rai Nagafuse. Nous sommes attendus.

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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Ven 22 Juin - 22:31

Kiss me like it’s our last

« Matthew dégage de mon chemin.
- Non.
- Dépêche-toi avant que ça tourne mal pour toi…
- Comme les dernières fois ? Laisse-moi rire. Et dans cet état-là ? J’attends de voir ça…
- Tu serais surpris.
- Je le suis déjà de ton inconscience… Ce type sonne à la porte et toi tu veux l’écouter et te précipiter à ta propre mort ? Arrête tes conneries… Je sais que tu es inquiète pour Rai mais ça n’aidera pas d’y aller.
- Ne me parle pas de lui. Ca me concerne moi uniquement. Écarte-toi. »

La jeune femme voulu alors mettre ses menaces à exécution et frapper Matthew qui l’empêchait un peu trop de vivre à son gout… Oui, il était étouffant à agir de la sorte, bien qu’il lui eût quand même sauvé cette dite vie quelques jours auparavant. Mais elle n’en avait cure. Son sang n’avait fait qu’un tour quand on avait frappé à la porte et qu’on lui avait demandé de se rendre chez les Auditore. Mieux encore, on semblait lui offrir l’opportunité de voir Rai… Dès lors elle était prête à traverser les murs s’il le fallait pour sortir de l’appartement. Chose que son ami semblait savoir, mais il n’était nullement impressionné ou inquiété. Il arrêta son coup sans mal et soupira. Il alla même jusqu’à froncer les sourcils en voyant Mizeria arracher un de ses bandages, et pas un des moindre.

« Qu’est-ce que tu fais ? Je t’ai dit que ce n’était pas encore soigné. On va devoir le refaire maintenant.
- Pas besoin, j’y vais. Je t’ai déjà dit de dégager Matthew !
- Et tu comptes y aller en ne voyant même pas clair pour leur faciliter la tâche ?! »

Ca y est, il avait enfin crié, complètement excédé par le comportement de la blonde. Était-il en droit de réagir de la sorte ? Très certainement. Mizeria grimaça mais resta sur ses positions, le laissant s’exprimer tout en ne changeant pas d’avis. Une fois de plus, le brun intercepta ses gestes, se refusant à être poussé sur le côté. Combien de fois avait-il été face à cette situation durant les derniers jours ? Beaucoup trop… Il maintenu un de ses poignets, l’empêchant momentanément de se débattre et de filer comme elle le souhaitait.

« Même un chaton serait plus dangereux que toi à l’heure actuelle. Non… Tu es comme un poussin à peine sortit du nid. Tu tiens juste debout…. C’est une mauvaise idée d’aller comme ça se jeter chez les Auditore. »

Elle lui lança un regard noir, du moins il l’interpréta ainsi. Sa vue ne s’était que très peu améliorée depuis qu’il s’était occupé d’elle. Il ne doutait pas qu’elle revienne, mais elle ne lui en laissait pas le temps… Elle était trop précipitée qu’elle en négligeait sans mal sa santé, et semblait même prête à négliger sa vie. Au final, il l’avait bien trouvé dans ce cas de figure… Quand il l’avait retrouvée c’était dans ce même appartement, dans un état déplorable, digne de son top 5. Il avait alors sans plus attendre effectué ses soins et veillé au grain… Par chance, elle dormait déjà et pu jouir d’un repos encore de presque deux jours, tout comme lui. Car oui, une fois réveillée, les problèmes avaient commencé et il en avait presque la migraine depuis. Immédiatement elle avait cherché Rai et une fois qu’elle comprit qu’il n’était pas là, et ce depuis sa perte de connaissance, la panique s’installa. Matthew n’était pas un génie mais il avait vaguement entendu et comprit ce qu’il s’était passé chez les Auditore. Il imaginait donc sans mal le sort du Nagafuse… Quant à Mizeria, elle devait imaginer encore pire et ne pouvait s’empêcher de vouloir arrêter ça.

A son réveil, elle avait encore du mal à tenir debout et sa vue était toujours aussi mauvaise qu’elle était facile à replacer au lit. Il n’avait qu’à être témoin de ses crises de larmes et la voir tomber de fatigue par la suite… Puis la mafieuse reprit doucement du poil de la bête, alternant entre sagesse en se soignant correctement et folie de nouveau en voulant malgré tout sortir et retrouver Rai. Il avait tenté les compromis mais rien n’y faisait, elle ne voulait qu’une chose, ou plutôt qu’une seule et unique personne… Même lui avait du mal à comprendre, surtout venant d’elle. Il n’avait pas pensé qu’elle puisse être si attachée à l’Auditore… Restait qu’à ses yeux elle était dans cet état par sa faute, et elle voulait encore perdre la vie pour lui. Il l’avait donc systématiquement réprimandée et empêchée de sortir.. Évidemment le fait qu’elle ne voyait rien l’aidait grandement, il avait un avantage sur elle et profitait qu’elle soit momentanément diminuée… Mais ça ne l’empêchait pas d’y passer de sales moments, la jeune femme était rusée et déterminée. Il devait faire attention à tout. La goutte d’eau qui fit déborder le vase fut alors ce Gustave… Dès que l’annonce fut faite il savait qu’il était vaincu.

Elle se tenait là, face à lui et prête à tenter de le rouer de milles coups s’il le fallait. Le bandage qu’il avait réussi à lui faire porter pour ne serait-ce que reposer sa vue, rageusement tenu dans sa main. Elle ne comptait pas lâcher l’affaire… Et pour la connaitre il savait sans mal qu’elle était plus bornée et têtue que jamais. Il soupira une énième fois et leva sa main.

« - Combien de doigts ?
- 2.
- C’était 3. Pas de chance, tu restes encore ici…
- Matthew… »

Son ton avait changé, le faisant froncer les sourcils. Elle avait l’air déçue et à bout, mais non pas parce qu’elle s’était trompée et restait sur le constat que sa vue n’allait vraiment pas bien. Non. Elle l’implorait presque désormais pour sortir. Comprenant cela, il la regarda surpris. Rarement il ne l’avait imaginée et vue si faible, voire jamais plus il y repensait. Il avait juste l’impression qu’elle allait pleurer sur place tout comme elle l’avait fait tout au long des derniers jours. Il comprenait mal ce qui pouvait bien lier Rai et Mizeria.. Mais il voyait à quel point leurs sentiments étaient forts et tenaces. Il se demanda alors si Rai avait fait le même bazar chez les Auditore…. Si tel était le cas, il formait la paire.

« Laisse-moi aller le voir s’il te plait… Et si c’est un piège… Ainsi soit-il. Je.. Je ne continuerais pas sans lui… Je t’en prie, laisse-moi passer que je m’assure qu’il aille bien. Je peux plus continuer comme ça. »

Elle avait l’impression de devenir folle, ainsi rongée par les remords, les doutes, les incertitudes et les inconnues. Son cœur se serrait à chaque fois qu’elle pensait à Rai. Elle serra même le t-shirt qu’elle lui avait emprunté. Même l’odeur de ses vêtements commençait à s’estomper… Et plus les heures passaient, plus elle avait l’impression que ses chances de le revoir diminuaient, la plongeant ainsi dans un désespoir immense. Les larmes montèrent immédiatement de nouveau à ses yeux. Elle devait le voir, le retrouver… Elle ne voulait pas continuer à vivre ainsi, elle n’était pas capable de vivre sans lui. Face à tant de tristesse, Matthew baissa les armes et la relâcha. Il ne pouvait pas lutter éternellement… Il savait qu’à ce rythme-là, ses plaies à peine soignées finiraient par être remplacée par d’autre bien plus ravageuses, profondes et internes. Résigné, il soupira de nouveau et s’ébouriffa les cheveux. Dieu qu’il détestait se sentir si dépassé et impuissant…

« Bien… Vas y… Mais je viens avec toi.
- Non Matthew… Toi ils vont te tuer à coup sur… C’est non… »

Il soupira encore, se heurtant à la réalité de pleine face. Que pouvait-il bien faire ou à quoi servir de toute façon ? Il détestait vraiment se sentir inutile. Il lui prit le bandage des mains et lui enroula autour du poignet qu’elle puisse le conserver au cas ou. Même ses gestes elle avait du mal à les prévoir. Il se mordit la lèvre, inquiet et indécis comme jamais.

« Bien… Mais si je n’ai pas de nouvelles de toi ce soir, je préviens les Leone. »

Elle acquiesça doucement, attendant déjà depuis longtemps cet ultimatum. Il savait qu’elle ne voulait pas les avertir et encore moins compliquer la situation.. Néanmoins, il n’avait pas le choix d’agir de la sorte. Il savait qu’il avait là la condition pour qu’elle n’oublie pas de donner des signes de vie. Tendrement, il lui ébouriffa les cheveux, faisant attention à ne pas trop la secouer.

« Va le retrouver petit poussin. »

Mizeria ne rit même pas, elle tenta de lui esquisser un sourire mais en vain. Elle était trop préoccupée par Rai… Elle le remercia puis ouvrit enfin la porte. Décrire l’homme qui lui fit alors face lui était impossible, elle n’en voyait que de vagues contours… Mais elle devait pourtant lui faire confiance. Il sembla même comprendre la situation, lui offrant son bras. Elle hésita un instant puis accepta, se laissant guider à la fameuse voiture qui les attendait.

Le voyage lui parut interminable. Il lui laissa amplement le temps d’imaginer toutes sortes de scénarios et de faire remonter toutes ses angoisses. Elle avait l’impression que son cœur allait sortir de sa poitrine. Sentiment qui fut d’autant plus renforcé quand la voiture s’immobilisa. Il lui sembla dès lors que son cœur se serrait comme jamais et qu’elle était tétanisée. Elle laissa le fameux Gustave sortir et lui ouvrir la porte. Elle mit un léger temps à arriver à bouger, tentant de se sortir de cette paralysie nouvelle. Quand elle y arriva enfin, l’homme lui tendit le bras mais elle déclina. Un seul Auditore au courant de son handicap était bien suffisant.. Pour marcher il lui suivait juste de suivre vaguement Gustave. Une fois à l’intérieur elle tacherait de faire semblant d’être en possession de tous ses moyens… Ses pas se synchronisèrent quelques instants avec ceux de son chauffeur improvisé puis elle s’arrêta avant de lui rentrer dedans, face à une massive porte. Attendant qu’on lui ouvre la porte, elle songea à quel point elle aurait aimé admirer l’ampleur des lieux et repérer les moindres détails en venant ici… Elle pensa alors aussi au fait qu’elle allait voir Rai.. Et ce peu importe si sa vision était floue, seulement savoir qu’il allait bien lui était primordial. Pour le reste… Elle ne comptait pas rester en arrière et ne pas le défendre. Elle était prête à tout et avait déjà pensé à beaucoup de choses…
Codage par Libella sur Graphiorum


Dernière édition par Mizeria K. Balogh le Dim 24 Juin - 16:53, édité 1 fois
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Rai Nagafuse
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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Sam 23 Juin - 7:57



Même le lila blanc a une ombre.



Gustave n'avait qu'un seul et unique rôle : amener la Leone jusqu'au siège des Auditore dans les meilleures conditions envisageables. Quant au reste, cela ne l'intéressait pas. Il se fichait de savoir ce qu'on lui destinait, s'il s'agissait d'un traquenard ou d'une réelle grâce accordée à l'ancien gardien du Désert, ou s'ils allaient en profiter pour tâcher d'adresser un pied de nez à la famille qu'elle servait. Ainsi, il se contenta de suivre les directives dont on l'avait affublé, trop heureux de voir qu'il avait enfin la chance de se délester de cette mission, et l'amena jusqu'à une porte porte close derrière laquelle il disparut, non sans lui demander de rester patiente une petite seconde. Lorsqu'il revint, il semblait relativement dépité : il ne serait manifestement pas libre de s'en retourner vaquer à ses occupations quotidiennes tant que Mizeria se trouverait au sein de leur base... Une précaution stupide compte tenu de l'état déplorable de la jeune femme, qui aurait probablement pu être vaincue par un soldat basique et isolé, mais une précaution qu'il devinait finalement davantage prise pour elle plutôt que pour les Auditores sur lesquels elle était susceptible d'abattre sa vindicte. Les Ciels étaient respectés, certes, mais beaucoup de leurs subordonnés auraient eu bien du mal à résister à la tentation d'humilier une ennemie qui pénétrait jusque dans leur quartier général... Il la guida donc au travers des couloirs où, comme prévu, plusieurs Auditores plus ou moins patibulaires se chargèrent de la dévisager avec une animosité quasiment toujours palpable. Ils parvinrent bientôt face à une porte de bois brut, richement ouvragée, et il marqua l'arrêt un bref instant avant d'y toquer puissamment. Il attendit une réponse, qui fut prononcée par une voix féminine largement étouffée depuis l'autre côté de ces battants lourdement engoncés, puis entreprit de pousser ladite porte avant de faire signe à Mizeria de la passer. S'il y pénétra à son tour, ce ne fut finalement que pour la refermer derrière eux : il demeura donc simplement au niveau de la porte tandis qu'une voix cristalline résonnait, à l'autre bout de cette pièce majestueuse.

-Mizeria, c'est bien cela ? Je suis Symphony Lesioni, Ciel Vérificateur de la famille Auditore. Détends-toi, ce n'est pas un piège. Si j'avais voulu te tuer, je ne me serais pas sali les mains personnellement.

Malgré sa vue défaillante, Mizeria allait rapidement pouvoir se rendre compte qu'elle était effectivement dans une pièce luxueuse, qui ressemblait davantage au bureau d'un Ciel qu'à la cellule qu'on devait destiner aux traîtres et aux parjures. Elle était assise derrière un bureau massif et sous un lustre étincelant, qui semblait flamboyer plus puissamment que l'astre solaire. Elle ne tarda guère à désigner un fauteuil vacant face à elle d'un geste ample et bienveillant, insistant fortement comme si elle était d'ores et déjà au courant du mal dont souffrait la Leone. Elle n'avait pas l'air belliqueuse, en tout cas : elle était même totalement décontractée, et les deux jeunes femmes étaient de surcroît seules dans la pièce, exception faite de Gustave qui faisait de son mieux pour passer inaperçu.

-Rai a beaucoup parlé de toi. Et les yeux ne mentent pas... Il est fou de toi. Bien trop pour son propre bien. C'est étrange... Je ne l'aurais jamais imaginé dans un tel état. Alors, raconte-moi... Comment en êtes-vous arrivés là ? Une Leone qui fricote avec un Auditore, et qui accepte de se rendre dans la base ennemie pour avoir une chance de le rencontrer... Cela me semblait inconcevable.

Beaucoup de choses intriguaient Symphony. D'abord, bien sûr, les sentiments que Rai destinait à Mizeria étaient en eux-mêmes une énigme colossale. Cela faisait deux jours qu'il se lamentait, qu'on entendait ses pleurs et ses gémissements enragés de l'autre bout de la pièce où il avait été enfermé. Il refusait d'avaler quoi que ce soit, et pâlissait à vue d’œil : même les soins lui étaient insupportables, et il fallait généralement le ceinturer pour que Julia puisse remplir son office journalière. A chaque fois que la porte s'ouvrait, ils étaient obligés de poster trois hommes solidement bâtis derrière elle pour le retenir et le renvoyer d'où il venait : dans le cas contraire, furibond et animal, il s'élançait dans les couloirs aux dépens de sa propre sécurité, comme s'il ignorait le fait qu'il avait grand besoin d'une convalescence... Un tel manque d'intelligence, de pragmatisme et de raison ne seyait guère au Gardien le plus imprévisible et le plus indépendant que leur famille ait jamais compté. Ensuite, c'était du côté de la Balogh que le Ciel Vérificateur n'en finissait plus de se questionner. Il était déjà étonnant qu'un Auditore tombe en pâmoison pour une Leone... Alors l'inverse ? C'était d'autant plus vrai que Rai, s'il avait un certain charme, n'était guère le genre de personnage dont on avait instinctivement envie de se lier. Il était froid, dérangeant, impertinent, insaisissable... Il n'était pas viable, et ne représentait aucunement la stabilité que l'on recherchait inconsciemment. Certes, en plus d'être une mafieuse, Mizeria était encore une très jeune femme... Mais de là à s'amouracher d'un criminel pareil, raclure immonde aux yeux du commun des mortels ? Certes, elle appartenait à une famille qui, elle non plus, n'était pas blanche comme neige, mais il avait toujours semblé à Symphony que les Auditore représentaient tout ce que les Leone avaient tendance à exécrer... Enfin, et pas des moindres, c'était effectivement l'imprudence apparente de Mizeria qui poussait le Ciel à se questionner sur la pureté de leurs sentiments. Elle avait cru que la Leone avait dupé le gardien du Désert : chose hautement improbable, puisqu'il était généralement du genre à maîtriser toute situation dans laquelle on le glissait du bout des doigts, mais pourtant plus plausible selon elle qu'une idylle honnêtement et sincèrement réciproque. Mais il n'en était rien... Si cela avait été le cas, elle n'aurait pas pris le risque de s'introduire, à demi-handicapée, dans la forteresse de la deuxième plus sinistre famille criminelle que comptait la mafia. C'était assimilable à un suicide en bonne et due forme...

-Si tes réponses me conviennent, tu rencontreras effectivement Rai. Je n'ai aucun intérêt à le maintenir dans cet état de désolation. Nous avons dû le sanctionner, bien sûr, mais il reste l'un des premiers membres de notre famille... Alda ne l'avouera jamais, mais le simple fait qu'elle n'ait pas ordonné à Eberto de l'étriper séance tenante suffit à le prouver. Nous avons toutes les deux de l'estime pour lui. Et ce ne sont que des mots mais, à ce titre, tu n'as rien à craindre. Tu es trop insignifiante pour qu'on tente de te faire disparaître de la sorte. Et Rai a déjà été suffisamment châtié pour ses torts.

Les choses avaient été dites brutalement, mais au moins, elles avaient été dites. Mieux valait cela que de laisser Mizeria sur la défensive perpétuellement... Tant qu'elle ne commettait aucune erreur regrettable, tant qu'elle ne se montrait pas hostile, d'aucune manière, alors elle était ici chez elle, à peu de choses près. Rai n'était pas un prisonnier comme les autres : il demeurait enveloppé d'un certain prestige, compte tenu de la fonction qu'il avait occupée mais aussi et surtout de l'appui formidable qu'il avait été pour leur famille toute entière. Les Auditore aurait-il su grimper jusqu'aux sommets du monde mafieux en si peu de temps s'ils n'avaient pu jouir de ses machinations ? Nul ne savait précisément combien d'adversaires il avait pu éliminer, ni combien d'amitiés il avait su acheter... Autrement dit, il était absolument impossible de savoir s'il avait été indispensable ou si son aide n'avait été, en finalité, que relativement négligeable. Toutefois, et même s'il avait bien failli passer le point de non retour, c'était lui qui avait renseigné la famille des desseins funestes qu'ourdissait Mephisto. Il y avait certes pris part, mais il s'était arrêté avant qu'un incident regrettable n'entache son palmarès : Cianciulli était le seul à y avoir trouvé la mort, et ce type stupide avait tant joué avec le feu que personne n'était susceptible de le regretter, et surtout pas les deux Ciels... Restait que Mark s'en était tiré en bien piteux état, et que Symphony ne pouvait donc par conséquent pas décemment le laisser filer sans appliquer de punition digne de ce nom... Chose qui avait justement d'ores et déjà réalisée. Restait à savoir, selon ce que Mizeria aurait à lui adresser, si les deux tourtereaux allaient avoir la chance de quitter leur Quartier Général ensemble... Ou si leur couple était voué à la destruction, comme bien d'autres histoires shakespeariennes tissées entre deux familles aux ambitions distinctes et adverses.


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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Sam 23 Juin - 15:24

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On lui avait demandé d’attendre, et c’est donc docilement que Mizeria le fit. De toute façon, ce n’était pas dans son état qu’elle risquait de faire la forte tête et s’enfuir. En temps normal elle en aurait déjà profité pour s’éclipser et parcourir les couloirs à la recherche de Rai. Mais pour l’instant, la seule rencontre qu’elle risquait d’avoir était celle avec un mur. Elle était lucide, elle n’était capable que de faire quelques mètres toute seule et encore sans être sure de sa sécurité. Alors elle devait faire face à une première, rester sage. Avait-elle seulement la force de battre également ? Surement pas. Elle était dans un meilleur état c’était indéniable mais, malgré qu’elle ait convenablement dormi, elle n’était pas au maximum de sa forme. Elle ne dormait pas tranquille depuis que Rai avait disparu et le stress la rongeait fortement. Être à l’appartement sans rien savoir l’avait encore plus angoissée que la situation actuelle. Contrairement au moment où elle était descendue de la voiture, elle était déjà plus calme et même presque impatiente…. L’Auditore qui l’avait amenée ici n’était pas assez rapide à son gout.

Quand ce fameux Gustave réapparut enfin, il lui sembla sentir son énervement. D’habitude, railleuse comme toujours, elle en aurait profité pour l’agacer encore plus mais elle se retint. Après tout, il allait surement être celui qui allait l’accompagner jusqu’à Rai. Elle se permettrait d’être plus vindicative si besoin était, une fois que le brun serait à ses côtés. Le reste pouvait bien attendre, ça n’avait plus d’importance ni d’intérêt. Il lui intima de la suivre et une fois de plus elle s’exécuta docilement et pénétra enfin dans le repère Auditore. Ce qu’elle en distinguait était flou, et elle pensa rapidement que cela était peut-être pour le mieux. Néanmoins, les lumières et les personnes qu’elle distinguait vaguement agressèrent sa vue violemment. C’était trop d’informations pour ses pauvres yeux absolument non remis. Elle baissa donc les yeux quelque peu, tachant de les fermer un tantinet tout en continuant de suivre Gustave. Elle sentait déjà la migraine arriver… Ce n’est que quand elle manqua de lui rentrer dedans qu’elle comprit qu’ils étaient arrivés à destination. Elle releva la tête, son cœur battant la chamade, mais il sombra bien vite de nouveau. Elle ne voyait pas bien mais devinait qu’une porte si imposante dans ses contours ne pouvait clairement pas être la porte derrière laquelle elle allait trouver Rai. Gustave toqua alors à ladite porte et elle entra, sachant déjà pertinemment à quoi ou plutôt à qui elle allait être confrontée.

Son regard se déposa immédiatement sur la personne qu’elle discernait face à elle, tandis que l’homme qui l’avait jusqu’alors accompagnée fermait la porte derrière eux. La vague forme qu’elle voyait se présenta sans plus tarder. Symphony. Si elle avait possédé toute son acuité, elle l’aurait forcément reconnue avant qu’elle ne se présente... Malheureusement elle était réduite à simplement suivre le mouvement. Tout comme elle n’avait pas d’autres choix que de suivre l’invitation d’une des chefs Auditore. Doucement elle s’avança, faisant attention à ne pas tomber ou percuter quoi que ce soit et s’assit face à l’autre jeune femme.  La Leone la devinait sans mal par ses formes et par ses cheveux de jais mais aucunement par plus… C’était embêtant pour sa part qu’elle ne puisse pas bien distinguer ses yeux, elle était ainsi privée de ses déductions habituelles. Il semblait d’ailleurs que le Ciel Vérificateur partageait son opinion sur le regard d’autrui et ce qu’on pouvait en tirer. Pourtant elle ne s’en émut pas, elle gardait en tête les premières menaces de Symphony bien qu’elle ne s’en montra clairement pas impressionnée. Elle l’écouta sagement, parler de Rai, de ce qu’il s’était passé, de ses interrogations et de tout ce qui était du même acabit. La Leone pour sa part s’était contentée de s’enfoncer dans son siège nonchalamment et de croiser les bras. Elle n’était pas folle, si un combat s’engageait elle était fichue, et ce même avant ça. Pourtant elle restait fidèle à elle-même. Elle prit un temps avant de répondre, tachant d’organiser ses pensées et de ne pas réagir trop vivement à ce que Symphony venait de lui dire. Il y avait plusieurs choses qui ne lui plaisaient pas la dedans.. Mais elle n’avait rien à gagner à provoquer directement l’autre jeune femme.

« Première chose, on ne fricote pas. »

Elle lui adressa un regard dur mais posé. Elle voulait qu’elle comprenne que la situation était surement tout aussi sérieuse si ce n’était pas plus pour elle. Rai était devenu sa priorité et elle n’avait cure des Auditore et de leurs stupides règles… A vrai dire elle les haïssait même encore plus. Ils avaient en quelque sorte, à ses yeux, contraint Rai à agir de la sorte les dernières années, le faisant d’avantage sombrer… Et quand il était dans le besoin il ne faisait que se retourner contre lui et douter de lui, laissant le véritable fautif beaucoup plus en paix selon elle… Ça l’insupportait. A la pensée de Méphisto, elle fronça les sourcils. Celui-là elle s’en chargerait personnellement s’ils n’étaient pas fichus de le faire.

« Symphony... Tu permets que je t’appelle Symphony n’est-ce pas et qu’on se tutoie ? Après tout on a le même âge. Enfin à un an près… »

Elle pencha la tête légèrement sur le côté, affichant un léger sourire mais loin d’être des plus amicaux. Elle n’avait rien à leur prouver, tout comme elle ne leur devait rien. Elle était trop énervée pour les supplier à genoux ou quoi que ce soit d’autre, elle préférait largement être honnête, comptant sur l’intelligence de son vis-à-vis. Intentionnellement elle avait laissé filer cette information sur son âge pour lui montrer qu’elle savait d’une part plus d’une chose que les mafieux ordinaires et de l’autre qu’elle allait clairement jouer cartes sur table.

« Je vais être honnête. Ma première intention depuis des jours était de débarquer ici ou de monter un quelconque coup à l’extérieur pour vous faire croire que toute cette histoire n’était qu’un tissu de mensonge. Que j’avais usé de Rai, le manipulant et m’amusant de lui pour obtenir des informations sur les Auditore… Ainsi vous auriez peut-être été cléments et vous l’auriez relâché… Mais soyons logiques non ? Si j’avais vraiment fait ça je ne m’en vanterais pas, je ne voudrais pas absolument que vous le sachiez… Puis le faire dans un tel état. Quel intérêt aussi. Vous n’auriez qu’à me tuer pour régler le tout…. »

Oui elle avait pensé faire ça, se dénoncer clairement et sans hésiter pour racheter l’Auditore et le réintégrer. Il lui en aurait voulu à jamais mais au moins elle aurait pu être sure qu’il puisse se porter comme un charme… Peut être même qu’il aurait pu l’oublier, persuadé que ce tissu de mensonges était la vérité… Pourtant elle préférait largement rester en vie et être de nouveau à ses côtés. Elle ne voulait plus tout risquer bêtement. Elle avait trop à perdre désormais.

« … J’aurais accepté mon sort si ça avait pu le sortir de là. Mais... Vous auriez vu clair dans mon jeu et ça n’aurait rien changé finalement… Je ne suis pas douée comme Rai pour monter des machinations et tenir des rôles assez crédibles... Je ne lui arrive clairement pas à la cheville. »

Un léger sourire presque nostalgique passa sur ses lèvres à l’idée du brun. Elle baissa les yeux un instant, se rappelant alors sans mal les expressions et les regards qu’il pouvait avoir quand il réfléchissait… Elle l’imaginait sans mal et se rappelait de tout ce qu’ils avaient vécus. Il était comme devant, comme si elle le voyait distinctement, imprégné en elle et encore plus profondément dans sa chair. Elle ferma les yeux, voulant organiser ses pensées et se concentrer uniquement sur Rai pour répondre au mieux à Symphony.

« Tu veux savoir comment on en est arrivés là ? Eh bien je ne sais pas moi-même… Il semble que le destin nous ait toujours placé l’un sur la route de l’autre… Peut-on dire que tout s’est fait naturellement par la suite ? Je ne sais pas, je n’avais jamais connu ça. Et je ne sais pas du côté de Rai comment il voit les choses ou voudraient les dires… Pour ma part j’ai juste vu en lui autre chose que la brute que vous avez encore plus façonné au cours du temps.. Et j’ai fini par tomber amoureuse. Suis-je sincère ? Oui. Est-ce une folie ? Surement. Ai-je peur ? Non. Sauf pour lui. »

Son regard qui avait finalement fini par se perdre dans le vide au souvenir de Rai, après qu’elle ait fermé un instant les yeux, se braqua de nouveau sur Symphony affichant une nouvelle détermination. Elle pouvait lui crier à quel point elle aimait Rai, mais elle savait qu’elle n’en avait pas besoin. Ses paroles et sa position le faisait assez transparaitre selon elle.

« Je l’aime, tu l’auras entendu une fois et je ne le répéterais pas. Tout comme je ne me répéterais pas sur la suite. Libre à vous de le libérer ou pas… Mais vous avez plutôt intérêt. Je n’aurais de cesse de vous faire des ennuis et des emmerdes jusqu’à que vous lui foutiez la paix si vous ne le faites pas. Vous vous acharnez sur lui alors que c’est Méphisto qui mériterait ça. Et encore ce fils de pute mérite le pire des châtiments, si ce n’est pas tous en même temps. Alors que Rai n’avait pas le choix et vous le punissez quand même, ça me rend folle. Tout le long il n’a pas arrêté de tenter de trouver un moyen pour doubler Méphisto pour vous protéger et vous le remerciez de la sorte. Combien de fois il a été essentiel pour vous ? Combien de fois avez-vous compté sur lui et il ne vous a pas trahi ? Une seule erreur qu’on lui a obligé de faire et vous le remerciez de la sorte. Ca me dégoute… Et après vous dites que vous avez de l’affection pour lui… Montrez le. Je n’en ai rien à faire de votre famille, de votre manière de faire ou de fonctionner, ni de vos conflits mais bordel… Un de vos gardiens monte un plan pour vous tuer à votre insu depuis je ne sais combien de temps, parce que vu comme il en parlait crois moi que ce n’était pas de la veille, et vous en faites pâtir Rai qui n’a rien fait de mal… Il n’avait pas le choix. On n’avait pas le choix. Personne n’aurait fait mieux que nous dans cette situation… Certes on a fait l’erreur de laisser à Méphisto de quoi nous manipuler mais j’assume cette erreur. Faiblesse ou pas d’ailleurs, on est un tout désormais. Il est mon tout.»

Son regard resta braqué sur Symphony. Elle avait quelque peu explosé et parlé plus franchement qu'elle ne l'avait voulu au premier abord. Reparler de Méphisto n’aidait en rien sa haine, l'incitant à lui dire une bonne partie du fond de sa pensée. Quittes à être tuée directement, là dans son bureau. Il fallait qu’elle entende son point de vue également. Méphisto était fautif… Elle passa sous silence qu’ils voulaient, Rai et elle, s’attirer les faveurs des deux Ciels pour la suite, tout comme le brun usait de leur famille comme couverture pour d’autres ambitions depuis des années. Elle ne savait pas ce qu’il avait véritablement avoué… Mais au cas où, elle préférait faire l’ignorante et de toute façon il y avait suffisamment de quoi mettre sur le dos de Méphisto.

« Il a purgé sa fameuse peine qu’il ne méritait pas non ? Je retiendrais ce que j’en pense vraiment mais tu as le fond de ma pensée…. Je peux te jurer sur qui ou ce que tu veux que si je ne repars pas avec lui, je ne tarderais pas à revenir vous poser des problèmes comme vous n’en avez jamais connus. Méphisto inclus… Et c’est pour ça que je vais te le demander sans détour. Libérez Rai et rendez-le-moi ou tuez-moi sur le champ. »

Sa détermination était presque palpable. Bien qu’elle n’arrivait pas à voir les yeux de Symphony, les siens étaient toujours aussi expressifs et francs. C’était Rai et elle, ou rien. Et elle comptait bien montrer que malgré son amour pour le Nagafuse elle n’était pas prête à courber l’échine et à changer, elle avait son caractère et ses convictions. Bien que ces derniers avaient tendance à changer quelque peu au contact du brun, influencés par son amour pour lui… Amour, d’ailleurs, qui ne faisait plus que de souffrir de son impatience. Elle resta là, les yeux braqués sur Symphony, quelque peu plissés en attendant sa réponse.

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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Dim 24 Juin - 18:48



Même le lila blanc a une ombre.



Elle n'avait ni froid aux yeux, ni sa langue dans sa poche : le regard de cette Leone brillait d'une résolution colossale, similaire à celle que Rai avait affiché en parlant d'elle, en assumant leur idylle au grand jour, conscient que mentir davantage n'aurait servi à rien. L'un comme l'autre faisait montre d'une certaine maturité dans leur naïveté amoureuse et transie, comme s'ils acceptaient de confronter leur histoire romanesque au possible aux histoires sordides qui environnaient leur quotidien. Symphony frémit face à cet amour quasiment palpable qui émanait très distinctement de Mizeria, entre deux provocations assumées et deux menaces tout juste voilées : elle semblait prête à consacrer sa vie toute entière au noiraud, à lui offrir l'affection qu'il n'avait jamais eu. Si la Ciel était incapable de prendre la pleine mesure des sentiments qu'ils se vouaient l'un l'autre, elle comprenait néanmoins bien plus limpidement que cela ait pu déboucher sur leur décision terriblement irrationnelle de jouer le jeu de Mephisto et de se confronter à lui ainsi qu'à ses desseins sombres et imprévisibles. Néanmoins, plusieurs des points du petit discours de son interlocutrice la poussèrent à se renfrogner momentanément. Si elle conserva sans la moindre difficulté son sang froid, toujours pleinement maîtresse de ses réactions, elle n'en demeura pas moins agacée de se voir dicter la leçon par cette Leone qui, dans les faits, n'avait probablement pas compris ce que représentait réellement cette histoire. Des Gardiens qui s'acoquinaient pour générer des stratagèmes macabres pouvaient causer des dégâts colossaux : dégâts que les Van Sidéris ou d'autres finiraient tôt ou tard par mettre à profit en engageant un conflit direct et sanguinaire avec la famille déchirée par ces quelques querelles intestines. Les faits étaient là : si le Nagafuse s'était effectivement partiellement racheté en offrant toute la vérité à Eberto et à Mark, il avait néanmoins causé bien du tort à la famille en offrant à Mephisto l'un de ses points faibles... Lorsque la Balogh en eut terminé, la madre répondit donc avec un ton implacable et intraitable, faisant clairement comprendre à son homologue mafieuse qu'elle n'avait pas le moindre mot à prononcer à ce sujet.

-La peine que Mephisto purgera ne te regarde en aucun cas. Nous te tolérons, ici, mais tu n'as pas à nous dicter notre conduite. Si cela peut te rassurer, toutefois, il n'y survivra pas. Alda et Eberto s'en chargeront, et tu peux leur faire confiance, à ce titre. Je t'ai invitée pour converser de Rai et de votre union. Ni plus, ni moins.

Elle avait été cassante et relativement froide pour répondre à l'emportement de Mizeria, mais n'en avait pas moins bel et bien cerné le fond de ses propos. Elle lui reprochait le fait d'avoir châtié Rai, lors même que le principal fautif courrait toujours... Certes, cela pouvait avoir des relents d'injustice, d'autant plus que si le couple avait décidé de se montrer fidèle aux ambitions sordides de Mephisto, Mark et Eberto l'auraient sans nul doute payé de leurs vies... Sauf que l'équation état à la fois bien plus épineuse et bien plus périlleuse qu'elle ne semblait l'être du point de vue externe de cette petite Leone. Symphony n'en poussa pas moins un léger et fin soupir, comme exténuée par toute cette tragédie qui lui retombait sur les épaules. Elle ne s'était pas attendue du tout à ce qu'un gardien fomente à un plan aussi sinistre dans le but de déchirer la famille qu'ils constituaient jusqu'alors... Mais, après coup, elle n'en était guère surprise. Il s'agissait là du lot de toute institution criminelle : les traîtres et les opportunistes y pullulaient. Si les maîtres ne menaient pas la barque d'une main de fer, les dissensions naissaient tôt ou tard : elles se faisaient d'abord muettes et vicieuses, puis s'assumaient au grand jour et aboutissaient à des altercations plus violentes, plus regrettables. Le rôle des deux Ciels était donc actuellement de prouver à l'ensemble de leurs subordonnés qu'elles étaient dignes de leur titre... Et, par extension, au monde de la Mafia que les Auditore étaient désormais largement assez puissants pour s'occuper d'une menace intérieure avec un brio remarquable, et même éventuellement une nonchalance et une désinvolture affichée. Mephisto devait être balayé comme un insecte, certes, mais elles ne pouvaient pas non plus se contenter d'absoudre le Nagafuse pour les fautes qu'il avait commises... Car Mizeria en oubliait au moins une.

-Que vous fricotiez ou que vous vous soyez sincèrement amouraché l'un de l'autre, peu importe. Tu es l'ennemi. Les Leone sont l'ennemis. Un Gardien n'a pas le droit d'engager une relation secrète aussi intense avec un ennemi. C'est aussi simple que cela. S'il avait respecté cette règle tacite, et pourtant terriblement évidente, Mephisto n'aurait pas pu profiter de cette brèche pour passer à l'action. C'est parce que Rai a montré un signe de faiblesse qu'il a pu en tirer profit. Ni plus, ni moins. Et je suis certaine qu'à ce titre, plus d'un de tes petits camarades seraient d'accords avec moi. Sont-ils seulement au courant, pour votre petite romance ? J'en doute... Dans le cas contraire, vous auriez poussé Mephisto à réussir et à s'enorgueillir. Vous nous auriez fait tomber, puis les Leone vous auraient couverts jusqu'à l'élimination de Mephisto. Mais les Leone ne sont pas au courant... Parce que Rai s'y est opposé. Autrement dit... Tu ne sais pas comment réagiront tes petits copains lorsqu'ils l'apprendront.

Logique et directe, Symphony venait de ramener à Mizeria un fait indéniable. Les Leone et les Auditore n'étaient pas franchement en bons termes et on trouvait des partisans de la guerre ouverte d'un côté comme de l'autre de cet échiquier. Même si Rai décidait de trahir sa propre allégeance, en finalité, pouvait-il seulement avoir la garantie d'être accueilli dignement ? Non. Et c'était pour cela que la Ciel vérificatrice était aussi certaine du fait que les Leone ignoraient encore tout de cette petite histoire amoureuse... Jusqu'à récemment, en tout cas. Le conflit qui avait opposé Mark à Eberto, puis la cavale de Mephisto avaient forcément dû attirer l'attention. Elle demeurait néanmoins convaincue que le Nagafuse n'aurait jamais accepté de courir le risque de s'exposer aux représailles de la famille de Mizeria, quand bien même il vouait à cette dernière des sentiments d'une noblesse indicible. Définitivement, leur histoire possédait une dimension bien trop shakespearienne... Comprenant néanmoins qu'il était grand temps d'alléger quelque peu la discussion, puisqu'elle avait finalement eu ce qu'elle recherchait, la Ciel se redressa quelque peu et prit une voix plus douce, plus délicate et moins intransigeante. Les dires qu'elle prononça, eux aussi, furent assurément moins froids et moins catégoriques.

-Je te remercie pour ta franchise, néanmoins. Et si tu souhaites être rassurée, je ne tiens pas, personnellement, à retenir Rai derrière les barreaux éternellement. Il y serait plus à l'abri, sans nul doute, mais je doute que Mephisto n'essaye quoi que ce soit à votre encontre dans les semaines qui viendront... Même dans l'hypothèse où il réussirait à nous échapper, il a Eberto et son équipe sur les talons. Il n'est pas fou : il priorisera sa survie à la vengeance... La seule menace viendra donc des Leone. Et je compte sur toi pour l'en protéger.

Était-ce une forme de respect qui avait imbibé la dernière phrase de Symphony ? Gustave lui-même en tressaillit, débile et surpris. C'était bien la première fois qu'il entendait un Ciel faire preuve d'une relative mansuétude... Elle s'en remettait à l'ennemie pour assurer la protection de l'un de ses anciens gardiens... Une anomalie, en soi. Un paradoxe cinglant, que beaucoup risquaient de lui signaler. Néanmoins, force était d'admettre que Rai avait d'ores et déjà fait les frais de son manque flagrant de professionnalisme, et de sa folie amoureuse et égoïste de surcroît. Il avait bien failli perdre celle pour laquelle il aurait pu mourir... Cette simple idée l'avait glacé au point de le pousser à perdre la raison, ces deux derniers jours. Pousser le vice davantage n'aurait pas été de la justice : cela aurait été du sadisme. Et si Alda était prompte à y recourir pour châtier leurs ennemis, Symphony, quant à elle, songeait qu'un brin de miséricorde à l'endroit de leurs alliés ne pouvait qu'être bénéfique. En n'inspirant que la peur, que la terreur, on poussait les révoltes à naître. En n'inspirant que la pitié, on apparaissait comme étant faibles et les adversaires n'avaient pas la moindre raison de nous respecter. Seul un savant mélange des deux permettait une survie et une hégémonie digne de ce nom, hégémonie à laquelle les Auditore n'en finissaient plus de prétendre... Jouant à son tour carte sur table, presque aussi franche que son interlocutrice quelques instants auparavant, la jeune femme à la tête du mouvement criminel reprit finalement la parole, inlassable, mais toujours légèrement adoucie.

-Une réunion va avoir lieu, dans les minutes à venir. Ton passage tombe bien, donc... Alda et moi-même allons recevoir la majorité des gardiens pour nous entretenir avec eux au sujet de ton cher Rai. Et si tu veux mon avis, le résultat sera clément. Il n'a pas d'ami, c'est vrai... Mais il n'a pas d'ennemi digne de ce nom non plus. Personne ne le méprise, personne ne le hait. Tout le monde a conscience qu'il est utile, voire indispensable, à sa manière... Je doute qu'il retrouve son rang de Gardien de si tôt, mais il évitera sans nul doute la potence et les geôles. En attendant le verdict, en revanche, il demeurera ici. Libre à toi de demeurer à ses côtés pendant les délibérations, bien sûr. Chose promise, chose due : tu m'as satisfaite. Tu le verras, donc. Gustave ? Emmène-la, je te prie. Et laisse-les. J'imagine qu'ils auront grand besoin de rester seuls quelques temps, après tout cela... Oh. Mizeria ? Si tu peux réussir à lui faire avaler quelque chose de consistant, ne te prive pas. Il serait dommage qu'il dépérisse de la sorte, à quelques minutes seulement d'une hypothétique libération...

Là-dessus, Symphony se fendit d'un simple geste, laconique au possible, en direction de Gustave. Ce dernier surveilla la progression de Mizeria puis lui ouvrit la porte et la guida, non sans grimacer, lassé de devoir jouer les coursiers. Heureusement, il n'était pas assez fou pour remettre en question le bien fondé des ordres de l'un des deux Ciels : il se contenta donc d'obéir et guida bientôt l'invitée aux travers des couloirs. Ils parvinrent finalement à des allées d'une blancheur éclatante où les portes, effectivement, semblaient plus susceptibles pour clore des chambres étroites où les prisonniers les plus prestigieux étaient placés en l'attente de leur jugement. Gustave marqua l'arrêt face à l'une d'entre elles et, sans plus tarder, fit signe aux trois gorilles qui la gardaient de s'écarter : ils le firent, non sans lorgner Mizeria du haut de leur air intimidant et peu engageant, tandis que le guide s'attelait à glisser une clé dans la serrure. Il actionna cette dernière, ouvrit la porte et s'écarta quelque peu, afin de laisser passer la Leone. Lorsque celle-ci se serait engouffré, il la refermerait derrière elle sans plus attendre : elle serait capable très promptement de remarquer qu'elle se trouvait dans une pièce parfaitement blanche, encore plus pure que les dédales traversés pour parvenir jusqu'ici, et que tout était assez sommaire. Un lit, une porte qui menait probablement à une salle d'eau, une table, deux chaises... Un plateau y présentait d'ailleurs un repas quasiment intact : seul le verre d'eau avait été siroté, et ceci plus que raisonnablement puisqu'il n'en était pas encore à la moitié de son niveau originel... Ne demeurait plus qu'une personne, plus qu'une chose qui attirerait tôt ou tard l'attention de la jeune femme : Rai, également tout de blanc vêtu, agenouillé dans un coin de la pièce et qui la regardait, aussi stupide et stupéfait qu'ébahi et fasciné. Ses yeux étaient marqués de cernes si apparents qu'ils en étaient grotesques. Si on l'avait manifestement soigné, il avait défait l'immense majorité de ses bandages, probablement à force de cogner contre la porte comme un dément au début de sa rétention. Il semblait également amaigri et blafard, constat que sa posture recroquevillée accentuait certainement. Il était manifestement maladif, souffreteux, exsangue... Il allait sans dire qu'il n'avait guère pris sa convalescence très au sérieux. Comment l'aurait-il pu ? C'était elle, qu'il voulait. Pas une guérison. Pas une forme olympique. Juste elle... Et c'était elle qui venait d'apparaître.


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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Dim 24 Juin - 20:59

Kiss me like it’s our last

La blonde resta assise dans la même position mais fronça les sourcils, écoutant les dires du Ciel Vérificateur. Ses réponses ne lui plaisaient guère, et elle n’apprécia notamment pas qu’on la relègue à nouveau comme quelqu’un d’insignifiant… Ils courraient ainsi à leur perte. Et elle voyait là le plus gros défaut des Auditore. Ils se croyaient trop au-dessus des choses à son gout… Pour le cas de Méphisto, elle se sentait néanmoins concernée. Ce fou allait surement essayer de se venger un jour ou l’autre. Il devait en rêver déjà chaque nuit… Alors elle n’attendrait pas sur la famille de Rai. Si il venait à réapparaitre elle se mettait un point d’honneur à s’en occuper personnellement… Et de la manière la plus cruelle possible. Elle n’attendrait pas le bon vouloir des Auditore, et elle ne leur devait rien, elle ne voulait rien leur devoir en réalité. Dans son esprit, Rai avait beau faire partie des Auditore, elle faisait la part des choses. Encore plus depuis qu’il lui avait annoncé ses projets… Il ne leur appartenait que pour avoir un plus libre champ d’action, nullement parce qu’il partageait les mêmes convictions ou traits que les autres… Symphony avait beau se montrer posée et douce, Mizeria avait tout de même envie de lui cracher à la figure. Tout cela n’était qu’une comédie de mauvais gout à ses yeux…

Sa rage ne fit que s’accentuer quand elle parla des Leone. Elle s’aventurait là sur un terrain épineux, un qui ne lui appartenait pas.. Son regard se fit encore plus dur et elle ne montra aucun signe de doute ou de peur. Si Symphony voulait la provoquer et la chercher, elle allait la trouver… Deux peuvent jouer le jeu, ça avait toujours été un de ses jeux favoris. La Leone encaissa sans mal les dires de Symphony et se mit même à rire à la fin de ceux-ci. C’était pour elle des menaces à mi mot mais elle n’en avait cure… Le Ciel Vérificateur ne connaissait rien de sa famille et encore moins d’elle.

« Le jour où je te permettrais de savoir comment les Leone fonctionne sera celui ou je dirigerais ta famille je pense. Ils ne seront certes pas très heureux de cette histoire mais en tout cas ce ne sont pas de pitoyables tarés comme vous… Et de toute façon ça ne concerne que moi. Tu ne connais pas les Leone correctement, et tu ne me connais pas du tout… Rien que le fait que tu me traites comme quelqu’un d’insignifiant ne fait que confirmer ça. Mais nous ne sommes pas là pour parler de stratégie… »

Elle essuya sans mal la fin de l’agacement de Symphony. Cette dernière avait voulu surement la remettre à sa place et lui faire comprendre à quel point elle était plus importante et plus puissante qu’elle… Mais Mizeria n’était pas de ceux à s’arrêter sur ce genre de choses. Non. Elle jugeait de ce qu’elle voyait.. Et pour l’instant rien chez les Auditore ne lui forçait le respect. Ce n’était nullement le fait de leurs méthodes, il s’agissait juste de leur organisation et leu manière de penser… C’était encore une fois ridicule pour elle. Mais elle retint ces mots ci pour se laisser voir la possibilité de voir Rai. A défaut de faire des courbettes et de leur lécher les pieds, elle pouvait faire preuve d’un chouia de retenue…

Symphony continua sur ses souhaits de libérer Rai, arrachant un rire nerveux à Mizeria. Elle ignorait si elle trouvait Symphony pire qu’Alda à l’instant présent… Elle n’était pas logique entre ses dires et ses actions… Ce n’était qu’une mauvaise farce et elle semblait s’imposer comme quelqu’un d’extrêmement juste et mesurée. Ses mots lui donnèrent envie de vomir, et le sentiment fut renforcé à la mention de Méphisto. Son calme commençait à être de plus en plus dur à maintenir, l’impatience n’aidant guère. Elle n’était pas là pour jeter des fleurs à Symphony ou l’écouter s’étaler sur ses principes. Non, elle était là pour Rai et on ne le lui donnait pas pour l’instant. Une nouvelle fois elle fronça les sourcils.

Elle termina par une requête et en expliquant ce qu’il allait advenir de Rai… La mafieuse resta pourtant complétement calme, nullement impressionnée par ce qu’on lui demandait, et encore moins inquiète. Les Leone allaient être certes un sujet épineux mais elle saurait s’en charger. Puis Rai avait déjà tout balancé à sa famille.. Il n’avait plus son mot à dire pour l’empêcher de tout faire pareil et d’œuvrer comme elle le voulait. Le temps viendrait pour faire cela cependant, il n’y avait aucune urgence… Elle songea néanmoins à son poste, s’interrogeant sur le fait que les Auditore soient vraiment au courant de ses responsabilité et si on allait effectivement lui retirer le commandement… C’était envisageable. Mais au fond cela lui faisait-il quelque chose ? Quelque peu… Mais elle se retrouvait à se demander ce qu’elle désirait vraiment. Depuis l’affaire du tableau, elle était plongée dans des doutes plus épais et effrayants que jamais. Sa vie ne se résumait finalement à pas grand-chose, à aucun but aussi noble ou prenant que ceux de Rai par exemple… Au final, il ne lui restait plus que le Nagafuse. S’il avait été en partie à l’origine de ses doutes, il en était aussi son garde-fou, l’empêchant de complètement craquer et la faisant continue dans l’optique qu’elle trouve des réponses à ses questions… Il lui était désormais crucial, elle n’imaginait plus sa vie sans lui… Elle ne répondit rien aux explications de Symphony… Ils avaient une nouvelle fois, intérêt à libérer Rai et être cléments... Elle pouvait prendre ses menaces à la légère et la voir comme un insecte, mais Mizeria ne plaisantait pas. Lui eut-il fallu monter une armée, elle l’aurait fait… Elle voyait les failles de leur organisation sous un autre jour et pouvait en user quelque peu pour les faire éclater. Pour Rai elle était prête à tout, y compris à se jeter dans les pires batailles… Songeant qu’elle ne pouvait pas faire plus clair que précédemment elle retint ses menaces et acquiesça juste avant de se lever et d’aller vers Gustave. Elle se retourna néanmoins avant de sortir.

« Symphony. Je n’ai qu’un conseil pour toi et tes siens… Ne sous estimez personne. Vous allez courir à votre perte… L’affaire de Méphisto n’en est que la première preuve et la porte ouverte. Après que vous disparaissiez ça m’arrangerait, mais… Disons que c’est un conseil pour m’avoir permis de voir Rai. Merci pour l’entrevue avec lui, pas pour le reste. »

Elle voulut lui glisser encore quelques mots pour leur décision finale mais se ravisa, elle jeta un dernier coup d’œil au bureau, ou du moins ce qu’elle en devinait puis tourna les talons. La porte se referma derrière elle et une fois de plus ses pas furent guidés par Gustave dans les dédales de couloirs. Inconsciemment elle se mit à retenir le chemin parcouru, sorte de déformation professionnelle. Et à défaut de se mettre autre chose sous la dent également… Elle ne voyait rien de bien concret et les couloirs étaient trop silencieux. C’était dommage, elle tenait là une occasion en or… Mais elle était là pour Rai, elle se rattraperait pour son travail un autre jour. Gustave entama sa progression dans des couloirs bien trop blancs pour Mizeria, elle plissa les yeux sous la lumière et la clarté qui agressaient ses pupilles. Sa migraine pointa à nouveau et elle maudit intérieurement les Auditore pour leur gout apparemment trop prononcé pour le blanc… Ils s’arrêtèrent devant trois hommes, dont elle devina l’agressivité mais elle les ignora royalement, leur accordant juste un regard de dédain à hauteur de celui qu’ils devaient lui adresser. Gustave lui ouvrit la porte et sans attendre elle pénétra dans la pièce. Elle aurait pensé qu’elle prendrait une respiration avant de retrouver Rai, mais rien.. Elle était trop pressée… Son empressement s’arrêté néanmoins bien vite quand elle pénétra dans la cellule de Rai et que Gustave ferma la porte derrière elle… Trop de blanc. Ses yeux souffrirent de nouveau, elle maudit Matthew qu’elle entendait déjà dans sa tête la réprimander et lui coller son maudit bandage sur les yeux… Au final il le lui avait noué au poignet mais elle avait besoin de voir, ne serait-ce que flou… Elle songea alors qu’elle aurait pu faire appel à Szerelem, mais les Auditore ne l’aurait certainement pas permis… C’est donc les yeux fatigués et toujours aussi puissamment agressé qu’elle tenta de balayer la pièce du regard à la recherche de Rai. Une tache noire attira son attention dans un coin et sans hésitation elle comprit qu’il s’agissait du brun… Chance qu’il n’avait pas les cheveux blancs également. Elle l’avait donc trouvé… Ne restait plus qu’à le rejoindre. Chose qu’elle entreprit en laissant une de ses mains quelque peu ballante sur le côté. Elle se doutait qu’à sa gauche elle ne rencontrerait rien, elle était du côté du milieu de la pièce… Quant à sa droite… Ce n’était pas le moment de se ramasser misérablement.

Elle avança doucement, nullement dans la précipitation qu’elle avait normalement. Sa main buta contre quelque chose et elle comprit qu’elle se trouvait à côté d’une table très certainement…Elle y jeta un coup d’œil. Une table blanche ou quelque chose du genre… Pratique. Elle maudit les Auditore une fois de plus mais s’arrêta bien vite face au plateau qui se trouvait dessus. Dire le menu qui s’y trouvait lui était impossible mais elle comprenait sans mal qu’il y a là tout… Elle se rappela alors les dires de Symphony. Rai avait refusé de se nourrir… Elle soupira fortement, agacée. Elle saurait le faire avaler de force par la suite… Mais une chose après l’autre. Elle continua sa route jusqu’au point noir qui prenait plus la forme de cheveux qu’avant… Il ne bougeait pas. Avait-il fini sonné dans un coin car trop faible ? Ou était-il paralysé par la surprise ? Elle l’ignorait… Elle arriva enfin à ce qu’elle devinait être son niveau et s’assit face à lui, soulagée de ne plus avoir à trouver des repères ou faire attention… Néanmoins, la jeune femme était embêtée. Elle ne pouvait pas voir distinctement son état… Elle devinait qu’il était bel et bien réveillé, distinguant ses yeux ouverts… Comme à son habitude, une de ses mains vint frôler sa joue et écarter quelques mèches rebelles de son visage. Inhabituel. Elle fronça les sourcils au contact de sa peau, il n’était pas comme d’habitude, les sensations étaient différentes… Si une chose lui avait permis de connaitre le brun par cœur et justement sur le bout des doigts c’était bien leurs échanges plus que fougueux et passionnés. Elle avait appris à connaitre chacun de ses traits, chaque sensation et réaction qu’il pouvait lui offrir… A défaut de bien voir, elle ressentait tout ce qui n’allait pas. Son autre main vint quérir son torse, passant rapidement sur ses flancs. Amaigri. Elle soupira une première fois, et redescendit sa main. Cette dernière s’arrêta sur sa cuisse, tandis qu’elle maintenait son autre main sur sa joue. Elle allait lui parler quand une nouvelle sensation la coupa. Elle avait l’impression de se trouver sur quelque chose de mouillé ou d’humide… La main de la blonde quitta la cuisse de Rai et elle regarda le sang qui teintait désormais le bout de ses doigts. Elle l’étala quelque peu pour confirmer ses déductions et le regarda un certain moment. Elle sembla comme dubitative et perplexe... A vrai dire, sa rage d’avant n’était que revenue au galop et se dirigeait de plus en plus vers Rai. L’imbécile…

Sans crier gare, la main qui était sur sa joue s’écarta et ce ne fut pas une gifle qu’elle lui accorda cette fois ci mais un bon crochet du droit pour le réveiller. Il dévia sur le côté et elle l’empêcha simplement de se frapper la tête contre le mur dans son mouvement. Elle le remit droit et le regarda froidement, parlant avec une sécheresse qu’il n’avait jamais du connaitre de sa part, tout comme son poing….

« Tu me dis que tu aimes la vie, tu me demandes de faire attention à moi et au final quand je ne suis pas là tu te laisses dépérir de la sorte ? Tu voulais quoi Rai ? Finir par crever dans cette cellule ? Ça avait bien l’air parti pour espèce de crétin… Tu vas me faire le plaisir de manger ton repas et on va appeler leur médecin… Imbécile. »

Elle voulut en réalité se jeter à son cou, mais elle n’en fit rien. La rage qui l’avait accablée était partie, noyée sous une nouvelle vague de culpabilité. Elle n’était pas folle. Rai était dans cette position et dans cet état parce que la mission avait échouée.. Parce qu’elle s’était faite prendre… Elle serra les poings jusqu’au sang et se redressa. Elle n’avait pas le droit pour l’instant de se rassurer et se réconforter dans ses bras, il avait besoin de soins, de reprendre des forces.. Cet idiot ne s’était que trop négligé et surement une fois de plus par sa faute. Elle lui était devenue néfaste… Elle retourna vers la table dans l’optique de lui apporter son repas mais buta contre l’une des chaises. Elle pesta et s’appuya momentanément les deux mains sur la table, laissant passer la douleur qui venait d’embêter son pauvre tibia… Elle ragea de nouveau face à son handicap. Non seulement elle avait placé Rai dans une telle situation, l’avait amené à être à bout de force et surement au bord de la mort, mais en plus à l’heure actuelle elle ne lui était d’aucune utilité… Juste un poids mort qui ne risquait pas de le protéger convenablement. Quelques larmes tombèrent sur la table et elle s’en voulut encore plus de craquer de la sorte… Il avait besoin d’elle, il ne fallait pas qu’elle craque maintenant, il fallait qu’elle prenne soin de lui. Mais en était-elle capable ? Elle en doutait et s’en paniquait. Il lui semblait alors ne jamais avoir été suffisamment à la hauteur pour lui, de n’avoir fait qu’entrainer sa chute et le mener à sa perte… Elle perdit dès lors le peu de vue qu’elle avait, ses yeux étant embrumés des larmes qui risquaient de chuter à n’importe quel moment. Elle tentait du mieux qu’elle pouvait de les retenir, appuyée là, pitoyablement sur la table, cherchant à reprendre des repères et confiance en soi. Pourtant, elle ne voulait rien d’autre que le bien de Rai… Elle ne désirait et ne voulait que lui, que simplement retourner une nouvelle fois à ses côtés en arrière à leur repos, loin des soucis.. Était-ce encore possible ? En avait-elle réellement le droit ? Était-ce également le mieux pour lui ? Elle l’ignorait… Elle serra de nouveau les poings et se mordit fortement la lèvre. Les mots étaient plus durs encore à dire qu'à penser, tout comme les remords l'écrasaient violemment. Jamais elle n'aurait pensé être la raison de tous ses maux. D'ailleurs elle venait encore de lui en rajouter en le cognant.

« Pourquoi tu t'es infligé ça... Pourquoi tu t'es laissé dépérir comme ça... Je mérite pas que tu te mettes à mal de la sorte.. Je.. Je ne te mérite pas... Je ne te reconstruis pas Rai, je te détruis vraiment davantage...»

Elle le revit alors lui parler dans la cuisine quelques jours auparavant, peu après qu'il lui ait déclaré être sien... Il était vrai qu'il avait dit qu'elle ne pouvait pas le détruire davantage qu'elle ne l'avait reconstruit, elle n'avait pas oublié... Cependant, quelques jours après le constat était accablant... Et une fois de plus elle venait de lever la main sur lui quand elle s'était excusée justement ce jour là et c'était promis de ne plus lui faire du mal mais plutôt de se démener comme une folle pour le couvrir d'attentions et lui apporter tout ce qu'il méritait. Elle était un monstre. Elle porta sa main à ses yeux sentant les larmes encore plus prêtes à se déverser que précédemment et sa tête la faisant souffrir également plus puissamment qu'avant.


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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Lun 25 Juin - 8:16



Même le lila blanc a une ombre.



Il avait pris l'habitude de se ruer vers la sortie lorsqu'il entrapercevait une chance de fausser compagnie à sa cellule blanchâtre et triste, et c'était d'ailleurs pour cette raison, majoritairement, que trois gorilles avaient été installés à l'entrée de cette dernière. Toutefois, il n'eut cette fois-ci pas l'impulsion nécessaire pour s'y porter d'un coup d'un seul : sa cuisse fut foudroyée d'une douleur lancinante et il fut contraint d'observer la progression lente de la personne qui venait de s'inviter dans sa chambre d'infortune. S'il parvint à la reconnaître en l'espace d'une seule seconde, il eut en revanche bien plus de mal à intégrer sa présence comme étant véritable : il crut d'abord à une affabulation, à une divagation de son esprit malade, à un songe éveillé... La seule fois où il s'était effondré, trop ensommeillé, il avait passé une poignée d'heures à ne rêver que d'elle. Elle l'obsédait et l'obnubilait plus encore lorsqu'il était privé de sa proximité, de sa si chaleureuse présence qu'il avait non seulement appris à apprécié, mais qui lui semblait désormais nécessaire pour persévérer, pour survivre... Toutefois, du haut de ses pensées éreintées, le noiraud ne concevait pas qu'elle puisse avoir trouvé la route du Quartier Général des Auditores et qu'on ait pu l'y laisser se balader sans piper mot. Elle était une Leone... A quoi tout cela rimait-il ? L'idée que Mephisto puisse être derrière tout cela, qu'il s'agissait peut-être d'un piège destiné à lui faire avoue bien d'autres fautes et bien d'autres vices qu'ils avaient jusqu'à présent réussi à conserver camouflées ne tarda guère à le saisir et il sentit une bouffée d'angoisse grimper en son for intérieur. Sa respiration se fit anarchique tandis qu'elle entamait sa lente procession dans sa direction, puisqu'il demeurait tiraillé entre la crainte et le soulagement, la joie. Il doutait que Symphony soit assez sadique pour recourir à ce genre de petits stratagèmes... Mais Alda ? C'était un constat moins unilatéral et bien moins convaincu... Restait que l'ancien Gardien de la Brume avait effectivement peut-être réussi à outrepasser le barrage que constituaient les forces Auditores... Si tel était le cas, la dernière heure de Rai était probablement arrivée : compte tenu de son état physique et de son désarmement, il aurait été illusoire, de sa part, de croire qu'il avait la moindre chance de l'emporter sur son rival mortel. Toutefois, ses doutes et ses frayeurs parvinrent à s'atténuer lorsque la jeune femme, enfin portée à son niveau, prit la peine de s'asseoir avant de parcourir son corps de quelques caresses hésitantes. D'instinct, le Nagafuse comprit que quelque chose clochait : elle avait manqué d'une certaine assurance pendant sa progression, qu'il avait imputé à une hypothétique incertitude de le redécouvrir dès à présent, mais il comprenait désormais qu'il s'agissait d'un problème plus sérieux. Elle semblait avoir du mal à le détailler, comme si ses yeux visaient et parcouraient des zones plus larges, comme s'ils ne parvenaient pas à s'attarder sur les détails... Il comprit que c'était effectivement le cas lorsqu'elle passa une main sur ses côtes, puis sur sa cuisse afin de vérifier le saignement de cette dernière. Son cœur se serra alors : était-elle devenue aveugle ? Il chassa cette crainte de son esprit prestement : elle avait été capable de le localiser, après tout. Ça ne devait être qu'un souci temporaire...

Mais ce souci temporaire n'en rendit pas moins tangible, ni moins véloce le poing que la jeune femme destina à la joue de son amant. Ce dernier fut brusquement et puissamment secoué, incapable de rétorquer ni de réagir de quelque manière que ce fut : il n'en aurait pas eu la volonté, quand bien même il avait su anticiper ce geste. Il leur avait causé bien trop de tort... Toutefois, l'Auditore ne comprit qu'après coup qu'elle ne lui avait pas destiné cet accès de brutalité vis-à-vis des décisions qu'il avait prises : le discours s'assura de remettre les choses dans l'ordre et de lui rappeler quelques fondamentaux qu'il avait volontairement omis après sa brève incarcération. Il s'était négligé. Privé d'elle, il n'avait pas eu le courage de se nourrir convenablement, ou même seulement de ménager ses efforts vis-à-vis de sa jambe et de ses quelques autres blessures... Il avait été irresponsable et il comprenait que cela puisse la frustrer, avec le recul. Sa posture avait été celle d'un enfant, d'un gamin capricieux qui n'acceptait pas qu'on puisse lui ôter ce qui le rendait heureux, ce qui le rendait vivant... C'était déplorable et risible, de la part d'un mafieux de son envergure. Aussi ne chercha-t-il pas à protester, se contentant de baisser le regard, l'air affligé et abattu. Tout remuait encore trop violemment au sein de ses pensées, et son affaiblissement apparent ne l'aidait guère à démêler les informations pour savoir intelligemment de quelle manière réagir... Il fut ainsi incapable de l'interrompre tandis qu'elle s'en retournait à la table et il l'observa un moment durant, muet, pendant qu'elle le couvrait d'autres paroles plus honteuses et plus coupables. Elle semblait même larmoyer... Le noiraud, le cœur pincé, se mit à se haïr lui-même. Combien de risques avait-elle encouru pour lui parvenir ? Combien d'Auditores, qui avaient dû croiser sa route, avaient rêvé de la tuer ou de la torturer seulement sur le chemin qu'elle venait d'arpenter ? Et il n'était pas capable de la remercier pour cette peine qu'elle s'était donnée... Rageur, il serra les crocs puis se redressa péniblement, prenant garde, cette fois-ci, à ne pas appuyer avec trop d'insistance sur sa jambe amochée. Il aurait été stupide de sa part de s'effondrer à mi-chemin... Non sans étouffer un grognement de douleur, l'ancien gardien prit donc la direction de sa chère et tendre, avançant à pas feutrés et terriblement lents, bien trop à son goût. Il eut néanmoins l'occasion de mettre ce temps à profit pour recouvrer une part de sa sagacité coutumière : il ne brillait toujours pas de son ingéniosité, mais il n'en était plus réduit à l'espèce de crétin impuissant qu'il avait été jusqu'à recevoir le coup qu'elle lui avait destiné. Sans doute ses larmes, elles aussi, avaient pu lui permettre de retrouver un brin de sang froid...

Lorsqu'il fut enfin au niveau de Mizeria, Rai ne se fit pas prier pour agir aussi sèchement qu'elle n'avait pu le faire à son encontre un instant auparavant. S'il ne leva pas la main sur elle, fidèle à l'homme tendre qu'il avait toujours été à son encontre, il ne manqua toutefois pas d'imposer clairement sa vision des choses et de lui faire comprendre qu'il était également capable de se montrer dur et intransigeant. Il attrapa donc fermement et prestement l'un de ses poignets avant de tirer dessus, sans le moindre ménagement ni la moindre délicatesse, la contraignit de fait à lui faire face. Puis, sans crier gare, il contrebalança cette violence esquissée en la prenant vivement dans ses bras et en la tenant contre lui, le brouhaha de son cœur s'apaisant enfin. Sachant pertinemment que ce geste doux n'allait assurément pas suffire et que la surprise qui allait la gagner suite à son geste vindicatif n'allait pas durer éternellement, le noiraud ne tarda guère à prendre la parole, d'une voix éraillée et faiblarde qui manquait sans nul doute de la superbe qui l'habitait habituellement. Tant pis : il n'avait pas le loisir de laisser ses pauvres cordes vocales de se remettre de l'utilisation exagérée qu'il en avait fait... Il tâcha donc de contrebalancer par un ton surprenamment dur et cassant, de sorte qu'elle puisse comprendre qu'il était catégorique à ce sujet malgré sa faiblesse vocale évidente.

-Ne dis pas ça... ne dis pas ça. C'est moi qui en te mérite pas... Tu n'as aucune raison de t'en vouloir... J'ai été bête, à tous les niveaux... J'ai été bête avec Matthew, j'ai été bête avec Mephisto, j'ai été bête avec l'idée d'en avertir les Leone, j'ai été bête avec Symphony et Alda et maintenant, je suis bête avec toi. Je... J'ai cru que je ne te reverrais plus jamais... J'ai eu peur, Mizeria.

Cet aveu glaçant ne lui ressemblait guère mais il n'en était pas moins fondé. Jusqu'à présent, Rai avait toujours été maître des situations qui l'englobaient : il avait toujours fait en sorte de conserver l'ascendant sur son environnement et sur ses ennemis. Mais à cause de Mephisto, tout était parti dans un tel état de délabrements qu'il s'était retrouvé à tout subir, pour la première fois depuis des lustres. De sa rétrogradation à son incarcération, en passant par la crainte de ne plus jamais voir celle pour laquelle il vivait, celle pour laquelle son cœur battait... Son incarcération, de surcroît, n'en finissait plus de lui rappeler ces quelques mois qu'il avait déjà pu passer dans une situation similaire, enfin. Cela ne pouvait, de facto, que le renvoyer à l'impuissance crasse qui avait été la sienne lorsqu'enfant, il avait été confronté pour la toute première fois au monde de la mafia et aux atrocités qui pouvaient parfois en naître. Et cela n'avait, forcément, pas pu rajouter de lucidité au schmilblick... Tâchant de ne pas bouger d'un cheveu malgré sa jambe qui commençait à se faire sentir furieusement, le jeune criminel se mit à parcourir le dos de Mizeria d'une main suave et réconfortante. Il espéra naïvement que la même idée ne la prendrait pas, mais su d'entrée de jeu que c'était peine perdue : elle allait forcément se rendre compte des blessures qui lui lézardaient le dos, comme autant de coups de fouet qu'on lui avait fait subir. Les interrogatoires d'Alda n'étaient pas spécialement réputés pour être appréciables et délectables, en l'occurrence... Tâchant de ne pas songer davantage à ces blessures-ci, qui le meurtrissaient toujours, il fixa plus majoritairement son attention sur la Leone et reprit la parole, toujours inlassable, ne lui laissant pas vraiment la chance de l'interrompre d'aucune sorte.

-Tu es mienne et je suis tien... En me négligeant de la sorte... C'est toi que j'ai négligé. Pardon... J'avais juste si peur que... J'ai été incapable de penser à autre chose qu'à toi. Je ne suis qu'un crétin...

Il éprouvait un sentiment de détestation tenace à son propre égard : il le prouva en serrant d'autant plus fermement les vêtements de Mizeria dans ses propres poings, tout en prenant bien évidemment garde à ne pas la blesser elle. Il fit également en sorte de la serrer contre lui davantage, ignorant le peu de blessures dont il avait à souffrir et que les flammes de Julia n'avaient pas encore réussi à refermer pleinement. Même s'il ne portait pas spécialement la doctoresse dans son cœur, il devait admettre qu'il avait été spécialement et particulièrement odieux à son encontre alors qu'elle n'avait, de son côté, rien fait d'autre que suivre les ordres... Aurait-il eu un gramme de sa patience s'ils avaient dû inverser leurs rôles ? Difficile à dire... Comme quoi, si les Auditore étaient sans nul doute de redoutables meurtriers et d'odieux mafieux, ils n'en étaient pas moins des êtres humains parfois dotés de vertus indubitables... Se jurant qu'il finirait par s'excuser auprès de cette collègue vis-à-vis des propos qu'il avait pu tenir et de sa conduite tout juste scandaleuse, le Nagafuse se contenta pour l'heure de se focaliser de plus belle sur la seule personne qui lui importait réellement. Il reprit donc la parole, essayant de chasser les larmes de sa belle, trop agacé contre lui-même pour les avoir fait coulées une fois de plus.

-Je ne me comporterai plus jamais de la sorte... La prochaine fois, je t'écouterai et je t'obéirai. Si on avait agi comme tu le souhaitais... Rien de tout cela ne serait arrivé. On aurait pu vivre ensemble et... Insouciants..

Il aurait probablement dû abandonner son rêve et ses velléités, pour ce faire. Et alors ? L'idée même suffisait à l'habiter de puissants remords mais il avait néanmoins conscience de fait que ces remords-ci étaient plus supportables que les larmes de son amante. Il ne voulait plus jamais avoir à affronter sa colère ou sa tristesse... Et il ne voulait encore moins provoquer ces sentiments en elle. En tant que partenaire, il était censé lui alléger la vie, la faciliter, lui ôter une part de ses soucis et de ses tracas... Pas en rajouter de nouveaux, pas cultiver les anciens. Il avait failli, tristement et bêtement. Ce n'était pas un véritable tort, compte tenu de son inexpérience en la matière, compte tenu de la solitude dans laquelle il avait vécu jusqu'à présent, et compte tenu de la fausseté et de l'hypocrisie qu'il avait toujours dressées au premier rang de son existence... Mais ce n'en était pas moins tragique, du point de vue de Mizeria. La pauvre aurait mérité un homme d'un panache plus franc, d'une stabilité assurément plus indéniable... Elle se retrouvait pourvue d'un amant qui ignorait tout, et qui perdait, ces derniers temps, bien trop aisément les pédales. Rai était confronté à des sentiments forts, puissants, d'une intensité inégalée et qu'il n'avait jamais pu expérimenter à ce jour. La moindre affaire lui semblait donc prendre des dimensions dantesques... Et ça n'était pas simple, dans ces conditions, de s'en tenir à son rôle le plus strict : celui d'une formidable moitié capable de facilité la vie de l'être aimé. Il allait devoir faire en sorte de se montrer plus irréprochable sur ce plan, à l'avenir...

-Quand on sortira de là... Tu... Tu décideras. De ce qui est le mieux pour nous. Je m'en remets à toi...

Il avait peur que ces dires-ci ne soient mal interprétés et qu'elle n'ait l'impression qu'il se défilait, qu'il fuyait ses responsabilités... Mais au diable les craintes infondées. Elle serait sûrement capable de comprendre où il voulait en venir : pour la toute première fois depuis une généreuse décennie, il acceptait d'offrir à autrui le privilège de gouverner sa propre existence et de lui dicter sa conduite. Il était naturel qu'il lui voue une confiance aveugle, sur ce plan : elle lui était mille fois supérieure...


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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Lun 25 Juin - 20:23

Kiss me like it’s our last

Elle était là, appuyée sur la table, au bord des larmes, perdue dans ses pensées et surtout ses remords qu’elle n’entendit pas le brun se rapprocher. Un léger cri de surprise lui échappa quand elle sentit son poignet se dérober et tout son corps faire volte face. Sa tête la fit souffrir puissamment et elle resta un moment étourdie avant de comprendre ce qui venait de se passer.. Rai avait tiré sur son poignet et ce pour mieux l’englober dans ses bras. Elle resta muette un long moment, son cœur battant la chamade et se remettant doucement. Il s’était emballé par peur de la chute puis à cause de l’étreinte du brun… Il lui avait tellement manqué. Elle s’en rendait d’autant plus compte… Mizeria se détendit à son contact et l’écouta docilement… Les larmes qui menaçaient précédemment de tomber, roulèrent sur ses joues mais plus calmement que jamais. Elle relâchait tout simplement. Elle avait trouvé dans ses bras un refuge dont elle n’avait jamais rêvé… Il la protégeait de tout et lui suffisait à lui tout seul. La jeune Leone n’avait besoin de rien d’autre que ça, que lui… Elle s’en rendait compte maintenant qu’elle en avait été privée pendant des jours. Interdite elle l’écouta s’exprimer, tendant l’oreille pour mieux capter tous ses mots… A être plus proche de lui elle se rendait compte de son véritable état. Ses larmes ne firent que redoubler quand elle en comprit la gravité. Il avait poussé son corps à l’extrême. Il s’était privé de repos, de nourriture et de soins… Même dans les missions précédentes il n’avait jamais été comme ça, dans cet état-là. Son cœur se serra et elle se cala davantage contre lui, noyant ses larmes dans son haut blanc.

Il lui déclara qu’il était bête et ce sur plusieurs points, qu’il l’avait négligé en se négligeant, qu’il avait eu peur sans elle, qu’elle était désormais celle qui déciderais… A chaque instant elle voulut l’interrompre mais n’en fit rien, sentant son besoin de tout dire et qu’il faisait preuve d’un grand courage pour tout avouer… Elle s’accrocha encore plus fortement à lui et le laissa finir. Elle tenta même d’arrêter de pleurer en se concentrant sur sa douce main rassurante qui parcourait son dos et s’accrochait également à elle, mais elle n’y parvint pas. La situation était trop triste pour qu’elle arrive à se reprendre, son cœur avait été trop meurtri par son absence et souffrait de le voir ainsi. Une fois que le brun eut fini elle laissa un silence s’installer pendant un léger moment. Puis vainement, elle tenta d’essuyer ses larmes pour lui faire face du mieux qu’elle pouvait.

« Rai je… Je veux pas décider pour nous… On fera ça ensemble… Et tu n’as pas fait les mauvais choix. Ca devait forcément se passer comme ça, tu as fait au mieux… On a essayé au mieux… Et je pense qu’il faut surtout regarder le principal… On est en vie. »

Elle releva alors la tête dans l’optique de le regarder… Ce qui ne resta effectivement qu’un but. Elle ne voyait toujours pas correctement ses traits, tout comme elle n’arrivait pas à dire avec certitude à quel point il était mal en point, où il était blessé, de quoi il souffrait.. Un nouveau sanglot s’empara d’elle sous cette impuissance. La frustration des derniers jours remonta alors en flèche, lui rappelant sa propre condition et dans quel état elle avait été sans lui… Elle lui avait fait la morale mais était-elle le mieux placée ? Bon nombre de fois Matthew avait du la retenir de force pour la retenir d’aller le chercher… Elle s’était reposée mais seulement quand elle finissait par tomber de fatigue sous les larmes qui ne cessaient de se déverser. C’était la troisième fois de sa vie qu’elle avait autant pleuré. La première avait été après le massacre de sa famille, la seconde suite au suicide de son père… Mais là pourtant Rai était en vie, oui. Mais combien de jours, d’heures et de secondes avait-elle été terrifiée à l’idée de l’avoir perdu à tout jamais ? Elle s’était réveillée plus d’une fois, rêvant, ou plutôt cauchemardant, de son amant… Elle l’avait imaginé torturé jusqu’à que mort s’en suive, abattu sèchement ou encore tué par Méphisto lors de son inconscience… Trop de jours elle était restée dans le flou et dans l’angoisse. Tout ressortait à ce moment précis, s’évacuant pour mieux la rassurer et démonter ses peurs.

« J’ai tellement eu peur aussi... J’ai cru que je t’avais perdu… Que tu étais mort ou sur le point de l’être… Je.. J’ai cru devenir folle plus d’une fois. C’était insupportable... Je veux plus revivre ça Rai… Je m’en fous des choix qu’on fait, juste je veux qu’on ne soit plus séparés. »

Elle prit alors son visage entre ses mains. Ses yeux l’empêchaient toujours de voir, les larmes obstruant sa vue également… Mais pourtant, rien que le sentir frémir sous ses doigts lui suffisait. Elle caressa ses joues de ses pouces et le fixa, tentant tant bien que mal d’en apercevoir un peu plus de lui… Au diable les Auditore et les Leone. Elle ne voulait plus jamais le quitter et se préoccuper de quoi que ce soit d’autre que lui.. Elle avait vécu dans la possibilité de vivre sans lui, et elle pouvait affirmer avec conviction qu’elle n’en était pas capable. Doucement elle attira sa tête vers la sienne, tachant de ne pas lui faire mal. Elle colla son front au sien et ferma les yeux pour les reposer.

« Je t’aime Rai… »

Elle l’avait dit plus solennellement que les précédentes fois. Comme ci cette fois elle scellait la une promesse pour la vie, comme si ses sentiments voulaient s’échapper de sa poitrine et de son âme mais retranscrire l’exacte ampleur et profondeur de ses sentiments. Jamais plus elle n’aimerait comme elle l’aimait, elle le savait. Rai était devenu en l’espace de très peu de temps, plus que son amant, il était devenu sa raison de vivre… Au regard de ses doutes, elle les balayait bien volontiers si elle avait la certitude qu’il pouvait être à ses côtés. Il fallait simplement qu’on ne l’arrache plus à elle. Tout aussi doucement qu’avant, un de ses pouces s’égara sur ses lèvres comme pour repérer le chemin, et, se hissant un peu plus à sa hauteur, elle déposa ses lèvres sur les siennes. Elle l’embrassa plus doucement et tendrement que jamais, ne voulant que le réconforter et profiter de tout son être. Elle le savait, ils avaient à l’heure actuelle besoin l’un de l’autre... Peu importe qu’ils soient entre les murs Auditore. Ils leur suffisaient d’être ensemble pour soigner leurs blessures et réparer leurs cœurs blessés par le conflit et la séparation. Ils sauraient profiter de leur liberté plus tard. Seule leurs retrouvailles importaient et suffisaient amplement. Ne voulant pas forcer, elle demeura douce, une main placée sur sa joue et une autre passant sous un de ses bras pour se placer dans son dos. C’est alors qu’elle tiqua, que ses doigts sentirent les lacérations… Elle rompit le baiser et le regard avec un air inquisiteur. Quelque chose la dérangeait... Elle ne comprenait pas et ne voyait pas comment il pouvait avoir de tels marques suite au combat avec Méphisto.. Puis elle comprit. Son regard se fit plus dur et elle serra les mâchoires avant de baisser les yeux, presque honteuse. Ils l’avaient touché… Ils avaient osé. Elle ouvrit la bouche pour déverser sa haine et lui promettre vengeance, mais.. Elle se ravisa. Il n’avait pas besoin de ça à l’heure actuelle… La vengeance saurait attendre.

« Ils me le paieront… »

Elle lui adressa simplement ces quelques mots avant de prendre doucement sa main et de s’extraire à contre cœur de ses bras... Il devait être fatigué et à bout. Il était temps qu’il se repose et reprenne du poil de la bête. Elle plissa les yeux quelques instant, s’accoutumant à nouveau à l’agressive clarté des lieux dont Rai l’avait protégée en la gardant contre lui, puis elle entreprit de trouver quoi faire… Du regard elle balaya la pièce… Elle devinait qu’à l’opposé de la table devait se trouver un lit. Et qu’à toute vraie semblance, il devait s’agir de la forme floue qu’elle devinait dans un coin…

« Laisse-moi te protéger maintenant... Ou à défaut... Prendre soin de toi... Viens... »

Elle l’entraina doucement avec elle vers le lit qu’elle devinait. Il lui semblait là faire preuve d’une mauvaise farce. Elle lui promettait de le protéger et de prendre soin de lui mais elle en était incapable… Une nouvelle fois elle se sentit impuissante et en désaccord avec ses sentiments et ses envies… Elle lui intima doucement de s’asseoir, tachant de veiller malgré tout à sa cuisse. Elle connaissait au moins une ou deux de ses blessures… Elle ne prit pas la peine de s’asseoir vers lui et se dirigea sans plus tarder, ou du moins dans sa tête, vers la porte. Ses pas étaient tout aussi lents que la première fois. Dans leur appartement elle avait au moins l’avantage d’en connaitre la répartition et de l’avoir parcouru… Mais ici dans cette simple cellule, elle se sentait perdue et incertaine. La jeune femme plissa de nouveau les yeux à la recherche de la porte et s’arrêta sur les contours… Elle y toqua fortement, persuadée d’avoir largement assez de public pour l’écouter, et surtout un homme en particulier qui avait des ordres précis et ne devait pas y désobéir.

« Gustave… Excusez-moi d’abuser encore de votre temps et de votre gentillesse mais Rai aurait besoin d’un repas chaud à nouveau... Et si possible du passage du médecin ou de votre gardien en charge… Merci d’avance et désolé. »

Cela lui ressemblait peu d’être si polie et si attentive à ses mots, mais elle comprenait qu’elle n’avait pas ses ordres à donner ici, ainsi qu’elle avait eu un traitement de faveur… Elle espérait simplement qu’elle pouvait en abuser encore un peu pour le bien de Rai… N’ayant pas de réponse, elle lâcha l’affaire et prit le partit d’attendre pour être fixée… Elle tourna doucement sur ses talons et chercha Rai du regard. Une fois encore elle se répara grâce à ses cheveux et retourna tout aussi doucement et calmement que précédemment, vers lui, bien décidée à ne plus le quitter d’une semelle.



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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Mar 26 Juin - 9:10



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Les mots qu'elle décida de lui glisser purent le réconforter légèrement, là où ses pleurs et ses sanglots ne firent que le mettre à cran. Elle était dans un bien piteux état... Elle se portait peut-être mieux que lui physiquement, sa cécité partielle mis-à-part qu'il devinait tout juste, mais elle n'en avait pas moins été atteinte très intimement par cette affaire sordide et par les conséquences qui commençaient tout juste à les assaillir. Il avait perdu son rôle de Gardien, de son côté, et la myriade de privilèges qui accompagnaient cette prestigieuse fonction. Tous ses pairs étaient au courant de leur union contre-nature, malfaisante, suicidaire et auto-destructrice, et s'il allait fort probablement recouvrer sa liberté, il serait néanmoins certainement sous surveillance assidue de l'un ou de l'autre de ses anciens collègues. Rai n'était pas idiot : il comprenait que s'ils avaient frôlé la catastrophe, ils n'en avaient moins perdu un confort qu'ils ne pourraient plus s'octroyer d'ici belle lurette. Il craignait même que les Auditore ne les laissent pas reprendre contact durablement avec les Leone : Symphony et Alda n'avaient pas la moindre raison de le laisser d'enfuir jusqu'à une famille rivale, susceptible de le réintégrer contre un vœu de bonne foi. Si Mizeria arrivait à convaincre Mitsuki Kagura de son honnêteté et du bien fondé de ses idéaux, alors les Leone risquaient d'obtenir un soutien de taille, qui connaissait très bien le fonctionnement de l'autre famille de Venise et qui savait précisément où frapper pour provoquer leur ruine. Même si on acceptait son départ, on allait donc forcément le tenir à l’œil : il était improbable qu'il en soit autrement... Et cette certitude le tiraillait. Il ne voulait pas vivre son idylle dans de telles conditions : il avait envie de goûter d'une liberté absolue, à ses côtés. Elle, en tout cas, ne méritait pas une prison dorée... Il en fut d'autant plus convaincu lorsqu'elle vint déposer son front contre celui du Nagafuse, qui ferma momentanément les paupières, se réjouissant spontanément de ce geste tendre et des mots qui suivirent, et qui le furent d'autant plus. Il sentit son cœur bondir dans sa poitrine, empli d'une allégresse qui ne l'avait déserté que depuis trop longtemps. C'était stupide, mais savoir les sentiments de la demoiselle inchangés malgré le temps et les péripéties demeurait le plus grand des soulagements, à ses yeux... Lorsque leurs lèvres s'unirent, il conserva les paupières closes et oublia toute le marasme dans lequel ils s'étaient embourbés et qui n'en finissait plus de les engluer. Elle était là, contre lui, l'aimait toujours et s'offrait à lui... Comment aurait-il pu demeurer sombre et morbide ?

Malheureusement, ce dit sentiment d'allégresse s'en alla bien vite lorsqu'il fut à nouveau confronté à la torpeur de la réalité et à l'aspect glauque de leurs retrouvailles : lorsque la main de la jeune femme se mit à parcourir les lacérations dorsales qu'on lui avait infligé, sous la torture, il eut une grimace éphémère qui parvint à trahir sa douleur encore bien présente à cet endroit. Sa peau était encore terriblement délicate et sensible, comme à vif... Mizeria comprit manifestement de quoi il en ressortait et elle ne glissa qu'une promesse vaguement voilée à son amant, qui comprit limpidement de quoi il en ressortait. Elle n'allait pas leur pardonner de si tôt mais, malheureusement, pour une torture qu'elle devinait, Alda lui en avait infligé dix autres... S'il se retint d'annoncer ce sombre constat, sachant que l’apitoiement ne les mènerait pas plus loin qu'un désir follement vindicatif, le noiraud se contenta d'obéir aux directives de sa chère et tendre, d'ores et déjà humble et docile. Il n'avait assurément pas les moyens de la contredire, pour l'heure, ou de jouer à la forte tête : si elle avait voulu les nuancer, les propos qu'il avait tenus étaient pour l'heure toujours d'actualité, à ses yeux. Tandis qu'elle le relâchait et qu'elle l'amenait à tâtons en direction du lit, le mafieux s'arrangea pour lui faciliter la tâche autant que possible, la guidant en demeurant à ses côtés et en l'aidant à trouver son chemin au sein de cet enfer immaculé. Lorsqu'ils furent enfin face au lit, il fut trop heureux de pouvoir s'asseoir pesamment et ne put, de nouveau, pas retenir un grognement endolori. Sa jambe hurlait encore à l'agonie quand elle s'en retourna auprès de la porte, demandant à un interlocuteur quelconque d'aller chercher un médecin et de quoi manger. Si seul un grognement leur parvint en guise de réponse, le couple put néanmoins comprendre que la réponse qu'on leur avait adressé était vaguement positive. Profitant néanmoins de cet instant de répit et de solitude timide qu'on leur offrait, tout en conservant à l'esprit qu'ils étaient forcément espionnés et qu'il devait se trouver, dans ce genre de pièces, tout un tas de dispositifs quasiment invisibles et indécelables, l'ancien gardien prit la peine de tenir Mizeria au courant des nouveautés, de son côté, non sans voiler son visage d'un sourire penaud et pataud.

-Ils ont pris Shiho. Et mon arme, et ma bague...

C'était l'évidence même, mais le souligner lui fendait d'autant plus le cœur. Son fossa avait été un camarade de la première heure : il avait été le seul compagnon sur lequel Rai avait pu compter jusqu'à sa rencontre avec Mizeria, qui avait rebattu généreusement les cartes. S'en savoir délesté de la sorte ne pouvait évidemment pas le mettre en joie... Et c'était probablement la punition la plus cuisante, d'entre toutes celles que Symphony et Alda avaient voulu lui infliger. La plus humiliante, également... il était désormais un simple humain, incapable de subvenir à ses propres besoins, incapable de se défendre lui-même ou d'incarner la moindre menace. Eut-il possédé une once de la force d'Eberto ou de la pugnacité de Mizeria qu'il aurait été assurément plus redoutable : mais il n'était, pour l'heure, que l'épave d'un corps lâche, pleutre, couard et frêle. Sa gorge se noua violemment tandis qu'il songeait au pelage de son petit camarade de jeu, qu'il ne reverra potentiellement jamais plus. C'était là la seule chose à laquelle il avait pu penser, subrepticement, pendant que son cœur en détresse cherchait à invoquer son amante par tous les moyens. Et c'était devenu le premier de ses tracas, avec l'arrivée de sa chère et tendre... S'il parvenait à se racheter aux yeux des deux Ciels, sans doute serait-il réintégré et sans doute lui rendrait-on toutes ses armes, Shiho y compris... Mais comment y parvenir ? Il n'était ni plus ni moins qu'un humain, et il faisait bien pâle figure, comparativement à quelques gardiens. Il avait toujours été intelligent, certes, mais le Nagafuse avait toujours reposé la majeure partie de ses stratagèmes les plus ingénieux et les plus inventifs sur l'utilisation de sa flemme. Maintenant qu'il en était dépourvu, il se sentait dénudé...

-Tu n'as pas à t'en faire pour... La torture. Ce n'était pas grand chose. J'imagine qu'elle voulait surtout se passer les nerfs... J'ai déjà vu, et commis mille fois pire. Ça aura eu le mérite d'alléger ma conscience. Si c'était le prix à payer pour avoir une chance, même infime, de te revoir... Je suis heureux de l'avoir payé.

Il était bien loin d'être masochiste et ne trouvait aucun Salut au creux des fouets et des instruments de mort divers et variés... Mais il comprenait néanmoins qu'il n'avait pas le droit de se plaindre au sujet de douleurs aussi triviales. Dans l'absolu, il avait tant et tant souffert qu'endurer une estafilade ne lui suscitait plus le moindre tracas... Il espérait simplement, et probablement bêtement, que Mizeria n'en viendrait pas à être repoussée par les quelques cicatrices que cette petite séance de douleur allait à coup sûr lui offrir. Car la douleur qu'il avait le plus redoutée et qui l'avait le plus tourmentée était évidemment une douleur mentale, psychologique : celle de deviner son amante loin de lui. Les coups de fouet pouvaient bien pleuvoir qu'il n'en aurait jamais rien à faire : mais que les rôles s'échangent, et que la Leone ait à les endurer à sa place, et voilà que Rai finirait par sombrer dans la folie... C'était de ça qu'il voulait qu'elle prenne conscience : que la situation aurait pu être amplement pire, et qu'elle pouvait encore largement dégénérer. Il ne voulait pas risquer de la perdre pour une histoire de coups de fouet, qu'il était amplement capable d'ignorer... Et si la perte de Shiho l'attristait sans nul doute, il ne pouvait se contenter de tout risquer pour son vieux camarade. S'il avait un choix à réaliser, et même si cela lui fendait le cœur, il préférait encore vivre avec la Leone l'histoire paisible qu'ils auraient dû éprouver dans de meilleures conditions... Il préférait littéralement abandonner tout ce qui faisait de lui un mafieux, songeait sérieusement à se laisser dépouiller de la sorte uniquement pour le bien être et l'équilibre de leur union. C'était la posture qu'il avait embrassée en offrant la vérité à Eberto et à Mark sur un plateau d'argent, et c'était la posture à laquelle il allait demeurer fidèle jusqu'au bout.

-Quand on pourra sortir de là, on devrait... On devrait quitter Venise. Aller loin d'ici... Loin des Leone, loin des Auditore, loin de la mort. Je... Je ne veux pas t'y contraindre, bien sûr. Je l'ai déjà dit et je le maintiens, tes décisions seront les miennes, à partir de maintenant. Mais j'ai trop peur qu'on n'en finisse plus, en demeurant ici... J'ai trop peur qu'on soit constamment renvoyés à des tensions et à des rapports conflictuels. J'aimerais prétendre... à un brin de quiétude. Avec toi.

S'il ne pouvait pas se montrer plus explicite tant qu'ils étaient susceptibles d'être sur écoute, il avait néanmoins dévoilé le fond de sa pensée à son amante et il imaginait qu'elle parviendrait à comprendre sans peine où il voulait en venir. A moins de quitter Venise, ils seraient perpétuellement surveillés par les Auditore, qui craindraient de les voir contacter les Leone. Dans le meilleur des cas, on les laisserait tranquilles : dans le pire, on les utiliserait comme appâts pour piéger la famille de Mizeria. Car il ne fallait pas omettre les funestes ambitions de Symphony et d'Alda : certes, Mizeria, en tant que telle, n'avait pas un rôle suffisamment influent pour les pousser à vouloir l'étriper sur le champ... Mais elle pouvait néanmoins mener directement à la marraine des Leone. Si Mitsuki Kagura tombait, le reste de la famille suivrait bien assez tôt et Venise serait alors livrée toute entière aux griffes des Auditore. Ne resteraient alors, sur le devant de la scène, que trois familles : Van Sidéris, Auditore et Di Luna... Considérant que deux d'entre elles étaient celles qui avaient, dans le domaine, les réputations les plus querelleuses et sulfureuses, il allait sans dire que cela ne ferait qu'accroître les frictions, les tensions, et donc les dommages collatéraux. Les Leone représentaient un certain garde fou, même Rai ne l'ignorait pas... Ils devaient donc tout faire pour éviter d'être instrumentalisés par une personne ayant de néfastes ambitions. Bien sûr, fuir à l'étranger pouvait également leur permettre de brouiller les pistes et de fausser irrémédiablement compagnie à Mephisto et aux plans de vengeance sordides qu'il devait d'ores et déjà être en train de mettre en place... Restait à savoir si son amante était confortable avec cette idée ou si elle préférait, envers et contre tous les dangers, au mépris de toutes les menaces, tenter de n'en rien changer à la vie qui était autrefois la leur.

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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Mar 26 Juin - 21:31

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A peine Mizeria rejoignait le lit qu’elle entendit un grognement derrière la porte… Il semblait qu’elle avait été entendue et qu’on allait accéder à ses requêtes. Un soupir de soulagement lui échappa à l’idée que le brun puisse enfin récupérer et se faire correctement soigner… Il avait été inconscient d’agir de la sorte et l’idée même qu’il aurait potentiellement pu prolonger cet état si elle n’était pas venue lui glaçait le sang. Ils l’auraient fait mourir misérablement dans cette cellule… Au final les Auditore se moquaient bien de leurs membres et leurs bien êtres. Elle se doutait même que le traitement que Rai devait supporter n’avait rien de bien particulier au reste… Ils n’étaient pas connus pour être des enfants de cœur alors elle les imaginait sans mal être pareil entre eux. Son cœur se pinça dès lors à la pensée des Leone. Ils finissaient par lui manquer, eux et leurs idéaux peut être même trop naifs. Au moins elle avait l’habitude de vivre dans une atmosphère plus légère… Et c’est ce qu’elle souhaitait du fond du cœur offrir à Rai. Il lui tardait de quitter le quartier général des Auditore pour retourner au sien… Mais au fur et à mesure que le temps passait et après les échanges avec Symphony et Rai, la conseillère doutait. Il y avait effectivement de fortes chances que les Leone se retrouvent révoltés… Et que feraient-ils dans ces cas-là ? Elle aurait à choisir entre sa famille et Rai, et encore pouvait-on vraiment parler de choix face à ce cas de figure. Rai semblait moins réfractaire à son idée mais elle doutait également qu’il soit complètement sincère… Puis du coté de Symphony, ou d’Alda.. Allaient-elles vraiment laisser Rai en paix et partir librement avec elle ? Accepter ses futurs choix comme si de rien était ? Elle en doutait également... A ses pensée, ses pas lui semblèrent plus lourds et elle trouva place à coté de Rai presque péniblement. Son cœur continua de s’enfoncer à la mention de Shiho. La blonde pouvait sentir et comprendre la détresse de son amant. Elle aurait été effondrée si d’aventure on lui avait retiré Szerelem… Son loup était trop précieux. Il avait été son seul compagnon de route pendant des années durant et elle s’imaginait mal vivre sans lui. Le fossa avait surement du représenter la même chose pour le Nagafuse, bien qu’elle ignorait encore dans quelles mesures et ce qu’ils avaient bien pu endurer tous les deux. C’est donc peinée et compatissante qu’elle le regarda, elle posa doucement sa main sur la sienne et la serra pour lui montrer qu’elle était à ses coté et comprenait.

Rai continua à parler et elle l’écouta simplement.. Ça lui suffisait. Elle avait été trop longtemps privée de sa voix et de sa présence. Elle savait également qu’il avait besoin de parler voir de se confier. Ils avaient été séparés mais lui avait du subir encore pire qu’elle… À son réveil, Mizeria était dans des lieux connus, entourée et raisonnée… Tandis que Rai était maltraité et relégué au rang de traite par les siens. Ses dires ne firent que le confirmer. Sa main serra davantage la sienne et elle se mordit la lèvre. Il venait de parler de torture, nullement et simplement des traces dans son dos. Elle devina alors sans mal que ce qu’elle avait trouvé n’était qu’une chose parmi tant d’autres. Son estomac se souleva et elle réprima sa rage du mieux qu’elle put. Il fallait qu’elle se concentre sur Rai et sur rien d’autre… Elle saurait se venger des Auditore un autre jour, Rai passait avant tout. D’autant plus qu’il lui semblait qu’il lui demandait implicitement de rester calme et de ne pas provoquer sa famille. Il avait beau essayer de la rassurer et justifier ce qu’il avait subi, rien n’y fit. Elle fronça même les sourcils quand il déclara avoir payé le prix pour la voir. Elle ne voulait pas concevoir les choses de cette manière.. Ça la mettait encore plus hors d’elle. Un simple soupir s’échappa de ses lèvres et elle lacha doucement sa main avant de la lui broyer sans faire exprès. Elle bouillonnait de rage même si elle ne montrait rien. Dans sa colère sourde elle se recula quelque peu pour s’adosser plus loin, contre le mur du lit, étendant ses jambes. Et son geste s’avéra utile. Quand le brun lui annonça ses volontés, elle sentit qu’elle aurait pu s’en asseoir si elle ne le faisait pas déjà. Le nouvel appui contre le mur lui permettait d’au moins avoir un sens supplémentaire de la réalité et de la soutenir quelque peu.

Elle le regarda surprise tout d’abord, voulant confirmer ce qu’elle avait entendu, puis elle se mit à cligner des yeux. Ca ne lui ressemblait pas… Jamais elle ne l’aurait vu capable de demander ça… Il lui semblait qu’il lui demandait presque de prendre la suite. Pourtant, il avait des buts à accomplir. Était-il trop secoué et heurté de la dernière affaire ? Voulait-il tout lâcher ? Elle resta muette un long moment, tachant de le scruter comme elle pouvait, toujours énervée de ne pas pouvoir le faire comme elle le voulait. Quitter Venise… L’idée n’était pas idiote, même alléchante. Mais pourtant elle la dérangeait… Il lui semblait juste qu’ils prenaient le pas vers d’avantage de problèmes en faisant ça. Partir à l’autre bout du monde n’allait pas arranger leurs affaires.. Tôt ou tard ils finiraient par être rattrapés. Puis.. Vivre dans cet esprit de fuite n’était pas viable, il n’y avait rien de normal ou de la quiétude qu’ils pouvaient espérer. Elle se mit surtout à douter du bien-fondé de la chose pour Rai. Avait-il pensé à tout en annonçant cela ? Elle en doutait fortement… Elle le connaissait peu mais suffisamment pour savoir que le seul fait de laisser ses boites et surtout son fossa derrière n’allait pas le rendre heureux. Il allait finir par avoir des remords, par avoir une partie de lui qui ne serait jamais guérie et souffrirait constamment. Elle ne voulait pas lui offrir ça, elle voulait pouvoir lui donner une vie heureuse et franche. Pas une fondée sur de l’abandon et des regrets. Il fallait qu’elle règle les choses pour lui, qu’elle soit un pilier et le remette en selle, chose qu’elle n’avait finalement jamais fait pour lui. Doucement elle tendit la main vers lui, à sa recherche. Elle attrapa son pull et le tira tout aussi précautionneusement qu’avant. Elle arriva à son but en le faisant quelque peu tomber vers elle, de manière contrôlée et le faisant reposer sa tête sur sa cuisse. Elle fit attention à sa jambe et sa main brisée, ainsi qu’aux autres blessures, que rien ne se trouve dans une position vicieuse ou douloureuse. Une fois son inspection ralentie par sa vue mais sure, elle se cala de nouveau mieux contre le mur et passa une main dans ses cheveux. Elle ne tarda pas à s’épancher en caresses dans sa chevelure de jais, s’amusant même parfois avec quelques mèches. Ses yeux se fermèrent, s’octroyant enfin un peu de repos et de toute évidence, largement incapables de subir plus d’agression de la part de la blancheur des quartiers Auditore.

« On partira un peu si tu veux… Mais il nous faudra revenir un jour ou l’autre tu le sais. On ne gagnera rien à partir loin, ça ne sera que fuir et d’autre soucis ou des plus gros arriveront… On doit juste se montrer forts et soudés, ici. Et pas comme avec Méphisto.. On a été imprudents et vantards… Même au final, désunis… »

Elle n’avait pas arrêté d’y penser… Si finalement ils étaient partis en mission sur de meilleures bases, profitant et s’enivrant une dernière fois de chacun… Ils auraient surement réussi. Ils s’étaient encombré l’esprit de sottises. Pendant combien de minutes, longues et insupportables, avait-elle cru qu’elle l’étouffait ? Même si la question lui brulait encore les lèvres, même si elle voulait entendre de sa bouche que ça n’était pas le cas… Elle savait la réponse. Ils avaient toujours plus à gagner de leur amour et non de leurs doutes ou de leurs jalousies. C’était pour ça que dans le feu de l’action, ils avaient toujours été au meilleur d’eux-mêmes. Une fois lancés ils n’avaient pas le temps de chercher la petite bête et de s’en alourdir…

« Tu as tes ambitions non ? Ne lâche pas tout. Ne lâche pas cette famille et tout ce que tu as entrepris… Je… Je comprendrais. Et je serais là pour toi quoi que tu choisisses. »

Oui, elle comptait bien l’accompagner qu’il choisisse de partir, de rejoindre les Leone ou de rester avec les Auditore. Elle saurait composer tant qu’il faisait partie de l’équation. Sa main continua de se perdre dans ses cheveux, réfléchissant à la situation… Elle resta encore longuement silencieuse, analysant tous les tenants et les aboutissants possibles. C’est alors qu’une idée lui vint, folle et dangereuse… Mais qui pouvait potentiellement bien régler des choses et sortir Rai de ses déboires avec Méphisto, lui redonner du courage et redorer son blason avec le temps… Il y avait une seule inconnue… Ce que savaient les deux Ciels. Si elles étaient au courant de la dernière carte qu’elle comptait abattre... Ils étaient fichus. Elle était fichue, et l’entrainerait une fois de plus dans sa chute… Le pire étant, qu’elle ne pouvait pas l’avertir ici.. Voir surement pas avant longtemps. Elle devait prendre le parti qu’il puisse comprendre…

« Tu as confiance en moi et mes sentiments ? »

La réponse elle la devinait, mais elle désirait avoir confirmation avant de se lancer dans son plan.. Plan qui allait peut-être même crever dans l’œuf, mais il valait un coup d’essai… Par les échanges avec Symphony, elle se doutait qu’elle n’était pas connue pour tous ses qualificatifs… Après restait Alda.. Elle pouvait potentiellement en savoir plus que sa consœur et voir directement clair dans son jeu. Il restait aussi les personnes de son côté… Son idée allait bousculer beaucoup de choses et elle prenait peut-être trop le parti pris des réactions et compréhensions des gens autour d’elle… Elle avait confiance, mais était-ce réciproque jusqu’au niveau qu’elle risquait de quémander ? Peu sûr. Il lui semblait que malgré tout, l’issue était la même. Rai passait avant tout et elle devait tout faire pour le protéger.

« Rai… Et si je rejoignais les Auditore ? »


Le dire lui parut encore plus fou que le penser… Mais elle l’avait fait. Il lui semblait même qu’elle avait achevé de tout mettre en place au moment même où les mots avaient passé ses lèvres. C’était irréel et fou mais logique quelque part… Par amour elle pouvait choisir de suivre Rai. Non sans montrer un désaccord tout de même avec les Auditore… Mais au moins Rai pouvait conserver un certain statut et leur protection.. Voir récupérer Shiho, et dans le meilleur des cas redevenir gardien. Ils auraient déjà beaucoup plus la paix de ce côté-là… Il pourrait même continuer ses plans contre les Van Sidéris, voir y parvenir… Il reprendrait exactement là où elle avait coupé sa route, mais l’ayant cette fois ci à ses côtés. Mais du coté de Mizeria…. Les Leone allaient surement être révoltés, ou du moins en apparence. Intégrer les Auditore pouvait également lui permettre de récolter plus d’informations… Les siens y penseraient forcément et la couvrirait. Car c’était là son travail, son véritable travail. Espionner… Elle pouvait le faire et s’assurer du bien-être de Rai, tout comme elle pouvait envisager de faire imploser ou entrainer la destruction des Auditore. C’était plus que fou... Mais ça lui semblait plausible. Restait à savoir si au sein des Auditore quelqu’un savait qu’elle était le chef de la Vibrissa. Et autre problème de taille, il lui faudrait l’annoncer un jour ou l’autre, et de préférence assez rapidement à Rai… Tout allait se jouer suite au verdict pour le brun. Fallait-il encore qu’il lui fasse confiance et accepte sa proposition…



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Rai Nagafuse
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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Mer 27 Juin - 9:10



Même le lila blanc a une ombre.



Lorsqu'elle l'entraîna jusqu'à elle, Rai se laissa faire, quoique légèrement désarçonné dans un premier temps : il était trop heureux de l'avoir à ses côtés et ne pouvait décemment pas s'interdire un peu de tendresse, pas après sa captivité éprouvante et leurs retrouvailles tumultueuses. Il avait grand besoin de la sentir auprès de lui, d'entendre sa voix et de sentir son odeur... Ces petites choses, dérisoires et anodines, l'avaient trop marqué des jours durant pour lui être retirées sèchement, d'un coup d'un seul. Car la vérité était là : il s'était accoutumé à elle et à tout ce qu'elle dégageait. Il n'arrivait plus à s'en défaire... Il ferma les paupières, enfin relativement tranquille, l'esprit plus serein qu'au cours des dernières heures interminables, et se contenta d'entendre la réponse de Mizeria avec un pincement au cœur. S'il savait pertinemment qu'elle avait raison et que les ennuis ne déserteraient pas leur couple miraculeusement, du jour au lendemain, il avait bien du mal à se résoudre à accepter cette certitude et à la considérer comme étant chose indéniable. Il lui semblait que la vie civile quiète à laquelle la majorité des Hommes pouvaient se livrer leur était due, a fortiori après toutes les expériences plus sordides les unes que les autres qu'ils avaient pu endurer jusqu'à présent. Elle était une battante, et lui s'était condamné à la nuit et à la solitude sans y réfléchir à deux fois... Mais cela légitimait-il les péripéties auxquels ils se confrontaient sans relâche ? S'il regardait derrière eux, il avait l'impression ferme que le chemin parcouru était jonché de tant d'obstacles que les aspérités les plus minimes n'étaient ni plus ni moins que des montagnes... Le Nagafuse ne pouvait que craindre l'ampleur des dangers qui se dressaient à l'horizon, de fait : combien de jours auraient-ils avant de tomber sur un nouvel os ? D'être pris pour cible par un autre malade quelconque, souhaitant leur faire payer leur audace ou souhaitant simplement rendre leur bonheur impossible ? Ils étaient nés dans un environnement peu propice à l'épanouissement, certes... Mais cela devait-il les destiner à toujours davantage d'effroi et de panique ? Si la Leone croyait qu'ils étaient capables de tout surmonter en luttant de concert, l'Auditore, quant à lui, voyait la chose bien plus vicieusement. Il était incapable de survivre seul, et sa seule chance, fut-elle infime, de parvenir à s'en sortir victorieux, c'était de combattre avec elle. Pour lui, leur couple ne se résumait plus à une force colossale et scélérate, capable d'outrepasser les murailles les plus inexpugnables : c'était avant toute autre chose son seul espoir de survie dans un Monde au sein duquel il avait définitivement lâché prise. Depuis combien de temps avait-il été relégué au rang de spectateur de sa propre existence ?

Cette interrogation cristallisait bien des doutes. Il avait conscience du fait qu'il n'allait pas pouvoir atteindre ses objectifs initiaux sans concessions ni sacrifices : il l'avait toujours su, en fin de compte, mais s'était contenté de poursuivre aveuglément, comme si éviter d'y songer lui épargnait quelques tracas. Avait-il souffert d'insouciance et de naïveté, lors même qu'il apparaissait comme le pire des manipulateurs, comme le plus froid des calculateurs et le plus redoutable des psychopathes ? Curieux paradoxe... Les mots de Mizeria l'accompagnèrent dans ces tourments, sans pour autant parvenir à l'en extirper. A demi-mot, elle l'enjoignait à persévérer, à ne pas se laisser abattre aussi simplement. Il ne pouvait qu'apprécier autant de sollicitude, mais ne parvenait pas pour autant à se convaincre du bien fondé de ces paroles. Cherchait-elle simplement à le dynamiser, à le soulager quelque peu des peines qui étaient les siennes ? Ou pensait-elle réellement les mots qu'elle formulait, avec toute l'honnêteté dont elle était capable ? Il était lui-même trop égaré pour savoir ce qu'il ressentait intimement : il était donc, par conséquent, bien incapable de comprendre les motivations les plus intimes de la jeune femme... Pourtant, il demeura là, à l'écouter, bercé par le son de sa voix et par le sens des mots qu'elle prononçait. Il demeura là jusqu'à ce que la proposition la plus folle qu'elle aurait pu bredouiller ne franchisse finalement le pavillon de ses lèvres. Les deux questions, en suspend, demeurèrent là, comme lévitant dans les airs, tandis que le noiraud, de son côté, peinait à en comprendre le sens. Rejoindre les Auditore ? Les méninges épuisées du mafieux eurent besoin d'un temps fou pour comprendre les tenants de cette proposition inconcevable : les aboutissants n'apparurent qu'une poignée de secondes plus tard, et le tout dans un silence retentissant. Ses paupières s'écarquillèrent, alors, et il plaça sa main valide sur le lit avant d'en user comme d'un appui afin de se redresser quelque peu, plaçant son regard stupéfait dans les yeux de son amante, comme s'il avait peine à croire qu'il avait bien entendu. Et pourtant, il le savait : il n'avait pas fantasmé cette proposition. Il n'en aurait jamais eu la fantaisie : elle était bien trop rocambolesque, de son point de vue...

-Mizeria, tu...

Non. Il referma la bouche aussi promptement qu'il l'avait ouverte. Il ne pouvait pas répondre librement à ce genre d'assertion. Pas ici, et pas maintenant. Il fit de son mieux pour raviver la flamme de son intelligence, tâchant de prendre connaissance de la situation exceptionnelle et des circonstances qui les entouraient. Ils étaient probablement tout deux sur écoute, pour l'heure. Ils ne pouvaient pas s'adresser la vérité : ils devaient compter l'un sur l'autre pour la déceler au creux des mots que l'autre employait. Elle ne voulait pas rejoindre les Auditore de gaieté de cœur, c'était l'évidence même. Même pour lui, ce n'était pas un sacrifice qu'elle réalisait avec enthousiasme... Elle cherchait à lui offrir le pardon des deux Ciels. A rassurer Symphony et Alda. Si elle faisait son entrée au sein de leur famille, les autres Gardiens n'auraient plus la moindre raison de renâcler à l'idée de travailler à ses côtés : il ne serait plus vu comme un parjure, mais comme un homme ayant, par la force de l'amour, transformé l'une de leurs ennemies en formidable alliée. C'était une anomalie pour une famille aussi sombre et désabusée, mais une anomalie charmante qui risquait de provoquer l'hilarité et la liesse... Ce serait une occasion formidable de nuire à la réputation des Leone, et de les couvrir d'opprobre. De camoufler, de surcroît, la honte qui risquait de les ternir à la suite de la désertion de Mephisto. C'était bien trop avantageux, et ce sous tous les aspects, du point de vue des deux Ciels : elles ne pourraient pas refuser une telle proposition, même par pure précaution. D'un autre côté, Mizeria risquait beaucoup... Beaucoup trop, du point de vue du noiraud. Ce dernier eut un pincement au cœur en songeant qu'elle risquait de devenir la risée de sa propre famille : qu'on allait la pointer du doigt, la critiquer, et même possiblement la traquer pour l'abattre. Elle avait beau leur adresser tout un tas de qualificatifs admirables, ils n'en étaient pas moins des mafieux, rompus à l'art criminel, à l'assassinat, à la torture... Ils étaient probablement moins extrêmes que les Auditore, il voulait bien le croire, mais ils ne pourraient décemment pas passer l'éponge sur une telle trahison, par simple bienveillance. C'était hautement improbable. Sauf que...

Sauf que l'occasion était trop belle. Elle avait l'air d'avoir pensé chaque mot prononcé. Et si elle lui avait demandé de lui adresser sa confiance, c'était probablement parce qu'elle avait déjà une petite idée derrière la tête... S'il ne pouvait pas en avoir le cœur net, il croyait et voulait croire qu'elle disposait effectivement d'un moyen d'avertir les siens, et de les rassurer au sujet de cette hypothétique retournement de veste... Et ce sans attirer l'attention des Ciels Auditores. Si tel était le cas, alors il pourrait récupérer le prestige de son statut. Sa réputation, à peine entachée, lui rendrait tout sa liberté : leur couple, connu, ne pourrait plus être utilisé à leur insu et ils gagneraient une marge de manœuvre non négligeable. A deux, ils possédaient également les moyens de se compléter... Et ce n'était que le début. Pour l'heure, les compétences de Mizeria étaient brimées par la qualité relative de son anneau : s'ils parvenaient à mettre, de concert, la main sur une bague plus qualitative, elle aurait bien plus de répondant et deviendrait une guerrière formidable. Peut-être même capable de se mesurer seule à un type du calibre d'Eberto... Chose impensable, pour un gringalet comme Rai. Ils auraient alors toute latitude pour œuvrer de l'intérieur à la destruction des Auditore... S'il commençait tout juste à y voir plus clair, il restait néanmoins quelque chose qui tracassait le Nagafuse. La crédibilité. Il ne pouvait décemment pas accepter avec un grand sourire aux lèvres. Sembler du terrain en rechignant faussement ne semblait pas vraiment satisfaisant non plus... S'ils étaient bel et bien sur écoute, ils devaient faire en sorte de berner les cadres de la famille, d'endormir leur méfiance. Ils devaient feindre un conflit, ou au moins une opposition frontale. Leur faire croire qu'il n'y avait eu absolument aucune espèce de concertation psychique... Le cœur du noiraud se serra un court instant, et il hésita à adresser un geste à son amante pour la rassurer quant à la teneur des mots qu'il allait prononcer : il se retint, néanmoins, toujours par souci d'authenticité. Elle allait devoir comprendre, seule, pourquoi il érigeait une opposition aussi farouche... Et elle allait devoir réussir à lui opposer des arguments dignes de ce nom. Mais à ce titre...

-J'ai confiance en toi ! Bien sûr, que j'ai confiance en toi, mais... Enfin, Mizeria, tu t'entends ? Les Leone ne te pardonneront jamais... C'est encore pire, bien pire que notre histoire... Ils deviendront tes ennemis. Ils te traqueront, prioritairement, pour tenter de t'abattre... On sera en sécurité tant qu'on demeurera dans les parages, mais si on devait partir en mission à l'autre bout de l'Italie, tu crois vraiment qu'on s'en sortirait sans confrontation ? C'est ta famille... Je ne peux pas accepter que tu puisses y renoncer, juste pour moi... Je ne veux pas être un poids ou une contrainte. Je l'ai déjà été suffisamment...

Elle était à peine capable de le discerner. Et il était un excellent bluffeur. Ce petit jeu était périlleux, il en avait conscience. Elle risquait de ne pas comprendre où il voulait en venir, et c'était une chance unique. Une fois qu'ils seraient sortis d'ici, Mizeria n'aurait plus jamais la chance de rejoindre les Auditore : on la prendrait forcément pour une taupe. On envisagerait qu'elle avait eu le loisir de s'entretenir avec les siens pour convaincre Rai... Actuellement, tout semblait trop brutal et trop précipité : la demande était donc crédible, du côté de Mizeria. Restait à rendre l'acceptation du noiraud crédible à son tour... Et pour cela, il n'y avait qu'une seule option. Qu'elle le comprenne. Qu'elle sache où il voulait en venir, à son tour : qu'elle soit, comme il venait de le faire, capable de lire en lui comme dans un livre. Il avait l'air sidéré : elle devait comprendre que c'était feint. Il le lui avait dit : ce serait à elle de décider. De tout. Il n'allait plus jamais rechigner, plus jamais traîner les pieds face à l'une de ses propositions... Elle devait s'en souvenir. Elle devait comprendre qu'il feignait la conflictualité. C'était leur seul espoir de retourner la situation à leur avantage... Leur seule chance d'en tirer un profit gargantuesque. Leur seule chance de duper à la fois Mephisto, Alda et Symphony, et toute la famille d'un coup d'un seul... Et tout reposait dorénavant sur elle...

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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Dim 1 Juil - 20:53

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Elle avait enfin annoncé son idée à voix haute, s’effrayant surement tout autant que Rai en la prononçant. Son stratagème lui sembla dès lors plus énorme et périlleux que jamais, plus fou que sur le papier. Elle imaginait même sans mal la tête de son amant, surement étonné voir choqué, et elle ne pouvait que comprendre. Cependant, même si sa propre idée l’affolait, son esprit ne tarda pas à lui souffler que c’était une idée certes dangereuse mais pleine de promesses. Ils étaient à peine remis et couraient une nouvelle fois vers le danger s’ils s’engageaient sur ce chemin, mais s’ils en sortaient victorieux, ils s’offraient ainsi la paix qu’ils recherchaient tant depuis qu’ils se côtoyaient et qu’ils méritaient certainement. L’idée même d’une vie normale à ses côtés était trop douce et charmante pour qu’elle l’occulte et l’ignore… Son idée était même prometteuse pour eux deux, ils pouvaient s’assurer chacun de mener et tenir leurs convictions… Même si cette fois ci ils se retrouveraient à jouer tous les deux un rôle fait de toutes pièces pour parvenir à leurs fins. Seulement… Mizeria était-elle capable de tenir aussi bien que Rai ? Elle doutait de ce point. Elle ne mettait pas ses compétences de côté, elle était bien chef de sa division pour de bonnes raisons qu’elle avait de nombreuses fois rappelées. Mais cette fois-ci, cette mission-là, allait se montrer bien différente des autres… Ce n’était plus juste du travail, et un bête devoir à accomplir. Non, il y avait une part sentimentale qu’elle n’avait jamais eu avant dans ses espionnages. Elle ne pouvait nier le fait que l’implication de Rai changeait incroyablement la donne. Ce n’était plus qu’à sa propre sécurité à laquelle elle devait penser, mais à celle de son amant en priorité et sur sa confiance… Elle ne pourrait surement pas lui expliquer toute son idée de si tôt, elle devait compte sur sa compréhension et qu’il puisse comprendre qu’elle le plaçait malgré tout en priorité. La mission qu’elle venait elle-même d’esquisser était certes une opportunité trop belle et qui pouvait se montrer incroyablement fructueuse pour la suite… Mais il s’agissait également de remettre Rai en selle. Il lui semblait que ce dernier avait trop subi lors de leurs derniers combats, qu’il semblait vouloir tout couper et se retirer et ça ne lui ressemblait pas. Elle désirait le protéger et non le priver de toute initiative ou ambition… Il lui avait dit lui-même, il ne voulait pas être infantilisé. Alors de quel droit pouvait-elle lui demander de se retirer ? Elle en avait aucun. Et à ses yeux, lui demander de le faire revenait à l’enfermer auprès d’elle et le couver… L’idée ne la dérangeait pas, au moins ainsi elle pouvait être sure qu’il se porte bien et qu’elle puisse l’avoir pour elle seule, mais elle n’ignorait pas qu’agir ainsi était malsain. Tout ceci ne devenait finalement qu’une histoire de juste mesure…

Se lancer chez les Auditore de manière réfléchie mais pas trop, faire paraitre ça de manière impulsive et sentimentale également, sans paraitre ingérable et idiote… Croire en Rai et le ramener à ses sens, sans pour autant l’envoyer sur un chemin plus dangereux encore que ceux qu’il avait pu parcourir. Tout cela lui coupait le souffle et elle eut, l’espace d’un instant, envie de faire marche arrière. Ils avaient tant traversé, pouvait-elle encore leur infliger ça ? Alors qu’ils se retrouvaient à peine après avoir failli se perdre mutuellement ? Elle se sentit bien cruelle. Ses yeux s’ouvrirent pour mieux détailler la réaction de l’ex gardien, ou du moins tacher de voir un peu. Malheureusement, la clarté et la blancheur des lieux l’agressèrent encore plus violemment et puissamment que précédemment. Elle n’eut le temps que d’entrapercevoir Rai, qui lui parut encore plus flou encore, avant de placer une main sur ses yeux, son index et son pouce sur chaque tempe pour tenter de soulager quelque peu la migraine qui lui arrivait. Oui, elle était cruelle et folle en plus de ça. Ils n’étaient pas en état de se lancer dans une pareille entreprise… Déjà face à Méphisto, ils s’étaient trouvés affaiblis et cela leur avait couté. Rageuse, elle se mordit la lèvre et repensa aux sermons de Matthew. Il avait raison, à ce rythme-là elle allait finir par transformer ses blessures en dégâts irréversibles, alors qu’elle se permettait elle-même de faire des remontrances à Rai. Elle soupira, cet abruti d’anglais l’avait pourtant avertie. Elle avait été en parfaite forme dans l’appartement car il n’y avait rien d’agressif pour ses yeux… Puis l’autre brun avait su la faire se reposer. Elle comprenait désormais son erreur et sentait qu’elle avait atteint ses limites. Il semblait que la douleur qui lui pourfendait le crâne en était un rappel. Soudainement faible et misérable, elle mit un léger temps à répondre à Rai. La Leone laissa les sueurs froides passer, elle tenta d’oublier la douleur lancinante qui perforait son front et maitrisa au mieux les nausées qui semblaient faire un retour en force. C’est dans cet état là qu’elle força ses yeux à rester clos un moment pour récupérer mais qu’elle prit de nouveau la parole.

« Je m’entends Rai… Justement. Les Leone… Je m’en fous. Je les adore, c’est ma famille, d’accord ça je sais et tu le sais. Mais… Tu passes avant tout. Je l’ai bien compris à mes dépends en croyant que tu étais mort à mon réveil… Et justement parce que tu passes avant tout, je veux que tu sois bien. Tu ne le seras pas au milieu des Leone non ? Tu appartiens à cette famille… Et il me semble plus facile bizarrement que je quitte les Leone, plutôt que toi tu quittes les Auditore.. Tu veux que je fasse des choix pour nous. Alors justement, celui-ci peut paraitre fou pour nous deux mais c’est le plus sur je pense.. Après je ne te le cache pas je ne le fais pas de bonté de cœur… Vraiment pas… »

La mafieuse pensa à son boss, pauvre Mitsuki si elle l’entendait… Elle imaginait déjà sa surprise quand les nouvelles lui parviendraient. Il lui fallait l’avertir… Elle disposait certainement d’un délai vu qu’ils la connaissaient mais ils ne seraient pas fous de prendre le risque trop longtemps… Oui, il fallait qu’elle les mette au moins au courant de la manœuvre. Mais ça c’était son propre soucis… Et le leur viendrait par la suite. Elle avait foi en eux et leur capacité à agir normalement. Ils allaient surement demander sa mise à mort mais étrangement elle risquait d’y échapper à chaque rencontre avec eux. Ils sauraient maintenir les apparences avant tout… Seule la réussite et la sécurité de chacun importait. Leur force résidait là, contrairement aux Auditore qui y trouvaient leur chute. D’ailleurs pour eux… L’idée de les rejoindre ne l’enchantait vraiment pas, surtout qu’elle savait pertinemment que son intégration n’allait pas être facile et tranquille. Mais elle avait bien dû connaitre pire, elle ne les craignait pas tant que ça… C’était juste l’adrénaline de la situation qui mettait ses nerfs à cran… Du côté de Rai, repenser à sa mort lui colla la chair de poule de plus belle, se remémorant sans mal son réveil après l’échange contre Méphisto, sa panique en ne le trouvant pas à ses côtés et en apprenant qu’on ignorait où il était et comment il allait… Son cœur avait cru se briser, elle s’était alors vue des années auparavant, touchant le fond. Elle ne voulait plus jamais vivre ça. Doucement elle enleva sa main de ses yeux pour tenter d’avoir un échange de regard avec son partenaire. Il pourrait ainsi constater sa bonne foi ainsi que sa détermination. Réprimant d’autres sueurs froides, elle ouvrit légèrement les yeux et les plissa.

« Je ne demande que très peu de choses… Ne pas avoir à dire quoi que ce soit sur les Leone si j’intègre les Auditore. Le reste je saurais faire avec… Et l’autre chose très importante, c’est d’être avec toi. Le reste je m’en fiche Rai.. Ils peuvent me pourchasser s’ils veulent, j’en fais mon affaire si je peux être avec toi en contrepartie... »

Elle chercha à tâtons sa main et la lui serra doucement. Elle souffla un coup, toujours aussi rassurée de le trouver et surtout de le retrouver. Elle espérait simplement ne pas l’envoyer au-devant de plus de douleurs avec son idée.. Elle aurait à s’améliorer par la suite, devenir plus fort et surtout se soigner pour pouvoir veiller sur lui.. Elle n’avait aucune confiance dans les Auditore. Encore moins après ce qu’ils lui avaient fait subir… Mais elle saurait lui en prémunir s’il le souhaitait bien. Loin d’elle l’idée de le materniser de nouveau, mais elle comptait bien avoir son mot à dire si l’occasion se présentait… Un soupir traversa ses lèvres et elle serra sa main d’autant plus.

« Dis moi juste ce que tu souhaites toi.. Si tu en as eu assez et que tu veux quitter les Auditore je te suivrais et je serais là quoi qu’il arrive. Je lutterais pour te faire intégrer les Leone. Ou si tu veux juste une vie civile je te suivrais également... Je veux juste savoir ce que tu vois et veux pour la suite. Pour l’instant on est encore sous le coup de ce qu’on a subi avec Méphisto.. Sache que rien ne changera de mon côté mais si tu as besoin de temps pour réfléchir je te le laisse. Je ne veux pas t’infantiliser, vraiment pas.. Ne crois pas encore ça… Alors ne me laisse pas tous les choix à prendre, surtout pas les tiens.. Je ne dirais qu’une chose, prends soin de toi avant tout. Ne pense qu’à ça en priorité. »

Elle sera sa main de plus belle et ferma les yeux, sentant qu’elle arrivait à sa limite de nouveau. Elle s’appuya plus fortement contre le mur, cherchant à relâcher toute pression qui pouvait potentiellement aggraver son état. Elle avait l’impression d’avoir une fois de plus heurté un mur, comme le moment où Méphisto s’était joué d’elle. Une fois de plus elle se mordit la lèvre. Rai avait-il su comment il avait procédé ? L’idée que le gardien de la brume soit le dernier homme qu’elle ait embrassé pour l’instant lui glaça le sang et elle réprimé un haut le cœur différent des autres.

« Je sais qu’on est fatigués et en sale état, et en prime pris doutes et de remords.. Du moins pour moi. Mais dans tout ce bordel, je t’assure que mes convictions sont inchangées.. Il n’y a que toi. »

L’image de Méphisto dans la ruelle vint la hanter de plus belle ainsi que la culpabilité. Devait-elle lui avouer ? Elle avait l’impression d’avoir fauté quand elle n’avait fait qu’être rouler dans la farine… Elle s’était faite avoir par ses sentiments pour Rai et avait au final commis des erreurs comme jamais… Saurait-il lui pardonner ? Finalement ils étaient dans une telle situation par sa faute. Honteuse, elle baissa les yeux et grimaça sous la rage et les regrets qui revenaient de plus belle.

« Rai je suis désolée… On est dans cette situation par ma faute. C’est moi qui n’ait pas voulu obéir correctement à Méphisto… Et… C’est moi qui lui ai donné l’avantage. Il… Il m’a fait croire que c’était toi… Que tu revenais du bar, qu’on avait fini. Ce n’est que quand il m’embrassait déjà que j’ai compris mon erreur et c’était trop tard… Je me suis fait avoir bêtement et je suis tellement désolée pour tout ça. Même après j'ai pas réussis à répliquer correctement.. Je savais que ce n'était pas toi, mais je.. Je pouvais juste pas. »

Elle sentit presque les larmes arriver et il lui sembla que son crane risquait de se scinder en deux si elles sortaient. Elle lâcha à contre cœur la main de Rai et posa ses deux mains sur ses arcades cette fois ci, tachant au mieux de repousser la douleur qui semblait sévir de plus belle sous le poids des reproches qu’elle s’adressait. Toujours aussi honteuse, elle garda la tête basse et s’aida de ses cuisses pour mieux appuyer ses coudes et faire pression sur son front. Elle ne souhaitait finalement qu’une chose, remonter dans le temps et tout rendre plus facile pour eux et gommer ses erreurs… Gommer ce stupide baisé et ces images de Rai la menant à mal qui au final n’étaient que fausses. Elle désirait plus que tout, qu’ils n’aient pas eu affaire à un pareil psychopathe, ni aux autres, que le brun n’ait jamais eu à subir de tels traitements… Si elle avait pu elle aurait réécrit leur histoire, elle l’aurait fait sans hésiter. Hélas… C’était impossible… Finalement, elle commençait même peut être à en écrire une pire.



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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Lun 2 Juil - 13:40



Même le lila blanc a une ombre.



Avait-elle compris qu'il mentait, et que son accord avait d'ores et déjà été gagné, mais qu'il tâchait de conserver une posture de façade afin de mieux berner les Auditore ? C'était la première fois depuis des lustres que Rai n'avait pas la moindre idée des pensées qui se succédaient et qui s'alternaient au sein de l'esprit embrumé de son amante : elle semblait si déboussoler qu'il n'était pas convaincu qu'elle-même y voyait réellement clair. Pourtant, il ne pouvait que respecter son engagement et sa pugnacité... Elle songeait encore à se battre et à en pas baisser les bras lors même qu'ils avaient eu à écumer des flots bien sinistres, lors même que leur idylle avait viré à la tragédie et avait bien failli incarner un théâtre des plus macabres. Ils n'étaient pas morts, par miracle, et avaient pu se retrouver... L'un comme l'autre allaient porter les stigmates de cette cinglante déconfiture durant de longs jours. Lui, malgré les soins dont il avait d'ores et déjà pu bénéficier, risquait d'avoir bien du mal à gambader joyeusement... Sa main, également, lui faisait encore souffrir un martyr épouvantable lorsqu'il la mettait à contribution, par négligence ou par bêtise. Elle, de son côté, semblait définitivement privée d'une bonne partie de ses capacités sensitives : ses yeux ne semblaient plus distinguer grand chose lorsqu'elle n'était pas obligée de les tenir clos. S'il aurait aimé en savoir plus à ce sujet, ne fut-ce que pour se rassurer lui-même, le Nagafuse tâchait de ne pas la harceler et de demeurer aussi concentré que possible sur le fil actuel de leur conversation. Leurs blessures viendraient après : un médecin, de toute manière, n'allait probablement pas tarder à s'inviter dans cette chambre immaculée et resplendissante... Il aurait certainement les compétences nécessaires pour surveiller la vision de Mizeria afin d'en dire un petit peu plus au mafieux, à ce sujet. Car si ce dernier avait, de son côté, effectivement décidé de se montrer docile et raisonnable, il allait sans dire qu'il allait veiller à ce que la demoiselle le soit au moins autant que lui : il était hors de question qu'il soit le seul à bénéficier d'un soutien médical de qualité... Ils seraient remis sur pieds et retapés parfaitement ensemble, ou ils continueraient à souffrir et à subir une convalescence des plus dérangeantes ensemble. Nul répit pour l'un si l'autre était en peine : ils partageraient tout, car c'était leur seul moyen de supporter le monde terne et morose qui, les encerclant et les engloutissant, menaçait de les happer et de les détruire irrémédiablement.

Mais le peu de résolution et de détermination que Mizeria avait réussi à ressusciter au sein du regard de Rai ne tarda guère à s'évanouir tandis qu'il comprenait qu'il existait, derrière ces ambitions démesurées qu'elle semblait brandir, une vérité plus sinistre. S'il tenta d'anticiper ses propos en la dévisageant scrupuleusement, blême et interdit, le souffle plus court que jamais, il n'y parvint nullement. Il prit seulement conscience du fait qu'elle allait lui adresser des propos pénibles à encaisser lorsqu'elle lui attrapa la main. La tirade s'éternisa et le mafieux, aux aguets du moindre mot, de la moindre syllabe que sa chère et tendre prononçait, manqua de défaillir en omettant de respirer durant tout ce laps de temps. Lorsqu'il perçut enfin les mots qu'elle semblait avouer à grand peine, et lorsqu'il comprit que c'était la culpabilité qui la rongeait de la sorte, il sentit son cœur se serrer. Un fort sentiment de dégoût et de révulsion l'habita, le secoua quasiment d'une nausée. Il ne chercha pourtant pas à bouger d'un cheveu, demeurant stoïque et hébété, encaissant cette vérité indéniable sans parvenir à savoir précisément comment y réagir. Bientôt, il comprit que son sentiment de haine, de plus en plus tenace et de plus en plus solidement ancré en lui, ne s'en irait pas de si tôt : il eut envie d'extérioriser cette hargne soudaine en frappant le mur ou en hurlant sourdement, mais il se contint à grand peine et se contenta plutôt de s'affaisser quelque peu tandis que la Leone, quant à elle, apparemment bien en peine et en proie à des douleurs qu'il devinait aussi physiques que psychiques, se recroquevillait quelque peu en rompant le contact fébrile qu'elle avait initié entre eux. A cette vision misérable, l'Auditore eut le cœur si larmoyant qu'il comprit instantanément que la rancœur qu'il entretenait et qui fructifiait si généreusement en son sein ne lui était pas destinée : au contraire, c'était précisément parce qu'il l'aimait déraisonnablement qu'il était habité de cette colère vorace et inextinguible. Mephisto. Encore une fois, tout était la faute de cette pourriture-ci. Les dents du Nagafuse se serrèrent en même temps que ses poings tandis que ses yeux, quant à eux, auraient probablement foudroyé le gardien de la Brume s'ils avaient eu le loisir de se positionner sur sa vicieuse silhouette. Ses entrailles hurlèrent de plus belle, appelant à la vengeance, au meurtre, et il ne parvint à réaliser sa propre rage qu'au moment où il sentit les larmes perler sur ses joues. Cet enfoiré allait le payer, et ce au prix le plus cher. Il allait le payer de sa vie...

Sans parvenir à réellement s'apaiser, tremblant toujours sous le joug de sa fureur bestiale et sanguinaire, le noiraud passa une main maladroite autour de la silhouette de sa bien aimée afin d'inviter cette dernier à se rapprocher quelque peu de lui. Il avala à son tour le peu de distance qui les séparait encore et vint déposer sur sa tempe un baiser doux, tendre, mielleux et sucré, tâchant de lui offrir autant de réconfort et de bienveillance qu'il était capable d'en véhiculer à son égard. La suite des événements ne l'intéressait plus le moins du monde : il souhaitait désormais se concentrer sur elle, pleinement, uniquement. Elle était sienne, et c'était précisément pour cela qu'il en venait à abhorrer Mephisto : parce qu'il avait osé se l'approprier et lui causer du tort. Nul n'était libre de la blesser : nul n'était libre, même, de lui parler, de la regarder ou de la croiser sans son consentement. Il ne pouvait tolérer qu'on la tourmente de la sorte... S'il ne pouvait assurément pas gommer son impétuosité actuelle, du moins le mafieux fit-il de son mieux pour n'en communiquer qu'une facette dérisoire : il se concentra plus ardemment sur les mots doux qu'il avait à évoquer pour tâcher de la rassurer et de panser ses plaies, plus ou moins maladroitement.

-Ce que je veux, c'est toi. Seulement toi. Le reste ne m'importe plus, et ne m'importera jamais plus. Tu es la seule pour qui j'ambitionne seulement de survivre, Mizeria... Et je ne tolérerai pas, jamais, qu'on s'en prenne à toi. Je le tuerai. On le tuera. Pour tout ce qu'il nous a fait... pour tout ce qu'il t'a fait. Je serai heureux de lui faire payer ça au centuple, crois-moi. Et personne ne m'en empêchera.

Leur intimité n'était pas absolue et le noiraud ne le savait que trop bien : c'était là une vérité cruelle, sadique, puisqu'elle le contraignait à la demie-mesure. Il aurait aimé lui dire qu'elle ne devait pas éprouver le besoin d'abandonner les Leone pour lui, qu'elle n'avait pas à simuler une nouvelle affiliation pour lui permettre de progresser encore et toujours dans la direction du rêve inconcevable et déroutant qu'il s'était fixé autrefois. Il aurait aimé lui glisser tout un tas de vérités, et s'épancher dans une tirade sempiternelle afin de rendre ses sentiments aussi limpides que possible... Mais il ne s'en sentait étonnamment pas capable, dans de telles circonstances. Si Mizeria devait comprendre qu'il était ici, en sa présence, et qu'il demeurerait à ses côtés jusqu'à ce que la fin les emporte tout deux, elle devait également prendre sur elle jusqu'à ce qu'ils soient tirés d'affaire. Les risques étaient encore trop gros, trop conséquents, pour l'heure : elle devait tenir bon sans que les Auditore n'en viennent à décider de les mettre à mort. Car c'était finalement encore une éventualité... Si l'ancien gardien du Désert songeait que sa peine avait probablement été purgée, du point de vue des Ciels et de ses collègues, il gardait à l'esprit que certains d'entre eux acclamaient parfois la cruauté et la brutalité avec une ardeur remarquable et infaillible. Ils étaient factuellement en danger tant qu'ils ne quittaient pas l'enceinte glaciale de ce Quartier Général... Et ils ne pouvaient, à ce titre, pas se permettre de baisser leurs gardes. Le Nagafuse fut bientôt soulagé de s'être montré aussi digne et responsable : la porte de la cellule ne tarda guère à pivoter, dévoilant la silhouette de Gustave qui, sans piper mot, vint apporter un plateau repas sur la table avant de s'en retourner auprès des trois gorilles qui montaient continuellement la garde. S'il semblait pudique et s'il n'insista pas sur l'état manifestement déplorable des deux amants, il ne put toutefois s'empêcher de déposer sur Mizeria un regard interloqué : regard donc il se priva bien vite en remarquant que le noiraud lui destinait, de son côté, un faciès assassin et dur comme l'acier. Lorsque la porte fut à nouveau dûment refermée, le jeune homme reprit de plus belle, parcourant le dos puis la chevelure de sa chère et tendre d'une main ferme, mais langoureuse et précautionneuse afin de ne pas la brusquer.

-Ne pense plus à tout ça. Cela n'a plus d'importance... Je suis là. Quoi qu'il ait fait, quoi qu'il ait commis, je suis là. C'est moi, et personne d'autre... Et je ne te quitterai plus, plus jamais. On se battra ensemble, à partir de maintenant, donc tu n'as plus à avoir peur...

Des mots, toujours des mots. C'était bien l'une des premières fois qu'il se retrouvait plongé dans une telle situation, et par extension la première fois qu'il se rendait compte de son impuissance la plus crasse et la plus tenace. Il était incapable de trouver un moyen digne et viable de lui remonter le moral, de lui rendre le sourire qui la rendait si ravissante... L'heure n'était malheureusement pas à l'insouciance, il n'en avait que trop conscience, mais il exécrait de la voir en proie à un tel désarroi. Cette simple vision suffisait à revigorer le brin d'empathie qu'il avait pu conserver intact, après des années de crimes et de méfaits tous plus répugnants les uns que les autres... Était-elle progressivement en train de restaurer en lui un semblant d'humanité ? Plausible. Et il commençait à comprendre pourquoi il avait renié cette condition, par le passé, quand bien même cela lui avait causé à moult reprises désespoir et désolation... C'était insupportable que d'éprouver un sentiment semblable. Mais que faire ? Il savait également que tout cela ne dépendait plus vraiment de lui : elle était la seule à pouvoir influencer ses émotions et, pour l'heure, il aurait été plus juste de dire qu'elle était la seule à en subir les effets. Lui n'avait d'autre possibilité que celle de demeurer ici, à ses côtés, à la parcourir aussi suavement et tendrement que possible, à lui rappeler tout l'amour qu'il lui vouait... Mais elle était forte. Rai le savait, et ne pouvait qu'en témoigner, après tout ce qu'ils avaient parcouru conjointement. Elle finirait tôt ou tard par se redresser et par rendre à Mephisto la monnaie de sa pièce, si son amant n'avait pas eu l'occasion de le faire auparavant. Lui n'avait qu'à être là jusqu'à ce qu'elle parvienne effectivement à se ressaisir...

-Souffle un bon coup... Tu devrais peut-être t'allonger un petit peu, non ? Si tu y arrives, dors... Je veille sur toi. Je serai là, à tes côtés...

Elle était à bout de nerfs. Ses réactions, toutes plus virulentes, sanguines et épidermiques les unes que les autres, en témoignaient ouvertement. Depuis son arrivée, elle n'avait eu le cesse de se montrer à fleur de peau et si elle avait indubitablement toujours été plus vivante que lui, elle n'en était habituellement pas moins capable de se contenir, de mesurer ses mots, et surtout ses gestes. Elle semblait exténuée, dépassée par la tournure des événements et un brin de repos lui permettrait sans nul doute de récupérer une fraction considérable de ses capacités cognitives et, dans le même temps, de sa tranquillité habituelle. Ils avaient besoin d'être au paroxysme de leur forme, s'ils entendaient se dresser sur la route de Mephisto : maintenant qu'elle s'était livrée à lui, qu'elle s'était confessée, sans doute allait-elle pouvoir aborder un hypothétique sommeil plus sereinement... Il l'espérait, à tout le moins. Dans le cas contraire, les jours qui allaient suivre, s'ils y avaient droit, risquaient fort d'être au moins aussi éprouvants que ceux qui venaient tout juste de s'écouler. Certes, ils s'étaient retrouvés, mais s'ils ne parvenaient à récupérer également la sérénité qu'ils éprouvaient autrefois l'un contre l'autre, leur couple risquait fort d'en pâtir... Et cela, même le novice en amour qu'était le calculateur ne pouvait l'ignorer. Or, il ne s'imaginait plus capable de se priver d'elle : tout son être se résumait à elle, et il n'avait pas véritablement la volonté de trouver une autre personne ou une autre chose en laquelle puiser force et détermination. Ils vivraient ensemble, ou il ne vivrait pas...

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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Lun 2 Juil - 21:17

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Mizeria s’était livrée d’un bloc. Même elle se retrouvait surprise de s’être ainsi étalée sur ce qu’il s’était passé. Là n’était pas le sujet, ils parlaient de son intégration dans les Auditore… Parler de Méphisto se retrouvait donc hors de propos, et pourtant, elle l’avait cité et en avait parlé. Pourquoi ? Elle trouva la réponse aisément. Au fil des heures et des jours qui s’étaient écoulés, sa peur de ne plus revoir Rai s’était mêlée à ses remords sur ce qu’il s’était passé et à son souhait que si tout devait mal tourner, elle voulait ne se rappeler que des bons moments avec Rai avant de tirer une dernière révérence elle-même. Mais malheureusement, Méphisto avait potentiellement balayé ce souhait. Pire encore, il avait associé l’image de son amant à d’autres qui ne lui ressemblaient pas.. Si par horreur elle l’avait perdu, l’image du brun aurait été malmenée et salie… Elle ne le supportait clairement pas. Nul ne pouvait se permettre de salir sa réputation de la sorte. Ce qu’avait fait Méphisto n’était qu’une mauvaise blague, une moquerie des plus odieuses et pour laquelle elle souhaitait le tuer. Il représentait de plus en plus tout ce qu’elle pouvait détester en ce bas monde... Contrairement à Rai qui devenait progressivement tout ce qu’elle pouvait aimer, ou plutôt son seul et véritable amour… Ce monstre avait donc su s’attaquer à des fondements trop pieux et importants à ses yeux… Mais l’heure n’était plus à penser à Méphisto, elle l’effaça complètement en sentant Rai passer une main autour de sa taille. Docilement elle suivit le mouvement et se laissa guider. Ses mains lâchèrent son front et elle se reposa complètement contre lui, allant trouver l’obscurité que ses yeux réclamaient contre son torse. Il était là, enfin. Rien d’autre n’importait.

La Leone l’écouta presque religieusement, n’osant pas le couper et profitant surtout du calme qu’il lui apportait… Il était d’un réconfort fou, et ce dans le moindre geste qu’il pouvait esquisser et dans chaque mot qui pouvait quitter ses délicieuses lèvres. Elle frissonna à ses paroles, se sentant rougir plus puissamment que jamais. Gênée et touchée, elle enfouit sa tête d’avantage contre son torse. Il avait ce talent de la mettre à mal si facilement… Elle avait dès lors l’impression écrasante mais au fond délicieuse de se sentir comme une enfant, comme quelqu’un de différent. Jamais personne ne l’avait fait se sentir ainsi, il avait donc presque l’air d’un magicien. Et le plus amusant était surement qu’il l’ignorait. Il ne devait pas savoir tout ce qu’il faisait naitre en elle, les sentiments les plus intenses qu’il allumait, l’amour qu’il faisait grandir plus puissamment que tout ce qu’elle avait pu connaitre... Il savait encore la surprendre en agissant de la sorte. Elle se sentit d’ailleurs même idiote, elle avait l’impression d’être devenue trop prévisible désormais alors que lui arrivait encore à être un feu d’artifice de surprises, sachant rendre chacune de ses actions plus charmantes et tendres que les autres… La jeune femme sentit presque la crainte qu’il puisse se lasser un jour, voir trop vite, l’effleurer. Il lui fallait tenir bon, se battre et remonter la pente pour rester à ses cotés. Bercée par son baiser et ses caresses, elle sentit ses forces revenir et presque son mal disparaitre… Elle occulta même la mention de Méphisto, elle tenterait de lui faire la peau en premier… Et sinon ils le feraient en cœur, surement volontiers. Mais il n’importait pas. Seul Rai comptait et il avait raison, il était là. C’était lui. Elle entendit vaguement la porte s’ouvrir mais ne prit pas la peine de regarder le nouvel arrivant… Elle faisait confiance au brun, elle saurait suivre ses réactions et pour l’instant il semblait calme et nullement dérangé. Au léger son métallique qu’elle perçut elle songea qu’il s’agissait surement du repas.. Puis la porte claqua de nouveau. Sans s’en rendre compte, elle expira une bouffée d’air qu’elle avait retenu. L’idée qu’elle puisse se détacher du brun lui semblait désormais insupportable… Il avait le don de la calmer et de la rassurer, elle ne voulait plus le quitter d’une semelle. Et à l’instant présent, encore moins quitter ses bras. Elle en avait grandement besoin… Le sentir, s’enivrer de son odeur, écouter les battements de son cœur, sentir ses doigts parcourir son corps. Dans d’autres circonstances, elle aurait très certainement sauté le pas et lui aurait surtout sauté dessus pour se délecter davantage de lui. Malheureusement, l’heure n’était pas à ça pour l’instant. Il lui intima d’ailleurs de se reposer un peu, de tenter de dormir. Ce à quoi elle répondit tout d’abord par un grognement.

« Je ne veux pas dormir Rai… Pas tant que tu as pas mangé et que tu es pas soigné… Après on se reposera tous les deux.. Ca je ne suis pas contre. Mais je veux m’endormir contre toi en étant sure que tu vas mieux et que tu vas te reposer aussi… »

Elle avait beau lutter et tenir, ne pas s’écouter, au fond elle ne rêvait que de ça… Elle désirait ardemment qu’ils puissent s’allonger en cœur, l’un dans les bras de l’autre et puissent jouir d’un repos bien mérité, loin des soucis… Mais cela était uniquement possible si Rai se faisait soigner et si le jugement de ce dernier tombait. Son sang se glaça en se rappelant ce détail. Elle pria pour que rien ne vienne à tourner au cauchemar de nouveau. Elle ne le supporterait pas et elle n’avait pas la force de se battre cette fois ci. Jamais elle ne s’était sentie si impuissante durant les dernières années… Comme pour la rappeler à l’ordre et comme si on l’écoutait, la porte sembla s’ouvrir de nouveau. Elle se tendit légèrement, redoutant que le fameux jugement ne soit que trop vite arrivé… Cependant à l’écoute d’une voix fluette et légèrement joviale, la blonde s’étonna et en conclut assez vite qu’il s’agissait là de tout autre chose.

« Hey les tourtereaux ! Alors Rai il parait enfin que tu veux te faire soigner ? J’en ai pas cru mes oreilles… Sauf si c’est une blague pour m’insulter de plus belle. Si c’est le cas je te jure que cette fois ci je m’en vais tout de suite. »

Mizeria resta surprise et se détacha quelque peu de Rai. Elle ne comprenait pas… Elle tenta d’ouvrir les yeux pour discerner quelque chose mais comprit bien vite son malheur. Ses yeux la firent autant souffrir qu’avant, ne lui accordant que de voir très flou une poignée de secondes avant qu’elle ne fasse retomber sa tête contre Rai en grognant de douleur. Elle allait devenir folle…

« Hm ? Eh bien on dirait que vous êtes tous les deux dans un bel état… »

Elle entendit dès lors un soupir et des pas se rapprocher. Elle ignorait qui était la nouvelle venue, mais vu l’importance qu’elle accordait à leur état, elle en déduisit que la partie soin venait de commencer… A contre cœur mais résolument, elle se détacha de Rai pour laisser ce dernier être examiné et soigné correctement. Elle tacha de garder les yeux clos et de tâtonner dans son dos pour trouver le mur puis de s’y adosser de nouveau en attendant. Elle devina que la jeune fille était à leur niveau grâce au parfum qui envahissait ses narines. Même si elle voulait toujours en savoir plus et en voir plus, elle se résigna… C’était au-dessus de ses forces et surtout de ses yeux. Ce que la jeune femme sembla comprendre en prenant sa main et la prenant ainsi de court.

« Je suis Julia, gardienne du soleil. Et celle qui a dû supporter ton chéri qui ne voulait pas se soigner tant que tu n’étais pas auprès de lui… Il semblerait que cette fois ci ce soit bon, il se montrera docile… N’est ce pas Rai ? »

Elle devina sans mal le ton amusé de cette fameuse Julia et imagina aussi sans peine le regard qu’elle devait adresser au brun. Cela ne fit qu’arracher un léger sourire à la blonde. Elle ne connaissait pas Rai comme une forte tête inconsciente… Elle avait donc encore bel et bien des choses à découvrir…

« Mizeria… Celle qui veillera qu’il se tienne tranquille et qui te remercie de ta patience… Merci d’être venue.”

Elle s’attira un rire de la nouvelle venue et récupéra sa main. Après tout elle n’avait pas d’autre choix que de coopérer et de se montrer polie. Puis elle n’avait rien contre Julia, elle doutait que cette dernière ait pris part aux tortures du brun… A partir de ce moment-là elle n’avait aucune rancune contre elle. Néanmoins, elle resta embêtée de ne rien pouvoir surveiller.. Elle devinait que la jeune femme avait commencé ses soins mais elle ne pouvait pas tout regarder… Ennuyée, elle soupira et tacha de rester le plus calme et sage possible pour ne pas déranger. Sauf que la gardienne sembla le remarquer et la détailler quelque peu tandis qu’elle pestait déjà contre l’état dans lequel Rai avait mis sa jambe et s’en occupant sans tarder.

« Qu’est ce qui est arrivé à tes yeux ? »

Par réflexe, Mizeria eut envie d’ouvrir ne serait-ce qu’ouvrir un œil et regarder son interlocutrice mais elle se ravisa. Elle savait qu’elle allait le payer par la suite… Elle se contenta donc de localiser au mieux Julia et de lui montrer qu’elle avait son attention.

« Apparemment c’est à cause d’un choc à la tête… Plus ce que Méphisto m’a injecté qui n’a pas aidé au niveau nerveux.. Si j’ai bien tout compris de ce que m’a dit celui qui s’est occupé de moi. »

Elle eut envie de demander par curiosité si Mark souffrait de quelconques soucis de la sorte… Ils avaient subi la même drogue, en dose certes différentes.. Mais peut être par chance, elle y trouverait une piste et un moyen de se soigner. Ne pas bien voir l’énervait au plus haut point… Mais il n’y avait pas à dire, Matthew avait fait du bon boulot et avait été patient. Pensant à lui, elle posa sa main sur le bandage qu’il lui avait noué au cas ou au poignet. Julia de son côté sembla comprendre beaucoup de choses en quelques regards et soupira de plus belle. Elle délaissa Rai quelques instants pour retourner sur Mizeria et attraper précautionneusement son poignet, veillant à ne pas la surprendre ou la brusquer. Elle détacha le bandage et confirma qu’il s’agissait là juste d’une aide et comprit sans mal à quoi il était destiné. Elle se posa un instant sur le lit et sans demander son avis à la Leone, enroula le même bandage autour de de sa tête, le posant sur ses yeux.

« Je suppose qu’à l’origine il était pour ça… On dirait que ton ami a fait du bon travail. Il a du te dire aussi que si tu ne faisais pas attention tu risquais de perdre la vue non ? Je vous jure… Vous êtes deux irresponsables. Maintenant que vous vous êtes retrouvés, tenez-vous à carreaux et écoutez un peu vos médecins ! »


Mizeria sentit sans mal le ton joueur mais agacé de Julia, elle grogna malgré tout ne supportant pas d’être réduite de la sorte par un bandage. Il était vrai qu’ils n’étaient pas le meilleur exemple à suivre chacun de leur côté… Ils avaient même su se montrer assez pénibles… Pourtant, il lui semblait qu’être irresponsable et irrécupérable était de son ressort, pas celui du brun… Et au final, des deux, elle avait été la plus raisonnable… Tout pouvait encore arriver. Preuve en était d’ailleurs le geste que Julia fit par la suite, achevant de la surprendre pour de bon avant qu’elle puisse lui esquisser un merci. Sans crier gare, la gardienne la poussa doucement. Par réflexe, Mizeria chercha à se rattraper à quelque chose mais par chance, son dos rencontra bien vite le torse de Rai, la rendant ébahie et stupéfaite. Même si ses yeux étaient cachés, elle afficha un air des plus surpris arrachant un léger rire à Julia. Venait-elle d'être reléguée au statut de peluche qu'on donnerait à un enfant trop capricieux ? Elle avait l'impression qu'il s'agissait presque ça au ton railleur de Julia... Tout comme la réciproque de Rai pour elle semblait véridique au final.

« Soyez juste sages et laissez-moi faire. C’est ce qui importe le plus là. Après vous saurez surement le résultat du jugement. »

Son cœur se serra à la mention de ce dernier. Elle voulait savoir et en même temps non… Mais elle pensa néanmoins que le fait que Julia vienne les soigner devait signifier quelque chose… Ils ne prendraient pas la peine de soigner deux futurs morts non ? Son souffle se coupa et elle resta interdite contre Rai, cherchant à le sentir encore plus contre elle, à se rassurer. S’ils étaient ensemble tout irait bien. Elle voulait y croire.


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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Mar 3 Juil - 9:46



Même le lila blanc a une ombre.



Elle faisait la forte tête... Mais pouvait-il réellement lui en vouloir ? A place, le noiraud n'était effectivement pas certain qu'il aurait été capable de trouver le sommeil, en la sachant si proche et n'ayant pourtant pas l'occasion de la serrer contre elle afin de trouver le chemin du repos. C'était d'autant plus frustrant d'imaginer qu'ils étaient côte-à-côte mais qu'ils ne pouvaient pas jouir librement et égoïstement de cette proximité... Rai s'apprêtai toutefois à protester énergiquement lorsqu'une tierce personne fit une fois de plus irruption dans la pièce. S'il s'attendait à ce que ce soit encore Gustave, il se rendit bien vite compte du fait que ça n'était pas le cas... Elle avait fait vite. Elle n'était pas supposée participer à la réunion, elle aussi ? Cela signifiait-il que l'entrevue entre les deux Ciels et leurs plus proches lieutenants était terminée et que les décisions avaient d'ores et déjà été tirées au clair ? Ou simplement qu'on lui avait donné l'autorisation de s'occuper des blessés pendant que le reste de ses collègues s'occupaient d'achever ces formalités ? Dans un cas comme dans l'autre, l'Auditore ne se serait jamais cru capable de ressentir une telle vague de soulagement face à l'apparition de l'un de ses collègues. Certes, la gardienne du soleil était une énigme au sein de cette famille brutale et vicieuse au possible, puisque les travers et les tares qu'elle possédaient demeuraient raisonnables vis-à-vis de celles qui agitaient le commun des mafieux parmi lesquels ils évoluaient, mais elle n'en était pas moins l'une de celles qu'il s'était juré de tuer... Comme elle semblait prompte à prendre la parole et à converser avec Mizeria, ainsi qu'à s'occuper hâtivement de ses yeux, le Nagafuse se contenta d'une posture de simple spectateur, dans un premier temps. Il laissa la doctoresse faire ce pourquoi elle avait été quémandée, et il poussa un soupir tandis que la conversation s'engageait entre son amante et la nouvelle arrivante, laquelle en profitait bien largement pour les taquiner quelque peu. Cela demeurait bon enfant, et elle semblait déterminée à l'idée d'arranger quelque peu l'état de leurs corps meurtris... Et lui, de son côté, lui avait déjà suffisamment manqué de respect ces derniers jours en gâchant le travail qu'elle avait pu réaliser et en continuant à surexploiter son corps qui hurlait à la famine et à la fatigue. Finalement, comme elle repoussait son amante contre lui, le jeune homme se contenta de passer un bras autour de Mizeria pour la maintenir contre lui, comme par réflexe. Tandis que la gardienne se penchait sur sa jambe afin d'en vérifier l'état, il prit finalement la parole d'une voix plus solennelle et plus grave qu'il ne l'aurait cru, tranchant quelque peu avec la légèreté qui avait bercé l'échange des deux demoiselles.

-Il est terminé ?
-Le jugement ? J'imagine. C'était presque fini, quand je suis partie. A moins d'un retournement de situation... Et avant que tu ne me le demandes, non, je ne suis pas tenue de vous renseigner. Alda et Symphony veulent vous parler. En présence des autres.

S'il grogna, quelque peu agacé, du moins le noiraud n'insista-t-il pas : il savait pertinemment qu'il n'aurait pas le dernier mot, autant à cause de son intégrité physique assurément défaillante qu'à cause de la pugnacité qui animait parfois Julia. Elle tâchait généralement de faire de son mieux, sinon de présenter un travail tellement méticuleux et précis qu'il en devenait instantanément irréprochable... Même la supériorité numérique, pour l'occasion, ne jouait pas en leur faveur. Et puis, mieux valait éviter de se causer un ennemi supplémentaire : rien n'assurait que la décision des deux Ciels, qu'elle soit positive ou négative à leur encontre, était absolument intraitable et invariable. S'ils se conduisaient bien, ils augmentaient probablement drastiquement leurs chances de s'en tirer vivants et indemnes... A contrario, s'ils commençaient à jouer le rôle de gamins revêches et entêtés, ils risquaient fort de se causer plus de problèmes qu'ils n'allaient parvenir à en résoudre. Ils n'avaient donc d'autre choix que celui de se soumettre docilement et gentiment jusqu'à ce que le verdict leur soit adressé... Dans les faits, Rai demeurait néanmoins passablement optimiste, pour la première fois depuis des lustres. La présence de Mizeria pouvait certes être motivée par son élimination, puisqu'elle était plus facile à trucider une fois attirée au sein du Quartier Général Auditore qu'à l'extérieur, en plein Venise, où elle pouvait même recevoir l'aide de quelques Leone, mais Symphony n'aurait simplement pas permis leur rencontre si elle n'avait pas songé que la réunion pouvait déboucher sur une décision possiblement bienveillante. De surcroît, les soins que Julia leur apportait et le repas qu'on venait de leur livrer étaient autant de gestes attentionnés qui laissaient sous-entendre au Nagafuse qu'il avait purgé sa peine et qu'on tâchait désormais de lui faire comprendre qu'il ne risquait plus rien... Voire qu'il allait peut-être finir par être réhabilité à son poste de Gardien. Cette hypothèse était-elle réellement crédible, ou était-elle naïve et illusoire ? Ils allaient bientôt en avoir le cœur net, à en croire les propos que Julia continuait à leur adresser...

-Vous aurez le temps de manger un peu quand j'en aurai fini avec vos blessures. Je retournerai auprès des autres avant vous pour savoir ce qu'ils se seront dits. J'imagine que Gustave vous amènera jusqu'à nous ensuite...
-Et Mephisto ? Tu as le droit de nous renseigner à ce sujet, pas vrai ?
-J'en ai le droit, c'est vrai.

La gardienne du Soleil souffla bruyamment avant de jeter à Rai un regard exaspéré. Elle semblait lassée de le voir incapable de se reposer simplement et calmement, sans laisser son attention papillonner et divaguer constamment. Ce n'était pas en procédant de la sorte qu'il allait être retapé de fond en comble dans les délais les plus brefs... Elle fit mine d'appuyer maladroitement sur la blessure du noiraud, suscitant chez lui un grognement de douleur, avant de lui destiner des fausses excuses, mielleuses et obséquieuses, tout en reprenant ses soins plus sérieusement.

-Excuse-moi, tu m'as déconcentrée. Et puis, il faut dire que si tu n'avais pas malmené ton corps en te refusant le repos et la tranquillité, on n'en serait pas là...
-C'est bon, j'ai compris, j'ai compris.

Elle n'allait rien leur dire. Strictement rien. Cette pensée, toujours plus agaçante d'instant en instant, le Nagafuse tâcha de la réprimer en serrant davantage son amante contre lui. L'important n'était pas là et à ce titre, Julia avait amplement raison : il devait apprendre à se concentrer sur le positif et à cesser d'être en ébullition permanente. Il s'était interdit l'insouciance et le bonheur durant si longtemps qu'il avait mal à s'habituer à ce goût qui lui conférait un sentiment de culpabilité crasseux dont il avait bien du mal à se dépêtrer. C'était comme si la moindre seconde absolument enjouée rajoutait un poids sur sa conscience et qu'il tâchait d'évacuer cette tension en se remémorant constamment qu'il avait des tâches pénibles qui l'attendaient... Comme s'il avait la nécessité incontournable de se questionner en permanence au sujet de ses fardeaux pour goûter dans le même temps aux sentiments savoureux que Mizeria lui offrait sur un plateau d'argent. Pourtant, au regard de tout ce qu'ils avaient pu vivre conjointement, force était d'admettre que le moindre instant d'euphorie était indéniablement mérité, et que nul n'avait autant souffert qu'eux afin de s'offrir un brin de jouvence et de débauche... Si ses pensées ne tardèrent guère à s'orienter de plus belle vers Mephisto, comme s'il tâchait de mettre sur pied un plan savant susceptible de terrasser son rival afin de lui rendre la monnaie de sa pièce, l'ancien gardien du désert ne tarda guère à se reprendre en déposant son visage au creux du cou de son amante afin d'en humer la douce fragrance, sans s'occuper un traître instant de la réaction que Julia pourrait avoir tandis qu'elle continuait à s'occuper de leurs blessures. Cela ne importait plus, désormais, d'être épié en compagnie de sa chère et tendre ainsi que de se permettre ce genre de puérilités : tous avaient pris connaissance de la vérité et leur couple ne serait jamais plus condamné à la discrétion et à l'anonymat...

-Bon... Ça devrait suffire. J'ai aussi utilisé ma flamme pour soigner ce qui pouvait l'être mais ça ne vous rend pas capables de prouesses pour autant... Restez tranquilles pour les jours à venir, et n'hésitez pas à avoir recours à un médecin à la moindre douleur ou à la moindre observation.
-Merci.


La gardienne se redressa enfin et adressa à Rai un signe de la main silencieux accompagné d'un sourire amusé, comme si elle était simplement heureuse de le voir si épanoui et si aimant. Elle fit ensuite volte face et s'en alla gaiement, probablement guillerette à l'idée d'avoir bien fait son travail. Elle referma la porte derrière elle, et le noiraud imagina sans peine qu'il devait s'agir, pour le coup, de leurs ultimes instants de répit avant qu'ils soient conviés à prendre connaissance de la peine qui risquait de leur être affublée. Allaient-ils être graciés ou, une fois de plus, les Auditore allaient rendre honneur à leur réputation implacable et sanguinaire ? Tâchant de ne pas se laisser envahir par des songes moribonds, le manipulateur relâcha quelque peu la pression qu'il entretenait jusqu'alors sur Mizeria, lui permettant de récupérer un brin d'indépendance. Elle n'allait probablement pas allée bien loin, ainsi privée de sa vue, mais il n'avait pas vraiment envie de la reléguer au rang d'enfant lors même qu'il s'était, de son côté, plaint d'être infantilisé... Ce quiproquo, qui lui revint subitement en mémoire, le poussa à expirer lourdement et il s'affaissa quelque peu, comme abattu par la réalité de leur union et des tensions qu'ils avaient pu subir, ces derniers jours. Ils avaient été déboussolés, cela allait sans dire... Et ils risquaient de l'être pendant quelques temps, encore. Finalement, essayant de rendre la situation moins pénible et moins marécageuse qu'elle n'aurait pu le devenir en un claquement de doigts, le Nagafuse reprit la parole, non sans un sourire finement amusé.

-On devrait manger un peu, comme Julia l'a dit. Et toi aussi... Reste ici, je vais chercher le plateau.

Sa jambe était encore souffrante, bien sûr, mais la douleur était très largement soutenable : réaliser quelques pas, cela n'avait rien de bien complexe et le noiraud parvint au niveau de la table en un éclair. Il attrapa alors le plateau dont il était question et s'en revint au niveau du lit, où il se contenta de s'asseoir aux côtés de la Leone. En songeant qu'il s'agissait peut-être de leur ultime instant de complicité, le calculateur eut le cœur en peine mais il fit de son mieux pour recouvrer un brin de témérité, qu'il parvint à puiser notamment dans la présence de Mizeria. Près d'elle, il se sentait capable de gravir les monts les plus abrupts de l'univers... Leur histoire ne pouvait pas s'achever de la sorte, et surtout pas maintenant. Tout n'était que le commencement...

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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Mer 4 Juil - 22:19

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Mizeria était restée docile finalement. Elle avait, dans un premier temps, voulu protester. L’idée qu’on la prenne pour un jouet et la pousse de la sorte ne l’enchantait guère… Et ce parce qu’elle était incapable de voir ce qu’il pouvait se passer. Elle n’était même plus reléguée au simple rang de spectatrice. Elle n’avait rien à observer… Néanmoins, elle se ravisa et ravala le soupir qui menaçait de s’échapper de ses lèvres quand Rai passa un bras autour d’elle. Être dans les bras de son brun n’était finalement pas si déplaisant… Au contraire. Elle s’appuya même doucement contre lui, relâchant la moindre tension qui aurait pu la mettre mal à l’aise et faisant attention à ne pas faire mal à Rai ou appuyer sur une vilaine blessure. N’ayant rien à faire ou réellement à dire, elle se contenta d’écouter simplement… Elle se crispa quelque peu à la mention du jugement, l’appréhension toujours solidement cramponnée à son estomac. Mais au fil de leur conversation, la blonde commença à lâcher, elle arrêta même de suivre leurs propos… Elle occulta la partie sur Méphisto, et sembla oublier très vite qu’ils n’allaient pas tarder à avoir une réponse qui pouvait potentiellement sceller leurs vies à tout jamais. Oui, elle se déconnecta complètement et ce parce qu’elle était arrivée à vraiment se détendre progressivement. Elle ignorait si elle devait cela au fait que ses yeux soient au repos, que ses nerfs aient été trop puissamment mis à vifs, ou encore au fait d’être contre Rai et de le sentir la serrer contre lui… Au final il semblait que cela soit un savant mélange de tout cela qui avait eu raison d’elle. La jeune Leone aurait pu même dormir ainsi, bercée simplement par les battements de cœur de Rai et se sentant complètement en sécurité contre lui. Ses doigts s’étaient légèrement entremêlés aux siens, s’assurant de préserver un maximum de contact avec lui.

Si elle ne sombra pas totalement, c’était en partie à cause des tensions qu’elle ressentait. Quand le brun la serra d’avantage contre lui, elle ne put s’empêcher d’émerger de son sentiment de plénitude pour caresser doucement sa main de son pouce. Quand il émit un grognement de douleur, elle eut presque le réflexe de se redresser mais se ravisa en comprenant qu’il ne s’agissait d’aucun danger mais simplement d’une légère altercation entre Julia et Rai.. Si elle avait été plus en forme et moins paisible, elle aurait certainement piqué une crise et défendu le pauvre blessé mais elle n’en fit rien. Elle jugea même que les propose de la gardienne avaient un vague soupçon de vérité. Puis il était assez grand pour se débrouiller seul, tout comme pour assumer ses bêtises… Elle n’était pas sa mère, ce n’était pas son rôle de le défendre telle une mère qui sauvera son petit d’un méchant harceleur dans la cours de l’école… A l’évidence, ils se connaissaient et avaient l’habitude l’un de l’autre. Elle s’en sentit presque exclue et se demanda alors les relations que Rai pouvait entretenir avec les Auditore ou d’autres personnes… Elle était toujours terriblement curieuse d’en apprendre plus… Après fallait-il qu’elle le puisse. Elle pria intérieurement pour qu’elle ait de longues années à ses côtés pour tout découvrir de lui, pour le chérir de chaque parcelle et petites choses qui le composaient.

Elle aurait tout donné pour pouvoir vivre simplement avec lui. Elle l’avait poussé à se réveiller à passer au-dessus de ce désir, le ramenant à leur réalité mais ses sentiments n’en étaient pas moins pareils. Elle se rendait de plus en plus compte qu’il lui fallait peu de choses. L’adrénaline, le danger et les enjeux qui l’avaient fait vivre ces dernières années lui paraissaient désormais bien dérisoires et fades. Elle n’avait plus besoin que d’une chose seule, que d’un seul être, elle voulait et désirait une seule et unique personne. Rai. Quand ce dernier cala sa tête dans son cou, elle leva machinalement une main pour la perdre dans ses cheveux et le rassurer, sentant une nouvelle fois qu’il n’était pas calme et serein. Elle se laissa partir une fois de plus, s’endormant presque de nouveau quand le jeune homme desserra sa prise et décréta qu’il fallait manger. Un grognement des plus déçus et plaintifs s’échappa de ses lèvres et à contre cœur elle se retrouva privée de la chaleur de son corps et de la douceur de son étreinte. Il lui sembla que changer de position de la sorte et quitter ses bras, lui mirent une claque phénoménale, la ramenant à la dureté de la réalité. Elle soupira d’autant plus en songeant au repas… Il fallait que Rai mange, mais elle… Elle l’avait déjà fait depuis qu’ils avaient été séparés. Elle avait peu mangé certes, mais le minimum pour tenir et être en forme. Preuve en était, elle avait réussi à venir jusqu’à lui. Et pourtant à son réveil après l’affrontement avec Méphisto, ce n’était pas gagné…. Puis, une autre chose l’embêtait. Bêtement, sa vue semblait plus l’handicaper qu’autre chose… Elle ne voulait pas être renvoyée à sa misérable condition, que cela arrive en effectuant tout seul ou en demandant l’aide de Rai. Pire encore, elle ne voulait pas lui montrer si pitoyable spectacle… Du moins pas quand ses yeux étaient bandés de la sorte. Elle n’ignorait pas qu’ils avaient besoin de repos et qu’elle devait par conséquent les reposer ainsi un long moment, mais elle voulait juste voir. Ou à défaut, essayer de voir le contour des choses. En sentant le brun s’installer de nouveau, elle soupira et se sentit d’autant plus bête d’avoir de tels raisonnements. La fatigue devait jouer, tout comme la sensation de froid qui la prenait depuis que Rai l’avait relâchée.

« C’est toi qui n’a pas mangé donc mange… Je n’ai pas faim, j’ai mangé ce matin. »


Aucun mensonge mais elle priait pour que le brun n’insiste pas. Il fallait qu’il reprenne des forces, il n’avait que trop maigri et s’était trop affaibli. Elle ignorait pourquoi il s’était comporté de la sorte.. Mais cela l’effrayait. Que ce serait-il passé si elle n’était pas venue à temps ? Si elle n’avait par exemple pas écouté Matthew et ne s’était pas reposé un minimum ? Ils avaient été idiots. Tous les deux. Ils avaient fait l’un de l’autre des points faibles au lieu d’en faire des forces colossales. Elle resta silencieuse un petit moment face à ce constat puis reprit la parole sur le premier sujet qui lui trottait dans la tête depuis un petit moment.

« Si.. Si ton jugement est favorable et qu’on peut… J’aimerais qu’on s’accorde quelques jours pour récupérer… Mais à l’appartement comme la dernière fois par exemple. Juste un lieu et toi et moi… J’ai besoin de rien d’autre. Je ne veux rien d’autre… Que toi. »

Elle ignorait pourquoi, elle avait l’impression d’avoir dit ça à bout de souffle. Elle se retrouva même à rougir quelque peu comme une imbécile. Était-ce une nouvelle fois la fatigue ? Non elle en doutait… C’était lui simplement. Il savait la déstabiliser comme personne et en ne faisant rien, c’était là le pire. Savait-il le pouvoir et l’emprise qu’il avait sur elle ? Elle en doutait… Mais préférait étrangement le garder pour elle. Au final, elle n’oubliait pas qu’il en savait plus sur elle, que elle sur lui.

« Rai.. J’aimerais aussi que si on arrive à avoir ces quelques jours… Tu me racontes tout ce que tu ne m’as pas encore dis, s’il y en a… Et si tu y arrives. »

Elle resta vague par choix, ne voulant pas insister sur le passé pour ne pas attirer la curiosité des Auditore. Elle savait qu’il comprenait où elle voulait en venir. Pour le rassurer, elle lui décocha un petit sourire des plus adorables. Ses yeux ne pouvaient plus exprimer sa malice mais ses lèvres le pouvaient encore… Même si elle se rendait compte que ces dernières étaient incapables de trouver de la nourriture seules, ou pire encore de trouver les lèvres de Rai. Il lui fallait à tout prix recouvrir la vue, et au plus vite… Elle voulait le voir, l’observer, s’en imprégner et le trouver par-dessus tout. Elle ne voulait plus profiter de lui à tâtons, c’était trop cruel pour elle. C’est donc presque honteuse qu’elle baissa la tête et serra le pauvre t-shirt qu’elle avait d’ailleurs piqué à Rai.

« Désolé je change un peu de sujet mais… Tu voudras bien m’aider avec mes yeux.. ? Ca m’énerve mais je me rends compte qu’il faut que je fasse attention et… Et si je le fais je verrais pas où je marche ou ce que je fais par exemple.. Ca m’énerve de te demander ça et d’être dans cet état… Je peux même pas prendre soin de toi correctement. »

Elle savait qu’elle lui en demandait là beaucoup, mais elle avait confiance en lui. Elle voulait croire qu’il saurait l’aider mais sans s’oublier et en se retapant également en priorité. Après tout, elle avait autant besoin de lui que de sa vue. Il était également devenu trop irremplaçable pour être négligé.



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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Jeu 5 Juil - 21:06



Même le lila blanc a une ombre.



Les tirades qu'elle déclama successivement ne suscitèrent en tout et pour tout qu'une seule et unique réaction de la part du noiraud : il se rapprocha d'elle discrètement, se penchant simplement en usant de sa main valide comme d'un appui pour s'empêcher de choir maladroitement, et vint poser délicatement ses lèvres sur celles de son amante en fermant les yeux. S'il allait sans dire qu'il jouait directement sur sa cécité temporaire afin de la prendre de court, et s'il avait justement fait en sorte d'être aussi discret que possible pour la dérouter aussi vigoureusement que possible, il n'en offrit pas moins une portion généreuse, tendre et sincère de tout l'amour qu'il lui vouait. Le contact se prolongea à la faveur des secondes puis, non sans esquisser un sourire amusé, il recula en conservant ses paupières closes, s'interdisant de la dévisager de trop près tant qu'elle en était également incapable. C'était une promesse stérile et stupide, dont elle n'aurait probablement jamais vent, mais qui semblait pourtant lui tenir à cœur : Rai avait l'ambition intime de l'accompagner dans sa convalescence puisqu'il savait qu'elle veillerait sur lui à son tour, tant qu'il en aurait le besoin. Finalement, le cœur battant à nouveau à la chamade, simplement heureux sinon épanoui de pouvoir profiter de sa proximité retrouvée, il fit de son mieux pour se remémorer toutes les phrases qu'elle avait pu énoncer et qu'il avait écouté avec une ardeur studieuse. Comme il avait voulu le lui promettre avant que Mephisto ne gâche tout, elle souhaitait en savoir davantage sur lui. Elle voulait, de surcroît, pouvoir passer quelques jours à ses côtés... Et elle espérait qu'il demeurerait auprès d'elle afin de veiller sur elle, tant que son handicap la meurtrissait et tant qu'il l'empêchait de retrouver toute l'étendue de son audace et de son indépendance coutumières. Avait-il réellement la moindre protestation à lui retourner ? C'était une question rhétorique et il ne tarda guère à lui apporter une réponse orale, sachant qu'elle n'attendait rien de plus que des mots et que même le baiser avait dû lui sembler, sous cet aspect, relativement insipide.

-Bien sûr qu'on passera quelques jours ensemble... Tu n'espérais pas te débarrasser de moi, si ? Et on en profitera. Je te raconterai tout pendant qu'on sera tranquilles... Pour ce qui est de tes yeux... Je crois que je vais avoir besoin d'aide pour marcher jusqu'à la salle de réunion. Je ne vais pas avoir d'autre choix que celui de m'appuyer un peu sur toi...

Il avait souri de manière si ostensible et si appuyée que sa voix, elle aussi, avait été porteuse de son espièglerie. Bien sûr, le noiraud exagérait : il aurait largement pu aller jusqu'à la salle de réunion par ses propres moyens, à condition de ne pas caracoler trop imprudemment... Il n'ignorait pas le fait que sa jeune amante était une battante, toutefois, et il savait pertinemment que cette demande, à défaut de la couvrir de honte, devait puissamment la gêner et l'incommoder. Elle aurait probablement préféré mille fois pouvoir se charger de son orientation seule... Et le simple fait qu'elle accepte de prendre soin de son regard, comme les deux médecins avaient pu le lui conseiller, suffisait à convaincre Rai de lui offrir toute l'aide dont elle pouvait avoir besoin. C'était pour se remettre sur pieds aussi promptement que possible et dans les meilleures conditions envisageables qu'elle acceptait de renoncer à l'opiniâtreté qu'elle affichait parfois... La voir si peu entêtée lui mettait du baume au cœur, car c'était une preuve parfaitement tangible des sacrifices qu'elle était capable de réaliser en son nom. Ainsi, tandis qu'elle lui reléguait le devoir de la guider au travers des couloirs, lui décidait de lui offrir la possibilité de le soutenir. Si l'Auditore songeait sans peine qu'ils risquaient d'attirer les regards voire de susciter les moqueries, puisqu'ils allaient fort probablement sembler être deux infirmes au bord de la mort, chose qui risquait d'entacher puissamment le prestige des fonctions qu'ils occupaient jusqu'à récemment, il se fichait dès à présent des critiques qu'on pouvait leur destiner tant que les choses se passaient bien, de leur point de vue. Progresser ensemble, de plus, leur offrirait un regain de témérité et d'énergie qui serait potentiellement bienvenu puisqu'ils ne sauraient qu'à l'issue du chemin le sort qu'on leur destinait. C'était cruel de la part de Symphony et d'Alda, d'une certaine manière, de leur demander de se rendre d'eux-mêmes jusqu'à ce qui risquait de devenir une potence improvisée... Mais c'était, une fois de plus, une chose qui rassurait le Nagafuse. Si les deux Ciels avaient simplement voulu les exécuter, elles ne se seraient pas embêtées à faire quérir leur présence. Elles désiraient quelque chose, assez âprement pour accepter de les rencontrer simultanément. C'était une fenêtre que le mafieux entendait bien exploiter pour assurer leur survie, à lui et à sa chère et tendre...

Les minutes se succédèrent et l'Auditore vint bientôt à bout de son repas, qu'il en vint même à dévorer goulûment. Il n'avait plus vraiment prêté attention aux besoins et aux appels de son corps, le négligeant puissamment d'abord volontaire, à cause de l'absence de Mizeria, puis bien malgré lui par la suite, comme il l'avait retrouvée et que toutes ses pensées demeuraient perpétuellement braquées sur elle. Une fois cela fait, il s'en retourna auprès de la Leone afin de l'attraper à nouveau dans ses bras, la conviant à prendre place dans la même posture que précédemment, profitant de cette occasion pour la bercer quelque peu, tâchant de la rassurer tandis que sa seule présence à elle suffisait à l'apaiser puissamment. Quoi qu'il advienne, ils seraient ensemble : c'était là la source d'un réconfort insondable et inépuisable. Néanmoins, toute la quiétude à laquelle ils voulaient prétendre fut bientôt piétinée sauvagement lorsqu'une voix se fit entendre, de l'autre côté de la porte : Gustave était revenu, et il semblait doté d'ordre supplémentaires. Les choses sérieuses commençaient...

-Il est temps. Les Ciels vous attendent. Suivez-moi.

La porte fut à peine ouverte que l'homme en question commença à s'éloigner, quoi qu'à pas mesurés. Il s'impatientait, c'était l'évidence même, et l'idée de servir d'escorte à ces deux blessés ne l'enchantait guère. Pourtant, il s'exécutait... Rai, une nouvelle fois, voulut y percevoir le signe d'une grâce à venir. Il était possiblement au courant du verdict qui avait été énoncé et si tel était le cas, il y avait fort à parier que le verdict soit positif et qu'il permette aux deux jeunes mafieux de s'en sortir vivants et indemnes. Pourquoi ? Car il n'aurait pas autant renâclé à l'idée de les escorter si cela avait été pour les mener à leur mort, en toute logique. Il aurait considéré que ce rôle était à mener à bien, quelles qu'en soient les tenants et les aboutissants, envers et contre la fastudiosité de cette mission dont on l'avait affublé. S'il traînait du pied si lourdement, c'était parce qu'il songeait que sa présence ici n'avait strictement aucune espèce d'importance et que les deux infirmes étaient largement capables de se rendre jusqu'à leur objectif sans se perdre en chemin. Alors qu'il se redressait et qu'il conviait Mizeria à en faire de même, lui passant un bras autour des épaules afin de se soutenir modérément sur elle, comme annoncé préalablement, l'Auditore se mit à blêmir. Bientôt d'autant plus exsangue que précédemment, et presque plus livide que la salle immaculée elle-même, il se mit à songer qu'il n'avait jusqu'à présent rien fait d'autre que chercher des échappatoires en guise de réconfort. Chaque indice avait été si brutalement décortiqué qu'il avait pu trouver des signes avant-coureurs de leur libération dans chaque détail, dans chaque événement, lors même que ceux-ci n'avaient pas forcément des liens avec leur jugement en particulier. Le Nagafuse, en d'autres termes, n'avait pas eu une posture intelligente et sagace, pragmatique, ces dernières minutes durant. Il avait voulu trouver de quoi se rasséréner : ni plus, ni moins. Et maintenant qu'ils étaient tous les deux précipités face à l'imminence du verdict, il en redoutait la teneur crescendo : il s'était peut-être fourvoyé, car les deux Ciels figuraient potentiellement en tête de liste des personnes les plus imprévisibles et les plus indomptables que le Monde criminel ait jamais porté.

Finalement, leurs pas les portèrent bien plus promptement qu'il n'aurait pu l'envisager face à une double porte de bois brut, aussi finement ouvrage que celles du bureau de Symphony. Dès lors, le cœur du noiraud se serra et son corps se raidit légèrement, redoutant quelque peu l'assemblée qu'ils allaient bientôt pouvoir dévisager. Les portes furent ouvertes sans plus attendre, dévoilant une salle au sein de laquelle il avait déjà pu s'égarer à quelques reprises. Tout en longueur, son sol était d'un marbre noir, plus sombre et plus glauque d'une nuit sans étoiles. A contrario, son plafond étincelait, comme si tous les astres de l'univers avaient été condensés, comme si le feu de tous les soleils couraient le long des quelques poutres peintes qui apparaissaient au beau milieu d'une myriade de lustres, plus munificents les uns que les autres. Un tapis rouge coupait la nuit en deux, et menait jusqu'à deux trône lourds, grotesques et excessivement rustiques, mais qui étaient l'un comme l'autre sertis d'une foultitude de pierres aux couleurs différentes. A droite comme à gauche, enfin, se trouvaient séparés par un bon mètre chacun sept chaises, plus frêles et plus malingres que les deux trônes en question, mais néanmoins quasiment aussi chatoyants. Chaque chaise était en revanche dotée d'une couleur unie, et quasiment toutes étaient occupées. Si les gardiens se dispersaient au travers de la salle, ne laissant que quatre chaises libres, à savoir celles de la Brume, du Désert, de la Tempête et de la Pluie, les deux Ciels étaient, quant à elles, pesamment assises face à la porte. Si Alda demeura muette et stoïque, Symphony ne tarda guère à prendre la parole, sa voix douce et mélodieuse, quasiment envoûtante, se laissant porter paresseusement le long de cette salle atypique et mémorable. Si Mizeria avait été capable d'observer ce spectacle, sans doute ne l'aurait-elle jamais oublié...

-Rai. Mizeria. Avancez jusqu'ici. Gustav, vous pouvez nous laisser.

Tandis que l'homme s'en allait docilement, manifestement soulagé d'en avoir enfin terminé avec toute cette histoire, le noiraud quand à lui s'affaissa quelque peu, bien malgré lui. Tout son courage semblait s'en être allé et il se sentait aussi démuni qu'un moujingue face à la perspective d'une punition des plus désagréables... A la différence que la punition pouvait tout-à-fait signifier leur disparition tragique, à Mizeria et à lui. Une fois qu'ils seraient à l'intérieur, ils n'auraient plus la moindre chance de prendre la poudre d'escampette, ainsi encerclés par tout un tas de combattants plus virulents et plus talentueux les uns que les autres. Mais avaient-ils seulement eu une chance, même infime, de s'en sortir en jouant de force ou de couardise ? Il était convaincu que non. Il n'avait ni sa bague, ni ses boîtes, et son amante était privée de ses yeux. Comment diable pouvaient-ils espérer se tirer d'un tel enfer par leurs propres moyens, en considérant qu'autant de gardiens se trouvaient rassemblés, de surcroît ? Ils n'auraient fait que précipiter leur perte... Comprenant qu'il était donc trop tard pour se défiler, et que cela n'aurait mené à rien, Rai se remit en route, entraînant la demoiselle avec elle, l'exposant enfin au regard de la majorité de ses collègues qui n'avaient pas encore pu dévisager celle qui, d'entre toutes, avait réussi à faire chavirer le cœur gelé de ce chien fou que nul n'avait jamais su asservir. Et les réactions furent, pour le coup, assez timides : le noiraud comprit donc instinctivement que les Ciels avaient dû glisser un mot à leurs sbires, à ce sujet, et qu'elles n'allaient pas tolérées ni gausseries, ni méchancetés quelconques à l'égard du jeune couple. Touchante attention, pour une famille de meurtriers décérébrés...

-Julia nous a tenu au courant. Tu as pu manger quelque chose de consistant ?
-Oui mais... Très honnêtement, j'aimerais qu'on aille droit au...
-Le fouet te manque déjà ?

C'était Alda qui venait de le couper et de rétorquer, et elle l'avait fait d'un ton si froid et si intransigeant que le jeune homme en tressauta spontanément avant de baisser les yeux, débiles. Il était à bout de nerfs, fatigué, lassé, exténué, et il avait laissé ses sentiments prendre le pas : il avait témoigné de son agacement, et c'était une faute grave qui pouvait leur coûter cher. S'il ne pouvait pas s'en repentir, un sentiment de culpabilité et de honte crasse n'en prit pas moins possession de son cœur, le révulsant immédiatement. La Ciel Sanglante, finalement, sembla afficher une mine satisfaite face à la docilité soudaine du gardien du Désert, auquel elle semblait avoir pu inculquer quelques bonnes manières, et Symphony poussa un soupir las avant de rentrer plus directement dans le vif du sujet.

-Vous êtes libres. L'un comme l'autre. Mais... Sous conditions.

Voilà qui ne lui intimait rien de bon : malheureusement, le couple ne pouvait, pour l'heure, rien faire d'autre que d'attendre patiemment d'en savoir plus sur cette sentence qui promettait d'être mitigée... Du moins le pire était-il derrière eux. Ils allaient survivre... Mais dans quelles conditions ?

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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Mar 10 Juil - 13:32

Kiss me like it’s our last

Elle avait presque sursauté, mais par contre ses joues avaient rougies comme jamais. La Leone ne s’était pas attendue à une telle réponse de son amant. Alors qu’elle ne voyait plus rien et attendait patiemment une réponse verbale, elle n’avait pas senti le brun se rapprocher dans le but de lui voler un baiser. Elle s’était dès lors emballée et n’avait pas tardé à succomber à leur échange. Il savait toujours autant lui faire tourner la tête et l’apaiser. Le poids qui semblait s’imposer sur son cœur et ses épaules s’envola au grès des secondes. Quand elle se retira elle n’était plus que concentrée sur ses joues en feu qu’elle eut du mal à se reprendre et suivre ce qu’il lui répondait. Il la taquina sur le fait qu’elle n’allait pas se débarrasser de lui si facilement, ce qui lui arracha un léger rire. Quant à la suite, elle ne put s’empêcher de sourire tendrement, comprenant ce qu’il cherchait à faire. Il avait senti sa détresse, il avait compris que ça lui coutait de renoncer de la sorte à faire la forte tête et à choisir de s’en remettre complètement à lui. Rai avait lu entre les lignes et avait apparemment plus que tapé juste… Et il l’acceptait comme elle était, il en était même au point de la rassurer et de tenter de soulager son esprit. Un autre rire, plus franc et guilleret s’échappa de ses lèvres. Il lui semblait que la situation n’était plus qu’un lointain rêve, il n’y avait plus qu’eux deux et le reste n’importait plus.

« On va avoir la classe en sortant d’ici comme ça… Moi qui ne voit absolument rien et toi qui ne tient pas debout ? Quel couple. »

Elle en rit encore quelque peu puis garda un léger sourire aux lèvres. Elle voulait lui adresser un regard chaleureux mais se retrouvait une fois de plus incapable de le faire… Il lui tardait d’être complètement guérie… Elle baissa quelque peu la tête mais avec un air serein qu’elle n’avait pas avant qu’il l’embrasse.

« Merci Rai… »


Ses mots étaient remplis d’une gratitude qu’il lui semblait impossible de clamer ou d’expliquer à voix haute. Il la subjuguait et l’étonnait de jours en jours... Combien de surprises et de délicates attentions avait-il encore en réserve ? Chaque jour qu’ils avaient pu passer ensemble depuis leur sortie du tableau avait été un délice. Tout lui paraissait cruellement dérisoire et insipide désormais si il n’était pas à ses côtés... Même dans le pire des tourments, il lui suffisait de se rappeler qu’il était là et qu’il avait su lui offrir plus de bonheur qu’elle en aurait pu en imaginer et ce de manière très rapide. Pouvaient-ils parler d’âme sœur ? C’était la question qui venait la hanter par moments… Tout s’était passé de manière si étrange entre eux et pourtant si naturelle… Ils étaient à tant d’antipodes et pourtant désormais si liés. Tout cela avait le don de lui donner parfois le vertige. Il lui donnait le vertige… A chaque fois qu’il l’embrassait, qu’il la touchait, qu’il disparaissait également. Et autant de fois il la ramenait subtilement sur terre, à la réalité, contre lui. Comme il venait de le faire après avoir mangé en l’enlaçant contre lui. Rassurée qu’il prenne enfin de lui et amoureuse comme jamais, elle se laissa une nouvelle fois allée au calme que lui offraient ses bras. La jeune femme ne tarda pas à somnoler une fois de plus, apaisée comme elle ne l’avait jamais été depuis sa disparition…

Seule la voix de Gustav la tira de son petit nuage. Elle aurait pu une nouvelle fois grogner mais son cœur s’était trop violemment serré et sentit écrasé à la mention du jugement qui allait être prononcé. Elle n’avait jamais réellement cru en un quelconque dieu… Et pourtant elle était prête à prier n’importe lequel qui aurait rendu le verdict favorable. C’est avec le cœur toujours secoué et la respiration quelque peu coupée, qu’elle suivit sans broncher les mouvements du brun. Elle le laissa passer un bras autour de son épaule, sachant pertinemment qu’il n’en avait pas besoin mais qu’il tenait parole et qu’il souhaitait qu’elle s’inquiète moins de son état… Puis de cette manière, elle avait même un regain de confiance. Ils étaient deux, il était là à ses côtés... Bien des choses auraient pu être pires. Il lui fallait être confiante… Sagement elle suivit Rai, qui devait pertinemment emboiter le pas à Gustav... Le chemin lui parut presque long à cause de sa cécité. Elle doutait qu’elle ait pu faire en conditions pour se trouver dans le quartier général des Auditore… Là-dessus, tout lui semblait être un mauvais rêve. Elle espérait simplement que ça ne tourne pas à son pire cauchemar.

Il lui sembla qu’on leur ouvrait une porte assez imposante quand Rai s’arrêta quelque peu, ils firent ensuite quelques pas et le silence qu’elle perçut ne fit que confirmer ses doutes… Ils venaient d’être présentés à la famille Auditore, ou plutôt jetés dans l’arène… La voix de Symphony ne fit que confirmer ses doutes. Sachant pertinemment où était sa place, la Leone se contenta d’écouter. Du moins au début… Elle ne tarda pas à froncer les sourcils quand, ce qu’elle pensa être Alda, menaça Rai. Ils avaient de l’audace... Une nouvelle fois elle se promit de leur rendre la monnaie de leur pièce une fois qu’elle aurait récupéré… Et Alda ne semblait qu’être la meilleure des cibles pour cela. Elle était tout ce qu’elle détestait chez les Auditore : une simple brute sanguinaire qui semblait se placer au-dessus de tout le monde… Elle la détestait sans même lui avoir encore parlé. Néanmoins… Elle se méfiait presque autant de Symphony. Elle avait beau se montrer douce, Mizeria n’était pas folle. Se retrouver à la tête d’une telle famille et être l’égale d’Alda ne pouvait pas être synonyme de sainteté… Face à ces constats elle comprit qu’elle venait de se lancer vraiment dans la plus périlleuse entreprise de sa vie… Il lui parut même que périlleux était un euphémisme à l’annonce du jugement.

Libérés. Ils étaient libres… Une notion qui lui semblait quelque peu folle.. Presque dérisoire et en même temps risibles. Ils étaient tous les deux libres ? Elle avait envie de leur rire au nez… Avait-elle jamais été concernée pour sa part ? Elle n’était pas des leurs, elle était venue de son plein gré… Ils avaient du culot de lui annoncer qu’elle était libre… Elle l’avait toujours été. Elle refreina son envie de leur cracher à la figure pour le bien de Rai. Ce n’était pas le moment de les provoquer pour qu’ils changent d’avis et les exécute sur le champ… Il lui fallait être patiente. Sa vengeance saurait venir… Si Rai s’était juré de réduire les Van Sideris au néant, elle se jurait désormais de le faire avec les Auditore. C’est donc bouillonnante qu’elle entendit parler de conditions. Elle se sentit exploser et pour s’en empêcher elle posa simplement sa main sur celle de Rai avait passé autour de ses épaules… Elle du malheureusement la serrer un peu trop fort par moments accusant le coup de ce qu’on leur annonçait au fur et à mesure… Elle tacha néanmoins de penser à lui à chaque instant. À son bien-être, à ses idéaux, à sa sécurité et à ses talents… Il lui fallait être aussi posée et réfléchie que lui, une manipulatrice comme elle n’en avait jamais été. Tout se mettait en place et elle n’aurait plus de si belle occasion d’agir.

« Rai, tu récupères tes armes mais nous t’enlevons ton titre de gardien… Tu resteras à notre disposition, notamment pour attraper Méphisto. Tu as purgé ta peine mais il te reste encore à te racheter... Et si tu nous satisfais suffisamment sur ce point nous pourrons songer à te réintégrer à ton ancien rang. »


Qu’ils étaient exaspérants… Eux et leurs faux bons sentiments, leur manière de se croire si cléments. Elle était juste dégoutée… Rai n’était pas réellement libre. Il se devait de rester à leur service, d’obéir au final encore plus docilement qu’avant. Et pire encore, de se voir utiliser pour arrêter Méphisto. Elle n’était pas folle, le brun allait risquer une fois de plus sa vie en se joignant à cette mission ci... Ils n’en avaient rien à faire de le perdre ou non, il n’était qu’un pion interchangeable peu importe s’il leur avait été précieux et surtout utile par le passé. Symphony lui avait fait miroiter une libération totale... Mais ce n’était qu’un leurre. Elle n’allait pas avoir à le protéger des Leone s’il restait affilié à eux... Elle avait été dupée… Pourtant, elle ne s’en emporta pas. Elle songea que cela pouvait jouer en sa faveur, ils lui livraient plus d’arguments encore.

« Mizeria, comprends que nous ne pouvons pas devenir aveugle sur votre relation et nous devons nous assurer que tu ne profiteras pas de la situation par la suite... Tu es donc libre également et tu peux retourner à ta vie normale, même continuer à voir Rai puisque tu sembles si important à ses yeux… Mais… »

Symphony avait-elle réellement envie que la blonde lui rit au nez ? Il lui sembla un long moment... Elle avait leur bénédiction ? Une autre preuve de leur mauvais gout et qu’ils se croyaient supérieurs. Ils ne faisaient que la prendre de haut et la sous-estimer… Une rage sourde ne cessait de monter en elle. Elle allait leur montrer ce qu’ils rataient, plus dur en serait la chute. Méphisto allait être le premier pour les affronts qu’il lui avait faits et pour le bordel dans lequel il avait entrainé Rai… Le reste de la famille ne ferait que suivre. Sa volonté ne fit que se renforcer davantage à l’annoncer de ses propres conditions, accentuant également sa rage.

« Pour nous assurer de ta bonne volonté… Nous n’avons pas eu d’autre choix que de prendre une légère assurance… Si tu respectes notre accord tu n’as pas à t’inquiéter. Ni pour Rai, ni pour toi, ni pour tes quelques compagnons que nous avons appréhendés hier et qui se trouvent dans la salle à côté de la nôtre. Ils resteront avec nous pour nous assurer que tu nous écoutes. »

Si elle avait pu voir, elle aurait très certainement vu Symphony donner l’ordre que l’on ouvre une porte adjacente et observer l’air satisfait d’Alda. Mizeria n’eut d’autre choix que de les croire à l’écoute des différentes réactions… Elle entendit effectivement l’espace de quelques secondes des personnes se débattre et l’appeler, tandis qu’elle sentit Rai resserrer sa prise sur elle. Ils avaient effectivement des Leone sous la main en otages… Les bruits s’arrêtèrent, et elle songea qu’ils venaient surement de refermer cette même pièce. Combien de temps resta-t-elle debout mais complètement sonnée ? Cet ultimatum avait réussi à ébranler toutes ses convictions et son courage. Déjà que l’idée que Rai soit impliqué dans ses machinations lui était insupportable, mais qu’elle entraine d’autres personnes avec elle… Elle était bloquée. Et si elle se lançait et qu’ils vendaient la mèche ? Qu’ils racontent aux Auditore qui elle était réellement ? Il lui sembla dès lors qu’il lui fallait faire preuve trop de coups de poker. Par chance, le bras du brun et sa présence l’empêchèrent de chuter, la forçant à s’y tenir et à s’en rassurer. Elle sentit néanmoins des sueurs froides s’emparer d’elle et toute la fatigue des derniers jours l’écraser plus puissamment que jamais… Devait-elle renoncer ? Elle pouvait encore accepter… Elle pouvait vivre simplement leur histoire avec Rai. Mais pourtant… Cela lui semblait encore plus cruel. Jamais elle n’allait pouvoir le faire si des innocents s’en retrouvaient mêlés… Elle comprit que ce qu’elle avait élaboré comme choix n’en était désormais plus un. C’était la seule solution… Périlleuse, dangereuse et folle.. Mais bizarrement la seule qui pouvait sur le long terme se montrer bénéfique...

« Bien.. Il semblerait que nous nous comprenons. Vous pouvez donc retourner vous reposer désormais et être rassurés.
- Attendez. »

Si elle ne pouvait plus rien percevoir de ses propres yeux… Elle devina sans mal la stupeur générale. Elle avait osé parler après avoir serré un nouvel instant la main de Rai pour se donner du courage. Elle sentit les gens présents dans la salle se tendirent et surtout lui lancer un regard des plus menaçants... Elle n’en avait rien à faire d’eux. Elle perçut la curiosité de Symphony qui ne coupa pas court à sa requête… Pour Alda par contre... Elle devinait sans mal son énervement. Elle allait devoir être rapide et surtout claire.

« J’ai une proposition à vous faire... Et à la vue de ce que vous nous proposé je pense qu’elle irait dans votre sens... Voir qu’elle serait à votre avantage... Évidemment j’ai quelques conditions, ou plutôt deux pour être exacte.
- Nous t’écoutons Mizeria »

Le Ciel Vérificateur semblait une nouvelle fois bon et miséricordieux mais elle n’y prêta pas attention. Avec assurance elle enleva le bandeau qui préservait sa vue et papillonna quelques instants des cils pour s’habituer à la lumière. Elle distingua alors quelques visages et surtout corps de l’instance. Son regard se posa sur les deux chefs et elle ignora le léger claquement de langue qu’elle entendit et qu’elle attribua sans mal à Julia… Symphony lui avait dit que les yeux ne mentaient pas. Il était temps de lui montrer les siens et qu’elle y lise toute sa résolution… Qu’elle comprenne que sa requête n’avait rien d’une blague... Car elle savait qu’elle allait tous les prendre de court en l’annonçant, voir s’attirer des moqueries… Son regard se braqua donc sur Alda et Symphony, et sans trembler et sans ciller, elle reprit.

« J’aimerais rejoindre les Auditore. Pour cela je suis prête à quitter les Leone… Mais je vous demanderais juste de ne pas me demander d’informations sur eux. Et de relâcher les otages en votre possession. »

La stupeur s’empara de la salle, et à son grand étonnement aucun rire n’éclata. Ils devaient tous être trop sur le choc.. Ou sinon se réserver face à la surprise des deux Ciels. Symphony prit la parole une fois de plus, l’étonnement s’entendant dans sa voix.

« Et pourquoi veux-tu nous rejoindre ? Tu voulais pourtant que Rai quittes les Auditore et le faire intégrer les Leone non ?
- Oui, c’est exact… Mais après mure réflexion ce n’est pas le plus judicieux… Tu me l’as dit toi-même Symphony. Si nous optons pour cette solution je devrais le protéger d’eux... Ils ne sont pas si terribles qu’eux mais cela représente un challenge... Alors que si c’est moi qui vous rejoins… C’est plus bénéfique pour Rai avant tout. Vous êtes sa famille, il est bien parmi vous et c’est tout ce qui m’importe. Puis… Je ne pense pas être en sécurité non plus en devenant l’une des vôtres mais cela serait bénéfique pour votre réputation. J’espère que là-dessus vous aurez peut-être moins envie de me tuer au détour d’un couloir. Vous pourrez vous vanter d’avoir une ancienne Leone parmi vous… Et les Leone craindront que je vous révèle des choses... Ils se tiendront à carreaux pendant un temps. Au lieu d’être la risée des mafieux à cause de Méphisto vous aurez la paix. Bien évidemment je ne vous révèlerais rien... C’est ma première condition. La deuxième concerne les otages, puisque si je vous rejoins ils n’ont plus d’intérêt... Et laissez les apprendre la nouvelle aux Leone justement.
- Pardonnes moi mais j’ai du mal à te croire.. Ca me parait trop fou venant de toi.
- Je vous l’ai dis… Rai passe simplement avant tout… Et si vous rejoindre me permet de savoir qu’il est bien et que je suis à ses côtés.. Alors je suis prête à en payer le prix et à vous suivre… »

Elle serra encore un peu la main du brun, y cherchant réconfort et s’assurant presque qu’il était toujours là.. Le geste sembla rassurer Symphony sur ses déclarations… Elle sentit même que l’assemblée de manière générale n’y voyait qu’une folie par amour et non un quelconque plan… De toute façon ils la sous-estimaient bien trop pour lui accorder autant de mérites. Pour eux, elle n’était qu’une gamine écervelée qui s’était entichée d’un homme dangereux... Cette image lui allait si elle lui permettait de les endormir… Néanmoins, une ne semblait pas du même avis que les autres… Mais pour d’autres raisons.

« Et qu’est-ce que tu nous apportes concrètement ? Si tu ne nous renseignes pas sur les Leone et ce qu’ils peuvent savoir… Tu n’as aucune utilité pour nous. Que cela soit bénéfique pour Nagafuse ou pas. Si tu n’as rien à nous offrir, tu n’as aucun intérêt pour nous. »

Alda et son pragmatisme… Un sourire passa sur ses lèvres. Dieu que la sous-estimer autant lui donnait envie de vomir. Elle n’était pas du genre à se mettre en avant ou se lancer des fleurs… Mais elle savait reconnaitre ses qualités et savoir qu’elle était un élément non négligeable.

« Eh bien… À l’heure actuelle, en effet. Privée de ma vue je ne vaux pas grand-chose je vous l’accorde. Mais si vous le souhaitez, laissez-moi me remettre sur pieds et j’affronterais qui vous voulez pour vous montrer ma bonne foi et de quoi je suis capable. Vous pouvez même m’envoyer Eberto… J’en ferais mon affaire. »

Un défi. Voilà la position qu’elle venait de prendre… Et elle devinait une nouvelle fois sans mal l’agacement d’Alda, son envie de lui trancher la gorge séance tenante immédiatement... Pourtant elle décelait une légère curiosité… La jeune femme n’avait pas lancé sa provocation contre Eberto à la légère. Elle avait retenu ce que Rai avait dit tout au long de leur tourment avec Méphisto… Eberto était un favori d’Alda. C’était une brute certes... Mais elle avait ses chances. Mizeria sembla même se satisfaire de l’effet qu’elle venait de donner. Ils étaient tous stupéfaits. Symphony, bienveillante comme à son accoutumée voulait certainement éviter d’en arriver là, Alda pour sa part était vraiment curieuse et impatiente de lui faire payer son insolence. Si elle devait rejoindre cette famille, elle venait dans tous les cas de signer là son entrée fracassante dans leurs rangs. Ils n’allaient pas l’oublier de si tôt…


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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Mer 11 Juil - 8:27



Même le lila blanc a une ombre.



Mitigé. Le constat était mitigé. Si un soulagement indicible parvint à embaumer le cœur du noiraud, sa cavité, en revanche, se couvrit d'une amertume dégoûtante lorsqu'il entendit les contraintes et les conditions que Symphony appliquait à leur liberté recouvrée. Sa bague passait encore : il était déjà heureux de pouvoir retrouver Shiho, même s'il savait pertinemment que son fosse n'aurait pas le dixième de la puissance qu'il possédait initialement, lorsqu'il l'invoquait par le biais de son anneau de gardien. En revanche, le sort que les Auditore destinait aux Leone captifs était autrement plus problématique. Lorsque la porte s'était ouverte et lorsque les voix tourmentées et affolées avaient commencé à se faire entendre, certaines semblant reconnaître Mizeria, le gardien du Désert avait fait tout son possible pour ne pas y jeter le moindre regard. Il savait que sa famille comptait beaucoup à sa chère et tendre, et il sentait que son cœur se serrait serré rien que s'il avait eu à les scruter. Il n'était pas sot, pas naïf : il savait très bien qu'Alda avait dû s'occuper d'eux, de sorte qu'ils ne puissent pas avoir la moindre chance de se volatiliser... Les avait-elle attachés scrupuleusement ? Les avait-elle torturé, au même titre que lui, quelques jours plus tôt ? C'était plausible et même plutôt probable : il se contenta donc de demeurer aux côtés de son amante en la conservant collée contre lui, tâchant de cette manière de lui rappeler qu'elle n'avait pas à se sentir obligée de s'impliquer davantage. Il aurait compris que la perspective d'avoir des amis derrière les barreaux de cette famille sinistre la révulse ou la pousse hors d'elle : il fallait juste qu'elle conserve son sang froid. Les Ciels finiraient bien par payer mais en attendant cette opportunité, le couple devait se montrer à la fois uni et quiet. L'empressement et la précipitation ne pouvaient que leur nuire puisqu'ils n'étaient ni suffisamment en forme, ni suffisamment préparés pour tenir tête à la cohorte de gardiens qui les entouraient. Ils seraient déchiquetés s'ils essayaient d'entreprendre la moindre folie... Elle devait en avoir conscience. Et, contre toute attente, elle en eut conscience, peut-être même plus que lui : elle décida donc, comme prévu, de faire son entrée en fonction au sein des Auditore en proposant ses services à Alda et à Symphony. Lorsqu'elle se mit à ôter son bandage, le Nagafuse grimaça mais ne répliqua pas, ni ne grogna, contrairement à Julia qui ne perdit pas l'occasion de se faire entendre : elle devait avoir une idée derrière la tête et il la respectait bien trop pour ne pas lui accorder toute la confiance qu'elle méritait légitimement.

Et il comprit subitement où elle voulait en venir en même temps que ses confrères et consœurs : elle souhaitait s'utiliser comme caution. Elle voulait permettre aux Leone d'être libérés en toute sécurité en échange de sa propre loyauté... En d'autres termes, elle agissait ni plus ni moins comme une mercenaire. La plupart des Gardiens demeurèrent stupéfaits, et pour cause : la proposition était relativement culottée. Cependant, nul ne pipa mot, à nouveau : les Ciels prouvaient qu'elles disposaient d'une autorité indéniable et que personne n'osait se dresser contre elle, mis-à-part les fous et les ineptes du calibre de Mephisto. Rai, toutefois, pouvait imaginer sans peine qu'un grand nombre de ses collègues renâclaient à l'idée de recruter Mizeria. Et c'était légitime puisque s'il avait été assis à leur place, il aurait sans doute éprouvé le même scepticisme... A cela près qu'il aurait probablement eu le courage ou la stupidité de le prononcer à voix haute : il aurait tenté de démonter son argumentaire devant les Ciels, de prouver qu'elle n'était certainement pas aussi fiable et vaillante qu'elle ne l'annonçait. Toutefois, comme personne ne semblait déterminé à l'idée de lui couper l'herbe sous le pied, la jeune femme poursuivit inlassablement avec une motivation recouvrée et un tempérament des plus fiévreux. Elle prouvait, en tout cas, qu'elle n'avait pas froid aux yeux et qu'on ne pouvait pas l'incomber de lâcheté ou de couardise... Elle brandissait haut sa volonté factice de rejoindre leur grande famille de décérébrés et de sadiques de toute nature, et elle utilisait l'amour dont elle souffrait à l'encontre du noiraud comme l'argument parfait et imparable. Même les mafieux ne pouvaient l'ignorer : la passion était souvent le moteur d'actes déraisonnables et insensés... Celui-ci n'était guère une exception. Si d'aucuns auraient pu freiner des quatre fers en insistant sur le fait que la passion, précisément, n'était que rarement éternelle et que celle qui unissait Mizeria et Rai pouvait finir par s'estomper, voire par se tarir, nul au sein de l'assemblée n'eut l'audace de tenir de tels propos. Et pour cause... Ils n'avaient aucune raison de croire que l'amour que la Leone et l'Auditore éprouvaient l'un envers l'autre finirait par disparaître. C'était même l'absolu contraire, à leur yeux : elle avait été complètement stupide, allant jusqu'à pénétrer au sein de leur Quartier Générale blessée et cernée par des ennemis de toute part, sur l'invitation de l'un des deux Ciels, afin de retrouver les bras de son cher et tendre sans plus attendre. Et lui avait bien failli se damner, causer sa propre mort pour les beaux yeux de cette frêle et mièvre créature, lors même qu'il avait toujours semblé si calculateur, si précautionneux, et si imprévisible... A la vérité, nul gardien ne l'ignorait : jamais le Nagafuse n'aurait risqué autant pour leur famille toute entière qu'il ne l'avait fait pour cette amante qu'il tenait fermement contre lui, à cet instant précis. L'un comme l'autre avaient été frappés par ce maléfice curieux, dont on ne se libérait pas de l'étreinte des chaînes et dont on finissait par souffrir jusqu'après notre mort...

Mais Alda revint à la charge. Elle se montrait pragmatique, en l'occurrence, là où l'appréciation de Symphony semblait déjà modérément acquise par les arguments sentimentaux que Mizeria avait pu leur soumettre. Ce n'était pas de la fidélité de la Leone qu'elle doutait, mais de son utilité... Face à un argument d'une telle bassesse, le noiraud fit grincer ses dents, se retenant de rétorquer avec une virulence qui ne lui ressemblait guère. Combien d'abrutis et de gros bras stupides Alda avait-elle à sa charge, comme une espèce de cour loufoque et patibulaire ? Ce tas de gorilles n'aurait jamais eu la moindre chance contre sa chère et tendre... Pire encore : elle aurait été capable de malmener le moindre des gardiens actuellement présent dans la pièce. Et cette Ciel osait remettre l'utilité d'une telle combattante en question ? Fort heureusement, la Leone ne perdit pas son sang froid et rétorqua avec une pertinence qui déstabilisa l'ancien gardien du Désert lui-même : elle évoqua Eberto, et sembla signifier qu'elle avait largement ses chances de l'emporter, y compris contre un combattant de son calibre. Cette nouvelle sembla jeter un vent d'incompréhension et de stupeur au sein de l'assemblée mais, une fois de plus, nul ne pipa mot ni n'objecta. Rai, de son côté, se surprit à adhérer à la stupéfaction générale : s'il n'avait pas d'ores et déjà eu la chance de l'observer agir à maintes et maintes reprises, il aurait certainement accusé Mizeria d'insanité mentale séance tenante... Toutefois, avec le recul, il ne pouvait qu'admettre qu'elle n'avait pas tort : elle avait réellement ses chances contre ce gorille inébranlable, si les circonstances lui souriaient. Elle était certes moins forte, moins robuste, mais elle était probablement plus agile et plus vive, plus vigoureuse, peut-être même plus réactive... Et, en tout cas, plus intelligente. Elle était largement capable de l'entraîner dans un piège, de le tourmenter de le surclasser par d'infinies réflexions. Si elle n'était pas dotée d'un esprit aussi mordant que celui de son amant, elle était largement susceptible de mettre son intelligence au profit de ses compétences martiales... Et quand bien même ce foutu Eberto était un solide combattant, l'ancien gardien du Désert doutait furieusement de ses chances si, en lutte singulière, il en venait malencontreusement à laisser à la Balogh l'avantage du terrain.

-Intéressant. Mais quelle garantie a-t-on que tu ne mens pas ?
-Moi.

Lentement, le mafieux décida de raffermir sa prise sur l'épaule de la jeune femme pour lui faire comprendre qu'à partir de maintenant, cela allait être à lui de plaider en sa cause. Elle ne pouvait rien faire de plus : elle avait déjà été d'une pertinence remarquable et avait sorti des arguments solides, qu'il se devait maintenant de parfaire et de sublimer. S'il n'était pas capable de lui être utile au moins sur ce plan, alors l'idée que leur couple puisse finir par venir à bout des Auditore, des Van Sidéris et des autres familles criminelles était complètement insouciante et hors de propos. Ils devaient se compléter merveilleusement : ce bras de fer engagé contre les deux Ciels n'était ni plus ni moins qu'une première étape, qu'une mise à l'épreuve. Lorsqu'il avait pris la parole, Rai avait senti la totalité des regards se tourner dans sa direction mais il avait tout fait pour conserver ses propres yeux campés sur les deux Ciels, les deux seules mafieuses dont l'avis comptait réellement. Il se fichait de savoir si ses collègues le prenaient pour un fou ou pour un ahuri : il n'avait besoin ni de leur sympathie, ni de leur approbation. Ils ne représentaient rien, pour parler franchement... Il sentit ses poils se hérisser en comprenant qu'il allait devoir se montrer convaincant, une fois de plus. Il avait confiance en ses compétences oratoires, bien sûr, se savait doté d'une rhétorique efficace, mais l'exercice était si périlleux et pouvait leur rapporter tant de bénéfices que cela ne l'aidait guère à recouvrer un sang froid propice à ce genre de monologues... Le Nagafuse se fit violence, pourtant, se contraignit à prendre la parole avec lenteur et méticulosité, songeant qu'on ne risquait pas de le huer pour quelques secondes prises et usées à bon escient : il réfléchissait tout en parlant et les mots jaillissaient naturellement, tandis qu'il cherchait à les cimenter autour d'une idée commune.

-Mizeria est forte. Bien plus que je ne le serai jamais. Elle est rapide et agile. Elle a une bonne utilisation de sa flamme et une détermination remarquable. C'est ce qui m'a attiré chez elle, en tout premier lieu. Elle aurait pu me tuer à d'innombrables reprises lors de nos premières rencontres. Malgré mes précautions, et malgré mes stratagèmes. Elle est douée pour déjouer les pronostics. Elle est débrouillarde et sait utiliser ses atouts afin d'en tirer le meilleur. M'est avis qu'elle pourra remplir des missions qui nécessiteraient habituellement l'envoi d'un gardien sur le terrain sans la moindre difficulté. Donnez-lui sa chance, et elle le prouvera certainement.
-Il me semble pourtant que Mephisto a su la duper...
-Il a tous su nous duper. Et vous les premières. La différence, c'est que Mizeria ne le connaissait pas et ne savait pas à quoi s'attendre. A ce petit jeu... Nous avons tous été mille fois plus stupides qu'elle.

Cette fois-ci, les clameurs s'élevèrent. Plusieurs gardiens se redressèrent, hors d'eux, et se mirent à insulter copieusement ce gardien déchu et insensé qui osait leur faire la moral et les insulter aussi outrageusement, frontalement, sans le moindre tact ni la moindre retenue. Et de leur point de vue, la chose était effectivement condamnable : Rai avait-il oublié qu'il était actuellement à leur merci ? Qu'un claquement de doigts de la part de l'une ou de l'autre des Ciels aurait pu causer sa mort dans d'innombrables souffrances ? Si certains gradés, à l'instar de Julia, étaient restés assis, d'autres menacèrent donc d'enflammer leurs bagues d'un instant à l'autre afin de couper court à ces sornettes et à toute cette mascarade. Pour eux, ce couple était susceptible d'amener bien plus de problèmes et de drames que de gloire et de richesses... Pourtant, le Nagafuse avait su conserver son impassibilité : il s'était contenté de planter successivement son regard dans celui, curieux, de Symphony, et dans celui, énervé, d'Alda. Il savait que la Ciel Sanglante, contrairement à ses larbins, n'était pas sotte : elle savait mettre des opportunités à profit si elle estimait que cela pouvait s'avérer fructueux. Elle n'était pas arrivée à la tête de l'une des plus grandes familles mafieuses du monde en obéissant vainement et constamment à ses pulsions les plus viles : elle savait se montrer raisonnable et intelligente. La Ciel Vérificatrice, quant à elle, était dotée d'une sagacité rare qui pouvait certainement lui permettre de comprendre l'utilité que le couple pouvait effectivement finir par revêtir si elle leur laissait l'occasion d'exprimer leurs compétences. Ce fut elle, d'ailleurs, qui en vint par faire claquer ses mains puissamment pour intimer ses sbires au calme le plus absolu : ils s'exécutèrent docilement, s'en retournant aux places qu'on leur avait désigné sans protester, mais sans arrêter toutefois de darder leur ancien collègue de regards froids et de bien mauvaise augure. S'ils avaient tous été seuls dans une pièce immaculée, ses entrailles auraient probablement eu tôt fait de repeindre l'entièreté des murs, il en avait pleinement conscience... Leur Salut ne tenait qu'à la bonne volonté des deux Ciels. Ni plus, ni moins.

-Tu n'as pas froid aux yeux et tu aimes les envolées spectaculaires, manifestement, mais force est d'admettre que tes propos ont du vrai en eux. Cependant... Nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher tous les otages tant que nous n'avons aucun gage de ta bonne volonté, Mizeria. Je te propose donc un marché.

Alda, courroucée, planta un regard sanglant dans celui de l'autre Ciel qui se contenta de l'ignorer simplement. Pour la première fois depuis des mois, les deux jeunes femmes montraient clairement et limpidement une différence de point de vue et celle-ci risquait effectivement de causer des tensions colossales... Mephisto, d'une certaine manière, avait eu raison et s'était montré plutôt lucide. Même si elles œuvraient pour la grandeur d'une même famille, les deux jeunes femmes avaient des méthodes et des préférences trop différentes et trop distinctes. Elles ne pouvaient pas s'accorder parfaitement à tous les sujets... Cependant, Rai n'avait pour l'heure nul besoin de l'acceptation d'Alda. Certes, cette dernière pourrait finir par leur poser problème si elle s'acharnait à leur rendre la vie impossible mais il y avait fort à parier que s'ils parvenaient à sortir d'ici en ayant obtenu l'objet de leurs désirs les plus fous, ils n'auraient pas à craindre de s'en voir délestés. On leur laisserait une chance de prouver leur efficacité et leur fidélité... D'ailleurs, ce fut dans cet esprit que Symphony ne tarda guère à renchérir, mettant toujours en oeuvre son espèce de sympathie et de bienveillance quelque peu obséquieuse.

-Pour l'heure, nous ne libérons qu'un seul de tes compères pour qu'il aille avertir les Leone de ta trahison. Ensuite, nous libérerons les autres au compte goutte, selon notre bon vouloir. Quoi qu'il arrive, si vous parvenez à capturer ou à tuer Mephisto, nous les libérerons tous. J'imagine que vous devez avoir au moins autant envie que nous de le voir succomber... Donc cet échange de bons procédés devrait probablement te convenir.

Ils n'auraient pas pu espérer mieux. En fait, le noiraud était, de son côté, absolument satisfait. Peut-être que Symphony mentait : peut-être qu'elle ne prévoyait pas de libérer tous les otages, certes... Mais ils n'auraient de toute manière jamais de réelle certitude au sujet de son honnêteté. Elle avait l'ascendant, et elle n'avait aucune raison de mettre cet avantage en péril pour leur permettre d'être à l'aise. Elle avait tout à gagner, pour l'heure : plus elle lâchait du lest et plus elle risquait, précisément, d'avoir à y perdre. Rai fit donc en sorte de communiquer son approbation à sa chère et tendre en lui serrant légèrement l'épaule, de sorte qu'elle n'oublie pas qu'il se trouvait à ses côtés et qu'il était là pour lui prêter main forte quoi qu'il arrive. Quelle que soit sa décision, il était ravi d'avoir pu lui offrir un coup de main... Restait à savoir si cette ultime proposition allait convenir à Mizeria, faute de mieux, ou si elle allait renoncer à leurs ambitions mortifères et funestes. Dans un cas comme dans l'autre, lui demeurerait simplement à ses côtés...


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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Mer 11 Juil - 21:43

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Elle avait abattu toutes ses cartes.. Du moins toutes celles qui lui semblaient être les plus sures et les plus faciles à utiliser. Elles en avaient d’autres dans sa manche mais préférait les garder pour d’autres éventualités. Elle se doutait que les Auditore n’allaient pas lui accorder leur totale confiance immédiatement et qu'ils allaient lui demander de faire ses preuves… C’était pour ça que son esprit avait déjà cogité à quelques éventualités… Mais pas à tout. Pour cela il lui fallait du repos, son corps ne cessait de le lui rappeler plus le temps s’écoulait. Il lui semblait qu’elle avait encaissé un dernier choc à l’annonce du verdict de Rai. La Leone n’ignorait pas que l’attente de ce dernier était un énorme générateur de stress et que le jugement pouvait les placer dans une situation plus que délicate voir fâcheuse… Non, elle n’avait pas oublié ça, comment aurait-elle pu. Mais elle comprit au fil des minutes qu’elle avait tout encaissé et que son corps ne supportait plus la charge. Savoir que Rai était libre l’avait à tel point soulagée qu’elle n’en sentait même presque plus ses jambes. En revanche… Le verdict la concernant avait achevé de couper net ses sensations et de la mettre sur le carreau. Les otages avaient été en prime comme la cerise sur le gâteau. Néanmoins, elle avait réussi à ne rien montrer et à tenir bon, à justement montrer une apparence forte et téméraire. Au final, elle avait réussi à se duper elle-même… Elle s’oublia dans les discussions, et surtout quand Rai se mit à intervenir. Il ne semblait pas vouloir l’abandonner face à sa famille, au contraire il voulait vanter ses mérites...

Si la situation avait été autre, la jeune femme aurait surement rougi de plus belle face à tant de compliments... Elle ignorait s’il la voyait réellement ainsi ou si il en rajoutait pour arriver à la vendre à ses patronnes... Mais elle se sentit puissamment gênée, tout comme flattée d’être l’objet de tant de reconnaissance. Rai semblait avoir également provoqué déjà plus de réactions qu’elle en intervenant, elle était impressionnée qu’il arrive à leur tenir tête de la sorte. Elle songea même qu’elle retrouvait bien là ses premiers traits… L’image qu’il s’était forgée au grès des années et celle à travers laquelle elle avait su voir. Un sentiment de fierté l’habitat presque. Le Rai qu’elle aimait était méconnu de tous... Elle avait le privilège de le connaitre réellement, de savoir qui il était au plus profond de lui et de savoir ce qu’il avait en tête depuis le début. Dans les faits elle en savait en vrai peu, mais elle se sentait infiniment supérieure à toute sa famille réunie. Il lui avait offert au fil des jours des honneurs qu’elle n’aurait jamais imaginés. Cependant, il l’avait couverte d’un statut spécial, de compliments les plus impensables les uns que les autres selon elle mais.. Il lui semblait qu’il allait trop loin pour elle. Il avait su remettre Alda à sa place quand cette dernière avait évoqué Méphisto et sa duperie. Il avait été juste et direct, mais justement trop. La réaction de la salle ne se fit pas attendre et elle eut peur l’espace d’un instant que leurs vies ne s’arrêtent sur le champ… Ils semblaient si dociles quand elle avait osé les défier qu’elle n’imaginait plus les gardiens réagir de la sorte. Apparemment, les affronts de Rai n’allaient pas passer de sitôt et ils l’attendraient au tournant peu importe ce qui se passerait pour la suite… Elle espéra simplement que la situation ne se trouverait explosive que pendant un court laps de temps. Ils devaient impérativement redorer leur blason, et celui de l’ex-gardien avant tout… Elle avait eu trop peur de le perdre, pour au final être privée de lui pour des sottises. Inconsciemment elle serra sa main pour lui intimer de faire attention et de songer à ses mots. Elle ne doutait pas de lui, elle le savait doué dans les mots et les sous-entendus… Il fallait juste qu’il prenne en compte son récent statut un peu plus au sérieux, quittes à la laisser encaisser toutes les insultes possibles pour les prochains temps…

Par chance, Symphony sembla calmer le jeu. Si plusieurs gardiens s’étaient emballés au point de vouloir faire payer à Rai son insolence immédiatement, ils se ravisèrent et rangèrent leur bague bien sagement. Elle se méfiait toujours de la jeune femme mais elle ne pouvait nier sa poigne et le respect qu’elle incitait dans ses rangs… Mizeria se rappela cependant, pourquoi malgré ça, elle ne portait pas le Ciel Vérificateur dans son cœur. L’idée d’un autre marché la révulsa, et encore plus les détails…
Au compte-goutte ? Elle eut l’impression que ses jambes allaient se dérober pour de bon. C’était toujours ça de pris, certes, et un bon compromis en soit... Mais c’était autant de risques à garder à portée de mains… S’ils restaient tous plus ou moins dans les parages, ils étaient de potentiels dangers ambulants capables de laisser filtrer la moindre information sans faire attention... Un coup d’énervement et ils pouvaient sortir que ce qu’ils pensaient tous être comme la simple conseillère de la lune était en réalité la chef de la section d’espionnage. Elle serait alors finie, Rai de même… Ils comprendraient immédiatement que tout n’était que ruse pour mieux les détruire et associeraient son amant à tout cela. La Leone, ou bientôt ex-Leone, se mit à blêmir de manière incontrôlable. Il lui fallait trouver une parade, quelque chose… Ou du moins un infime moyen d’être sûre que ses compagnons ne vendent pas la mèche et comprennent ce qu’elle était en train de faire. Mais tout cela se trouvait délicat… Elle doutait qu’ils aient attrapés de hauts gradés… Elle doutait donc également en connaitre certains personnellement. De plus, elle ne les avait pas vus… Elle avait entendu son nom mais elle était suffisamment connue pour qu’on sache son prénom sans réellement avoir échangé avec elle. Il fallait qu’elle s’assure dans connaitre au moins un dans le lot… Oui, un suffirait. Si une seule et unique personne arrivait à la connaitre dans les otages et à voir où elle voulait en venir, elle avait encore une chance de se couvrir et de se rassurer… Tout était pourtant trop incertain. Trop dangereux. Elle tacha néanmoins de gommer cet état de fait et de garder de la contenance face aux hauts gradés Auditore.

« Ça ne m’enchante pas mais soit… Pourrais-je au moins demander la faveur de choisir celui qui sera relâché ? Afin de m’assurer que cela soit celui qui en a le plus besoin…
- Éventuellement nous prendrons ton avis en compte. Mais nous verrons cela plus tard. Tout le monde m’a l’air suffisamment éprouvé de tout ce qu’il s’est passé et de cette réunion. »

Sa condition n’était pas acceptée... Elle pouvait l’être, mais rien n’était gagné. Et à sentir l’animosité d’Alda, la blonde prit peur qu’elle ait vu clair dans son jeu. Il n’y avait plus rien à dire de toute manière. Elle ne fit qu’hocher vaguement la tête et s’affaisser quelque peu. Oui cette réunion avait été épouvantable, elle voulait qu’elle se termine… Et au mieux, qu’on lui déclare que tout cela n’était qu’une mauvaise blague... Mais cela était désormais impossible. Inconsciemment, elle se mit à prendre d’avantage appui sur Rai qu’il n'en prenait sur elle. Elle n’en pouvait plus, et pourtant elle ne montrait rien. Malgré le renversement d'appui, sa posture restait presque droite et fière, son regard braqué sur les deux ciels et son expression imperturbable. Ni la bienveillance de Symphony, ni la colère d’Alda ne semblait l’affecter... Et pourtant. Elle était consciente des tensions qui venaient de naitre, et qu’elle avait créée. Elle songea déjà au lourd prix qui l'attendrait par la suite… La route allait être tortueuse…

« Vous êtes tous congédiés. Rai, tu peux rejoindre tes appartements avec Mizeria. Nous te laissons encore ce privilège pour l’instant, tu y trouveras tes boites armes également. Tachez d’être raisonnables et de récupérer. Merci à tous. »

D’un geste de la main, Symphony fit signe à tout le monde de lui obéir. Personne ne broncha et elle sentit la plupart des gardiens, si ce n’est pas tous disparaitre… Il lui sembla que Symphony et Alda partaient de leur côté pour s’expliquer quand Gustav refit son apparition. Elle s’étonna de le voir encore... Surtout qu’il n’ait pas fuit après les avoir déjà conduits à la réunion. Était-il encore obligé de faire leur escorte ? Probablement… En temps normal elle l’aurait volontiers taquiné en le sentant toujours aussi enchanté, mais elle n’en avait clairement pas la force. Elle était même plutôt rassurée qu’il les accompagne encore pour cette fois ci.. Au moins ils pouvaient être surs qu’ils n’allaient pas se faire trancher la gorge en chemin. Docilement elle emboita le pas à leur ange gardien de fortune et suivit le mouvement de Rai. Ses yeux fatiguaient de nouveau mais ce n’était presque rien par rapport à la fatigue globale qui ne cessait de l’envahir. Elle ne fit même pas attention à leur route, trop concentrée à repenser et à ressasser tout ce qu’il venait de se passer. Plus ses pas s’enchainaient et plus elle avait l’impression de courir à sa perte, entrainant Rai tête la première avec elle. Qu’avait-elle fait. Elle allait peut être même entrainer la mort d’innocents… Elle avait été folle et trop ambitieuse, trop fatiguée pour penser à tout au final. Sous le poids des remords, ses épaules semblèrent s’affaisser de nouveau et ses sueurs froides revenir de plus belle. Méphisto avait déjà été une horreur et un monstre à lui tout seul, ne venait-elle pas de le surpasser ? Maladroitement, elle serra la main de Rai comme déjà trop coupable et sur le point d’en payer le lourd tribut qui l'attendait à coup sur si elle échouait.

« Il faudra qu’on parle… Dès qu’on pourra je veux qu’on prenne quelques jours loin de tout ça… »

Ils avaient besoin d’intimité... Il fallait à tout prix qu’il sache la vérité sur ses réelles intentions, qu’il comprenne ce qu’elle voulait faire, qu’il prenne conscience avant que tout ne puisse déraper, qu’elle faisait également ça pour le libérer, pour acheter sa place auprès des Leone pour la suite. Les Leone… Sa seule stabilité depuis des années, elle venait de les balayer… Plaçait-elle trop d’espoirs en eux ? Peut-être n’allaient-ils pas comprendre ou cautionner son plan… Elle allait peut-être finir comme une vraie paria... Qu’allait-elle faire si tel était le cas ? Accablée par ses peurs, elle ne se rendit même pas compte qu’ils arrivaient déjà devant les quartiers du brun. Ses sourdes peurs commençaient à faire trop de bruit en elle pour qu’elle ait conscience de son environnement. Elle aurait très bien pu se taper la tête contre les murs pour trouver la paix, l'idée était presque alléchante. Les derniers pas lui parurent incroyablement difficiles. Comme si passer la porte des appartements de Rai était une chose insurmontable. Seule la voix de Gustav lui parvint quand ce dernier décréta qu’il les laissait se débrouiller désormais et qu’il se retirait. La porte se referma et elle eut l’impression de suffoquer pour de bon après ce bruit. Elle pouvait se relâcher, se détendre… Découvrir l’environnement du brun un peu plus, profiter de lui et se rassurer qu’il soit libre. Mais l’heure ne lui semblait pas autant aux festivités que prévu. Ses angoisses ne cessaient de revenir à la charge, la plongeant dans le pire des doutes, la noyant dans un océan de questions sans réponses et d'horreurs… Elle était auprès de lui, dans son espace personnel... Tout aurait dû lui donner envie de se détendre et d’aller mieux, de se calmer. Et pourtant, elle suffoquait encore plus que dans les couloirs. Elle se mit même à se demander s’il ne valait pas mieux pour elle de fondre en larmes une bonne fois pour toute, ou de tout lui avouer quittes à prendre des risques. Elle ne savait plus où donner de la tête, ni que faire... Elle n'y arrivait pas mais elle allait craquer. Sans réelle force elle se détacha de Rai pour ne serait-ce que chercher à s’asseoir. Même la peur qu’il puisse y voir un rejet l’effleura et l’angoissa de plus belle.

« Rai.. Je… »

Elle eut le temps d’esquisser deux pas qu’elle comprit son malheur et surtout sa faiblesse. Depuis combien de secondes avait-elle retenu sa respiration de la sorte ? L’air lui manquait vraiment terriblement... Arrivait-elle-même encore à respirer tout court ? Tout lui manquait. Tout. A commencer par l’équilibre et le calme. Ses jambes lâchèrent pour de bon, son corps décidant de ne plus tenir le choc et de réclamer le repos qui lui était dû depuis trop longtemps. Elle en tomba raide sans prévenir. Matthew avait raison, elle n’était à l’heure actuelle qu’un poussin ou un chaton. En somme, un pauvre être fragile et bien incapable pour l’instant d’encaisser autant de choses et de stress, sans s’évanouir tout seul sous le poids de ses angoisses.

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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Jeu 12 Juil - 9:42



Même le lila blanc a une ombre.



C'était terminé. Ils venaient d'être congédiés. La majorité des Gardiens n'avaient pas demandé leur reste et, avant même que Gustav ne se présente face au couple pour leur indiquer qu'il allait désormais les guider jusqu'aux quartiers que Rai occupait lors de sa carrière de Gardien du Désert, s'étaient promptement volatilisés, manifestement lassés par toutes ces affaires et ces débats à rallonge qu'ils avaient probablement dû éponger, tant au sujet du noiraud qu'à celui de Mephisto. Ce ne fut qu'à cet instant précis que le mafieux sentit qu'il se détendait quelque peu : il soufflait, enfin, car il se rendait compte du fait que tout avait fonctionné pour le mieux. Et pourtant, les choses étaient particulièrement mal parties... Avec les Leone captifs, il avait bien cru que Syphony avait pris un coup d'avance si terrible et si efficace qu'il allait réduire Mizeria à l'impuissance. Fort heureusement, son amante n'avait pas perdu son sang froid et était apparue finalement plus déterminée que jamais. Ils avaient bien sûr encore beaucoup à faire et un long chemin à parcourir avant de parvenir à leurs fins, mais il lui semblait désormais que la situation était sous un contrôle relatif, et qu'elle allait leur permettre de récupérer dans des conditions propices au repos et à la quiétude. L'ancien gardien de la brume n'allait probablement pas être capturé par Eberto, mais il n'allait pas être libre de ses mouvements pendant belle lurette non plus : il allait tout mettre en oeuvre pour se faire oublier sagement. Et lorsqu'il reviendrait, le couple serait prêt : elle comme lui auraient eu l'occasion de se remettre et de panser leurs blessures, déborderaient à nouveau d'une énergie et d'une résolution si vivaces que nul ne saurait se dresser sur leur chemin afin d'endiguer leur progression. Ils allaient devenir la force immuable qu'ils avaient longtemps souhaité incarner car ils avaient désormais traversé le pire... Leurs aventures, déjà nombreuses et souvent haletantes, avaient pu les former petit-à-petit. Et désormais, le Nagafuse aimait croire que plus rien ne saurait jamais les surprendre, et encore moins les désunir. Tout lui semblait étonnamment clair et calme, à l'avenir... Cette sensation de bien-être et d'ataraxie l'enveloppa tandis qu'ils se rendaient à ses appartements et elle fut si bienvenue qu'il ne se rendit ni compte du temps qui passait et des mètres qu'ils parcouraient promptement, ni du désespoir qui semblait s'ancrer au sein de sa chère et tendre. Tant et si bien qu'il revenait tout juste à lui que la porte se fermait derrière eux, Gustav recouvrant enfin sa liberté et eux, leur autonomie.

Il s'apprêtait à couvrir la jeune femme de louanges et de baisers lorsqu'elle se dégagea mollement : il comprit instantanément qu'il avait négligé son état et que cette affaire lui pesait peut-être largement plus qu'elle n'avait voulu l'afficher ostensiblement, lorsqu'ils étaient dans la pièce immaculée au sein de laquelle on l'avait retenu captif. S'il ouvrit la bouche pour s'enquérir de son état, soudainement anxieux, un sentiment d'incertitude empoignant son cœur sourdement, Rai n'eut pas l'occasion de prononcer la moindre question : il se figea brutalement lorsqu'il se rendit compte qu'elle tentait également de maugréer quelque mot, sans réelle énergie. Et finalement, lorsqu'elle sembla perdre l'équilibre, ce fut tout son monde qui s'effondra avec elle : l'inquiétude fut si virulente et si brusque qu'il en blêmit instantanément avant de s'abandonner à ses réflexes les plus primaux et les plus immanents, oubliant la blessure dont sa jambe avait à souffrir, laquelle rendait pourtant périlleux et instable le moindre de ses appuis. Il se rua dans sa direction, annihilant d'un coup d'un seul le peu de distance qu'elle avait su instaurer entre eux deux, puis usa de ses deux mains pour l'attraper simultanément au niveau de la taille et par le poignet. Malheureusement, si ses prises fermes lui permirent de la tenir contre lui, il ne fut lui-même pas capable de demeurer droit bien longtemps : sa douleur lancinante se rappela à lui et il grimaça avant de grogner tout en chutant à son tour, entraîné par la jeune femme, bien malgré elle. S'il heurta violemment le sol tout en faisant en sorte d'épargner le gros du choc à la Leone, il ne prit pas la moindre seconde afin de savoir s'il avait à souffrir d'une contusion ou d'un hématome quelconque : il se focalisa bien plus volontiers sur la jeune femme qu'il enlaça tout en se redressant, posant sur elle un regard affolé et désespéré.  

-Mizeria ? Mizeria ! Réveille-toi...

Elle s'était inquiétée pour lui si virulemment qu'il se sentait désormais rongé par la honte et par la culpabilité : elle aussi avait probablement négligé son repos et ses soins en attendant de le retrouver. Il n'aurait pas dû capituler aussi facilement... Il aurait dû la pousser à se reposer, tant qu'ils étaient dans la pièce blanche. Terrifié à l'idée irrationnelle de la perdre, l'Auditore se mit à balader ses yeux déconfits sur les environs, dans l'optique de trouver quelqu'un ou quelque chose qui lui serait utile. Remarquant un canapé, il usa du peu de forces qu'il pouvait encore déployer pour se redresser, grognant de plus belle sous l'effort considérable que déployait sa cuisse souffrante. Il emmena Mizeria avec elle, la portant dans ses bras, jusqu'à pouvoir la déposer enfin sur le canapé de cuir précautionneusement, non sans continuer à la dévorer du regard, totalement dépassé par la tournure de la situation. En temps normal, il aurait probablement été capable de conserver son sang froid et sa pertinence mais en l'occurrence, il lui semblait que cette péripétie supplémentaire, dont il se serait bien passée, n'était là que pour lui rappeler qu'ils étaient terriblement fragiles et que tout pouvait encore s'aggraver puissamment.

Finalement, au regard des secondes et à la faveur des minutes, le Nagafuse parvint à récupérer une once de bon sens : son premier réflexe fut alors de se précipiter vers le téléphone qui se trouvait sur son bureau. Il composa sans plus attendre le numéro de Julia et, dès lors, n'eut d'autre choix que celui de se ronger les sangs. Fort heureusement, la gardienne ne traîna pas, affolée par le ton désespéré qu'il avait employé en entendant finalement sa voix résonner à l'autre bout du combiné : elle avait compris que, si la situation y était possiblement pour beaucoup, la situation devait être relativement grave. Elle était donc à peine arrivée dans ses quartiers qu'elle se précipita vers Mizeria, tâchant de vérifier son pouls tandis qu'elle le harcelait de questions puis le rabrouait sèchement, tâchant de remplir son office aussi brillamment et efficacement que possible.

-Elle a dit quelque chose avant de perdre connaissance ? Qu'elle avait mal, qu'elle se sentait faible ?
-Non, non, je ne crois pas...
-Sur le trajet, elle t'a paru étrange ? Faible ? Désorientée ?
-Non... On n'a pas parlé... C'est quand on est arrivé qu'elle est tombée...
-Et avant le jugement ? Elle t'a dit quelque chose qui t'a paru curieux ?
-Non plus...
-Je vous jure... Vous êtes stupides, l'un comme l'autre. Va t'asseoir, toi. Et dépêche-toi. Ta jambe n'a pas besoin de ça.
-Non, je veux rester avec...
-Ah oui ? Tu vas m'aider ? Je serais curieuse de savoir comment. Dépêche-toi, Rai. C'est parce que vous êtes stupides et irresponsables que ça fini comme ça. Tu veux lui causer le sang d'ancre qu'elle vient de te causer ? Très bien. Continue comme ça. Je te garantis que dans trois heures, c'est elle qui m'appellera pour toi.

L'argument fit mouche et, finalement, les bras ballants et l'air abattu, Rai s'en alla s'asseoir non loin sur un fauteuil qui trônait là. Il n'ôta toutefois pas son regard de la silhouette de Mizeria tandis que Julia continuait à s'affairer, en silence dorénavant. La doctoresse semblait furibonde, et il ne pouvait guère le lui reprocher, à dire vrai : ils étaient aussi irresponsables qu'elle venait de le souligner. Leur conduite avait été complètement folle et leur avait causé bien du tort... mais cela aurait pu s'avérer autrement plus grave qu'actuellement, en fin de compte. Ils auraient pu y laisser leur vie... Non sans regrets, le criminel vint finalement enfouir son visage au creux de ses mains tout en continuant à se maudire toujours plus viscéralement. Il la savait désormais entre de bonnes mains, mais il ne cessait de la voir s'effondrer, en son for intérieur. Cette image le tourmentait et le tiraillait si puissamment qu'il avait peine à croire qu'elle ait réellement eu lieu : cela avait décidément tout d'un cauchemar...

-Bien. Je ne peux pas faire mieux. Elle a juste besoin de repos. Vous vous êtes surmenés, l'un comme l'autre. Vous êtes coriaces, mais pas infatigables... Vous feriez mieux d'écouter vos corps, un peu.
-Je... Je vois... merci...

Elle l'avait surpris en prenant soudainement la parole : s'il avait tressailli, il ne l'en avait pas moins écoutée religieusement, attentif. Le constat, donc, semblait relativement positif... Si seul le repos allait leur permettre de récupérer, alors c'était tant mieux : le couple avait précisément prévu de se réserver quelques jours à l'ombre de toutes péripéties, après tout. En le remarquant toujours aussi abattu et moribond, Julia poussa un soupir de lassitude et, finalement, se contenta de hausser les épaules. Elle ne pouvait pas faire mieux, en l'occurrence, mais elle demeurait fascinée par cette espèce d'adoration systématique que le Gardien du Désert vouait à la dorénavant ancienne Leone. Il avait toujours semblé si indépendant et si indomptable que cette relation qu'ils avaient su tisser communément ne pouvait évidemment pas la laisser de marbre. Elle aurait aimé savoir le fin mot de cette histoire, mais elle sut sans le moindre mal qu'elle n'y parviendrait jamais réellement : elle n'était pas assez proche de Rai pour qu'il puisse en venir à son confier et, de toute manière, elle imaginait que ce couple soudé voulait conserver quelques secrets à l'abri des indiscrétions. Ils avaient caché la vérité de leur union pendant de longs jours, a minima, manifestement... Ils n'étaient donc probablement pas prêts en assumer toutes les facettes au regard de tous. Émue néanmoins par la faiblesse qu'il assumait et qu'il semblait même revendiquer en son absence, Julia tâcha de rasséréner et de revigorer quelque peu son collègue : elle se rapprocha de lui et se pencha pour le forcer à la regarder dans les yeux, puis lui posa une main bienveillante et amicale sur l'épaule.

-Et repose-toi, toi aussi. Quand elle se réveillera, elle aura besoin de te savoir en forme. Je ne sais pas quelle relation vous unit mais si elle s'est simplement retrouvée dans cet état en pensant à toi, elle doit sacrément tenir à votre couple... Alors fais en sorte de ne pas la décevoir.
-Oui... Tu as raison...

Si elle ne sut pas vraiment si ces mots lui étaient envoyés sans âme véritable ou si cet aveu avait été franchement formulé, elle s'en contenta néanmoins. De toute manière, elle ne le savait que trop bien : le Nagafuse excellait pour manipuler son monde, alors s'il avait voulu lui cacher la véritable nature de ses pensées, il y serait parvenu sans la moindre difficulté... Songeant finalement que le jeune couple avait probablement besoin d'un brin d'intimité, elle ne tarda guère à se retirer, laissant le noiraud seul face à ses doutes et au corps encore inanimé de sa chère et tendre qui n'en finissait plus de l'obnubiler, comme si rien d'autre au Monde n'avait jamais existé.

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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Sam 14 Juil - 22:30

Kiss me like it’s our last

C’est en sursaut que Mizeria émergea. Et pour cause, son repos venait d’être brisé par un cauchemar. Tout avait pourtant bien commencer, ou presque. Certes son sommeil c’était trouvé quelque peu forcé après qu’elle ait perdu connaissance. Mais son esprit avait chassé au loin ses inquiétudes et ses doutes, la laissant dès lors plus sereine et de toute façon bien incapable de lutter. Il fallait qu’elle se repose, son corps avait fini par lâcher et le lui réclamer violemment, tout comme son esprit qui n’avait cessé de la torturer durant les dernières heures. Non, plutôt durant les derniers jours. Elle n’avait pas été en paix depuis des jours durant. Méphisto avait commencé à la miner, et la disparition de Rai n’avait fait que l’achever mentalement parlant... Retrouver son amant avait su lui enlever un poids considérable de la poitrine et elle avait su oublier ses angoisses dans ses bras. Malheureusement le verdict qui lui avait été injustement adressé et ses décisions n’avaient fait que remplacer ses peurs par d’autres. Par chance ces dernières furent gommées durant sa perte de connaissance, rien ne vint troubler sa tranquillité…

Son esprit et ses pensées s’étaient même enfuit vers d’autres horizons plus rassurants et réconfortants. Elle avait rêvé, comme souvent. C’était un rêve récurrent qu’elle faisait depuis quelques jours déjà. Il en aurait pu devenir des plus banaux mais il n’en était rien, elle le faisait toujours et s’en émerveillait toujours à chaque fois, d’autant plus qu’il était basé sur la réalité, qu’il avait quelque chose de palpable, un aspect de vérité puisqu’il y puisait sa source. Elle se revoyait, chaque nuit, des jours auparavant, quand Rai s’était réveillé dans cet appartement qui avait été leur petit nid douillet et leur échappatoire pendant des jours et des jours. Elle se revoyait parfaitement remonter les marches, suivre Szerelem, découvrir Rai réveillé et échanger avec lui… Les versions différaient parfois dans ses rêves. Certaines fois elles se rapprochaient de la réalité, reprenant les lourds aveux sur sa vie passée qu’elle lui avait fait mais terminant toujours dans la douceur des mots de Rai et de ses gestes. D’autres fois encore les choses se passaient plus joyeusement, se focalisant sur les bêtes choses qu’ils avaient pu faire ou leurs échanges. Elle se voyait donc l’embêter sur des petites choses, faire la cuisine avec lui par exemple, diner en sa compagnie, tout comme flâner dans les rues innocemment. Il y avait là tout ce qui pouvait faire une vie des plus normales mais elle en devenait délicatement délicieuse parce qu’il en faisait partie intégrante. Ces rêves-là étaient toujours particulièrement plaisants et réconfortants... Du moins cette partie-là de chaque rêve. Son esprit avait commencé à s’évader de la sorte dès que Méphisto avait disparu. Et tout comme le démon qu’avait été le gardien de la brume, ses rêves se trouvaient toujours violemment bousculés et devenaient l’enfer. Durant des jours ses rêves tournaient courts au cauchemar car soudainement, malgré tout ce qu’elle pouvait faire avec le brun et surtout vivre, il se mettait à disparaitre sans crier gare. Il s’en suivait alors d’interminables instants dans son subconscient où elle le cherchait en vain. Généralement, elle finissait par se réveiller en sursaut, voir en pleurs. Parfois mais rarement, elle s’en souvenait à son réveil en ouvrant les yeux normalement. Mais à chaque fois, un seul constat restait constant, elle ne le retrouvait pas. La blonde avait donc certes pu se reposer, et y avait été surtout forcée par Matthew, mais rien n’avait été bénéfique et complet. Elle n’était plus elle-même ni entière en l’absence de Rai. Preuve en était, même son âme semblait en souffrir et lui hurler de le retrouver pendant son sommeil.

Mais cette fois ci, les choses avaient été différentes, son rêve en particulier. Une fois de plus elle avait rêvé de choses plus que normales pour un couple tel que le leur… Mais il y avait des différences assez importantes. Le cadre n’était plus celui qui avait été le leur à leur sortie du tableau. C’était un autre appartement, une autre ville même. Ils n’étaient plus à Venise, elle ignorait où mais elle savait qu’ils étaient partis loin. Ils vivaient d’ailleurs une vie encore plus paisible, profitant l’un de l’autre de tout leur saoul, et n’étant jamais rassasiés. Chaque instant était magnifique. Elle avait l’impression de se trouver dans un état de joie et de plénitude inexplicable. Certainement, ses traits avaient su se détendre à ce moment-là, la faisant paraitre sereine et plus en forme qu’elle n’avait pu l’être avant de s’effondrer. Ce sentiment de bonheur intense resta longtemps, du moins à l’échelle de temps à laquelle elle était soumise dans ses songes. Si elle récupéra quelque peu, se fut indéniablement à ce moment-là. La suite ne pourrait jamais s’avérer reposante et régénératrice, c’était impossible. Tout comme d’habitude, son rêve finit par changer diamétralement. Cette fois ci, Mizeria ne se mettait pas à chercher Rai partout ou à crier son nom, il n’avait pas disparu. Non, ce cauchemar-là s’avéra pire encore, la réveillant encore plus violemment que les autres nuits. Ses yeux s’ouvrirent brusquement et elle resta un moment terrifiée en fixant le plafond. Elle n’hurla pas non plus cette fois ci, elle était trop secouée et déjà prise de légers tremblements. Bêtement, elle pensa un instant qu’elle aurait préféré faire ses cauchemars précédents. Rai n’était plus introuvable dans le dernier. Il avait bel et bien été face à elle mais couvert de sang. L’image sembla sauter une nouvelle fois devant ses yeux auxquels elle porta une main comme pour chasser au loin cette vision d’horreur. L’état du brun était encore pire que toutes les fois où il avait été blessé… Et encore, le pire n’était toujours pas là. Malgré son état déplorable et critique, il lui avait parlé distinctement.

« C’est ta faute. Pourquoi tu m’as fait ça »

Son cœur se souleva encore, elle l’entendait encore si distinctement comme une vieille rengaine dont elle ne se débarrassait plus et qui voulait la torturer jusqu’à la fin. Sa poitrine se souleva une nouvelle fois et ses lèvres laissèrent échapper un fort soupir. Ce n’était qu’un mauvais rêve… Il n’y avait aucune prédiction là-dedans. Oui, son esprit malade et exténué n’avait fait que reprendre ses angoisses d’avant, celles qui avaient réussis à la mettre à terre. Malgré toutes les belles paroles qu’elle essayait de s’adresser pour se réconforter, il lui fallut du temps pour se remettre et surtout réellement reprendre ses esprits. Réalisant enfin ce qu’il s’était passé avant et qu’elle était confortablement allongée sur un canapé, elle se redressa à la hâte et scruta la pièce du regard. Ce n’était pas possible, elle avait retrouvé Rai et pour une fois qu’elle ne faisait plus le même cauchemar, c’était là qu’elle ne le trouvait plus. Elle allait l’appeler, maudissant encore sa vue au passage, quand elle remarquant une forme un peu plus loin… Il était là. De nouveau elle arrivait à le repérer grâce à sa chevelure de jais. Elle resta un moment ainsi assise à le regarder, s’assurant que c’était bien lui, que ses yeux ne lui jouaient pas des tours supplémentaires… Il dormait, apparemment. La jeune femme tâcha de remettre de l’ordre dans ses idées et surtout ses souvenirs. Elle s’était emballée, elle avait paniqué et était tombée... Stupidement elle avait réussi à faire un malaise. Elle imagina alors la peur qu’avait dû avoir Rai et surtout qu’il avait probablement dû s’occuper d’elle malgré son état… Elle avait dû lui causer énormément de soucis et s’en maudit de plus belle. Il ne méritait pas ça, il avait besoin de repos lui aussi… Heureusement il semblait qu’il y avait pensé et ne s’était pas négligé.

Doucement, Mizeria se leva, délaissant le confort que le brun lui avait offert et fit quelques pas dans sa direction, emportant par la même occasion la couverture qu’il avait du déposer sur elle. Ne voyant toujours pas aussi bien qu’avant et surtout toujours trop flou, ses pas se firent lents et surs pour ne pas chuter ou se prendre les pieds dans quoi que ce soit. Elle se stoppa juste quand elle arriva au niveau du brun, et elle resta là, au-dessus de lui, son regard posé sur lui bien qu’elle ne le voyait pas parfaitement clairement. Il dormait paisiblement, surement trop fatigué par tout ce qu’il avait vécu… Lui aussi avait dû se faire du mauvais sang durant son enfermement. Avait dû. Elle était stupide... Vu l’état dans lequel elle l’avait retrouvé, il était clair qu’il avait été fou. Que cela soit d’inquiétude ou de douleur... Il avait juste souffert. Si seulement elle avait su et avait pu le rejoindre plus tôt.. Elle voulait prendre soin de lui, panser chacune de ses plaies, le couvrir de baisers, de caresses toutes les plus tendres que possibles, aimer de nouveau chaque parcelle de son être, lui montrer d’ailleurs tout son amour, le lui crier ou le lui chanter s’il le fallait. Ces derniers temps elle s’interrogeait de plus en plus. Comment avait-elle fait pour vivre sans lui jusqu’à maintenant ? Tout lui semblait trop fade et vide s’il n’était pas là. Elle se retrouvait plongée dans la nuit la plus glaciale sans lui. Il était devenu son tout, sa raison de vivre et de se battre… Elle souhaitait juste que son souhait de lui offrir tout ce qu’il désirait et de lui assurer une vie de plus douces et sures pour la suite n’allait pas l’entrainer à sa perte. Elle voulait lui offrir le monde. A défaut elle ne pouvait pour l’instant que lui dédier tout son être, ce qu’elle comptait bel et bien faire. Il méritait qu’on se batte pour lui, qu’on repousse les limites du possible. Il méritait tout... Et encore, au centuple. Combien d’années avait-il souffert seul ? Combien de blessures avait-il eu et avait-il pansé rapidement en tachant de les oublier ? Que cela soit les physiques ou les psychologiques… Il pensait qu’elle le maternait, mais à ses yeux elle souhaitait juste le sauver, le protéger du moindre mal car il en avait trop vu et trop vécu.

Combien de temps resta-t’elle ainsi au-dessus de lui ? Surement de longues minutes. Minutes pendant lesquelles elle ne s’arrêta pas de songer à quel point elle l’aimait, de mesurer combien elle voulait le protéger et comme elle désirait puissamment vivre la vie avec lui qu’elle avait entraperçut dans son dernier rêve. Elle allait faire tout son possible pour que la première partie de ce dernier se réalise, et jamais la deuxième… Son esprit s’emballa de plus belle, songeant à tout ce qu’elle allait devoir accomplir et faire, à tout ce qu’ils risquaient, à tout ce à quoi elle l’exposait, à tout le mal qu’elle pourrait lui faire. Son cœur se souleva encore et ses mots résonnèrent encore. Finalement, la fatigue et le stress eurent raison d’elle. Elle avait besoin de lui, d’oublier pendant quelques temps tout ce qui venait d’arriver.. Elle n’avait besoin que de Rai et de rien d’autre, et encore elle savait qu’elle n’en aurait jamais assez… Cédant à ses envies, elle se baissa un peu et s’allongea à ses côtés, se fichant bien d’être allongée sur le flanc et d’avoir peu de place. Seule sa chaleur comptait, sa présence. Pour parfaire le tout, elle plaça la couverture qu’elle avait ramené sur eux deux. La blonde se lova également doucement contre lui et lui adressa quelques mots, qu’il dorme ou pas, elle voulait les lui dire.

« Je suis désolée Rai de t’avoir inquiétée... Je t’aime. »

Elle réprima son envie de l’embrasser, sachant qu’elle le réveillerait alors à coup sûr s’il ne l’était pas déjà… Elle saurait pour l’instant se contenter de rester à ses côtés, que son être trouve également le sommeil de nouveau ou non.

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MessageSujet: Re: D'un bout à l'autre des enfers.    Dim 15 Juil - 11:46



Même le lila blanc a une ombre.



Sentit-il sa chaleur, son odeur ou sa seule présence ? Parvint-il à entendre le bruissement de ses vêtements ou les pas feutrés qui la portèrent jusqu'à lui ? Ressentit-il subrepticement le souffle suave et lent qu'elle tâchait de contenir afin de ne pas l'éveiller, ou simplement leur corps s'unir précautionneusement et langoureusement, dans la simplicité de l'amour qui était leur ? Rai n'eut pas la moindre idée, à la vérité, de ce qui le tira prématurément des bras de Morphée. Il considéra, bien vite, que ce n'était ni plus ni moins que cet amas plaisant de sensations quasiment oubliées, qu'il avait aimées et désirées si ardemment qu'il ne pouvait désormais plus les ignorer. Toujours fut-il que son corps, gourd et lourd, l'empêcha d'y répondre avec toute la fougue et la passion qu'il aurait aimé communiquer à sa chère et tendre. Tandis qu'elle se lovait délicatement contre lui, le noiraud sentit son cœur se serrer sèchement sans que cela ne lui soit, pour la première fois depuis les incartades qui avaient bien failli coûter la vie de leur union, d'aucune sorte désagréable. Il ne ressentait à dire vrai qu'un immense soulagement, supplanté uniquement par le fol amour qu'elle lui véhiculait, qu'elle suscitait en lui. Il en frémit, par ailleurs, et ne tarda guère, paupières closes, à l'envelopper de l'un de ses bras afin de lui permettre de s'approcher toujours plus, d'unir leurs chaires dans la proximité la plus absolue. Ces mots qu'elle venait de formuler avaient l'air anodins mais représentaient, aux yeux de l'Auditore, la plus belle des victoires. Certes, il ne pouvait nier l'évidence : il s'était inquiété à son sujet et à plus d'une reprise. Son évanouissement subit n'avait été ni plus ni moins qu'un fastidieux coup de grâce, que l'apothéose d'un calvaire harassant dont il n'avait su voir le bout des jours durant... Mais tout cela était dorénavant derrière eux. Tout avait survécu à cette infernale cabale. Mephisto avait échoué, et leur couple en était ressorti grandi. Ils en étaient, l'un comme l'autre, ressorti grandi... Aussi les mots du Nagafuse furent-ils prononcées instinctivement, sans même qu'il n'ait à les songer et à les penser en amont. Cette honnêteté qu'il se permettait à l'égard de l'ancienne Leone n'en finissait plus de l'étourdir, et il s'y abandonnait corps et âme toujours plus éperdument, prenant goût à demeurer vrai en toutes circonstances, en sachant qu'au moins une personne, à travers ce vaste monde, l'aimait pour l'être qu'il incarnait réellement en son âme et conscience.

-Ne t'excuse pas... Tu t'es causée un sang d'ancre pour moi. Je n'ai aucune raison de t'en vouloir... Maintenant, on va pouvoir veiller l'un sur l'autre. Rester ensemble... Je t'aime aussi, Mizeria. Beaucoup, beaucoup plus qu'aucun mot ne le dira jamais.

Si l'ancien gardien du désert eut l'envie de persister et de prolonger ses aveux, il n'en fit rien. Il le savait : quand bien même ils se trouvaient dans ses appartements, ils étaient encore en plein Quartier Général des Auditores... Si on leur avait octroyé la permission de séjourner ici, c'est qu'on avait fort probablement préparé le terrain afin d'épier leurs conversations et leurs faits et gestes. Si cela ne gênait plus Rai le moins du monde de savoir que d'autres assistaient à leurs palabres amoureuses, il était en revanche réticent à l'idée de trop en dire, notamment à son propre propos. Car il le savait : s'il avait persévéré, s'il avait continué à s'adresser à son amante, dans un cadre aussi reposant et aussi quiet, il aurait immanquablement fini par évoquer sa propre histoire, son vécu, tout ce qui pouvait encore demeurer mystérieux, à son sujet, du point de vue de Mizeria. Or, il allait sans dire qu'il ne tenait pas à ce que ce naguère, longtemps passé sous silence, soit brutalement révélé au sein de cette sinistre famille mafieuse. Même s'il doutait sincèrement du fait que cela soit utilisé contre eux, puisqu'il n'avait, en soi, rien vécu qui pourrait pousser les deux Ciels à croire qu'il voulait la peau des criminels du Monde entier, il préférait ne courir aucun risque et se retenir tant qu'il ne jouissait pas d'une liberté de parole totale et pleine. Son amante ne méritait pas la moitié de son histoire, pas le quart de ses songes et de ses réflexions les plus intimes : elle méritait de tout apprendre, de comprendre les fondations qui l'avaient érigé, qui avaient façonné cet être singulier dont elle était finalement tombée amoureuse. Le Nagafuse, donc, décida de prendre son mal en patience non sans la serrer davantage contre lui, sentant l'espiègle Morphée tournoyer autour de leur étreinte pour les embarquer une fois de plus. S'il ne se sentait pas le courage de lutter contre cette séduisante perspective, celle de sombrer sans plus y songer en si délectable compagnie, le noiraud fit en sorte de prendre son mal en patience. Car il voulait, maintenant qu'ils étaient réunis, profiter encore un peu du souffle de sa belle qui venait incessamment lui taquiner le torse, ou simplement sentir son cœur battre paisiblement, sereinement, témoin sincère de leur complicité instinctive...

-On n'aura plus jamais à se perdre de vue. On vivra tout ensemble... Je ferai tout, pour toi. Pour nous...

Il voulait qu'il le sache. Avec le recul, il ne pouvait que comprendre l'intensité des émotions qu'elle avait suscité en lui en décidant d'abandonner sa famille pour rejoindre les Auditore, dans le seul but de duper les Ciels et de pouvoir hypothétiquement les piéger d'autant plus aisément. Elle avait simplement souhaité leur offrir une opportunité, et s'il était plausible que les Leone, en le comprenant, ne lui en tienne pas réellement rigueur, il allait sans dire qu'elle aurait un mal fou à réintégrer sa famille originelle lorsqu'ils apprendraient qu'elle avait, tout ce temps durant, fricoté secrètement avec un Gardien d'une famille adverse. Encore une fois, c'était elle qui avait décidé d'encourir des risques au nom de l'amour qu'ils se vouaient l'un l'autre... Elle avait tant sacrifié, tant mis en péril pour le noiraud qu'il se sentait quasiment ridicule, en comparaison. Il avait bien sûr, et à de multiples reprises, tenté de lui sauver la mise... mais cela n'avait généralement été motivé que par de l'instinctif. Même le meurtre froid dont il était à l'origine, dans le tableau, avait été le reflet de sa bestialité sanguine et épidermique qu'il avait longtemps refoulée. En bref, il ne s'était jamais résigné à sacrifier autant que Mizeria, et c'était une chose qui n'en finissait plus de le désoler. Pourrait-il jamais lui rendre la pareille ? Il l'espérait ardemment. Son souhait le plus cher était de l'aider à convaincre les Leone qu'elle n'avait pas fait cela par égoïsme ou par vanité, qu'elle avait toujours souhaité le meilleur pour sa famille mais qu'elle avait simplement décidé, dans le même temps, de faire don de soi vis-à-vis de leur couple. Elle avait été jusqu'à sacrifier son propre avenir dans le but de garantir leur stabilité et leur pérennité... C'était probablement la décision la plus noble qu'elle aurait pu prendre, mais pourtant, le Nagafuse était convaincu que ceux qui auraient en leur âme et conscience décidé de la prendre, à sa place, n'auraient été qu'une poignée. Il se sentait donc curieusement et paradoxalement à la fois empli d'une gratitude certaine et d'une culpabilité vorace, qui le rongeait sans cesse et de façon croissant. Il lui tardait d'avoir une opportunité de lui rendre la monnaie de sa pièce, de lui prouver qu'il était, lui aussi, capable de s'abandonner à leur couple et de tout mettre en péril afin de satisfaire la survie de leur idylle. Ce sentiment grisant le grandissait puissamment, et il ne lui fallait rien de plus pour comprendre qu'il avait, des années durant, farouchement mésestimé la force considérable que pouvait parfois provoquer l'amour, lorsqu'il était aussi désintéressé et inconditionnel que le leur.

Finalement, sans qu'il ne soit réellement capable d'en prendre conscience, ses pensées s'embrunirent et s'embourbèrent lentement, l'entraînant inexorablement jusqu'aux limbes de son sommeil tandis qu'il faisait en sorte de conserver le corps gracile et lascif de son amante calé contre le sien. Il semblait, même au seuil d'un repos des plus désiré, vouloir lui communiquer tout l'amour obsessionnel qu'elle représentait, pour lui. Rien n'était plus important qu'elle, à ses yeux... Et certainement pas son propre bien-être. Il aurait pu se damner pour une seule discussion, avec elle. Il aurait pu courir à sa perte pour décocher le moindre de ses sourires... Car il avait pris conscience, plus fermement que jamais, qu'elle était tout ce à quoi il aspirait. Il voulait résumer sa vie et son existence à venir à leur amour infini. Il voulait lui vouer son avenir, car elle était à la fois son seul moteur et sa seule félicité... Et, au regard de l'Éternité, il n'en avait pris que trop cruellement conscience : tout était insignifiant, à commencer par eux. Il lui semblait donc évident que le seul intérêt qu'il pouvait trouver aux années à venir résidait dans le creux de ses yeux...

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